Blackboard | ブラックボード

Les séries japonaises se déroulant au sein d’une école pullulent depuis plusieurs décennies. Ne nions pas qu’elles finissent toutes par se ressembler et qu’elles reposent quasi systématiquement sur un schéma identique. Qui plus est, elles ont le malheur de chercher surtout à plaire à une tranche adolescente. Bien sûr, il existe plusieurs contre-exemples et le tanpatsu Blackboard fait partie de ceux-ci. Composé de trois épisodes d’approximativement deux heures chacun, il fut diffusé sur TBS les 5, 6 et 7 avril 2012. Inoue Yumiko (Shiroi Kyotô, Engine, Shiawase ni Narô yo, Pandora, Samurai High School) s’est chargée du scénario de cette fiction. Aucun spoiler.

Trois générations. Trois professeurs. Trois individus essayant tant bien que de mal de mener à bien les missions de leur noble profession. De prime abord, Blackboard s’intéresse non pas aux élèves, mais aux professeurs et, honnêtement, cela fait grandement plaisir, car elle s’y prend sérieusement et évite les écueils et poncifs habituels des productions de ce genre. Qui plus est, son approche est plutôt originale puisqu’à travers ses parties, elle s’attarde sur des périodes différentes. À l’exception du métier de leur héros et de quelques éléments ténus qui doivent être tus pour garder la surprise, les chapitres sont indépendants les uns des l’autre. Bien que cela soit naturellement préférable, il n’est donc aucunement nécessaire de regarder la série dans l’ordre chronologique, voire de tester l’intégralité. Dans l’ensemble, si ce n’est des stéréotypes en vigueur de-ci de-là et de sensibles facilités scénaristiques propices à la propagation des valeurs très chères aux Japonais, la qualité demeure égale. Le premier épisode est possiblement le meilleur d’entre eux en raison de sa portée émotionnelle et de sa richesse culturelle. Il a lieu peu après la Seconde Guerre mondiale et montre les répercussions de la défaite nippone sur l’éducation, ce qui est assez novateur. Quoi qu’il en soit, les trois parties se déroulent efficacement, sans temps mort, et réussissent aisément à toucher le téléspectateur. Après tout, l’école est un sujet fédérateur, que l’on soit en 1940 comme en 2014, et que l’on vive en France comme au pays du Soleil-Levant. Chacun a certainement en mémoire un professeur et les cours qu’il donnait. Comme le dit le tanpatsu en débutant, dans nos souvenirs ne se cache-t-il pas un enseignant que l’on ne peut guère oublier ? Sur la forme, la déception n’est également pas de mise. Si la réalisation se veut classique, la photographie est soignée et, surtout, les mélodies envoûtent et aident à la transmission des sentiments. Il faut toutefois avouer que même si le résultat s’avère probant, entendre BLESSING Shukufuku, chantée par Hirahara Ayaka, a quelque chose de presque ubuesque ; il s’agit d’une version japonaise de L’envie d’aimer de la comédie musicale Les Dix Commandements !

     

Première nuit : mirai (avenir). Années 1940. Shirahama Shôhei est un jeune professeur d’histoire japonaise passionné. Lorsqu’il apprend qu’il doit partir à la guerre, il est extatique. Il va enfin pouvoir servir sa nation ! Avant de quitter ses élèves, il prend de nouveau le temps de leur expliquer la nécessité de combattre avec fierté l’ennemi, cette terrible Amérique pétrie de vices. La propagande fait rage, il ne réalise pas à quel point son jugement est corrompu. Plusieurs années s’écoulent, le Japon se fait atomiser, perd, et doit tout reconstruire, physiquement comme psychologiquement. Shôhei retourne sur sa terre natale, mais il a un bras en moins, et l’esprit brisé. Bien qu’il ne se sente pas encore prêt à emprunter le chemin de l’école, il décide de rencontrer ses anciens étudiants (dont Nakamura Aoi – Hanazakari no Kimitachi e (2011) – et Suda Masaki) et de voir ce qu’ils sont devenus. La majorité est décédée. Entraînés par le message de leur professeur, ils se sont engagés dans l’armée des jeunes. Ceux en vie sont pour la plupart en mauvaise posture et beaucoup blâment celui qu’ils jugent responsable de cette hécatombe. Quel était donc l’intérêt de cette guerre ? Les Américains résident désormais en masse sur l’archipel et, volontairement ou non, narguent les Nippons. Comment réagir ? De surcroît, Shôhei réalise que les méthodes éducatives ont changé. L’histoire a laissé sa place aux sciences sociales ; l’anglais est apparu. Dehors, l’inflation fait rage, des orphelins s’activent comme esclaves, des femmes se prostituent, des groupuscules s’organisent pour tenter d’éradiquer la présence américaine, etc. Le monde est différent, et Shôhei ne sait pas s’il trouvera la force d’y vivre. Ce premier épisode de Blackboard travaille grandement sa valeur émotionnelle et marque profondément le téléspectateur. Incarné par un Sakurai Shô (Kisarazu Cat’s Eye) tout en retenue, Shôhei est perdu, sombre dans la dépression, souffre de culpabilité et comprend le ressentiment de ceux qu’il a envoyés à la mort. Qu’il ait été lui-même embrigadé ne compte pas. En tant qu’enseignant, il était supposé guider ses élèves. Sa famille a également été décimée ; en attendant, il vit tel un parasite entouré de sa sœur (Andô Sakura), de leur mère (Natori Yûko), de sa belle-sœur (Miyazawa Rie) et des enfants (Suzuki Fuku – Marumo no Okite).

Seconde nuit : ikiro (survivre). 1980. Gotô Akira retourne inculquer les sciences naturelles dans un établissement qu’il connaît très bien. Toutefois, l’ambiance est désormais différente. La violence y règne depuis plusieurs mois, les professeurs sont désespérés et, progressivement, tout le monde s’épuise face aux actes délictueux d’une poignée de délinquants. Menés par Furusawa Yukari (Shida Mirai – Shôkôjo Seira, 14 Sai no Haha, Himitsu), ils cassent les salles de classe à coups de batte de baseball, fument, se droguent, et semblent inarrêtables. Yukari, avec sa longue jupe, son maquillage outrancier, ses cheveux en bataille, écrit sur le tableau noir un message exhortant à aller mourir. Ce sont dans ces conditions que Gotô arrive. Surnommé le professeur violent en raison de ses méthodes discutables, il tente du mieux qu’il peut de remettre ses élèves sur le droit chemin, mais la lutte s’annonce ardue, surtout que son propre fils (Hayashi Kento – QPArakawa Under the Bridge, Shôkôjo Seira) l’exècre, faisant exploser sa famille malgré une épouse aimante (Kimura Tae). Avec l’aide de l’idéaliste Yokote Ryôko (Kanjiya Shihori – Buzzer Beat, Love Shuffle), il essaye de montrer l’importance d’expérimenter et de vivre pour comprendre ce qui gouverne le monde. Incarné par un toujours aussi efficace Satô Kôichi, cet enseignant illustre le climat de l’époque où, en dépit de la croissance économique exponentielle, la violence était monnaie courante et où les jeunes, en mal de repères, commettaient parfois des actes irréparables en guise de rébellion. Si l’épisode marque, il dégage une morale ambiguë sur la nécessité ou non d’employer les châtiments corporels à l’encontre des élèves ; par moments, Shidai Mirai manque également de finesse dans son interprétation. Pour l’anecdote, Matsushige Yutaka (Kodoku no Gourmet, Don Quixote, Bloody Monday), Sometani Shôta (xxxHolic, Minna! Esper Dayo !) et Endô Yûya (Shiroi Haru, Voice) sont dans les parages.

Troisième nuit : yume (rêve). 2012. Depuis qu’elle est toute petite, Takizawa Momoko (Matsushita Nao – Gegege no Nyôbô) rêve d’enseigner. Sa carrière s’annonce sur de bons auspices, mais l’arrivée d’un nouveau lycéen, Ômiya Masaki (Kamiki Ryûnosuke – Kôkôsei Restaurant, 11 Nin mo Iru!) la brise en plein vol. Celui-ci ne fait aucun effort, se contente de répéter qu’il ne comprend rien, et perturbe la classe qui, progressivement, tend à adopter son attitude. Momoko se laisse déborder et finit par perdre son sang-froid. Abattue, elle envisage même de se suicider, car elle ne parvient plus à mener ses tâches jusqu’à leur terme. Ses cours d’anglais passent inaperçus bien qu’elle cherche à enthousiasmer ses élèves en les faisant réfléchir sur leurs rêves, et la nécessité de s’en créer un. Contre toute attente, c’est lorsqu’elle croit avoir touché le fond qu’elle retrouve une lueur d’espoir et qu’elle décide de se reprendre en main. Motivée, elle ne quitte plus Masaki et réalise qu’il cache un lourd secret, notamment lié à une famille monoparentale dysfonctionnelle et toxique (Toda Keiko, Umareru.). Malheureusement pour elle, Momoko est plongée dans une sombre affaire l’amenant même jusqu’au tribunal où elle doit se défendre d’un terrible crime l’accusant injustement. Le traitement est sensiblement caricatural et stéréotypé, mais cela n’empêche pas l’épisode de se regarder aisément et de disposer d’un message plutôt agréable, démontrant l’importance de croire en ses rêves et de tout faire pour les concrétiser. Le contexte sociohistorique est également moins fort que dans les parties précédentes, sûrement parce qu’il n’existe pas encore un vrai recul. Quoi qu’il en soit, là aussi, les acteurs plus ou moins connus se multiplient : Kamikawa Takaya (Warui Yatsura, Kimi ga Oshiete Kureta Koto), Katô Shigeaki (TROUBLEMAN), etc.

Pour conclure, avec ses trois jolies histoires indépendantes, bien que liées par la place centrale du fameux tableau noir, Blackboard offre un intéressant aperçu du système éducatif nippon à diverses époques. De qualité plutôt homogène, le tanpatsu parvient à faire réfléchir le public sur différentes thématiques universelles, tout en étudiant le caractère de ses protagonistes. D’ailleurs, l’interprétation se veut globalement solide et, la distribution, assez impressionnante. Touchante, la fiction a en plus le mérite de se focaliser sur les professeurs et les difficultés inhérentes à l’exercice de leur profession, ce qui s’avère presque inédit dans les séries télévisées actuelles. Peut-être encore plus qu’ailleurs, la scolarité fait partie de ces sujets importants au Japon, pays où la position sociale passe inexorablement par une instruction la meilleure possible. Il est donc légitime de lui offrir l’opportunité de rayonner à travers une production de cet acabit.

Par |2017-05-01T13:58:48+02:00décembre 12th, 2014|Blackboard, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire

Deep Love | アユの物語

Il n’est probablement plus nécessaire de préciser que je suis une sériephile masochiste. J’ai beau pertinemment savoir que je prends de gros risques, je ne peux jamais m’empêcher d’essayer de tester un peu de tout et beaucoup de n’importe quoi. Le j-drama Deep Love en est une excellente illustration. Ce renzoku composé de treize épisodes de vingt minutes fut diffusé sur TV Tôkyô entre octobre et décembre 2004. Pour comprendre l’origine de cette fiction, il faut remonter au roman cellulaire écrit par Yoshi et publié dès 2000. Son succès fut suffisamment important pour qu’il bénéficie par la suite de plusieurs mangas, d’un film – avec le même acteur masculin dans le rôle de Yoshiyuki – et de deux adaptations télévisées. Ce qui nous concerne aujourd’hui n’est autre que la série Deep Love, elle-même inspirée des deux volumes du manga du même nom, dessiné par Yoshii Yû. La suite, Deep Love ~ Host, a également été transposée sur le petit écran mais ne dispose pas de sous-titres à l’heure actuelle. Je n’envisage pas une seule seconde de la tester donc il ne devrait jamais y avoir de billet sur Luminophore à ce sujet. Ce qu’il faut retenir est que l’auteur est derrière chacune des adaptations, peu importe le média. Aucun spoiler.

Ayu n’a que seize ans mais elle travaille déjà comme prostituée en-dehors des heures de cours. Cynique et ne croyant plus en la vie ou en la société, elle accepte toute les propositions susceptibles de lui rapporter de l’argent. Lorsqu’elle se lie d’affection avec une vieille femme habitant près de chez elle, son existence commence à changer. Progressivement, son désespoir finit alors par se transformer en optimisme et en bonheur.

     

Le premier paragraphe ne laisse guère de doute à ce sujet, Deep Love ne m’a pas offert un visionnage des plus mémorables. Ce n’est pourtant pas comme si Lynda n’avait pas déjà prévenu de l’ineptie de cette fiction. Sauf que je l’avais déjà récupérée et je me suis dit que c’était quand même dommage de ne pas l’essayer, surtout que les thématiques difficiles et sombres m’avaient fortement incitée à la voir. De manière à faire les choses dans l’ordre, j’en ai profité pour lire en premier lieu le manga s’inspirant du roman mais aussi les suites et la préquelle, celle sur le chien, Pao. Je n’ai pas du tout été convaincue par ce que j’y ai découvert et ce n’est pas la série qui change quoi que ce soit puisque les deux souffrent exactement des mêmes défauts. Si le j-drama en tant que tel possède une réalisation et un montage franchement désastreux, ce ne sont pas ses lacunes les plus prégnantes. Pourtant, les épisodes font extrêmement datés et passent assez mal à notre époque. Même la pénible chanson du début, Delighted de Lead, n’est pas l’élément le plus irritant. C’est d’autant plus vrai qu’elle est contrebalancée par le superbe et mélancolique Ai ga watashi wo sukutte kureru no interprété par Satô Hiroko. Non, tous les défauts de l’ensemble sont majoritairement dus au matériel de base qui est consternant de bêtises.

Deep Love – qu’il s’agisse de l’histoire d’Ayu ou de celle d’autres personnages – repose systématiquement sur le même schéma. À grand renfort de pathos, de drames outranciers et d’acharnement tragique, les héros sont empêtrés dans un tourbillon fataliste tant le monde est pourri jusqu’à l’os. Si quelqu’un vous tend la main, il est certain que quelqu’un se cache derrière pour tuer le bon samaritain, vous violer et vous laisser sans le sou. Caricatural dites-vous ? C’est encore pire que ça. Impossible de prendre au sérieux cette fiction puisqu’elle frise le grand-guignolesque à force de charger le passé, le présent et le futur d’Ayu et de son entourage. L’auteur ne paraît pas avoir compris que les émotions ne se fabriquent pas en accumulant des horreurs incroyables, comme si le sort s’acharnait encore et encore sur quelqu’un. Pour toucher et émouvoir un public, il convient notamment de créer une certaine relation et de développer les différentes figures, installant alors un climat empathique. Plus la série avance et plus les rebondissements vont crescendo. Forcément, au bout d’un moment le téléspectateur ne peut plus que rire jaune face à ce déballage de n’importe quoi poussif et extrême. Ajoutons-y des réactions improbables, une interprétation bancale, un rythme bien trop lent et le compte est bon. Si la société est loin d’être aussi agréable que ce que l’on pourrait parfois croire, elle ne s’apparente pas non plus à abyme de cruauté. Le forcement de ces traits est assez dommage car fondamentalement, la série aborde des thématiques intéressantes et plutôt subversives comme l’ijime mais aussi l’enjo kôsai, cette prostitution tolérée au Japon où les jeunes filles vendent leurs corps à des adultes. Le mal-être d’Ayu aurait aussi pu être représentatif d’une jeunesse en marge. Ce qu’il y a peut-être de plus consternant est que la série télévisée est malgré tout bien moins sordide que le manga ! À ce sujet, l’adaptation est de plutôt bonne qualité et suit plus ou moins fidèlement la version papier.

Ayu est une adolescente dont les parents paraissent ne pas exister. Elle vogue, l’âme en peine, toutes les journées et se fait alpaguer dans la rue, dans le métro, dans les magasins, dans n’importe quel endroit, par des hommes. Naturellement, ils sont repoussants, vieux, ils bavent de partout et ont des fantasmes de vrais pervers. Ayu accepte tout sans broncher, se prostitue à la chaîne et voit sa cagnotte augmenter à coup de 50 000 yens par prestation. De temps en temps, elle se rend en classe où une de ses comparses, la simplette Reina (Tachibana Ayano), la prend comme modèle. L’héroïne de Deep Love garde tout au long des épisodes la même moue insondable. Tout paraît glisser sur elle. Si cela pourrait être quelque peu compréhensible compte tenu de son absence d’intérêt en la vie, le personnage ne change absolument pas par la suite alors qu’il est supposé évoluer. En d’autres termes, l’interprétation d’Iwasa Mayuko (Hanazakari no Kimitachi e, TROUBLEMAN) est tout simplement vide de toute substance. Pourquoi Ayu est-elle ainsi ? Aucune idée. Lorsqu’elle fait la connaissance d’une vieille femme (Shôji Utae), douce, tranquille et ne la jugeant pas malgré ses activités discutables, cette jeune fille découvre le sourire. Ses répliques à la « rien ne va pousser car le monde est dégoûtant » disparaissent. Mais tout ceci ne peut durer, n’est-ce pas ? Quand elle ne s’y attend plus, Ayu se reprend une bonne claque en pleine figure. Et ainsi de suite. Dès que le soleil perce, c’est l’hécatombe. Ne parlons même pas lorsqu’elle découvre l’amour, le vrai, et qu’elle en vient à se trouver immonde, elle qui pervertit Yoshiyuki, un être supposément lumineux et gentil. Niais et interprété de façon tout aussi insipide par Furuya Keita, il ne possède aucune présence à l’écran. Sans grande surprise, la dynamique que ses deux figures entretiennent est d’une incroyable fadeur. Bref, le malheur s’abat perpétuellement sur Ayu. La fin est tellement ubuesque et précipitée qu’elle en devient hilarante. Demeure le mignon petit chien, Pao. Vous pensez bien que ça ne peut pas se finir correctement pour lui, n’est-ce pas ?! Voyons, le monde est méchant.

En conclusion Deep Love est une série cherchant à se donner de grands airs et offrir une histoire tragique où tout est bon pour maximiser le pathos. Arrive un moment où le drame démesuré et le glauque excessif des intrigues se transforment en vaste farce grotesque. De plus, avec des émotions totalement absentes de cette fiction si riche en malheurs et une interprétation inexistante, le visionnage en devient profondément douloureux. Deux adjectifs pour qualifier ce j-drama ? Consternant et abrutissant.

Par |2018-07-06T18:08:38+02:00mai 12th, 2013|Deep Love, Séries japonaises|12 Commentaires