Manhattan Love Story | マンハッタンラブストーリー

Si la majorité des séries traînant dans mes dossiers depuis des années le sont pour une raison assez évidente – autrement dit, elles ne m’attirent finalement que peu –, d’autres entrent dans une catégorie radicalement opposée. Manhattan Love Story en fait partie. Cette fiction scénarisée par Kudô Kankurô (Ikebukuro West Gate Park, Kisarazu Cat’s Eye) comporte onze épisodes de quarante-cinq minutes diffusés sur TBS entre octobre et décembre 2003. Aucun spoiler.

Juste à côté des bureaux d’un studio de télévision se trouve un modeste café nommé Manhattan. Son propriétaire est un grand amateur de ce breuvage noir et entend bien partager sa passion à ses fidèles clients. Sauf que, eux, semblent plutôt préoccupés par leur petite vie et leurs amours qui, étrangement, suivent une certaine logique alphabétique. Sans piper mot, il observe ce microcosme très haut en couleur et, parfois, se permet de bouleverser à sa manière les relations.

Je tourne autour de Manhattan Love Story depuis un moment maintenant, sans oser sauter le pas. Pour être honnête, j’avais peur de ne pas accrocher plus que ça. Les critiques enjouées de certains, les talents cachés derrière la production et la distribution me donnaient vraiment envie de me lancer, mais nous savons tous qu’à force de trop attendre quelque chose, la déception est d’autant plus possible. Heureusement, le doute n’a jamais eu le temps de s’installer, car dès le premier épisode, la magie a opéré. Ne le nions pas, cette série n’est pas dénuée de défauts et a de quoi laisser circonspect une grande partie des téléspectateurs, mais elle s’arme d’une telle identité et d’autres atouts tout aussi solides qu’elle s’avère en mesure de plaire à plusieurs. Avouons tout de même qu’en raison de son côté extrêmement décalé, il n’est sûrement pas le j-drama le plus aisé à appréhender. L’âge désormais assez avancé de Manhattan Love Story n’est en aucun cas un frein puisqu’il y a de fortes chances que lors de sa sortie, il fut tout autant kitsch et presque ridicule. Les musiques entraînantes de Satô Naoki (Ryôma-den, Orange Days), les chansons au charme suranné, la mise en scène excentrique ou encore les vêtements dépassés participent à cette atmosphère bon enfant, assez parodique, régulièrement absurde et, au bout du compte, délicieuse. L’histoire chemine énergiquement, les dialogues ciselés sont débités à toute vitesse, les références à la culture populaire s’y multiplient et les gimmicks composent le scénario qui, à première vue, n’a rien de trépidant surtout qu’il répète un schéma analogue au long cours. Les connaisseurs des travaux de Kudô Kankurô y retrouveront sans mal sa touche inimitable ainsi que ses acteurs fétiches, et ils remarqueront aussi de nombreux clins d’œil favorisant davantage l’enthousiasme.

Avec sa fausse fine moustache, son costume tiré à quatre épingles, son austérité et son mutisme, le patron du Manhattan paraît bien curieux. Ce tenchô rêvant d’être appelé master ne dit jamais rien et prend son affaire avec un grand sérieux. Le café, ça ne se prépare pas n’importe comment et chez lui, les règles de dégustation se doivent de conserver une rigidité digne de ce nom. Même devant ses clients, cet homme plutôt énigmatique n’ouvre pas la bouche et laisse son seul employé aux qualités presque surnaturelles, Shinobu (Tsukamoto Takashi – TEIÔ, Kisarazu Cat’s Eye), s’occuper des échanges avec autrui. Cela étant, s’il reste taiseux, il en profite pour mieux observer et écouter la faune locale. C’est bien simple, ce dirigeant est la véritable icône de Manhattan Love Story. En plus d’être strict et coincé, il se complaît dans des attitudes affectées hautement ridicules, mais diaboliquement savoureuses. Il semble n’avoir aucune vie ou contact avec qui que ce soit en dehors de son travail et c’est sûrement pour cette raison qu’il espionne de la sorte celle de ses consommateurs. Cette caractérisation sur le fil du rasoir pourrait irriter, mais l’écriture réussit sans mal à tirer bénéfice de tout ce qu’elle a à offrir. L’interprétation de haute volée du Johnny’s Matsuoka Masahiro (Kôkôsei Restaurant, Dôsôsei) n’est pas étrangère à ce succès, d’ailleurs. À chaque fois, le tenchô demeure donc derrière son comptoir, se tait, scrute les coutumiers de son entreprise et casse des tasses dans ses mains quand il est stressé. Sauf que le public, lui, est privilégié puisqu’il plonge dans les pensées de cet homme un peu lent à la détente, mais profondément affable. En fin d’épisode, il finit systématiquement par s’agacer de voir ses consommateurs se perdre dans les erreurs et décide de littéralement sauter dans le costume d’une personne assurément intrusive appréciant les métaphores sur le café. En d’autres termes, le regarder se mêler de tout, l’air de rien, est irrésistible. Pendant qu’il se fait des films, discute avec lui-même et s’angoisse pour ses clients, ces derniers jouent aux chaises musicales.

A aime B qui aime C qui aime D qui aime E, etc. Sur le papier, Manhattan Love Story s’apparente à une comédie romantique. Si l’amour est le moteur du récit, c’est plus l’humour qui prédomine, bien qu’il soit régulièrement contrebalancé par des séquences touchantes, voire assez dramatiques. Le pathos ou le misérabilisme sont toutefois totalement occultés tant, malgré ce qui s’y trame, la bonne humeur et l’énergie prévalent. Les acteurs cabotinent presque perpétuellement, ils gesticulent un peu trop pour être naturels, et les épisodes suivent un format très structuré, mais non ennuyant. Cette redondance scénaristique ainsi que les préoccupations tournant en boucle des personnages pourraient gêner ; or, grâce à une recette savamment dosée, ce n’est pas le cas. Certes, le rythme est par moments trop rapide et des scènes ont à peine le temps d’être digérées que la roue a déjà fait deux tours sur elle-même, mais là aussi, rien ne paraît pouvoir entraver le plaisir d’assister à ses pérégrinations dignes d’un véritable vaudeville. Le récit comporte plusieurs arcs narratifs ne semblant posséder parfois aucun point commun, finit par les assembler, secoue le tout, redistribue les cartes et ainsi de suite. Les portes claquent, les révélations sont fracassantes, les quiproquos se succèdent, les clients du Manhattan changent d’avis comme de chemise, les cœurs d’artichaut pullulent, les dynamiques se font comme se défont et chacun cherche l’âme sœur. Rien ne traîne en dehors d’un léger essoufflement en milieu de parcours. Malgré ce comique de répétition, la série s’avère loin d’être prévisible. Les rebondissements sortent de nulle part et ôtent tout réalisme, mais l’on s’en fiche royalement, car ce qui prime, c’est tout bonnement l’humour brillamment injecté, l’autodérision permanente, l’amitié et les sentiments traités avec plus de finesse qu’au premier abord. Bien sûr, il ne faut pas non plus oublier la galerie de protagonistes qui forment sans conteste le sel de cette fiction trop méconnue.

Le tenchô du Manhattan est le liant du j-drama, celui sans qui toutes ces personnes n’auraient jamais pu se rencontrer. Les principales figures sont assez nombreuses, mais elles disposent toutes d’une vraie psychologie farfelue et de moments bien à elles. La conductrice de taxi Akabane Nobuko (Koizumi Kyôko – Saigo Kara Nibanme no Koi) râle toute la journée, fait la tête et houspille les passagers de son véhicule. Pire, elle commande un café qu’elle ne boit jamais. De quoi horripiler celui qui l’a concocté, mais il ne peut s’empêcher d’avoir un faible pour elle. Cependant, cette presque quarantenaire tombe vite sous la coupe d’un danseur multipliant les conquêtes, le fort sympathique Beshii (Oikawa Mitsuhiro – Nobunaga no Chef), tandis que son collègue, le déjanté Ibori (Omi Toshinori) en pince pour elle. À leurs côtés gravitent plusieurs visages récurrents dont le nom suit scrupuleusement l’alphabet comme un comédien de doublage, une présentatrice, un acteur, etc. Le Manhattan se situe juste à côté des studios d’une chaîne de télévision et ce n’est donc guère étonnant que plusieurs employés s’y réunissent. La production en profite pour se moquer ouvertement des comédies romantiques ou encore de la course au taux d’audience et autres idoles en illustrant sa propre histoire. Car, oui, dans Manhattan Love Story, une des héroïnes (Morishita Aiko – Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi) est une scénariste en train de plancher sur son mélodrame sirupeux alors diffusé à l’antenne. Une série dans la série ! Ajoutons-y aussi des réminiscences des personnages sous la forme d’hilarants flashbacks campés par Nekoze Tsubaki. Kudô Kankurô prouve encore une fois sa capacité à naviguer à contre-courant et à ne pas caresser dans le sens du poil la bonne morale et le monde du divertissement. Bien sûr, la critique demeure en filigrane et plutôt gentillette, mais le résultat n’en reste pas moins pétillant à souhait.

Pour conclure, Manhattan Love Story n’est autre qu’une comédie romantique réinventée n’hésitant pas à se jouer des caricatures et moult stéréotypes pour asseoir son intrigue au demeurant plutôt classique, bien qu’alimentée par maints ingrédients absurdes et kitsch. Avec des protagonistes bigarrés interprétés avec talent, l’alchimie les liant, un héros stoïque à la voix intérieure savoureuse, des répliques impeccables et des relations en éternel mouvement, cette série unique en son genre plonge ses téléspectateurs dans une sorte de mise en abyme perpétuellement cocasse. Entre les zygomatiques rudoyés et le cœur ragaillardi par tant de tendresse et de chaleur humaine, cette petite pépite créative aux récits imbriqués mérite clairement d’être regardée si l’on apprécie les curiosités télévisuelles provenant du pays du Soleil-Levant.

Par |2017-05-01T13:58:16+02:00janvier 6th, 2016|Manhattan Love Story, Séries japonaises|2 Commentaires

Kamen Rider OOO | 仮面ライダーオーズ/OOO

Si le kitsch vous effraye et que nous n’êtes pas en mesure de mettre de côté vos préjugés, évitez ce billet, car vous risquez de frôler l’apoplexie. Fin 2011, j’expliquais penser continuer mon exploration des tokusatsu et, plus particulièrement de la franchise Kamen Rider, en testant une seconde fiction de cette trempe. Effectivement, à l’époque j’avais donné sa chance à Kamen Rider Den-Ô. Comme je n’y connais pas grand-chose, je ne savais absolument pas pour laquelle opter, mais j’ai suivi les conseils d’un de l’entre vous en jetant mon dévolu sur la vingt et unième du genre : Kamen Rider OOO ; le OOO se prononce ôzu. Elle comporte quarante-huit épisodes d’une petite vingtaine de minutes et dispose également de quelques films dont nous parlerons plus tard. Pour l’heure, il est uniquement question de la série à proprement parler, diffusée entre septembre 2010 et août 2011 sur TV Asahi. Aucun spoiler.

Après plus de huit siècles de sommeil, des créatures monstrueuses appelées les Greeeds se réveillent et s’apprêtent à détruire l’humanité en se nourrissant des désirs des habitants de la planète. Seul un banal jeune individu se laissant porter par ses pas, Hino Eiji, paraît capable de les stopper. Grâce à une ceinture fort particulière dotée de trois médailles lui ayant été prêtée par Anhk, un Greeed incomplet en marge de ses congénères, il peut se transformer en Kamen Rider OOO.

Avant toute chose, évoquons la partie esthétique qui a de quoi donner des sueurs froides à la très grande majorité du public âgé de plus de dix ans. Kamen Rider OOO est un tokusatsu et s’adonne donc plus que de raison aux effets spéciaux, mais aussi aux personnages dans des costumes souvent farfelus, colorés et semblant sortir tout droit d’un ridicule bestiaire vieillot. Il convient de ne pas trop se focaliser sur cet aspect afin d’y adhérer un minimum. D’ailleurs, personnellement, je n’ai eu aucune difficulté pour être convaincue par ce que je voyais et je me demande si ce n’est pas parce que j’avais déjà testé auparavant Kamen Rider Den-Ô. En d’autres termes, je savais à quoi m’attendre et que je ne devais pas espérer un résultat digne de la dernière superproduction américaine. Pour autant, ce côté éminemment kitsch offre un charme suranné non désagréable à cet ensemble et démontre que, peu importe l’emballage, tant que l’histoire et les protagonistes se montrent suffisamment persuasifs, les écueils liés à la forme passent en arrière-plan. Il faut en plus admettre que la créativité et l’inventivité dont font preuve les designers se révèlent assez stimulantes puisqu’ils réussissent à régulièrement se renouveler. En bref, oui, Kamen Rider OOO n’est pas la série la plus à la pointe de la technologie. Les trucages numériques, les parures monstrueuses et les grosses ficelles ont de quoi faire ricaner, mais à condition d’y mettre un peu de bonne volonté, il est facile d’en faire abstraction. La musique rythmée et entraînante composée par Nakagawa Kôtarô aide d’ailleurs à s’immerger dans cet univers fantasque plus profond qu’à première vue.

Hino Eiji est de retour au Japon après avoir traversé plusieurs pays. Profondément affable et souriant, il se lie rapidement d’amitié avec les personnes qu’il côtoie sur son chemin. Pourtant, derrière sa bonne humeur se cachent plusieurs meurtrissures, notamment car il a vu les ravages de la guerre et n’a pu que constater son impuissance face à la barbarie humaine. Tandis qu’il arpente la région avec ses vêtements singuliers, il effectue des petits emplois dans l’espoir de renflouer un peu ses caisses. Il ne se fait guère de soucis à partir de l’instant où il a au moins des sous-vêtements propres pour le lendemain. Ce sont dans ces conditions qu’il rencontre pour la première fois Ankh, un Greeed morcelé ne disposant plus que d’un bras, mais étant capable d’investir le corps de n’importe quel quidam. Contre toute attente, cet être particulier ne fraye pas avec les siens et décide, pour diverses raisons, de pactiser avec Eiji. En lui délivrant une ceinture originale, il lui offre ainsi l’opportunité de se transformer en OOO. Grâce à ses pouvoirs récemment acquis, Eiji se lance dans une vaste bataille contre les Greeeds dont l’unique objectif est de s’alimenter des désirs des humains, tout en semant la panique sur leur passage. La relation entre Ankh et Eiji est le point d’ancrage de toutes ces aventures et les deux ont beau être, techniquement, des ennemis, ils s’allient pour atteindre leurs buts ultimes. Cela dit, celui du premier reste pour l’instant fort mystérieux… La situation se complique davantage quand Ankh choisit de manipuler le corps d’Izumi Shingo, un policier sérieusement blessé par un Yummy – une créature mineure initiée par les Greeeds – et de ne pas s’en séparer tant qu’il n’aura pas retrouvé le sien. À leurs côtés s’ajoutent principalement la sœur dudit homme de loi, l’ambiguë fondation Kôgami aux maintes ressources et la sympathique propriétaire (Kai Marie) du restaurant CousCoussier apportant une grande touche de fraîcheur avec les décorations exotiques de son établissement.

Comme souvent avec des séries de cette trempe, Kamen Rider OOO ressemble sur le papier à un univers complexe à appréhender. Puisqu’elle est à destination des enfants, il est évident que la réalité diffère. En effet, le principe de cette production est simple et repose sur un schéma mécanique. Les épisodes fonctionnent par paire et racontent à eux deux une même histoire plus ou moins indépendante. Toutefois, progressivement s’installent plusieurs éléments étayant une sorte de fil conducteur en lien avec Ankh et les autres Greeeds. La fiction joue beaucoup sur son format répétitif pour asseoir une comédie de situation ayant, certes, assez rapidement ses limites, mais ne se révélant pas réellement irritante. De même, l’aspect redondant des intrigues parallèles ne se veut pas foncièrement ennuyant, peut-être parce que les personnages et les relations les unissant sont en mesure de contrebalancer ces défauts typiques des Kamen Rider. Tout de même, plusieurs aventures sont totalement dispensables, n’apportent rien du tout et voir les grands ennemis être battus à plates coutures à maintes reprises n’aide pas à les prendre au sérieux. Le scénario ne s’embarrasse pas des facilités, des hasards arrangeants et des coïncidences ridicules, ce qui symbolise également une marque de fabrique de la franchise. À partir du moment où l’on connaît un tant soit peu les tokusatsu, des caractéristiques communes sautent aux yeux et c’est à la production d’utiliser ces codes attendus, tout en les détournant ou s’en amusant sensiblement pour étonner et divertir le téléspectateur. À noter que Kamen Rider OOO fête en milieu de parcours le millième épisode de Kamen Rider et offre une sorte de rigolote mise en abîme totalement excessive rendant hommage aux combattants décimés depuis le début. La série illustre sans mal qu’elle ne se prend jamais au sérieux et assume totalement ses faiblesses, ce qui empêche de se montrer trop virulent à son égard.

Il est toujours agréable de constater qu’en dépit du jeune public qu’ils visent, les récits Kamen Rider cherchent à alimenter un univers foncièrement riche, avec une mythologie en bonne et due forme. Si les ressorts scénaristiques de base souffrent d’une simplification extrême et n’hésitent pas à choyer une morale sentimentale bienveillante, le ton demeure suffisamment pédagogue et enlevé pour être tolérable. Dans tous les cas, ici, les propos se focalisent sur les Greeeds – comme greed en anglais signifiant cupidité –, des individus dangereux reposant à l’origine sur une coquille vide, ce qui explique leur appétence à se nourrir des envies et de la convoitise des autres. Ils sont constitués de milliers de médailles et peuvent revêtir une apparence humaine. Mine de rien, la série aborde de manière assez pertinente des thématiques presque philosophiques comme l’importance du désir, des rêves, de savoir ce que l’on souhaite au plus profond de soi-même et de ce qui fait que l’on est doué d’esprit et non pas un contenant banal et sans saveurs. Un juste milieu doit être trouvé afin de ne pas être insipide ou cupide. Au nombre de cinq, les Greeeds possèdent tous une personnalité propre et se montrent pour certains finement croqués. Pour être honnête, c’est plutôt Ankh qui tire sans aucun doute possible son épingle du jeu, mais d’autres comme le manipulateur Kazari (Hashimoto Taito) ou la maternelle Mezool (Miki Honoka – Itazura na Kiss 2013) ne sont pas dénués d’intérêt. Uva est trop caricatural et a le malheur d’être incarné par le médiocre Yamada Yûsuke (TEIÔ), et Gamel (Matsumoto Hiroyuki) souffre de son absence d’intelligence. Ils représentent surtout les antagonistes à abattre, fomentent dans leur coin et mettent quelques bâtons dans les roues d’Eiji et de ses amis. Ces Greeeds ont la particularité de créer des Yummys, d’autres monstres chargés de collectionner des médailles, sortes de cellules permettant de densifier l’enveloppe corporelle, car rappelons qu’après leur long sommeil et ce qui les a amenés à hiberner durant presque un millénaire, les Greeeds ne disposent plus de leurs pleins pouvoirs. Les médailles forment le nerf de la guerre de Kamen Rider OOO. Ce sont elles qui alimentent les batailles et, plus particulièrement, ce sont les médailles noyaux qui transforment l’humain Eiji en Kamen Rider OOO.

Le OOO, évoquant le signe de l’infini, est le nom de la ceinture qu’arbore Eiji. Pour utiliser ses facultés, le jeune homme doit y insérer trois médailles noyaux correspondant à la tête, au torse et aux bras, et aux jambes. Ces espèces de pièces sont colorées et appartiennent aux Greeeds. Par exemple, Kazari a les jaunes, Ankh les rouges, etc., et ils cherchent tous à récupérer les dix leur étant propres. La quête de ces médailles s’apparente à la lutte la plus évidente de Kamen Rider OOO et il n’est pas rare que celles-ci tournent régulièrement au sein des différents groupes. Dans tous les cas, Eiji les emploie et, pour faire fonctionner sa ceinture, il jouit de diverses combinaisons lui offrant des habiletés plus ou moins redoutables. C’est l’occasion de voir des chorégraphies et de retrouver des gimmicks du style TaToBa, ToraTah… Les médailles peuvent se mélanger entre elles, mais quand OOO utilise trois d’une même couleur, il dispose alors de pouvoirs surpuissants requérant une incroyable énergie susceptible de l’épuiser. Pour s’aider, le Kamen Rider détient également des petits gadgets et une moto, propriétés de la fondation Kôgami. Cette société menée par un homme amateur de gâteaux d’anniversaire (Ukaji Takashi) joue le mystère et soulève progressivement ses cartes. Quelques-uns de ses membres comme le très sérieux Gotô (Kimijima Asaya) investi par son envie de sauver le monde, la pétillante assistante du directeur (Arisue Mayuko) ou le docteur Maki (Kamio Yû) ne se séparant jamais de sa poupée chauve figurent parmi les principaux personnages de la série. Au sujet de ce dernier, il faut avouer qu’il est profondément ridicule et ses réactions dès qu’il perd sa babiole reposant perpétuellement sur son épaule ont de quoi laisser plus que perplexe. Malgré une caractérisation parfois branlante, le scénario essaye à plusieurs reprises de pallier ses faiblesses. Le boute-en-train Date Akira (Iwanaga Hiroaki) revêtant le costume de Kamen Rider Birth est également un élément non négligeable. Les charmants Gotô et lui proposent d’agréables passages favorisant l’amitié et le respect mutuel. C’est que, mine de rien, la série sait injecter un souffle presque épique avec ces combattants contre les forces ennemies ! Pour l’anecdote, l’adorable Suzuki Fuku (Marumo no Okite) fait une minuscule apparition dans le dixième épisode. Une chose est en tout cas certaine, c’est que Kamen Rider OOO réussit à se montrer un minimum distrayante grâce à la dynamique instaurée entre Eiji et le Greeed Ankh.

Dès le départ, Kamen Rider OOO introduit une relation ambivalente entre ses deux personnages principaux. Eiji (Watanabe Shû) a le cœur sur la main et n’hésite pas à mettre sa vie en danger pour sauver la planète entière. De l’autre côté, Ankh est une créature égoïste soupe au lait capable de tout pour parvenir à ses fins. Malheureusement pour lui, il doit se contenter pour l’heure de son bras puisque le reste de son corps est aux abonnés absents. Il choisit donc d’emprunter celui d’un policier tombé dans le coma. Eiji l’autorise momentanément à agir de la sorte, parce qu’il sait que c’est un mal pour un bien, mais est bien décidé à renverser la situation aussi vite que possible. Après tout, le représentant de la loi a bien le droit de retrouver son existence et sa petite sœur, Hina (Takada Riho). Cette dernière comprend rapidement ce qui se déroule et fait partie intégrante de la lutte contre les Greeeds subsistants. Sans être une figure franchement enthousiasmante, cette jeune fille dotée étrangement d’une force surhumaine plaît par sa ténacité et le fait qu’elle n’hésite pas à se mettre en danger. La fiction instaure un climat légèrement romantique entre elle et Eiji, mais il importe de ne pas attendre quelque chose de plus que de rares séquences connotées. En fait, Kamen Rider OOO propose une jolie histoire amicale qui, bien que non dénuée des poncifs habituels, fait mouche grâce au charme et à l’alchimie des principaux concernés. Tout y demeure profondément classique, mais la recette pourtant éprouvée fonctionne efficacement et permet de passer de très chouettes moments. Ajoutons-y les scènes d’action, l’univers assez étoffé, l’humour perpétuel, de fréquentes doses d’émotions et il y a de quoi avoir envie de suivre Ankh et Eiji. Les deux sont régulièrement en conflit, surtout du fait du caractère tempétueux du Greeed amateur de glaces, mais progressivement, le public sent bien que naissent des sentiments positifs beaucoup plus fins. Miura Ryôsuke interprétant Ankh effectue un travail délicieusement décalé en jouant la carte du poseur à l’eye-liner n’hésitant pas à lancer des piques toutes les secondes. Sous le couvert de ses critiques acerbes incessantes et de son attitude nonchalante, le Greeed chemine pour s’humaniser au passage tandis que l’adorable Eiji voit son cœur s’apaiser. Les deux forment une paire absolument jouissive représentant indéniablement le maillon fort de l’ensemble.

En définitive, Kamen Rider OOO utilise la formule typique des productions de la franchise en proposant un monde fourmillant de détails et un monstre à abattre chaque semaine. S’il s’avère indiscutable que cette série ne manque pas de défauts avec son format mécanique, ses incohérences et facilités scénaristiques, la dilution de son fil conducteur, moult moments de pur remplissage, des développements basiques et une forme ayant de quoi favoriser la moquerie, elle bénéficie d’un humour latent sympathique, d’une exploration pertinente du désir et des rêves, d’un duo phare charismatique et d’un rythme relativement enlevé. Avec l’humilité dont elle se dote et son sens de l’autodérision, elle se laisse donc assez aisément regarder. Bien sûr, à moins de vouloir approfondir sa culture sur le sujet ou d’être un aficionado du genre, elle n’est pas conseillée à la majeure partie des téléspectateurs, mais elle détient des atouts suffisamment solides pour agréablement surprendre. Quant à ceux souhaitant pénétrer dans le monde de Kamen Rider, cette fiction est suffisamment accessible pour être une bonne porte d’entrée. Pour être honnête, je suis presque persuadée qu’enfant ou adolescente, je l’aurais adorée !

Par |2017-05-01T13:58:29+02:00juin 5th, 2015|Kamen Rider OOO, Séries japonaises|6 Commentaires