The Bastard Executioner (série complète)

À défaut de regarder Sons of Anarchy qui figure pourtant sur mon programme depuis belle lurette, j’ai donné récemment sa chance à une autre production signée Kurt Sutter : The Bastard Executioner. Celle-ci, en revanche, n’a clairement pas suivi le même destin que la précédente puisqu’elle a été annulée au terme de sa première saison de dix épisodes, diffusés sur FX entre septembre et novembre 2015. Ce n’est donc pas la peine d’espérer une conclusion en bonne et due forme. Aucun spoiler.

Début du XIVè siècle, Pays de Galles. L’ancien chevalier Wilkin Brattle vit humblement tel un modeste fermier en compagnie de son épouse attendant un heureux évènement. Bien qu’il ait déposé les armes, il décide avec ses comparses d’attaquer les collecteurs de taxes envoyés par le baron anglais Ventris, un individu méprisable et cupide imposant à ses serfs des lois toujours plus dictatoriales. Sauf que cette rébellion cause de terribles dommages matériels et surtout humains, car le village finit massacré. Wilkin jure alors de se venger et se retrouve plus ou moins malgré lui à devoir endosser le costume du bourreau et frayer avec la seigneurie locale.

Les lecteurs attentifs de Luminophore le savent déjà, j’ai beaucoup de sympathie pour les séries se déroulant à une autre époque, qui plus est celle du Moyen-Âge. En dépit de ses critiques guère élogieuses, voire assassines, The Bastard Executioner me donnait bien envie sur le papier. Avouons que le cadre et la période ne sont pas communs et plutôt inédits à la télévision, ce qui pique à mon sens davantage la curiosité. Rares sont les fictions à s’attarder sur l’histoire du Pays de Galles, sur ses nombreuses et sanglantes difficultés passées, sur ses inimitiés avec ses voisins anglais. D’ailleurs, une partie de l’intrigue s’attache à dépeindre ces conflits détenant souvent de vastes ramifications. Le début n’inspire toutefois pas l’enthousiasme et amène à penser que le visionnage s’annonce douloureux. La première scène délivre une sorte de flashback montrant le protagoniste, Wilkin Brattle, en pleine bataille, alors que les siens tombent comme des mouches et qu’il est laissé pour mort, trahi par son suzerain. Sans même évoquer la teneur du scénario, la réalisation outrancière avec une surutilisation de filtres aux couleurs saturées, de mouvements de caméra brutaux et d’une musique survoltée de Bob Thiele Jr. (Sons of Anarchy) pousse à craindre le pire. Heureusement, la suite tempère les ardeurs de cette scénographie douteuse, mais elle demeure dénuée de tout intérêt malgré de vaines tentatives originales. Même les jolis paysages du coin ne bénéficient pas d’une véritable mise en valeur, exception faite peut-être du dernier épisode. Les transitions sur des plans figés en noir et blanc avant chaque publicité, le soporifique générique chanté par Ed Sheeran se permettant lui-même quelques microapparitions et la constante violence gratuite ne sont que quelques éléments appuyant ce sentiment d’assister à un spectacle de mauvais goût. Les dialogues dépourvus de relief endorment tandis que les moments supposément plus humoristiques provoquent consternation en raison d’une insertion bancale. Tant qu’à faire, le fond continue sur cette lancée plutôt moribonde s’approchant de la parodie involontaire.

The Bastard Executioner a pour qualité de montrer une certaine ambition, mais pour défaut notable de ne jamais explorer en bonne et due forme ses intrigues et ses personnages. Et pourtant, elle ne manque pas d’idées en la matière. Son principal fil rouge se rapporte à la tentative de son héros de rendre justice à ceux qu’il a perdus, froidement assassinés par le baron et ses sbires assoiffés de sang. Suite à diverses circonstances, il atterrit au château et se fait passer pour le bourreau, tâche le répugnant d’autant qu’elle le place aux services de ses ennemis, mais qui lui offre la possibilité de les torpiller de l’intérieur. Pour cela, il compte sur le soutien d’un de ses amis revanchard, Toran (Sam Spruell), exerçant alors comme son second. Contre toute attente, l’identité de Wilkin n’est pas inconnue du chambellan, Milus Corbett, qui espère bien tirer avantage de cette situation pour asseoir son autorité. Pour un homme qui n’a plus d’attaches et supposément capable du pire pour atteindre son unique objectif, le protagoniste ne paraît pas franchement impliqué. Ses doutes, son dilemme moral vis-à-vis de sa profession tombée du ciel, sa douleur d’avoir perdu un être cher et son cheminement personnel restent à l’état embryonnaire. Fade, apathique et interprété par un monolithique Lee Jones, il n’inspire aucune sympathie. Sa caractérisation multiplie les clichés du genre et n’oublie par exemple pas de lui offrir une dimension plus glorieuse, voire légendaire, alimentée par l’énigmatique Annora insufflant pour sa part une dose de mysticisme ridicule et tout aussi stéréotypé. Cette femme aux longs cheveux gris, campée par Katey Sagal (Married… with Children), n’est pas qu’une sorcière un peu étrange. Outre ses facultés de guérisseuse, elle semble détenir le don de prescience et a le malheur d’être pourchassée par une congrégation cabalistique prête à tout pour la faire disparaître. Car elle possède la clé de révélations capables de bouleverser l’ordre préétabli, de renverser la chrétienté tant vénérée. Son protecteur mutique, incarné par Kurt Sutter lui-même, cache son visage en raison de grandes brûlures, l’aide dans ses activités brumeuses et continue d’essayer d’ajouter vainement une atmosphère non manichéenne. La série joue en effet sur plusieurs tableaux et dresse le portrait d’une époque en ébullition tourmentant les pauvres gens comme les hautes sphères du pouvoir.

Wilkin ne se borne pas à torturer des individus plus ou moins coupables et à chercher abstraitement les meurtriers de ses proches. Il gère une femme psychologiquement instable et s’amourache à sa manière de Love (Flora Spencer-Longhurst), la souveraine des environs et épouse du baron Ventris (Brían F. O’Byrne – Aquarius). Si son mari est anglais, elle est bel et bien galloise et fière de ses racines. Pour divers motifs, elle a dû étouffer ses désirs d’indépendance et accepter une union raisonnable, du moins d’un point de vue géopolitique. Cette suzeraine mesurée et intelligente navigue avec adresse dans ce monde misogyne lui rappelant sans cesse cette discrimination. Love n’est pas dénuée d’intérêt, mais son association avec l’insipide Wilkin n’apporte rien si ce n’est de l’ennui. Sa relation avec le chambellan s’avère plus plaisante à suivre, probablement parce que ce perfide manipulateur est le seul à sortir un minimum du lot. Stephen Moyer (True Blood) l’interprétant semble s’amuser bien qu’il doive se contenter d’un traitement souvent branlant et délayé. Ajoutons à tout cela des rebelles gallois – dont le chef est porté par Matthew Rhys (The Americans) – luttant contre l’envahisseur anglais qui, eux aussi, ne jouissent que d’un développement approximatif. La fiction aurait pu en profiter pour injecter un souffle épique, une vraie densité dramatique et fraternelle, mais non. Comme si elle ne s’éparpillait pas assez, elle se permet de corser l’affaire avec l’irruption de la cour du roi Édouard II et de satanés Français bouffis d’orgueil et d’arrivisme. Bref, The Bastard Executioner lance un tas d’idées sur le tapis et paraît naviguer à vue. Les enjeux changent au gré du vent ; la série tente maintes choses n’ayant parfois aucune légitimité ou un lien entre elles ; les principales figures voient leurs motivations passer d’un registre à l’autre ; seul prime finalement la médiocrité d’une écriture informe. Si ses débuts se révèlent donc ineptes, elle s’améliore en cours de route grâce à des réflexions sur la religion et la loyauté un peu mieux senties, ainsi qu’à des rôles secondaires presque attachants à défaut d’être convenablement approfondis. La bande de villageois de Wilkin et la suivante de Love à l’humour acéré rendent l’expérience assez tolérable en dépit d’un rythme monocorde. Les rebondissements censés favoriser une tension tombent régulièrement à l’eau et symbolisent à merveille tout ce qui ne fonctionne pas dans cette production propice aux scènes inutiles et excessives.

Pour résumer, que The Bastard Executioner ait été annulée après une unique saison ne surprend pas du tout. Au lieu de tirer parti d’un matériel enrichissant et exaltant associant une vengeance viscérale et personnelle à la cause plus large d’une authentique rébellion, elle multiplie les intrigues fumeuses et illogiques. Son protagoniste falot donne de toute manière le ton, car l’ensemble prend trop de temps à s’installer et à se créer un semblant de caractère. La surenchère de violence macabre et la réalisation parfois ubuesque ne font pas oublier la monotonie ambiante et ne cachent jamais la vacuité d’un scénario pétri d’autosuffisance. Certes, pour peu que l’on apprécie le genre et que l’on soit capable de taire momentanément son sens critique, le visionnage demeure plus ou moins supportable, mais tout de même, cette production bâclée n’est qu’un idiot gâchis !

Par |2017-07-21T17:43:53+02:00juillet 26th, 2017|Séries étasuniennes, The Bastard Executioner|0 commentaire

Grey’s Anatomy (saison 11)

Les années ont beau passer, une série semble résister vaillamment au couperet fatidique et, visiblement, celui-ci est encore loin de souhaiter s’abattre. Alors que la douzième saison de Grey’s Anatomy s’approche à grands pas aux États-Unis, il est l’heure de discuter de la onzième. Constituée de vingt-quatre épisodes, elle fut diffusée sur ABC entre septembre 2014 et mai 2015 ; à noter que le vingt-deuxième a vu sa durée exceptionnellement doublée. Aucun spoiler.

Malgré une certaine redondance et une recette désormais quelque peu éculée, la précédente année de ce mastodonte étasunien demeurait relativement satisfaisante. La logique aurait donc voulu de démarrer ces aventures inédites plutôt rasséréné. Or, ce n’était pas du tout mon cas. Le départ de l’un des personnages les plus intéressants, l’écartement de deux internes susceptibles de dynamiser la fiction et le rebondissement ridicule du season finale laissaient plus que perplexe. Comment la série allait-elle réussir à convaincre ? Contre toute attente, elle sort brillamment vainqueur de nombreux obstacles s’étant retrouvés sur son chemin et l’effort est d’autant plus louable que les bouleversements en coulisse n’ont sûrement pas été de tout repos. Cela étant, Grey’s Anatomy souffre de manière assez notable de sa grande galerie de protagonistes et peine à de trop régulières reprises à tous les mettre sur un pied d’égalité. Si la saison arrive à associer avec efficacité affaires médicales et problèmes intimes, elle oublie par moments de traiter tout le monde de la même façon, provoquant dès lors des disparités frustrantes. Des figures comme Owen en pâtissent plus que d’autres, ce qui est toujours assez dommage. Il n’empêche que pour la première fois depuis longtemps, la série décide de s’orienter dans une direction inédite et de rompre avec sa structure ronronnante, comme si elle s’armait progressivement pour se construire un nouveau visage et une sorte de retour aux sources. Si cette transition vers du changement est salvatrice, c’est parce qu’elle favorise un regain d’intérêt pour une production sur la pente descendante.

Plus que jamais, cette onzième année est celle de sa principale héroïne, Meredith. Ce personnage ne se situe probablement pas en tête de liste des préférés du public, mais il possède une extraordinaire évolution sur la durée et ces épisodes le démontrent encore une fois. Alors qu’elle vient de perdre sa meilleure amie partie vivre en Suisse, voilà qu’elle apprend l’existence d’une demi-sœur. Pire, cette dernière occupe dorénavant le poste de Cristina et officie donc en tant que chef de chirurgie cardiaque. Meredith a le droit de craquer sauf qu’elle tente de résister et doit combattre le comportement exécrable de son mari, Derek, à qui le président des États-Unis fait la cour. Psychologiquement à bout, elle ne sait plus que faire et craint de se transformer inexorablement en Ellis Grey. Le parallèle avec cette mère acariâtre est perpétuel au sein de cette année et celle-ci n’a jamais été autant au centre des propos. En dehors de sa fille avec Richard, c’est aussi une plongée dans ses pensées et son parcours que l’intrigue délivre, notamment à travers plusieurs flashbacks pas toujours très fins, mais globalement éclairants. Quoi qu’il en soit, la jeune Grey rabaisse tout le monde et, en plus de ses relations conflictuelles avec ses pairs, vit une crise conjugale larvée. Derek est d’une incroyable condescendance et il l’irrite plus que de raison, même si elle l’aime plus que tout. Le seul ayant encore grâce à ses yeux est Alex qui devient, sans nul doute, son nouveau Cristina ; leur dynamique amicale est joliment croquée à l’écran. Ainsi, les doutes et craintes de Meredith sont parfaitement retranscrits et touchent en plein cœur le téléspectateur. Le point d’orgue est tout naturellement la fin de saison en raison d’un évènement dramatique explosant littéralement l’univers de cette femme sachant rester digne malgré les circonstances. Si l’ensemble demeure satisfaisant, l’irruption de Maggie Pierce a pourtant dès le départ de quoi provoquer des sueurs froides.

Avec Lexie, Grey’s Anatomy avait déjà joué la carte de la sœur sortant d’un chapeau de magie. C’est pourquoi voir le scénario s’y adonner n’augurait pas grand-chose de bon malgré une logique presque évidente. Effectivement, cette fille n’est pas n’importe qui puisqu’elle est l’enfant de Richard Webber et d’Ellis Grey. Leur relation est connue depuis maintes années et cette naissance deux décennies auparavant ne paraît pas si incongrue que ça. Maggie (Kelly McCreary) arrive au Seattle Grace dans l’espoir de côtoyer sa grande sœur et ne cherche absolument pas ses racines ou une vraie affection. Elle aime sa famille adoptive, n’est pas malheureuse et a pleinement conscience d’avoir été choyée. Elle ne sait pas que Richard est son père et, forcément, celui-ci tombe des nues en découvrant de lui-même le pot aux roses. Finalement, la nouvelle chef de cardiologie plaît d’emblée et réussit sans difficulté à s’intégrer à la distribution. Les épisodes choisissent d’explorer immédiatement sa personnalité afin de l’asseoir aux yeux de l’audience qui ne peut que la trouver sympathique. Fraîche, rigolote et talentueuse, elle ne démérite absolument pas face aux autres. Ses interactions avec Meredith sont tout aussi abouties et alimentent de solides scènes. Maggie n’est pas la seule à s’introduire dans l’équipe, car la sœur de Derek, transfuge de Private Practice, doit également s’installer. En revanche, le constat se veut moins positif pour Amelia. Si son développement n’est aucunement à remettre en cause tant l’écriture soigne cette neurochirurgienne déterminée, elle n’est que rarement agréable et, donc, assez peu attachante. Sinon, les médecins ayant rejoint la série depuis peu comme Stephanie ou même Jo finissent par s’intégrer. En effet, la seconde se détache de l’ombre d’Alex tandis que la première jouit de ressorts scénaristiques heureusement non liés à ses aventures passées avec Jackson. Progressivement, Grey’s Anatomy renouvelle par conséquent sa galerie bien qu’il se révèle toujours compliqué de s’intéresser à tous.

Si l’intrigue de fin de parcours avec Meredith et Derek reste probablement celle en mémoire tant elle dispose d’une parfaite maîtrise alliant émotions, intimité et, étonnamment, optimisme, d’autres nécessitent plusieurs louanges. Par exemple, malgré la relation franchement rébarbative entre Callie et Arizona, l’arc avec Nicole Herman jouée par Geena Davis (Commander in Chief) est fort plaisant, ne serait-ce que parce que cette femme s’impose sans mal. Le constat se veut aussi plutôt positif pour la gestion pudique d’une perte douloureuse de Jackson et d’April même si, là également, tout n’est pas parfait en raison d’une dynamique parfois menée trop abruptement. Les autres personnages doivent se contenter de miettes scénaristiques et, encore une fois, Miranda en pâtit, car avouons-le, ses tentatives de prise en main avec consommation de kale et sport sont ridicules ! À l’instar de Meredith, Owen cherche à aller de l’avant face au départ de Cristina et ne dispose guère de plus de matériel que ça. La saison démontre dans tous les cas que les protagonistes ne sont, au bout du compte, pas forcément indispensables et que la disparition de n’importe lequel d’entre eux a beau être tantôt triste, elle n’impacte pas le reste. Cristina le symbolise à merveille, mais elle n’est pas la seule. Quoi qu’il en soit, en dehors de la vie plus intime de ses héros ponctuée de séquences plus légères et amusantes, la production continue de leur offrir des challenges médicaux un peu trop réguliers et époustouflants, mais il s’agit là d’une de ses marques de fabrique. Voir les médecins aussi exceptionnels agace parfois un peu, car il n’est pas nécessaire qu’ils découvrent des techniques miracles pour les rendre compétents. Pour l’anecdote, des invités comme Megan Gallagher (MillenniuM), Debra Mooney (Everwood) et Kevin Alejandro (True Blood) sont dans les parages.

Au final, cette onzième année de Grey’s Anatomy s’apparente presque à une cure de jouvence pour la série malgré quelques lacunes dispensables. Les épisodes redistribuent les cartes, assimilent aisément de nouveaux visages et cherchent à progressivement modifier les forces en place, sans ne jamais oublier leur identité au passage. Ce dynamisme est dès lors assez rafraîchissant et pousse à penser que la fiction détient encore de solides atouts pour perdurer, à condition de parvenir à garder cet équilibre. Car pour être homogène, la saison l’est tant elle associe avec efficacité la médecine, les drames et joies de ses protagonistes avec, bien sûr, tout un panel d’émotions. La très belle évolution de Meredith et de tout ce qui la concerne représente certainement le maillon le plus notable de cet ensemble, mais l’héroïne n’est pas la seule à tirer son épingle du jeu. Il ne reste plus qu’à espérer que la suite continue sur cette lancée et ne retombe pas dans la routine mécanique.

Par |2017-05-01T13:58:23+02:00septembre 15th, 2015|Grey's Anatomy, Séries étasuniennes|0 commentaire