V: The Series (série complète)

Avant de nous attaquer au reboot de 2009 de V, il est l’heure de retourner du côté de la version originale. Reprécisons une nouvelle fois le contexte tant il y a de quoi s’y perdre. V est un ensemble de séries créé par Kenneth Johnson ; il quitta toutefois l’aventure en cours de route pour des divergences d’opinions avec les producteurs. Techniquement, ne devaient exister que deux mini-séries. La première, The Original Miniseries, s’attarde sur l’arrivée des extraterrestres et les débuts de la résistance. Une seconde partie intitulée The Final Battle illustre, comme son titre l’indique, la dernière bataille, à savoir celle supposée conclure le récit. En d’autres termes, il est tout à fait possible de se limiter à ces deux fictions n’en faisant qu’une. Contre toute attente, la chaîne américaine NBC choisit à l’époque de poursuivre l’histoire en proposant une série hebdomadaire entre octobre 1984 et mars 1985. Les audiences s’avérant catastrophiques, elle l’annula au bout de 19 épisodes d’une quarantaine de minutes. Enfin, l’année 2009 fut marquée par le retour des lézards humanoïdes sur ABC, mais ça, nous en parlerons plus tard. Il n’est donc aujourd’hui question que de l’ultime étape de ce V datant des années 1980. Aucun spoiler.

The Final Battle se terminait par la victoire de la résistance et de la Cinquième Colonne. La toxine rouge issue de l’ADN d’un des jumeaux de Robin étant mortelle pour les extraterrestres, ceux-ci quittèrent rapidement l’atmosphère terrestre pour repartir vers d’autres contrées. Quant à Diana, elle réussissait miraculeusement à s’enfuir à bord d’une navette. Bien qu’amenée assez précipitamment, cette conclusion se révélait satisfaisante et offrait à la population humaine une liberté méritée. Souhaitant profiter du succès populaire et critique de V, ce n’est guère étonnant que NBC prît alors le risque de poursuivre le scénario, quitte à proposer n’importe quoi. Oui, car c’est bien le cas, cette unique saison est une véritable calamité. Qui plus est, puisqu’elle a été annulée en cours de route, elle ne dispose pas de fin en bonne et due forme et a le toupet de s’arrêter sur un cliffhanger. Pour sa défense, elle devait normalement se développer sur 26 épisodes ; le scénario du vingtième était déjà écrit (cf. le résumé sur la page Wikipédia), il ne restait plus qu’à le tourner. Étant donné que les visiteurs étaient partis de Terre, il fallait trouver une astuce pour qu’ils reviennent. Pour cela, quoi de mieux que d’utiliser Diana ? Alors qu’elle s’enfuyait précédemment à bord de sa navette, on la retrouve ici en lutte avec Mike Donovan qui parvient à lui faire perdre le contrôle de son véhicule. S’écrasant en plein désert, elle est arrêtée par les forces de l’ordre, jetée en prison et son procès se prépare. Un an s’écoule. Pendant que la lézarde s’apprête justement à passer enfin sur le banc des accusés, elle est kidnappée par Nathan Bates (Lane Smith – Lois & Clark: The New Adventures of Superman), le PDG de la société en charge de la toxine, Science Frontiers. Celui-ci espère obtenir des informations fiables de la part de l’extraterrestre en échange d’un traitement de faveur. Sans grande surprise, Diana s’échappe et finit par découvrir un moyen de contrer les effets qu’a la toxine sur ses congénères. Nécessitant des températures assez fraîches pour subsister dans l’air, cette molécule perd de sa force dans les territoires au climat plus chaud, comme Los Angeles, l’Amérique du Sud, etc. Les visiteurs réapparaissent en masse, s’installent à des points stratégiques et reprennent leurs opérations initiales. Le monde est donc coupé en deux, avec des zones envahies, et d’autres, libres. La résistance n’a pas d’autre choix que de se reformer et de batailler. La situation est peut-être encore pire qu’avant tant ses membres sont obligés de lutter également contre Nathan Bates et la multitude de collaborateurs.

De la subtilité initiale de V il ne reste plus grand-chose avec cette saison raccourcie. Les épisodes se succèdent, se ressemblent sur la forme en dépit d’un lien entre eux parfois inexistant, et se révèlent systématiquement soporifiques et plus que médiocres. Outre le ridicule de la pirouette scénaristique pour faire revenir les extraterrestres, les décisions opérées sont consternantes de bêtises, les nuances mises de côté et les personnages ne sont jamais explorés, alors qu’ils auraient justement tout le temps de l’être. De surcroît, l’interprétation est désastreuse, ce qui n’arrange évidemment rien. D’ailleurs, c’est à se demander ce qui est advenu entre les mini-séries et celle-ci puisque les acteurs sont identiques, à l’exception de quelques nouveaux arrivants. À ce sujet, Elisabeth (Jennifer Cooke), la fille de Robin détient une place de choix au sein de l’intrigue principale. Grandissant toujours aussi rapidement, elle se transforme en magnifique femme ne passant guère inaperçue, d’autant plus que ses pouvoirs particuliers se développent par la même occasion. L’enfant-étoile est la clé de voûte de V, celle que tout le monde s’arrache, résistants comme extraterrestres. La majeure partie des histoires de cette fiction se consacre à un jeu du chat et de la souris où Diana court après Elisabeth tandis qu’elle, elle se cache. Afin de pimenter un minimum la situation, quelqu’un a visiblement eu l’idée d’inclure un triangle amoureux compliqué entre Robin, sa propre fille et un jeune homme, Kyle (Jeff Yagher), qui n’est autre que… la progéniture de l’ennemi humain numéro 1, Nathan Bates. Effectivement, V semble clairement préférer le mélodrame à son aspect allégorique de départ. Où ont disparu la fine réflexion et la modernité des propos ? En voilà une excellente question ! Des protagonistes s’évaporent subitement, sans aucune explication, et les absurdités se font omniprésentes. Malgré des atermoiements et de tristes coups du sort supposés intensifier ces aventures grotesques, le récit est d’une prévisibilité douloureuse, surtout que les scènes s’allongent inutilement, augmentant l’ennui du public. Toujours chez les Terriens, Mike, Julie, Ham ou encore Elias (Michael Wright – Oz) multiplient les attaques héroïquement outrancières à l’encontre des reptiles et voient de nouveau leur nombre diminuer progressivement. L’impact émotionnel est nul et l’on souffre devant ces figures désormais fort transparentes. Le constat n’est malheureusement pas davantage satisfaisant parmi les extraterrestres. Diana, plutôt que de garder de sa superbe, finit presque par devenir pathétique à force de se faire avoir en beauté et de persévérer dans ses envies grandiloquentes. Ses plans échouent régulièrement, elle se trouve en mauvaise posture, complote et essaye d’évincer coûte que coûte sa rivale, la blonde Lydia (June Chadwick). Les deux s’amusent à se contrer mutuellement, mais n’y arrivent jamais. Si cette dynamique avait des atouts pour se montrer agréable, elle s’avère principalement ridicule, car trop appuyée et sombrant dans la surenchère. La ribambelle de lézards mâles gravitant autour d’elles n’intéresse pas non plus le moins du monde. Avouons que les coiffures des années 1980 ne sont pas d’un grand secours et ne font que souligner la forme désuète de V. Bien que ces caractéristiques fussent tolérables dans les mini-séries, ce n’est plus du tout le cas ici parce que la qualité a baissé et, surtout, en raison de la vacuité du scénario. Même la Cinquième Colonne – avec Philip, le jumeau de Martin – agace pour son message métaphysique ronflant.

Pour conclure, l’unique saison de la série hebdomadaire V est une catastrophe. Mécanique, poussive, manichéenne et bien trop kitsch, elle ne parvient jamais à convaincre et à impliquer émotionnellement le téléspectateur. Avec ses épisodes répétitifs, ses incohérences, son absence totale de développement des personnages, et sans son contexte inhérent à la résistance et aux réactions face au fascisme, la fiction devient pénible à regarder pour autant d’inepties. Elle est donc plus que déconseillée et se doit d’être oubliée. Seules les mini-séries, et plus particulièrement la première, méritent d’être visionnées. En d’autres termes, V, c’est l’œuvre de Kenneth Johnson, pas la resucée intéressée de NBC.

Par |2017-05-01T13:58:54+02:00octobre 25th, 2014|Séries étasuniennes, V|0 commentaire

Babylon 5 (saison 3) – Point of No Return

Il aura fallu attendre plus de trois ans avant que Babylon 5 revienne sur Luminophore et, comme je l’avais écrit l’année dernière, je me doutais fort bien qu’il ne serait pas nécessaire de patienter autant pour que l’on discute de la troisième saison. Composée elle aussi de 22 épisodes d’une petite quarantaine de minutes, elle fut diffusée en syndication aux États-Unis entre novembre 1995 et octobre 1996 ; à noter une pause de plus de quatre mois entre le 3×17 et le 3×18. Pour l’anecdote, la série fête cette année ses vingt ans. Déjà ! Sinon, je tenais à dire qu’en voulant regarder ce que les acteurs faisaient depuis – tout en évitant habilement les spoilers, naturellement – je me suis rendu compte que beaucoup, dont certains pourtant encore très jeunes, étaient décédés. C’est une vraie hécatombe. Il est par la suite fort difficile de continuer le visionnage en restant de marbre… Aucun spoiler.

La seconde saison s’était terminée sur une note terrible avec la victoire sanglante des Centauris sur les Narns, la montée en puissance du Corps Psi couplée à un gouvernement terrien de plus en plus discutable, et la menace alors discrète des Ombres. Pessimiste et noire, la conclusion de l’ensemble précédent ne lâchait toutefois pas le téléspectateur dans un abîme de désespoir car elle révélait enfin quelques secrets positifs concernant les Vorlons. En illustrant la véritable nature de ces êtres atypiques, la série embrassait définitivement sa dimension religieuse.  En effet, ces extraterrestres seraient en réalité ceux que l’on associe aux anges sur Terre, mais aussi toutes les autres manifestations de cet acabit dans les cultures de l’Univers. Cette apparition met du baume au cœur sur Babylon 5 et lorsque la saison trois débute, la station reçoit un grand nombre de personnes cherchant à se rapprocher de ce miracle et à en profiter un tant soit peu. Cependant, le calme apporté par cette manifestation hors de tout contexte ne dure guère longtemps et, comme l’indique le sous-titre de cette saison, le point de non-retour est inéluctable et irréversible. Le nouveau générique, avec Susan Ivanova en narratrice, ne laisse aucun doute à ce sujet : la tonalité sera sombre et épique. Le discours du commandant en second reflète parfaitement cet état d’esprit. The Babylon Project was our last, best hope for peace. It failed. But, in the Year of the Shadow War, it became something greater: our last, best hope… for victory. The year is 2260. The place: Babylon 5.

     

À l’instar de l’année passée, celle-ci continue sur plusieurs arcs parallèles que l’on pressent se rejoindre à un moment mais pour lesquels il n’est justement pas toujours aisé de savoir où les scénaristes veulent en venir. Néanmoins, plus les épisodes s’écoulent et plus les pièces du puzzle commencent véritablement à se mettre en place et à représenter un gigantesque tableau ambitieux. Cette troisième saison prouve indiscutablement que Babylon 5 fait partie de ces séries matriochkas où chaque élément est englobé dans un autre de plus grande importance, et ainsi de suite. Alors que l’on croit comprendre un tant soit peu les futurs développements ou ce vers quoi l’on se dirige, l’histoire assure le contraire et réussit régulièrement à surprendre. Mieux, elle utilise des détails a priori anecdotiques vus précédemment alors qu’en réalité, ils sont la clé de voûte d’un développement ultérieur. Les excellents épisodes 3×16 et 3×17, War Without End, en sont un parfait exemple et à travers un voyage dans le temps, ils donnent envie de se replonger dans la toute première saison. Pour toutes ces raisons, cette fiction est un vrai plaisir à suivre. C’est d’autant plus marquant à une époque où les séries télévisées n’ont malheureusement plus la possibilité ou le souhait de chercher à explorer au long cours un univers riche et fouillé. Cela n’empêche pas Babylon 5 de posséder des épisodes indépendants très laborieux comme le 3×07, Exogenesis – faisant surtout penser aux symbiotes dans Stargate SG-1 – mais ils sont aisément contrebalancés par la mythologie et la densité du reste. Les commentaires des fans expliquant régulièrement que la série montre toute son ampleur en cours de visionnage et qu’elle utilise à bon escient ses cinq années ne paraissent de ce fait guère trompeurs. Par conséquent, avec un suspense souvent haletant, une tension allant crescendo, une galerie de personnages travaillée avec beaucoup de finesse et des embûches se manifestant à plusieurs niveaux, tous les ingrédients semblent être présents pour former un divertissement intelligent.

Le premier grand arc de la saison est en lien avec la Terre et la rupture opérée en raison du régime du Président Clark, de plus en plus dictatorial. La colonie martienne est bombardée, la propagande ne s’arrête jamais, la Garde de Nuit se voit confier des missions extrêmes ne rappelant que trop bien celles de la Seconde Guerre Mondiale, le racisme se fait omniprésent et le climat en devient rapidement délétère. Babylon 5 n’hésite jamais à multiplier les références historiques sans user de sensationnalisme ou de morale bien pensante. En confiant à son public le soin de réfléchir de lui-même, elle ne fait que dépeindre une société à la dérive empêtrée par des conflits de tout ordre. En dépit d’un cadre placé à des millénaires de notre époque, elle parvient systématiquement à dépeindre des comportements modernes et effectuer des parallèles avec le XXè siècle – ou bien sûr, le XXIè siècle. Le constat est d’ailleurs assez pessimiste dans le sens où l’on ne réalise que trop bien que les erreurs du passé ne font effectivement que se répéter inlassablement. Déjà amorcée précédemment, la guerre froide entre le gouvernement terrien et les représentants menés par Sheridan sur Babylon 5, prend de toutes nouvelles proportions dans le magnifique 3×10, Severed Dreams, conclusion d’un triptyque où les batailles spatiales ont pour une fois une place de choix. L’intime se mêle aux conflits, rendant la situation plus complexe qu’elle ne l’est déjà. Cette cassure nette apporte d’inéluctables changements au sein de l’Alliance terrienne mais aussi parmi les galaxies ; l’Univers doit ainsi s’orienter vers un nouveau cap. La station se situe dès lors au centre de tous les combats, dans un véritable œil du cyclone, et ses principaux membres s’échinent à tenter de colmater les plaies béantes qui ne font que se manifester encore et encore. Cet épisode n’est pas anodin dans la mythologie de la série car il permet de bousculer les fondements de l’identité de Babylon 5. Autrefois apparentée à un endroit supposé symboliser la paix entre les différents peuples, c’est en réalité elle qui devient le catalyseur des hostilités, ou plutôt, de la rébellion. Non pas parce que l’idée d’entrer en guerre plaise à Sheridan et aux autres, le trouble du commandant le prouvera à plusieurs reprises, mais uniquement parce qu’ils savent tous que pour sauver le maximum de personnes et faire ce qui est juste, il est nécessaire d’opter pour des mesures drastiques. La saison est celle des risques et de la prise de position. De manière davantage marquée qu’autrefois, il n’y a aucune solution de repli et si rien ne fonctionne, la perte sera terrible. Tout est lié ; et sans grande surprise, la dimension terrienne de l’intrigue est à mettre en résonance avec la venue des Ombres.

Le Président Clark, en écartant de manière criminelle son prédécesseur, n’avait jamais caché être abject, ambitieux et arriviste. Ce n’est donc guère étonnant de découvrir que sur Terre, certains soient tout à fait au courant de l’existence des Ombres, de leur éveil et de ce dont elles sont capables de perpétrer. Sheridan et ses compères doivent alors gérer leur propre race mais aussi essayer de trouver un semblant de solution pour stopper, ou tout du moins freiner, l’arrivée des Ombres. Jusque-là entraperçues, elles sont au cours de ces épisodes omniprésentes et s’incrustent toujours en toile de fond. Leurs caractéristiques physiques sont très à propos tant elles apparaissent comme de gigantesques silhouettes insaisissables et totipotentes. Progressivement, le scénario dévoile certains des mystères de ces êtres craints décidant de déployer leurs tentacules. Seul contre ces menaces, Sheridan cherche toutes les options, parcourt les galaxies et entreprend des solutions désespérées. Il est tout à fait conscient qu’il ne peut, à lui seul, espérer les vaincre et c’est pour cela qu’un autre grand arc de ces épisodes est celui de la réunion des races – ou de la tentative – pour combattre ces vieilles créatures ayant disparu depuis plusieurs siècles. Dans sa quête, le commandant de la station a toutes les possibilités de compter sur ses fidèles suivants tels que la forte et charismatique Ivanova, le toujours aussi sympathique chef de sécurité Garibaldi, ou encore le médecin Franklin qui n’aura de cesse de combattre d’abord ses propres démons. Mais surtout, les Humains ont la chance d’être soutenus par d’autres races puissantes comme les arrogants et puissants Vorlons, avec le mystérieux Kosh à l’origine d’un rebondissement fort douloureux, et des Minbaris. La saison explore la culture de ces derniers et offre à Delenn toutes les possibilités de resplendir et d’insuffler le mode de pensée et d’agir de ses congénères. Déjà amorcé auparavant, le rapprochement entre Sheridan et elle emprunte une nouvelle voie, tout en finesse et en sobriété comme la série aime à le faire. Plus que jamais, les différences s’atténuent entre ces deux peuples ayant un but commun : la paix dans l’univers. Également évoqués mais assez peu montrés jusqu’à présent, les Rangers possèdent une toute nouvelle exposition grâce à l’arrivée de l’éminemment attachant Marcus (Jason Carter). Drôle, piquant et charmeur, il cache un lourd passé qui le ronge et dont il a beaucoup de mal à supporter la charge. Dans tous les cas, les Minbaris, les Terriens et les Vorlons commencent à collaborer, et les avancées et prouesses technologiques se multiplient en même temps que les révélations parfois spectaculaires, voire prophétiques.

En réalité, Babylon 5 ne fait que reprendre des thématiques déjà entraperçues jusque-là si ce n’est qu’elle les utilise avec finesse de manière à leur offrir presque insidieusement de l’importance. La guerre et la paix, l’éthique, l’opposition entre l’ombre et la lumière, l’addiction, le totalitarisme contre le libre-arbitre, la religion et la foi ou le sacrifice pour une cause plus grande sont régulièrement employés. Le ton n’est pas toujours direct puisque l’écriture emploie beaucoup le symbolisme et n’hésite jamais à utiliser toutes les cartes qu’offre le genre de la science-fiction pour augurer de la suite. Les scénaristes se servent effectivement à plusieurs reprises du voyage dans le temps. Tandis que dans de nombreuses fictions ce thème est généralement vecteur d’erreurs, d’approximations et de méli-mélo moyennement engageant, c’est tout simplement le contraire dans Babylon 5. Il est facile de remercier la qualité de l’écriture mais aussi, naturellement, la construction particulière de l’ensemble permettant justement de découper l’histoire et de ne jamais tout révéler d’emblée afin de ménager le suspense. La saison dévoile encore l’hédoniste Londo Mollari, son destin funeste et tout ce qui se rapporte aux autres Centauris. Elle en profite pour ajouter de nouveaux éléments, certains très étonnants, d’autres moins et d’autres – tels qu’un rebondissement en rapport avec l’amical Vir Cotto – particulièrement stimulants. Du fait de son mode de fonctionnement, il en devient presque complexe de discuter de la saison tant en fait, si l’on n’a pas regardé la suite, il manque probablement les bonnes clés pour en décoder l’ensemble. Quoi qu’il en soit, au cours de ces 22 épisodes les rêves, songes et autres prédictions sont pléthores. Des murmures sont entendus, des protagonistes sont assimilés à des êtres messianiques et l’ensemble se transforme définitivement en un récit d’exploits non dénués de lourdes pertes. Les réponses à toutes ces interrogations sont nombreuses mais lorsqu’elles délivrent une explication à l’une d’entre elles, d’autres sont soulevées, que l’on s’en rende compte ou non. Pour résumer, cette troisième année de diffusion trouble les dynamiques en place, nuance les propos et complexifie grandement un tableau pourtant déjà multidimensionnel.

Outre sa richesse mythologique, ses niveaux de lecture multiples et sa mise en place brillante, la saison n’oublie jamais ses protagonistes. S’ils sont malgré tout assez importants en nombre, chacun possède la possibilité de rayonner et d’être suffisamment dépeint. De même, les relations entre eux gagnent en sensibilité et en intérêt. Le quatuor que forment les Humains sur la station, à savoir Sheridan, Ivanova, Garibaldi et Franklin, est la pièce maîtresse autour de laquelle tout le monde gravite. Soudés, ils s’entraident et si l’environnement n’est guère propice aux blagues en tous genres, l’humour n’est jamais laissé sur place. Disséminé de part et d’autre, il permet d’alléger quelque peu l’ensemble foncièrement tragique et intense. Des figures plus secondaires comme Zack prennent également de l’importance et d’autres reviennent parfois alors que l’on ne s’attendait absolument pas à ce qu’elles aient un rôle aussi prépondérant au cours des intrigues. En revanche, il est vrai que par moments, il est assez frustrant de constater que certains évènements se déroulent en-dehors de la caméra et que l’on n’y assiste pas, ou que des réponses ne soient pas fournies. La révélation de la saison se trouve peut-être en la personne de G’Kar. Le Narn colérique a bien changé et a gagné en maîtrise, en prestance et en sens du sacrifice. Il fait vraiment plaisir à voir et son lien ambigu avec Londo est toujours autant intéressant, voire touchant. Sans eux, Babylon 5 n’aurait pas la même saveur. La guerre entre Narns et Centauris, bien que techniquement terminée, est terrible et écœurante, et les épisodes illustrent avec tristesse l’horreur de la situation. La musique composée par Christopher Franke participe d’ailleurs à l’expérience et pour peut-être la première fois, elle devient une actrice à part entière. Sur une note plus anecdotique, il est amusant de découvrir que le tueur en série sévissant dans le 3×04, Passing Through Gethsemane, se prénomme Dexter. Sinon, d’aucuns auront reconnu Erica Gimpel (Veronica Mars) en chanteuse amenée à interagir avec Franklin, Brad Dourif (One Flew Over the Cuckoo’s Nest, The Lord of the Rings) en religieux compatissant, Erick Avari (Stargate SG-1) en prêtre, Robert Englund (V) en homme étrange auquel Garibaldi sera confronté, ou encore Melissa Gilbert (Little House on the Prairie) dans un rôle qu’il convient de ne pas expliciter au risque de ruiner une sacrée révélation.

Au final, après une seconde saison déjà fort solide, la troisième de Babylon 5 réussit à élever le niveau. Toujours aussi intense, épique et profonde, elle complète progressivement son puzzle scénaristique en ne cherchant jamais la facilité ou l’emphase grandiloquente. Avec des intrigues inextricablement liées et une universalité indiscutable, les épisodes s’attardent sur une épopée extrêmement complexe où une guerre civile côtoie un vaste conflit intergalactique dont l’issue paraît presque désespérée. Seule l’unité entre les peuples serait une solution viable mais elle s’apparente plus à une véritable chimère qu’autre chose. En développant sa mythologie avec un tel souci du détail tout en explorant la psychologie de ses protagonistes, leur destin et les dynamiques évolutives les liant, la saison orchestre d’une main de maître cette fresque humaniste ambitieuse. Si certains épisodes sont sensiblement moins réussis que d’autres, ils sont peu nombreux et dans tous les cas, une fois le magnifique Severed Dreams passé, la suite continue tambour battant en associant ampleur narrative, bouleversement émotionnel et drames épiques. Sans aucun doute, il s’agit là d’une fiction atypique qu’il est bon de choyer.

Par |2017-05-01T13:59:31+02:00mars 28th, 2013|Babylon 5, Séries étasuniennes|2 Commentaires