LIAR GAME : Reborn | ライアーゲーム : 再生 (film)

Contre toute attente, alors que l’on pensait que The Final Stage signifiait la fin des aventures d’Akiyama et de Nao dans le monde diabolique du tournoi des mensonges, ce ne fut pas le cas. Effectivement, un second film, Reborn, est venu relancer la machine. Normalement, la franchise devrait maintenant avoir tiré sa révérence mais nous savons tous de quelle manière le système fonctionne. Qui plus est, ce long-métrage s’offre une porte de sortie et il ne serait franchement pas surprenant qu’une suite sorte dans un futur relativement proche. Quoi qu’il en soit, nous n’en sommes pas encore là et attardons-nous aujourd’hui sur ce second volet cinématographique. Son titre original est techniquement Saisei mais pour l’international, seul Reborn est utilisé. D’une durée de 130 minutes, il est apparu dans les salles obscures nipponnes le 3 mars 2012. Notons que sa sortie coïncide avec la diffusion de l’épisode spécial Fukunaga vs Yokoya et de la courte série dérivée Alice in LIAR GAME. Pour plus d’informations sur ces multiples ramifications de l’histoire et/ou sur l’ordre préférable de visionnage, n’hésitez pas à consulter ce billet récapitulatif. Aucun spoiler.

Deux ans se sont écoulés depuis la chute de l’organisation Liar Game Tournament. Akiyama officie désormais en tant que professeur de psychologie dans une université. Lorsqu’une de ses élèves, Shinomiya Yû, reçoit le fameux carton l’invitant cordialement à un nouveau tournoi, elle vient lui demander de l’aide. Si au départ, il refuse, il finit par accepter et se lance dans une partie tout aussi féroce et perverse que les précédentes. Chacun des participants, qu’il soit connu de ce fin stratège ou non, espère remporter une somme colossale et s’en sortir indemne.

     

The Final Stage bénéficiant d’une conclusion somme toute correcte en dépit d’une certaine facilité, il est normal de s’interroger sur la pertinence de ce second film. Reborn n’est-il par la goutte d’eau faisant déborder le vase ? La preuve qu’il convient toujours de s’arrêter à temps avant de définitivement abuser d’une recette éprouvée ? L’autre crainte est liée à l’absence de Toda Erika et de son personnage, la naïve et sympathique Kanzaki Nao. Comment diable les scénaristes ont-il pu imaginer ne pas l’inclure ?! En d’autres termes, c’est avec crainte que l’on débute cette histoire inédite, et très rapidement, ces doutes finissent par se transformer en évidences. Reborn est définitivement raté. Pourtant, tous les ingrédients propres à l’univers sont présents. Ainsi, d’un point de vue formel ces deux heures et des poussières sont superbes et enthousiasmantes. Avec une photographie léchée, une lumière tamisée et des couleurs vives et chatoyantes baignant dans des décors soignés, le spectateur a toutes les chances d’être subjugué. D’ailleurs, l’affiche représente parfaitement l’ambiance que s’offre l’ensemble. L’atmosphère à mi-chemin entre l’angoisse, le stress, le sordide ou encore l’humour décalé fait rapidement mouche et embarque immédiatement dans cette nouvelle session. L’efficacité de la réalisation, le découpage acéré et la bande-son de Nakata Yasutaka accompagnée encore une fois de ses travaux via capsule parfont avec brio le tout. Quand on a autant apprécié cette esthétique presque ostentatoire par le passé, Reborn ne déçoit aucunement et se montre peut-être encore plus réussi que le reste. Cependant, LIAR GAME est loin de se borner à un emballage stylisé quelque peu atypique et tape-à-l’œil. Une de ses forces est supposée résider dans son suspense et sa solide illustration des vices de l’être humain lorsqu’il est piégé dans une situation inconfortable où tous les coups sont permis.

Finalement, Reborn n’est qu’une coquille vide de toute substance. Fukunaga vs Yokoya et Alice in LIAR GAME laissent honteusement imaginer que ce film devrait ébranler Akiyama, le principal fautif de la chute de l’organisation. Celle-ci s’est recréée et ses anciens membres paraissent avoir tous disparu, à l’exception de l’homme à la dent dorée joué par Watanabe Ikkei. Cela étant, il ne bouge pas de l’écran d’où il regarde les compétiteurs s’agiter pour éviter de plonger la tête la première dans la pauvreté. Autrement dit, son personnage ne sert strictement à rien et le constat est aussi sévère en ce qui concerne Fukunaga. En effet, l’individu à la coupe au bol demeure en retrait, à observer Akiyama, et n’interagit réellement avec personne. Il glisse bien évidemment quelques uns de ses rires inimitables, mais c’est tout. À quoi bon l’employer dans ce cas ? C’est peut-être encore plus désagréable que de ne pas le pas voir. Pour en revenir au groupe gérant le liar game, il ne dispose d’aucune exploration. Qui est la femme incarnée par Esumi Makiko (Shomuni) ? Pourquoi désire-t-elle de manière aussi impérieuse organiser ces tournois ? Ces interrogations ne sont même pas soulevées une seule seconde. Pire, la petite Alice portée par la mignonne Ashida Mana (Marumo no Okite, Mother, Toilet no Kamisama, Sayonara Bokutachi no Youchien) ne possède pas davantage de possibilité de rayonner. Quel était alors le but de sa série dérivée ?! L’intrigue ne se positionne jamais sur l’objectif et les souhaits du Liar Game Tournament, et nous ne savons donc absolument pas le pourquoi de ce retour. Quant à la supposée animosité envers Akiyama, elle n’est pas dépeinte au cours de ce film en dépit de ce que les à-côtés télévisuels essayent de nous faire croire. En tout cas, il est probablement préférable de regarder ces derniers avant de lancer Reborn puisqu’ils apportent au moins un semblant de densité au scénario.

Ce long-métrage ne prend de toute manière pas le temps de placer de véritables enjeux. Rapidement, une énième partie débute grâce à un jeu analogue à celui des fameuses chaises musicales. Plus les minutes s’écoulent et plus il convient d’en trouver une pour s’asseoir, au risque d’être acculé au mur, sans le sou. Les participants sont plutôt nombreux, très excentriques et quelques uns sont déjà familiers. Sinon, des personnages comme ceux joués par Kaname Jun (Atashinchi no Danshi, Ashita no Kita Yoshio, Taiyô no Uta, Sweet Room), Arai Hirofumi (Lupin no Shôsoku) ou Koike Eiko (Shokuzai) tentent de se teinter de couleurs. En vain. Quid de celle censée combler le vide laissé par Nao ? Difficile de comprendre ce qui a bien pu passer par la tête de ceux ayant commis ce Reborn. Au début du film, Shimomiya Yû (Tabe Mikako – Fumô Chitai) est une élève d’Akiyama. Probablement uniquement utilisée pour attirer celui-ci dans le tournoi, elle s’apparente donc à un dommage collatéral. Cette jeune femme n’est pas désagréable si ce n’est qu’elle n’a pas l’opportunité de tirer son épingle du jeu. Alors qu’elle apparaît sur les affiches, dans la bande-annonce et qu’elle fait partie de la locomotive commerciale, elle n’est pas plus prépondérante dans l’histoire qu’un autre concurrent. Elle aussi se résume à du vent, et donc, tout ce qui peut lui arriver ne touche pas. De toute manière, l’impact émotionnel de ce film est inexistant. Quant à Nao, elle est à peine nommée et son absence n’est pas explicitée. Nous sommes d’accord, le vrai héros a toujours été Akiyama. Malgré tout, Reborn prouve que son duo et l’alchimie avec Nao étaient vitaux dans le bon équilibre. Il serait probablement possible d’élargir cette constatation en intégrant la dynamique avec Fukunaga. Le constat le plus malheureux est que le suspense et l’adrénaline induits par le thriller psychologique d’autrefois ont disparu. La faute à une mécanique désincarnée où tous les éléments ont beau être repris, cela ne suffit pas. L’écriture souhaite tellement rendre Akiyama cool et intouchable qu’il en devient ridicule, voire irritant. Matsuda Shôta y est en plus moyennement convaincant et guère inspiré. Ajoutons-y une prévisibilité effarante, des réactions grandiloquentes de la galerie de protagonistes et le compte est bon. Tous les rebondissements sont répétitifs étant donné que systématiquement, les participants croient berner les autres, se moquent ouvertement des perdants alors qu’en réalité, ils se sont eux-mêmes fait avoir. Fondamentalement, regarder le film n’est pas une torture et s’effectue assez aisément grâce à son rythme endiablé mais il laisse une sensation de désagréable gâchis.

En définitive, Reborn donne l’impression d’être un accessoire sorti pour alourdir les poches de ceux susceptibles d’en retirer quelque chose. Du côté du téléspectateur, la douche est malheureusement froide quand bien même il s’attendait au pire. Il faut avouer que l’absence de Nao se fait cruellement ressentir d’autant plus qu’elle semble n’avoir jamais existé dans l’univers. De même, Fukunaga a beau se trouver dans les parages, il est tout aussi fantomatique que l’héroïne connue pour sa naïveté légendaire. Si techniquement, toutes les caractéristiques de la franchise répondent à l’appel, la recette ne fonctionne pas. Dépourvue de mystères et d’une tonalité vicieusement addictive, cette suite se contente de renchérir sur les codes propres à LIAR GAME en oubliant qu’à l’origine, il s’agit d’un tournoi machiavélique illustrant la nature humaine avec justesse et solidité. En dépit de sa durée, jamais ne sont entraperçus une franche tension, un lien affectif ou des enjeux tangibles, le scénario étant plus malin que palpitant. Quoi qu’il en soit, espérons que la porte s’est définitivement refermée.
Bonus : le générique a été ajouté dans le billet dédié

Par |2018-07-06T18:10:20+02:00juillet 5th, 2013|Films, LIAR GAME, Séries japonaises|6 Commentaires

Kaze no Shônen | 風の少年

Les lecteurs les plus assidus de Luminophore se souviennent peut-être qu’il y a deux ans, j’avais regardé une grande partie des séries japonaises du printemps 2011 dans le cadre d’un billet pour Critictoo. Naturellement, même si je le souhaitais, tout n’était pas passé sur mes écrans puisque j’étais tributaire des sous-titres. À l’époque, je m’étais également focalisée sur les renzoku, tout en récupérant les tanpatsu diffusés à cette période. C’est dans ce contexte que j’ai entendu parler de Kaze no Shônen et de quelques autres qui devraient apparaître prochainement par ici. Composé d’un unique épisode d’un peu moins de cent minutes, ce tanpatsu est passé sur TV Tôkyô le 21 mars 2011 et a été mis en chantier par BS Japan pour fêter ses dix ans. Aucun spoiler.

Ozaki Yutaka est un adolescent de seize ans ayant quelques difficultés à accepter ce que la société attend de lui. Fréquemment renvoyé de son école, il passe le plus clair de son temps à composer de la musique. Lorsqu’il est recruté par une grande maison de disques, sa carrière s’envole mais il est rapidement rattrapé par l’envers du décor.

Il y a de très fortes chances que le nom d’Ozaki Yutaka ne dise absolument rien à quiconque n’étant pas japonais ou ne possédant pas une bonne culture musicale nippone. Pourtant, cet artiste – qui a donc vraiment existé – fut une vraie star au Japon dans les années 1980. Son empreinte fut extrêmement importante et il semblerait qu’il ait marqué toute une génération. Comme plusieurs icônes de cette génération, son existence fut entachée par de nombreuses zones d’ombre et par sa fin plus que précipitée. Kaze no Shônen s’apparente dès lors à une sorte de biopic retraçant pour la première fois les principales étapes de la carrière de ce rockeur. Ne connaissant absolument pas le personnage, je serai bien incapable de préciser si la représentation est véridique ou s’il existe des incohérences et autres erreurs. Ce billet ne se base par conséquent que sur les qualités intrinsèques de l’épisode.

Né près de Tôkyô en 1965, Ozaki Yutaka est un vrai amoureux de la musique. Contestataire, il ne parvient pas à demeurer dans le moule que la société requiert et se fait régulièrement remarquer à l’école pour son insubordination. Il n’est pourtant pas méchant ou stupide. Tout ce qu’il désire, c’est de pouvoir continuer ce qu’il aime. Lorsqu’il rencontre un manager d’une grande maison de disques, Sudô Akira, sa vie change du tout au tout. Bien que ce dernier ne voie d’abord en lui qu’un énième gamin peu intéressant, il remarque rapidement le talent du jeune homme. À fleur de peau, passionné et angoissé, Yutaka semble parfois porter le poids du monde sur ses épaules. Tour à tour heureux et dépressif, il est parasité par de nombreuses névroses prenant inexorablement une importance massive. Quelque peu effrayé par un père (Naitô Takashi) très strict, il est proche de sa mère (Tezuka Satomi – Bunshin, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu), de santé fragile. Son mal-être se transmet parfaitement dans les paroles de ses chansons, bien plus adultes et profondes que ce que l’on pourrait attendre de quelqu’un de son âge. Cet artiste a tout de l’image romantique de l’époque par son déchirement, sa quête de la liberté ultime et cette volonté de ne jamais entrer dans le moule. Au départ, Yutaka critique ce qu’il connaît bien, à savoir le système scolaire et, sans grande surprise, beaucoup s’y retrouvent. Le succès est fulgurant, les hits s’enchaînent et progressivement, l’adolescent doit grandir plus rapidement que prévu et se perd au passage, littéralement broyé par le système. Effrayé à l’idée de vieillir et de ne plus être en mesure d’écrire sur son sujet fétiche, il panique et accumule les erreurs jusqu’à parvenir à un point de non-retour alors qu’il n’a que 26 ans. Des histoires de cet acabit ont déjà entendues à de multiples reprises et le seront encore probablement, malheureusement. Toute génération dispose de son icône torturée. Dans les années 1980, Ozaki Yutaka fut celle du Japon.

     

Bien que l’on puisse ne rien savoir de cette figure, le ton de Kaze no Shônen ne laisse aucun doute quant au fait que l’issue soit dramatique. Avec la voix off du manager, Sudô Akira (Takashima Masahiro – Futatsu no Spica), la nostalgie et la mélancolie s’entremêlent pour laisser place à un curieux sentiment. L’attachement de cet homme pour ce jeune à vif est plutôt joliment retranscrit. Celui-ci ne peut guère agir tant il a les pieds et poings liés par sa compagnie, et le poids de l’industrie musicale est d’ailleurs illustré sans réelles complaisances. L’instrumentalisation des artistes, le capitalisme versus la créativité, les concerts à la chaîne ou encore l’intérêt pécuniaire des idoles sont ainsi dépeints de façon discrète mais ils sont bel et bien présents. En un temps aussi court, il n’est naturellement guère possible de trop en montrer d’autant plus que l’accent est surtout placé sur Yutaka. C’est Narimiya Hiroki (Bloody Monday, Sweet Room, Innocent Love, Hachimitsu to Clover, Gokusen, Orange Days, Stand Up!!, Kôkô Kyôshi – 2003, Karei Naru Ichizoku) qui offre ses traits au chanteur et sa performance est relativement correcte, même s’il n’est pas du tout crédible en tant qu’adolescent. Il semblerait que le mimétisme soit prononcé, ce qui est presque devenu monnaie courante dans ce genre de productions. L’interprétation d’une illustre figure est toujours particulièrement compliquée, surtout lorsque peu d’années se sont écoulées depuis son décès.

Dans l’ensemble, l’épisode se regarde assez facilement mais il lui manque une vraie identité. Le tanpatsu est en effet fort plat et en dépit du drame ambiant, les émotions sont totalement absentes. Impossible de se sentir impliqué par ce que l’on voit tant tout va très vite et est dépeint de manière détachée. La narration académique n’aide en rien, ne le nions pas. Il est également dommage que le tanpatsu demeure au final frileux et ne cherche pas à expliquer la fin du personnage. La conclusion reste vague et ne prend aucun risque. Sinon, plusieurs interludes musicaux, chantés par l’acteur, sont disséminés de-ci de-là et plairont peut-être à certains mais je dois avouer ne pas avoir trouvé les chansons transcendantes. Autrement, d’un point de vue formel, la réalisation est très classique si ce n’est une photographie assez jolie. Avec une histoire se déroulant dans les années 1980, une certaine reconstitution serait logique si ce n’est qu’ici, rien n’indique que nous sommes encore au XXè siècle. La fiction ne cherche par conséquent pas à soigner les détails et se contente d’aller à l’essentiel.

En conclusion, Kaze no Shônen tente de dépeindre la foudroyante carrière du chanteur Ozaki Yutaka s’étant terminée aussi rapidement qu’elle a débuté. Révolté, anticonformiste et prônant la liberté dans une société où chacun doit rester à sa place, il s’est rapidement brûlé les ailes, devenant le symbole d’une jeunesse incomprise. Si le tanpatsu n’est pas mauvais, l’écriture est très plate et son absence d’impact émotionnel l’empêche de se révéler intéressant à suivre. De même, la bande-son pourtant actrice à part entière de l’ensemble s’avère presque décevante. L’épisode permet de se cultiver et de découvrir une personnalité japonaise artistique importante mais il n’est clairement pas indispensable ou même conseillé.

Par |2020-04-03T18:31:29+02:00mai 6th, 2013|Kaze no Shônen, Séries japonaises, Tanpatsu|12 Commentaires