Saiyûki (2006) | 西遊記

S’il existe bien une histoire adaptée à maintes reprises en Asie, c’est celle du célèbre roman chinois du XVIè siècle Xī Yóujì, attribué à Wu Cheng’en et connu en français sous différentes appellations telles que La Pérégrination vers l’Ouest et Le Voyage en Occident. Les anglophones optent de leur côté pour Journey to the West ; et au Japon, il est question de Saiyûki. Plusieurs fictions nippones utilisent ce récit, la transposition la plus notoire étant probablement celle de 1978 avec Sakai Masaaki (Churasan) dans le rôle principal ; elle a même été doublée en anglais pour la BBC, preuve de sa renommée. En France, ce serait plutôt le manga Gensômaden Saiyûki de Minekura Kazuya, transformé ensuite en animé, qui demeurerait en mémoire. Étonnamment, aucune série récente ne s’est attaquée à la tâche, mais il faut admettre qu’outre la richesse et densité de cet univers, son concept mêlant fantastique, monstres divers et autres divinités pose certainement quelques problèmes de budget. Cela n’a visiblement pas freiné le scénariste Sakamoto Yûji (Soredemo, Ikite Yuku, Last Christmas) puisqu’il s’est occupé de cette version japonaise constituée de onze épisodes diffusés sur Fuji TV entre janvier et avril 2006 ; le premier et le dernier durent soixante-dix minutes au lieu des quarante habituelles. Un film est venu plus tard clôturer l’aventure et il sera traité dans le courant de l’année sur Luminophore. Aucun spoiler.

Direction une époque où les dragons volent encore dans le ciel. La prêtresse Sanzô Hôshi voyage vers l’Ouest dans le but d’y trouver des sutras sacrés supposés apporter la paix sur Terre. Afin d’accomplir sa quête humaniste, elle choisit trois compagnons démoniaques à la personnalité radicalement différente. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de leur lointaine destination, un temple situé dans le royaume de Tenjiku, ils sont confrontés à maints obstacles. Créatures surnaturelles, magie, entraide, sacrifices et mauvaise foi figurent notamment au menu de ce périple s’apparentant à un parcours initiatique.

Malgré la grande réputation de ce roman fantastique, je n’ai jamais cherché l’occasion de m’y frotter, que ce soit directement, mais aussi à travers ses adaptations. C’est pourquoi je serais bien incapable d’indiquer si celle nous concernant aujourd’hui se veut fidèle ou, au contraire, multiplie les prises de liberté. Il paraît en tout cas assez indéniable qu’elle doit très largement survoler ce pan de la littérature chinoise, car je doute que ce qui nous est proposé ici mérite de transcender les siècles. Effectivement, Saiyûki ne laisse pas un souvenir mémorable tant elle s’empêtre dans moult défauts très divers. En ce qui concerne sa forme, son âge maintenant avancé ne joue pas en faveur. La réalisation reste totalement banale, mais ce sont surtout les effets spéciaux qui sautent aux yeux. L’idée n’est pas d’en mettre plein la vue puisque nous imaginons avant même de commencer cette série qu’elle dispose de fonds limités. Il n’empêche que les incrustations numériques se révèlent tellement laides et grotesques qu’elles amènent à momentanément oublier ce qui se déroule, plus occupés que nous sommes à ricaner. D’aucuns répliqueront que cet aspect kitsch au possible participe au charme suranné de cet ensemble dénué de complexes, ce qui ne paraît pas tout à fait faux. Les décors sont recyclés à outrance et si les personnages cheminent tout au long de la fiction, ils donnent l’impression de pénétrer toujours dans un seul et unique temple ayant changé quelques fanions et loupiotes. Habituellement, les Japonais savent se montrer plus créatifs que ça en utilisant pourtant exclusivement des bouts de ficelle. Les costumes et accessoires ne marquent pas non plus de manière positive. En bref, la mise en scène se veut bien trop poussive et la musique composée par Takebe Satoshi abuse de sonorités orientales finissant quelque peu par casser les oreilles. La subtilité ne fait de toute manière pas partie du vocabulaire de Saiyûki.

La prêtresse bouddhiste Sanzô Hôshi rêve d’un monde où humains et yôkai cohabiteraient en harmonie. Pour cela, elle décide de traverser la Chine vers le Tenjiku correspondant à l’Inde actuelle. Son périple n’est pas que physique, mais aussi psychologique. Effectivement, elle veille à se débarrasser de toutes ses impuretés et autres faiblesses dans le but de gagner en sagesse. Sur son chemin, elle rencontre trois individus démoniaques et leur suggère de participer à ce voyage s’annonçant semé d’embûches. La jolie Fukatsu Eri (Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi) incarne cette femme placide, sérieuse et profondément juste. Pour l’anecdote, l’actrice s’est réellement rasé le crâne et ne s’est donc pas contentée d’un postiche. Sanzô Hôshi inspire le respect partout où elle passe du fait de son haut statut et de sa nature affable. Malgré son tempérament très calme, elle sait se faire estimer par ses compères qui, eux, ne manquent pas d’énergie. La fiction joue beaucoup avec ce quatuor et ses difficultés à œuvrer de concert, car effectivement, les yôkai s’entendent comme chien et chat et n’en ratent pas une pour se mettre mutuellement des bâtons dans les roues. Au départ, ils ne se supportent qu’en raison de l’attachement qu’ils portent à leur meneuse. Sans surprise, les épisodes les poussent à évoluer, à se tolérer, voire à s’apprécier. Le sentimentalisme prévaut au sein de Saiyûki et les leçons de vie et de morale répondent plus d’une fois à l’appel. Les thématiques du courage, de la dévotion envers autrui et de l’importance d’être attentif aux besoins des siens alimentent régulièrement les histoires de cette production à la mécanique vite répétitive. La structure narrative ne cherche aucunement l’originalité. Chaque semaine, les protagonistes arrivent dans une nouvelle région, se chamaillent, tombent dans un piège, finissent par s’en sortir et doivent en tirer un apprentissage. La série souffre en plus d’un gros ventre mou en milieu de parcours et manque de véritables scènes d’action riches en vitamines. Au bout du compte, les propos simplistes, la caricature ambiante et les stéréotypes ne tranchent pas avec la caractérisation superficielle des personnages.

Il semblerait que beaucoup d’adaptations de ce récit chinois favorisent le drame ou, tout du moins, un registre plutôt adulte. Ce n’est pas du tout le cas de Saiyûki puisque, outre son ton sermonneur, elle opte pour une approche délibérément futile, presque puérile, où tout où est amené pour tenter de dérider les zygomatiques. Les acteurs sont pour la majorité en totale roue libre, cabotinent comme jamais, hurlent pour certains dans tous les sens et, résultat, le visionnage devient rapidement usant si l’on souhaite enchaîner les épisodes. Plusieurs demeurent tout à fait correct, ne le nions pas, sauf qu’ils sont effacés par l’omniprésence de Son Gokû incarné par le Johnny’s Katori Shingo (Bara no nai Hanaya) qui visiblement, s’amuse, mais en fait beaucoup trop. Sanzô Hôshi propose de délivrer le yôkai mi-humain mi-singe, emprisonné dans un rocher au milieu d’une grotte depuis cinq cents années longues années, à condition qu’il l’accompagne. Il accepte même s’il s’avère paresseux, égoïste et cupide. Son Gokû passe toutes ses journées à manger, se battre et se plaindre. À noter que le héros de Dragon Ball est très librement inspiré de ce supposé roi des Singes. Ici, il est clairement le moteur des intrigues puisqu’en ne réfléchissant jamais à ses actes, il créé lui-même des situations rocambolesques amplifiées par sa naïveté, voire sa stupidité. Malheureusement, cet individu n’est pas suffisamment attachant, progresse peu malgré un contexte favorable et son humour scatologique n’arrange pas du tout la donne. En effet, les blagues et gags, en plus de demeurer très classiques et répétitifs, n’hésitent pas à se montrer extrêmement lourds. Pour peu que l’on exècre ce genre, il y a de quoi pousser des soupirs à plusieurs reprises ; toutefois, la série apprend à se limiter – ou bien l’habitude prend le pas sur le reste. Ses compères détiennent moins de temps d’antenne bien que les scénarios essayent de-ci de-là d’explorer un peu leur passé ou leurs motivations. Tout y est vraiment convenu, propice à l’émotion gratuite, schématique et rigide. Pour autant, à la longue, la bonne humeur ambiante, les délires stupides et l’entente relative du quatuor finissent par faire leur chemin et provoquer quelques sourires.

En plus du surexcité Son Gokû, la prêtresse Sanzô Hôshi a invité dans son périple un yôkai ressemblant à un cochon, Cho Hakkai. Très gentil et niais, il se fait systématiquement berner par les manigances de Gokû, rêve de tomber amoureux et se montre proprement insipide. Itô Atsushi (Densha Otoko) l’interprétant prouve encore une fois son absence de grand talent, car il se contente d’arborer les sempiternelles mimiques dans tous ses rôles. Inversement, Uchimura Teruyoshi contraste avec les deux autres, ne serait-ce que parce son personnage, Sagojô, se révèle bien plus posé et intelligent. Ce démon kappa, une sorte de monstre évoluant en milieu aquatique, cumule aussi les erreurs, bien sûr. Au lieu de densifier les tempéraments de ces principales figures ou d’explorer leur vie d’avant, la série les effleure et ne cherche même pas à leur apporter un tant soit peu de gravité. Pourtant, ils paraissent tous avoir vécu des moments difficiles. Non, seul l’humour graveleux et inepte prédomine au sein de ce périple riche en loufoqueries. Dommage. Les quatre comparses traversent donc la Chine et, à chaque épisode, tombent sur un antagoniste barbare martyrisant les autochtones. Sanzô Hôshi décide de les aider, ses disciples râlent et finissent par utiliser leurs pouvoirs magiques. Boules de feu, voyage en tapis volant, plongée dans une forêt ensorcelée, les ressorts fantastiques ne manquent pas. La voleuse Rin Rin, jouée par la sympathique Mizukawa Asami (Yume wo Kanaeru Zô), surgit aussi quand on l’attend le moins et adore houspiller Son Gokû. Rôshi (Ôkura Kôji), un immortel divin à l’allure de vieillard pervers, n’en rate pas non plus une pour se faire remarquer. Malgré sa stature et sa position, il est obsédé par les gros seins, ce qui le rapproche sur de nombreux points du héros principal. Sinon, pour camper ses grands méchants manichéens, Saiyûki se dote d’une ribambelle d’invités : Kimura Takuya, Sakai Wakana, Kaho, Narimiya Hiroki, Matsushige Yutaka, Sakai Masaaki, Oikawa Mitsuhiro et beaucoup d’autres. Ne le nions pas, c’est toujours agréable de reconnaître tous ces visages, mais il convient de ne pas non plus ressembler à un défilé.

Pour terminer, Saiyûki illustre les aventures burlesques et spirituelles d’un groupe d’individus se dirigeant vers l’Ouest. Au fur et à mesure de leur avancée, ils se trouvent confrontés à maints obstacles aussi saugrenus les uns que les autres. Cette série surjouée à l’extrême, à la mécanique redondante et aux blagues usées jusqu’à la corde ne détient finalement que peu d’atouts suffisants pour mériter un quelconque visionnage. Elle a notamment pour tare majeure de mettre en avant un personnage principal immature et abrutissant gesticulant dans tous les sens. Cependant, étonnamment, malgré son sentimentalisme éhonté, son rythme assez laborieux, son humour parfois très lourd et son visuel kitsch au possible, elle finit presque par devenir inoffensive. Le fait qu’elle assume ouvertement ses lacunes et ne cherche pas à se donner de grands airs empêche de s’avérer trop méchant même si, avouons-le, elle doit être réservée à un public n’ayant pas peur des comédies familiales nippones survoltées. Quant à ceux espérant y voir une adaptation de l’illustre roman de la littérature chinoise ou découvrir les mythes et légendes du folklore asiatique, qu’ils passent leur chemin, au risque sinon de frôler l’apoplexie, car tout se résume ici à futilité, prévisibilité et gags douteux.

By |2017-05-01T13:58:09+02:00juin 8th, 2016|Saiyûki (2006), Séries japonaises|0 Comments

Watashitachi no Kyôkasho | わたしたちの教科書

Si je continue toujours de vider les stocks de séries attendant patiemment sur mes étagères depuis parfois longtemps, je m’amuse de remarquer que sans m’en rendre compte, j’ai récupéré à l’époque beaucoup d’histoires scénarisées par Sakamoto Yûji (Soredemo, Ikite Yuku, Mother). Sachant que ses travaux m’intéressent, il y aurait de quoi croire que je l’ai fait exprès, mais pas du tout. Il ne s’agit que d’une coïncidence tombant à pic. C’est ainsi que j’ai regardé récemment Watashitachi no Kyôkasho dont le titre peut être approximativement traduit par notre cahier de classe. Cette production nippone se constitue de douze épisodes diffusés sur Fuji TV entre avril et juin 2007 ; seul le premier dispose de quinze minutes supplémentaires aux quarante-cinq habituelles. Aucun spoiler.

Une jeune fille est retrouvée morte au pied de son collège. S’est-elle réellement jetée elle-même de sa salle de cours ? L’a-t-on poussée ? Est-ce un accident ? Et si elle s’est suicidée, pourquoi ? Des évènements n’ont-ils pas provoqué sa chute ? Comme par hasard, personne, que ce soit les élèves ou le corps enseignant, ne paraît pouvoir apporter la moindre réponse. Bien que tous l’exhortent à classer l’affaire et à ne pas s’en mêler, une avocate décide de tenter de lever le voile sur ce tragique décès. Cependant, sa démarche n’est en réalité pas si désintéressée que ça…

Watashitachi no Kyôkasho se déroule dans le milieu scolaire, mais se détache totalement de ces séries ayant le même cadre. Pour une fois, l’idée n’est pas de se focaliser sur les amourettes des protagonistes ou de dépeindre les aventures des multiples clubs de l’établissement. Non, le propre de cette production se veut plus sombre et quelque peu atypique, car il est avant tout question du phénomène d’ijime, ces brimades autant physiques que psychologiques excluant volontairement une personne du groupe. Il semble amusant de remarquer que LIFE explore aussi cette thématique et fut justement diffusé quelques semaines après ; les deux diffèrent toutefois grandement, ne serait-ce qu’au niveau du rythme et de l’ambiance. Effectivement, Watashitachi no Kyôkasho progresse lentement, oublie d’injecter un minimum d’énergie, se perd dans d’interminables monologues assez plats, étire son intrigue et, finalement, a de quoi ennuyer son public. Pourtant, cette série ne manque pas d’atouts, possède une musique solide et réussit à brosser divers sujets sociétaux, sans trop s’avérer moralisatrice ou manichéenne. Elle dresse simplement un constat d’une situation somme toute plausible, en montrant que la réalité est toujours plus compliquée qu’à première vue. Outre les persécutions dépeintes a posteriori via des flashbacks, l’écriture s’attarde sur ce qui fait se sentir mère, le suicide, la négligence familiale et éducative, l’envie légitime de conserver des œillères pour ne pas souffrir, la prostitution des adolescentes, etc. Un excellent point est de ne pas opter pour le point de vue des élèves, mais de celui des adultes qui, habituellement, est nettement moins usité. La fiction continue de prouver son originalité en multipliant les genres, car elle se transforme en longue enquête mêlant à la fois l’univers scolaire, le tribunal, le harcèlement et les mystères.

L’idéaliste professeur Kaji Kôhei est arrivé depuis peu dans un nouveau collège. Sa profession s’apparente à un vrai sacerdoce et il tient à cultiver ses étudiants et les aider à grandir du mieux qu’il peut. Quand il voit l’une d’entre eux, Aizawa Asuka (Shida Mirai – Shôkôjo Seira), régulièrement sur la touche, il ne réfléchit pas et cherche à comprendre pourquoi elle sèche aussi souvent les cours. Il découvre une adolescente en proie à de nombreux questionnements existentiels et tombe à sa manière sous son charme. Or, cette jeune fille est victime d’une tragique chute et décède dans la foulée. Cet accident est pour lui étrange et suite à certaines circonstances, il en discute avec l’avocate Tsumiki Tamako qui, sur le coup, ne veut pas en entendre parler. Mais l’idée fait son chemin et celle-ci commence à réaliser que les persécutions auraient pu pousser Asuka au suicide et, pour des raisons qui lui sont propres, elle ne peut l’accepter. Tamako choisit donc d’investiguer sur ce dossier, quitte à se mettre en porte à faux avec son compagnon et collègue, Seri Naoyuki (Tanihara Shôsuke – Tsugunai, Mop Girl), tolérant jusqu’à un certain point. Tout au long de la série, l’héroïne interroge sans relâche les enseignants, la directrice du collège (Fubuki Jun), les élèves – dont trois interprétés par Tanimura Mitsuki, Tomiura Satoshi et Ikeda Junya –, tente de déplacer des montagnes et d’éclaircir cette affaire bien plus compliquée qu’elle le paraît et où les acteurs se révèlent volontairement ou non ambigus. Qui dissimule quoi ? Les secrets de famille, les retournements de situation et le mutisme des individus alimentent et manipulent le scénario aux riches éléments parfois maladroitement illustrés.

Le climat de Watashitachi no Kyôkasho est parfaitement entretenu pour provoquer du suspense et faire douter sur l’intégralité des personnages. Beaucoup cachent leur jeu et, au sein du corps professoral, plusieurs laissent même une impression dérangeante. D’ailleurs, la normalité semble absente parmi ces éducateurs, ce qui est un peu dommage et assez caricatural. Au bout du compte, ils ne servent surtout qu’à créer facticement de la nervosité paranoïaque et, en dehors de quelques traits de caractère, manquent singulièrement d’épaisseur. Les relations les unissant se veulent tout aussi peu travaillées et évoluent de façon brutale, comme le prouve la dynamique entre Kôhei et sa froide collègue psychologiquement instable campée par Maki Yôko que l’on a connue plus concernée. Il est alors compliqué de s’attacher à ces figures assez binaires malgré des visages plutôt familiers dans le monde du petit écran japonais : Mizushima Hiro, Sakai Wakana, Satô Jirô. Seul l’individu joué par Ôkura Kôji réussit à sortir du lot, sûrement parce que son développement chemine progressivement et qu’il ne se borne pas à une succession de clichés. Dommage, car le potentiel répond à l’appel avec cette critique en filigrane des difficultés d’éduquer les élèves, de ne pas avoir à se contenter de pallier les lacunes familiales et de satisfaire simultanément ses propres besoins. Pour en revenir au professeur davantage mis en avant, l’influençable Kôhei, il agace plus que d’inspirer de la sympathie par sa naïveté permanente, sa couardise et l’interprétation exagérée d’Itô Atsushi (Densha Otoko) qui, malheureusement, tend à démontrer qu’il n’est pas un acteur très convaincant. Plusieurs de ses réactions devant sa classe se veulent théâtrales et, espérons-le, non réalistes. Heureusement, l’héroïne et moteur de la série permet de contrebalancer certains écueils.

Tsumiki Tamako travaille comme avocate et mène une existence tranquille avec son compagnon qu’elle doit bientôt épouser. Néanmoins, elle cache un passé assez complexe qu’elle a volontairement refoulé tant il lui est douloureux. Le décès d’Asuka ramène ses souvenirs à la surface et la force à les affronter pour définitivement les enrayer. Kanno Miho (Magerarenai Onna, Guilty) offrant ses traits à cette femme propose un portrait sobre, assez abrasif et de prime abord peu amène. La protagoniste s’attaque effectivement à cette affaire de façon plutôt détachée et indifférente, mais le téléspectateur comprend qu’il s’agit d’une manière de se préserver, émotionnellement parlant. Le fait qu’elle communique aussi peu ses sentiments continue toutefois de freiner l’attachement et la série demeure alors presque impersonnelle. Quoi qu’il en soit, l’avocate doute, trébuche et surmonte les obstacles, quitte à mettre en péril son couple, son emploi et son propre équilibre. Encore une fois, la production veille à dépeindre la notion de bien et de mal. Dans un premier temps, Tamako recueille les informations qu’elle réussit bon gré mal gré à obtenir de ces personnages peu loquaces, voit son cœur brisé en entendant les témoignages d’élèves acceptant d’expliquer leur désarroi, et finit par lancer ce cas de suicide présumé au tribunal. Les épisodes s’y déroulant se veulent un peu trop didactiques et redondants pour divertir convenablement, mais en dépit d’une chute brutale, l’évolution de l’intrigue est assez maîtrisée, avec suffisamment d’atermoiements adolescents et de crédibles rebondissements humains pour ne pas rendre le visionnage foncièrement désagréable, à défaut d’être exaltant.

Pour terminer, à travers l’enquête d’une avocate pugnace, Watashitachi no Kyôkasho cherche à aborder différents thèmes de société et injecter une ambiance mystérieuse propice à la paranoïa. Au lieu de présenter les faits de manière plus traditionnelle avec cette histoire de persécutions, la série tente de brouiller les pistes et faire douter de tous, ce qui symbolise les frontières toujours troubles, notamment celles entre les victimes et leurs supposés bourreaux. Elle lance des questions adéquates et n’apporte pas de réponse préétablie, puisqu’il n’en existe pas. Cependant, si elle ne manque pas de fond et d’ambition, elle peine à pleinement satisfaire en raison d’un rythme très laborieux, de répétitions, d’un récit se perdant inutilement dans des détails, de dialogues parfois trop prolixes et de personnages quelque peu instrumentalisés, voire caricaturaux et stupides pour les professeurs. Après un début pertinent et intelligent favorisant le point de vue adulte, cette production finit donc par quelque peu décevoir et laisse sur un ennuyant sentiment de gâchis, majoré par une absence de réelle empathie.

By |2018-07-06T17:48:24+02:00mai 11th, 2016|Séries japonaises, Watashitachi no Kyôkasho|0 Comments