Gotham (saison 1)

Vous n’êtes peut-être pas au courant, j’ai une grande affection pour les histoires de super-héros. C’est d’ailleurs probablement un peu pour ça que je me suis lancée dans diverses séries comme Smallville et que j’envisage d’en tester d’autres un jour ou l’autre. Chacun a généralement sa figure préférée et, pour ma part, il s’agit de Batman. Je ne saurais trop expliquer ce qui me fait le choisir plutôt qu’un de ses congénères, d’autant plus que je suis finalement une néophyte, me contentant toujours du matériel cinématographique. Même si la honte m’envahit en écrivant cette phrase et que mes oreilles deviennent toutes rouges, j’ose avouer que, plus jeune, j’étais fan de Batman Forever. Allez-y, conspuez-moi. Il me semblait donc naturel de regarder Gotham, une fiction étasunienne adaptant à sa manière l’univers issu des comics inventé par Bob Kane et Bill Finger. Pour l’heure, cette production créée par Bruno Heller (The Mentalist) comporte déjà deux saisons et une troisième a été annoncée. Attaquons-nous aujourd’hui à la première d’entre elles, constituée de vingt-deux épisodes diffusés sur FOX entre septembre 2014 et mai 2015. Aucun spoiler.

À Gotham City, antre de la criminalité par excellence, la corruption est permanente. Si elle est évidemment nourrie par les mafieux cherchant à s’octroyer un terrain de jeu toujours de plus en plus important, elle n’est guère combattue par la sphère politique ou policière. Tout individu paraît vénal et peu enclin à faire changer les choses. L’assassinat d’un couple de milliardaires devant les yeux de leur fils unique provoque toutefois une succession d’évènements devenant progressivement incontrôlables et mettant cette ville sens dessus dessous.

Sur le papier, Gotham a de quoi donner l’eau à la bouche. Au lieu de s’attarder sur le personnage de Batman en tant que tel et de raconter ses aventures, cette nouvelle série choisit d’opérer un retour dans le passé et d’illustrer en arrière-plan les débuts du futur super-héros. Effectivement, Bruce Wayne n’est au départ qu’un jeune garçon et, plutôt logiquement, peu à même d’apporter des scénarios étoffés ou tout du moins suffisamment captivants sur la durée. Pour cela, la production décide de changer d’angle d’approche en se focalisant sur un grand fidèle de la chauve-souris, l’inspecteur James Gordon. Il ne vient d’intégrer la police que depuis peu, découvre les tréfonds de Gotham et rencontre rapidement dans de tragiques circonstances l’héritier des Wayne. Contrairement à ce que l’on aurait pu s’imaginer, cette première saison ne s’emploie absolument pas à dépeindre la genèse de Batman ou de ses acolytes et ennemis à venir. À la place, elle utilise certes les figures des comics, mais elle essaye tant bien que mal de se créer ses propres histoires et sa mythologie. Dans l’ensemble, le résultat s’avère satisfaisant malgré un manque d’homogénéité et une constante impression de ne pas parvenir à garder une même unité de ton. Il n’empêche que sur l’aspect esthétique, Gotham est une franche réussite et étonne par son habileté à multiplier les anachronismes du plus bel effet. L’ambiance poisseuse, étouffante et polluée transpire à travers le ciel chargé au plafond lourd et les décors mêlant une architecture industrielle, des paysages citadins insalubres et des endroits plus exigus, kitsch et aux couleurs parfois criardes. Le style des années 1950 côtoie le monde du polar et des nouvelles technologies. Tous les éléments sont présents pour instaurer un malaise indicible, comme si le pire pouvait survenir. C’est d’ailleurs ce qui se passe pour l’héritier Wayne, alors qu’il retourne à la maison avec ses parents après une sympathique soirée.

L’inspecteur James ‘Jim’ Gordon, fraîchement diplômé, arrive à Gotham et doit rapidement enquêter sur le meurtre du couple Wayne, des milliardaires influents laissant un jeune orphelin, Bruce. Son collègue, Harvey Bullock, ne donne pas l’impression de souhaiter renverser des montagnes pour résoudre ce crime à première vue gratuit et préfère aller batifoler plutôt que de travailler correctement. Tout le monde attend de Jim qu’il rentre dans les rangs, qu’il ne fasse pas de vagues et se contente de suivre les ordres des grands pontes. En d’autres termes, pourquoi soulever des cadavres puisque cela ne fera qu’agacer ceux ayant les mains longues ? Sauf que le détective est un idéaliste convaincu et se prend d’affection pour le garçon abandonné, Bruce. Il promet à l’enfant de trouver le coupable. Coûte que coûte. Cette première année de Gotham démarre par cette rencontre, futur catalyseur de maints évènements positifs comme négatifs. Les aventures dépeignent en toile de fond l’avancée branlante de cette enquête et proposent le reste du temps des vignettes assez indépendantes où un vilain s’amuse à sa façon dans les quartiers de la ville. Heureusement, l’aspect parfois glauque de ces actes criminels et le cadre original ne donnent pas l’impression de regarder une énième série policière. La production pèche surtout par son rythme et son nombre important d’épisodes. La saison aurait gagné à être divisée de moitié, car elle ne se serait pas autant perdue dans des développements longuets et une sensation de délitement de l’intrigue, même si la fin de parcours enraye plusieurs de ces défauts et commence à montrer le vrai potentiel de la fiction. Pour l’heure, Jim et Harvey courent après les méchants à l’allure souvent exagérée, avec plus ou moins d’entrain pour l’un et l’autre, et pendant ce temps, le grand banditisme se taille la part du lion. La structure narrative se révèle ainsi quelque peu déséquilibrée parce qu’il n’est jamais très clair de savoir où les scénaristes veulent se diriger.

Gotham est par moments très procédurale, avec des histoires à la semaine peu passionnantes. Seul élément inédit au tableau : elles alignent presque poussivement moult références et antagonistes emblématiques de Batman. C’est l’occasion d’y introduire Poison Ivy, l’Épouvantail, le Joker, les parents de Robin et sûrement beaucoup de figures qui passent plus inaperçues pour les non-connaisseurs comme moi. Cette façon de faire est d’une certaine manière agréable, ne le nions pas, mais le manque de subtilité parasite parfois le visionnage qui se transforme alors en défilé pur et simple. D’ailleurs, les invités se révèlent également nombreux avec, par exemple, Hakeem Kae-Kazim (Black Sails), Todd Stashwick (The Riches), Christopher Heyerdahl (Stargate Atlantis), Lili Taylor (Six Feet Under), Julian Sands (Stargate SG-1) et Colm Feore (The Borgias). L’Ogre incarné par Milo Ventimiglia (Heroes) délivre davantage de consistance et d’intensité, notamment parce qu’il se développe sur plusieurs épisodes. Dans tous les cas, à d’autres moments, Gotham s’offre des moments plus feuilletonnants bien que sa tonalité changeante, alternant le drame sérieux, l’absurde ridiculement jouissif ou encore l’humour grinçant, ne joue pas forcément en sa faveur. Faut-il rire devant certaines excentricités ou s’en inquiéter ? L’amateur de devinettes Edward Nygma (Cory Michael Smith) et collègue au demeurant drolatique de Jim symbolise peut-être ces écueils, même si l’on se doute du chemin que les scénaristes veulent faire prendre à cet homme souvent ridiculisé. C’est un peu comme si la fiction ne réussissait pas à conserver une ligne de conduite sur le long terme. Elle introduit de nombreux visages sortis tout droit des bandes dessinées, ne les développe que partiellement et ne semble pas toujours savoir qu’en faire. L’atmosphère bancale apporte un charme étrange à l’ensemble, mais a de quoi perdre plusieurs téléspectateurs attendant un minimum d’homogénéité, et pas une resucée bizarre des adaptations de Tim Burton et de Christopher Nolan. Quoi qu’il en soit, si l’aspect plus routinier, avec les investigations hebdomadaires de Jim, n’a rien d’exceptionnel, ce qui l’entoure et gagne en importance permet clairement à la série de se montrer davantage divertissante. Pour cela, il convient de remercier les personnages évoluant en eaux troubles.

Jim Gordon, le protagoniste, s’avère étonnamment assez agressif, violent et sur la brèche. Ben McKenzie (The O.C.) propose un homme intègre, en proie à ses propres démons, et essayant tant bien que mal de faire honneur à son insigne. Son honnêteté est dangereuse comme le note très justement un des criminels qu’il pourchasse. Il doit rapidement comprendre qu’il ne peut débarquer tel un héros et sauver la planète. Mettre de l’eau dans son vin lui est extrêmement difficile. Le policier n’est pas antipathique, mais il ne marque pas plus que de raison. Sa relation avec Barbara Kean (Erin Richards) n’arrange sûrement pas la situation parce que cette femme, uniquement vue à travers le prisme de ses amours, est inutile et dispose d’un développement totalement incohérent. En revanche, l’arrivée du Dr Leslie Thompkins jouée par la superbe Morena Baccarin (Firefly) se veut bien plus intéressante. En fait, ce sont les dynamiques que Jim entretient avec les autres qui lui délivrent plus de densité. Son lien affectif avec le jeune Bruce, l’estime réciproque avec Alfred, le génial majordome du milliardaire, ou encore son association évolutive avec son partenaire cynique Harvey en sont de bons exemples. Ce dernier, interprété par Donal Logue (Vikings), plaît par son côté désabusé et pas si détaché qu’à première vue. Naturellement, la série n’oublie jamais de croquer en filigrane son futur justicier masqué et Bruce (David Mazouz) se montre immédiatement charmant. Mûr pour son âge, sans pour autant être dénué de réactions de préadolescent, il émeut facilement. Son amour mutuel pour un Alfred aux diverses et étonnantes ressources apporte beaucoup de baume au cœur. De même, l’irruption de Selina Kyle (Camren Bicondova) pimente sa vie ainsi que le visionnage. Au bout du compte, beaucoup de personnages se révèlent agréables à leurs manières. Si Jim Gordon représente donc le visage de Gotham, il n’est certainement pas le plus impressionnant ou attachant. Non, c’est le Pingouin qui fédère les foules.

La première saison de Gotham a pour elle de dresser un portrait amer de sa zone de jeu. Cet univers est perverti jusqu’à la moelle, l’espoir semble avoir quitté les habitants et chacun tente de vivoter à sa façon. Pendant que certains mènent une existence dorée, d’autres s’enterrent dans les bas-fonds, ruminent des idées noires, voire se perdent dans la folie pour finir par alimenter l’asile d’Arkham. Cette désolation est correctement retranscrite dans les épisodes et amplifiée par la corruption des hautes sphères politiques et de la police. Les frontières sont toujours floues et presque personne ne paraît réellement honnête et juste. Les comparses de Jim sont pour la plupart des couards, bien qu’ils n’aient parfois tout simplement pas la possibilité de se rebeller tant la société est contaminée de bas en haut. Le grand banditisme est l’une des valeurs sûres de la série, à travers l’illustration des luttes de pouvoir entre deux clans de mafieux : avec Carmine Falcone (John Doman – Borgia) d’un côté, et Salvatore Maroni (David Zayas – Oz, Dexter) de l’autre. Ces criminels symbolisent les archétypes du genre. Élégants, surprenants et étonnamment respectueux, ils se lancent dans une guerre froide où tous les coups sont permis. Leurs sbires s’en occupent parfaitement eux-mêmes, d’ailleurs. Le bras droit de Falcone, la vénéneuse Fish Mooney (Jada Pinkett Smith), tire son épingle du jeu et laisse une image de femme redoutable absolument fascinante. Mais surtout, c’est son homme à tout faire qui impressionne, Oswald Cobblepot, surnommé le Pingouin du fait de son apparence physique. Peu gâté par la nature et boiteux, il est perpétuellement raillé et pris pour un vrai larbin. Sauf que cet individu, véritable girouette, est un fieffé ambitieux et sait manipuler, changer de visage selon les circonstances et s’employer par tous les moyens à atteindre ses buts. Sa sociopathie latente est à la fois glaçante et stupéfiante, surtout que l’interprétation de Robin Lord Taylor est au diapason et que le personnage monte progressivement en puissance.

Finalement, la première saison de Gotham pâtit quelque peu de son format de vingt-deux épisodes et aurait gagné à être raccourcie. Inconstante et manquant parfois de cohérence globale, elle ne réussit pas toujours à outrepasser son concept alléchant en se contentant d’aligner sans grande finesse les références à l’univers de Batman. Malgré tout, derrière ses lourdeurs d’écriture, des histoires légèrement trop classiques et redondantes ou encore un registre alternant presque maladroitement loufoqueries et drames, elle démontre détenir de solides arguments. La relation liant le jeune Bruce Wayne à son fidèle et surprenant majordome, le diaboliquement génial Pingouin, l’illustration de la pègre, les malversations de Fish Mooney pour ravir à son mentor sa haute place, le duo que forment Jim et Harvey, mais aussi l’esthétique d’ensemble volontairement atemporelle représentent probablement les éléments les plus intéressants. À défaut de se montrer extraordinaires, ces débuts proposent ainsi un divertissement relativement honnête, surtout lorsque l’on a un faible pour la mythologie de Batman. Il ne reste plus qu’à espérer que la série sache faire preuve de davantage de continuité et ne s’essouffle pas trop vite, car il n’est pas dit qu’elle puisse s’installer correctement dans la durée…

By |2018-07-06T17:46:40+01:00avril 6th, 2016|Gotham, Séries étasuniennes|0 Comments

12 Monkeys (saison 1)

Depuis quelque temps, la tendance semble être de transposer au sein du petit écran l’univers de productions issues du plus grand. Dominion, Fargo, From Dusk till Dawn, Scream Queens… les exemples ne manquent pas et poussent presque à penser que l’imagination des scénaristes a disparu en cours de route. Comme son titre l’indique, 12 Monkeys se base sur L’Armée des douze singes, l’illustre film du même nom de Terry Gilliam sorti en salles en 1995 qui, lui-même, s’inspirait déjà du court-métrage La Jetée de Chris Marker. L’adaptation télévisée peut se regarder en total néophyte et montre, d’ailleurs, de nombreuses prises de liberté. Pour l’heure, discutons donc de la première saison constituée de treize épisodes diffusés sur Syfy entre janvier et avril 2015. Une suite est d’ores et déjà prévue pour 2016. Aucun spoiler.

En 2043, la planète n’est plus que l’ombre d’elle-même. La population a été décimée par un virus mortel qui, de surcroît, mute perpétuellement et contrarie tout espoir de se construire un futur. Les ressources venant à manquer, les rares survivants se déchirent, rendant le quotidien invivable. Pour tenter de comprendre les causes de cette catastrophe et surtout l’empêcher d’arriver, des scientifiques décident de remonter le temps. James Cole est chargé de cette périlleuse mission et remarque rapidement que cette pandémie n’est pas innocente, mais certainement orchestrée par une énigmatique organisation.

12 Monkeys, le film, figure probablement parmi mes préférés. Il faut dire que j’ai un énorme faible pour les univers souvent débridés de Terry Gilliam et là, il s’en donne à cœur joie avec cette histoire post-apocalyptique fataliste où l’excentricité, la folie, les rêves et la réalité cohabitent. C’est donc extrêmement curieuse et, j’avoue, assez perplexe, que j’ai lancé cette adaptation. En vérité, la série se détache grandement du long-métrage et ce n’est pas plus mal. L’ambiance, le développement du scénario ou encore les relations entre les personnages diffèrent totalement. Résultat, la comparaison ne se fait pas réellement et permet de voir ces deux productions comme deux entités totalement distinctes, bien que possédant un matériel de départ étrangement similaire. Certains seront déçus de ne pas y retrouver l’atmosphère dérangeante de Gilliam puisqu’ici, tout reste bien plus posé, sain d’esprit et légèrement lisse. Heureusement, cela ne signifie absolument pas que le registre est dénué de suspense, car le récit s’arme au contraire d’une tension létale où tout semble possible. L’humour gagnerait toutefois à être davantage prégnant pour contrebalancer la tonalité classique. Sinon, la réalisation est plutôt soignée, la photographie a de solides atouts et l’ensemble se départ correctement des contraintes budgétaires. Néanmoins, avouons que le format de cette nouvelle fiction fait un peu peur parce qu’avec cette histoire, la logique voudrait qu’elle ne s’installe pas trop longuement sur la durée au risque de perdre en cohérence. L’intrigue doit techniquement avancer assez vite et arrive un moment où soit les personnages réussissent ce qu’ils essayent d’entreprendre, soit ils n’y parviennent pas. La saison montre justement déjà quelques faiblesses à ce niveau puisqu’elle dilue et simplifie progressivement ses enjeux. Cependant, nous n’en sommes pas encore là et seul l’avenir démontrera s’il fallait s’inquiéter ou non. Pour l’heure, ces débuts embrassent totalement le concept et les codes propres au voyage dans le temps pour construire au fur et à mesure une mythologie à fort potentiel.

En 2043, la majorité des êtres humains sont morts. Ceux encore debout ne font que vivoter, fuir les pilleurs et n’ont pas d’autre choix que de souffrir en silence. James Cole connaît bien cette vie d’errance puisque depuis des années, il ne peut compter que sur lui-même et sur son meilleur ami, José Ramse. Suite à certaines circonstances, il se voit offrir une porte de sortie, une chance de changer les choses. Avec son camarade, il intègre un bunker dans lequel travaille une femme ambiguë aux motivations douteuses, Katarina Jones (Barbara Sukowa), qui lui demande d’emprunter sa machine et de remonter le temps. Son idée ? Empêcher avant l’heure la propagation de ce terrible virus. Cole finit par accepter, se lance dans ce périple et part en direction de 2013 puis 2015 où il y rencontre une énième scientifique, Cassandra « Cassie » Railly. Les deux commencent alors à lever le voile sur les responsables de cette tragédie, mais ceux-ci sont loin d’avoir dit leur dernier mot et paraissent toujours avoir un coup d’avance. Cole se retrouve à multiplier les sauts dans le temps et, progressivement, plus la situation se complexifie, plus l’espoir s’amenuise. Peut-on réellement changer ce qui est déjà arrivé ? Quid du destin ? Jusqu’où a-t-on le droit d’aller pour supposément sauver le futur ? Faut-il réparer le passé ou, au contraire, tout mettre en œuvre pour trouver un remède contre ce virus ? Les interrogations sont permanentes pour les personnages qui naviguent totalement à vue dans cette course contre la montre où, tristement, les dés semblent être pipés dès le départ. L’Armée des douze singes s’apparente à une entité tentaculaire ne reculant devant rien pour mener à bien ce qu’elle entreprend et ses membres se révèlent hautement dangereux. L’Homme pâle (Tom Noonan) et la placide Olivia (Alisen Down) se placent comme leurs fascinantes figures de proue, mais en dehors de leur visage, ils demeurent semblables à des ombres. Le côté post-apocalyptique est plus ténu, le récit se focalisant surtout à notre époque, mais l’atmosphère délétère et les factions et autres clans susceptibles d’enrayer les plans de Katarina ne sont pas occultés et devraient être explorés par la suite. Dans tous les cas, Cassie et Cole combattent des fantômes et doivent en plus se méfier des contraintes des voyages spatiotemporels.

Le principal risque avec des fictions de ce genre est de se contenter d’accumuler des rebondissements et, au fur et à mesure, de rendre la trame narrative totalement indigeste. 12 Monkeys évite habilement cet écueil malgré une chronologie éclatée. Le premier épisode plonge immédiatement dans le cœur de l’action et détient de la sorte un rythme enlevé donnant envie d’en savoir plus. La période d’exposition est presque inexistante, les clés de décryptage se voyant disséminées de-ci de-là, au fur et à mesure des sauts de Cole. Avec un découpage aussi haché, la frustration est sensiblement de mise puisque l’audience souhaite par moments demeurer à une époque plutôt qu’à une autre, mais cette approche amplifie l’anxiété latente. Les paradoxes, l’effet papillon, les conséquences des modifications du passé ou bien les clones temporels font corps avec le scénario. En dépit de quelques maladresses dans l’écriture, d’assez rares facilités, d’un étirement peu judicieux de l’histoire en milieu de saison et de détours parfois peu inspirés, la fiction se montre globalement maline dans son traitement en prenant des risques sans chercher à révolutionner quoi que ce soit. L’aspect tout est lié et les révélations tiennent présentement la route et il est encore aisé de suivre le fil conducteur. À côté de ça, la série n’oublie jamais de développer la caractérisation de ses personnages, de densifier ses propos et de troubler les frontières de manière à injecter une réelle intensité dramatique. Cole (Aaron Stanford – Nikita) est un individu habitué à vivre sur la brèche et à ne pas faire confiance à grand monde, mais dans le passé, il se voit contraint de collaborer avec la virologiste Cassie (Amanda Schull). Les deux entretiennent une jolie relation ambiguë, tout en pudeur, dégagent une plaisante alchimie et délivrent une touche romantique du plus bel effet. Alors que personne ne paraît avoir plus rien à perdre, cette humanité dans un cadre aussi fataliste fait beaucoup de bien. Même Aaron Marker (Noah Bean), le fiancé de la jeune femme, sait se montrer assez intéressant, utile, et ne se contente pas de fabriquer artificiellement un triangle amoureux insipide ou incongru. L’entrée de Cole dans l’existence de Cassie pulvérise son quotidien et la fait se remettre en question. À leurs côtés gravitent l’instable Jennifer Goines (Emily Hampshire) et son père (Željko Ivanek – Damages), le dirigeant brutal d’un groupe de survivants (Todd Stashwick – The Riches) ou encore le grand ami du héros, Ramse (Kirk Acevedo – Oz), qui finit par prendre de l’ampleur et sortir de son rôle au départ moyennement nécessaire.

Pour conclure, la première année de 12 Monkeys emploie tous les codes du voyage dans le temps et se les approprie pour créer son propre univers noir, pessimiste, intrigant et singulièrement exaltant. Loin de se contenter de son concept de science-fiction et de rebondissements à foison, elle délivre également une ambiance paranoïaque, injecte des mystères énigmatiques et pousse la réflexion sur des thématiques pertinentes touchant l’éthique, le libre arbitre, la mémoire et autres domaines fédérateurs. Avec son duo attachant et des personnages secondaires correctement exploités, la série s’offre en plus un registre émotionnel indiscutable. Bien qu’elle tende à quelque peu ralentir le rythme en fin de parcours, cette saison s’apparente à une jolie surprise susceptible de plaire aux amateurs de productions de ce genre bien trop discret à la télévision. Pour ma part, il s’agit là d’un petit coup de cœur.

By |2017-08-27T11:04:17+01:00octobre 27th, 2015|12 Monkeys, Séries étasuniennes|2 Comments