Itoshi Kimi e | 愛し君へ

Si beaucoup d’entre nous ont découvert le scénariste Sakamoto Yûji (Soredemo, Ikite Yuku, Mother, Saikô no Rikon) assez récemment, il est pourtant très loin d’être un novice. D’ailleurs, quelques-uns de ses travaux côtoyaient déjà le succès dans les années 1990. Aujourd’hui, avec Itoshi Kimi e, nous n’allons pas remonter aussi loin dans le temps. Ce getsuku dont le titre peut être approximativement traduit par à celui que j’aime fut diffusé sur Fuji TV entre avril et juin 2004. Il comporte onze épisodes et, comme régulièrement, le premier et le dernier disposent de quinze minutes additionnelles. À noter que, outre de solides audiences, la série a vraisemblablement marqué son public. Aucun spoiler.

Quand la jeune interne en médecine Tomokawa Shiki rencontre pour la première fois Azumi Shunsuke, le grand frère d’un ami décédé depuis peu, le contact reste froid. Contre toute attente, une fois de retour à Tôkyô, elle tombe de nouveau sur lui et réalise que derrière ce photographe se cache un être moins superficiel qu’au premier abord. Ce que personne ne sait encore, c’est que cet homme est voué à perdre la vue d’ici trois mois.

La lecture du synopsis ne laisse aucun doute sur le sujet : il s’agit d’une énième fiction s’attardant sur une pathologie incurable, en l’occurrence, la maladie de Behçet. Certes, la mort n’est pas en ligne de mire, mais la cécité n’est pas une conséquence des plus réjouissantes, surtout quand en plus, on travaille dans le domaine visuel. Les récits ayant de forts risques de favoriser la surenchère de pathos entraînant régulièrement chez moi une réaction épidermique, Itoshi Kimi e ne m’intéressait pas particulièrement. Pourquoi l’avoir regardée, alors ? En dehors de son scénariste pour qui j’ai beaucoup de respect depuis Soredemo, Ikite Yuku, c’est également sa distribution qui m’a donné envie de m’y pencher. Après tout, les écueils inhérents à ce type de séries peuvent très bien être habilement écartés et la surprise d’autant plus agréable. D’ailleurs, c’est le cas, car le misérabilisme n’est pas prépondérant et demeure ténu en dépit de quelques passages trop chargés en bons sentiments et valeurs nippones amenées sans subtilité. Contre toute attente, ce n’est pas tant l’aspect de la maladie qui rend Itoshi Kimi e moyennement convaincant, mais plus tout ce qui l’entoure en raison d’un classicisme et d’une prévisibilité ennuyante. La narration de l’héroïne devient vite redondante et non naturelle. Sans étonnement, la réalisation, la musique plate composée par Fujiwara Ikurô et les deux chansons tout aussi peu inspirées de Moriyama Naotarô ne changent pas la donne et accentuent cette sensation de banalité insipide.

Azumi Toshiya (Okada Yoshinori – Kisarazu Cat’s Eye, Ekiben Hitoritabi) est décédé seul, sans prévenir qui que ce soit qu’il était mourant, probablement parce qu’il ne souhaitait pas inquiéter ses proches. Ses amis se déplacent à Nagasaki afin de lui payer ses respects, quelque peu meurtris de découvrir bien trop tard ce qui est arrivé. Tomokawa Shiki le vit peut-être plus mal que les autres, car elle se souvient avoir aperçu Toshiya quelques mois auparavant sans avoir pris le temps de venir discuter. Quoi qu’il en soit, dans la maison familiale du défunt, l’ambiance est à la nostalgie, même s’il manque quelqu’un : le grand frère, Shunsuke. Autant Toshiya était calmé et pondéré, autant Shunsuke est son contraire. Photographe de renom, il passerait ses journées à côtoyer des femmes dénudées et se jouer d’elles. En réalité, il est bel et bien présent, sauf qu’il préfère rester en retrait, le visage impassible. Quand Shiki le rencontre, elle ne l’apprécie aucunement d’autant plus qu’il se permet de la draguer ouvertement et plutôt lourdement, comme si de rien n’était. La cérémonie d’enterrement terminée, chacun retourne à sa vie et l’héroïne repart en direction de Tôkyô. Elle poursuit son internat de médecine et intègre le service de pédiatrie dirigé par Furuya Keisuke (Tokitô Saburô – Hanayome to Papa), un homme en apparence sévère. Or, elle revoit par hasard Shunsuke et, sans savoir pourquoi, elle ne peut s’empêcher d’être attirée par lui. Avant toute chose, Itoshi Kimi e est une romance traditionnelle où tous les éléments sont réunis pour remplir le parfait cahier des charges. Entre l’opposition des familles, les compagnons mettant des bâtons dans les roues, un rebondissement ridicule en fin de parcours et les amoureux transis depuis l’adolescence, il y a de quoi faire.

De prime abord, Shiki et Shunsuke n’ont rien en commun. La première est honnête, intègre et travailleuse tandis que le second garde une attitude souvent frivole et n’hésite pas à se moquer des autres. Le scénario part de clichés éculés et tente, tout aussi caricaturalement, de montrer que la réalité est différente ; derrière leurs masques, les protagonistes possèdent des fêlures et se révèlent moins unidimensionnels. Malheureusement, le développement limité du duo phare se veut bien trop traditionnel pour marquer, d’autant plus que l’alchimie entre les deux héros est presque nulle. En vérité, même séparément, ils ne dégagent pas un charisme suffisant. Shiki a la vingtaine bien tassée et passe ses journées à l’hôpital, cherchant à ce que ses patients soient soignés comme il le faut. Dévouée, elle fait de son mieux et ses défauts sont illustrés de manière à la rendre encore plus admirable. L’interprétation timorée de Kanno Miho (Magerarenai Onna, Guilty) n’arrange rien à la situation et maximise la platitude de l’interne. Effectivement, Shiki manque cruellement de vigueur et la voir douter personnellement comme professionnellement ne touche pas. De l’autre côté, Shunsuke est, évidemment, moins imbu de lui-même que ce qu’il laisse croire et veille à ce que sa mère (Yachigusa Kaoru), éprouvée par le décès de son plus jeune fils, ne souffre pas plus. Passionné par la photographie, il navigue pour l’instant à vue, jusqu’à ce qu’une annonce diagnostique pulvérise sa zone de confort. Fujiki Naohito (Hotaru no Hikari, Around 40) le campant a auparavant eu l’occasion de se montrer plus impliqué. Shiki et Shunsuke apprennent à se connaître, s’apprivoisent, se déchirent, se retrouvent, se séparent de nouveau et vivent donc toutes les étapes propres à la romance générique des séries japonaises. La maladie n’est qu’un élément factice, une sorte de plus-value pour rythmer un minimum un scénario déjà anémique et progressant brutalement.

Itoshi Kimi e a beau emprunter la corde médicale, elle n’emploie finalement que peu tout ce qui gravite autour. En effet, les épisodes répètent maintes fois que Shunsuke sera aveugle dans trois mois, comme si cela était indiscutable et préétabli dès le départ, et n’approfondissent jamais l’affection en tant que telle. Arrivé en fin de parcours, que sait-on de ce Behçet ? Rien du tout. Cela aurait pu être n’importe quoi d’autre que ça ne changerait rien. Et puis, de toute façon, pourquoi toujours utiliser des pathologies quasi inconnues et extrêmement rares ?! La disparition de la vue n’est pas non plus réellement explorée. En somme, la production évite la complaisance et cette désagréable tendance à appuyer la misère d’autrui, mais une empathie digne de ce nom lui fait défaut, sûrement parce que les personnages s’avèrent factices. Les séquences à l’hôpital, avec les jeunes patients de Shiki, usant de métaphores et de parallèles avec la condition de Shunsuke démontrent la maladresse de l’écriture où tout est amené poussivement et artificiellement. D’ailleurs, le secret médical ne semble clairement pas exister au Japon ! Prouver que la perte d’un sens ou d’anciennes habiletés ne ruine pas son parcours est une bonne chose, mais il importe de s’y adonner avec émotions et chaleur humaine. De toute manière, le j-drama paraît accumuler ses ingrédients les uns à côté des autres et ne jamais réussir à les associer pour concocter une recette pertinente.

L’histoire romantique ponctuée de nombreuses embûches, la maladie agissant telle une épée de Damoclès et la dimension professionnelle employant les difficultés d’être médecin ne sont pas les seules sphères que tente de toucher Itoshi Kimi e. La série s’attarde aussi sur son contexte sociofamilial, voire amical. Shiki vit encore chez son père, avec son petit frère, Mitsuo (Moriyama Mirai – Moteki, Water Boys). Leur mère est décédée alors qu’ils étaient très jeunes, mais elle perdure dans les souvenirs. Le patriarche, Tetsuo, apprécie un peu trop boire de l’alcool, parle fort et est plutôt fruste sur les bords. Aimant ses enfants et les chérissant, il peine parfois à le leur montrer, mais ses sentiments sont indiscutables. Tout ce qu’il désire, c’est leur bonheur. La relation entre Shiki et son père est joliment retranscrite à l’écran malgré, encore une fois, un classicisme sous-jacent. C’est sûrement d’ailleurs la plus grande réussite de la fiction bien que le jeu d’Izumiya Shigeru (Sanbiki no Ossan) soit par moments beaucoup trop cabotin. En revanche, les amis de l’héroïne incarnés par Tamaki Hiroshi (Nodame Cantabile, Guilty) – avec une horrible coupe de cheveux – et Itô Misaki (Densha Otoko) ne disposent d’aucune substance propre et ne servent strictement à rien, si ce n’est amplifier la dilution d’une intrigue limitée. Le père richissime de la fillette disparaissant aussi vite qu’arrivé en est un exemple concret. Pour l’anecdote, il est toutefois amusant de noter la présence d’une jeune Kaho (Otomen) en enfant malade ainsi que d’Aibu Saki en infirmière.

En définitive, Itoshi Kimi e s’apparente à un récit générique et incolore favorisant trois thématiques appréciées du public japonais : romance, maladie et famille. Les épisodes se regardent assez convenablement à condition de suffisamment les espacer, mais tout y est tellement classique, peu original et consensuel qu’il y a de quoi s’endormir. Il ne suffit pas d’assembler maints éléments ayant déjà fait leurs preuves pour réaliser une histoire convaincante ; il faut choyer tact, naturel et chaleur, cela dans l’espoir d’impliquer les téléspectateurs qui ne demandent que ça. À moins d’être un grand amateur de quelques-uns des acteurs de la distribution, le visionnage est donc plus que dispensable.

Par |2018-07-06T17:48:12+02:00mai 15th, 2015|Itoshi Kimi e, Séries japonaises|0 commentaire

Shinya Shokudô | 深夜食堂 (saison 1)

Kodoku no Gourmet ne vous pas suffisamment rassasié ? Alors, Shinya Shokudô devrait continuer de remplir admirablement bien votre estomac. Comme souvent dans le cas de fictions japonaises, un manga en est à l’origine. Plus particulièrement, il s’agit de l’œuvre du même nom d’Abe Yarô, toujours en cours et composée de onze volumes à l’heure à laquelle ce billet est publié ; malheureusement, aucune édition française n’est (encore ?) disponible. L’adaptation télévisée est quant à elle constituée de deux saisons, et il est fort possible qu’une suite voie le jour dans les mois ou années à venir. Quoi qu’il en soit, pour l’instant occupons-nous de la première, disposant de dix épisodes de vingt-cinq minutes diffusés sur TBS entre octobre et décembre 2009. Aucun spoiler.

Tous les jours, un restaurateur ouvre les portes de son établissement confidentiel dès minuit pour les refermer à sept heures du matin. S’il est écrit sur son menu qu’il ne sert qu’une sorte de ragoût de porc (du tonjiru), il accepte en réalité toutes les demandes de ses clients, à condition qu’elles soient réalisables. Manger délie les langues, détend et aide les habitués à se confier, se décharger, voire peut-être même, à régler quelques uns de leurs problèmes.

     

Katzina et Livia semblaient tellement enjouées face à Shinya Shokudô qu’il me paraissait évident que cette série se devait de figurer sur ma liste de réjouissances futures. Sans grande surprise, le temps a passé et ce n’est que dernièrement que je lui ai enfin donné sa chance. Il est assez amusant de comparer cette production à Kodoku no Gourmet que je viens aussi justement de tester il y a peu ; effectivement, bien que les deux aient beau s’attarder sur les plaisirs culinaires, elles possèdent une approche différente les rendant singulièrement uniques. Tandis que la première se focalise surtout sur son héros et place au centre de ses propos la nourriture, la seconde se déroule certes dans un restaurant mais a pour prisme l’être humain dans toutes ses faiblesses et ses forces. En d’autres termes, ces deux j-dramas sont complémentaires et n’empiètent absolument pas sur les plates-bandes de l’autre. Leur plus grand point commun est probablement le fait qu’ils soient atypiques et quasi incontournables.  

Les dix épisodes de cette première saison sont similaires sur la forme puisqu’ils mettent généralement en avant un client et une cuisine qu’il a choisie pour diverses raisons : par goût, nostalgie, imitation, etc. Loin de se limiter aux stricts décors du restaurant, la caméra se rend également dans le quotidien de ce personnage et illustre ce qui l’inquiète. Ce shinya shokudô – soit, littéralement en français, le restaurant de minuit – s’apparente en réalité à une sorte de catharsis pour ses clients, fidèles ou non. Déguster un bon petit plat, discuter avec le patron et les autres consommateurs, et surtout, profiter de l’atmosphère, les aident à avancer sainement, ou tout du moins, à commencer à cheminer. Loin de disposer d’une intrigue extrêmement dense, le j-drama favorise de courts instantanés s’approchant de la tranche de vie. Techniquement, il ne se passe donc rien d’exceptionnellement trépidant et les rebondissements ne sont pas là pour surprendre le spectateur. D’ailleurs, le rythme est lent, sans être pour autant monotone ou sans saveur. Bien au contraire, sa tranquillité apporte une grande sérénité à l’ensemble disposant d’une ambiance intimiste et résolument fascinante. Les sentiments et les émotions y sont décrits avec une grande finesse et le public s’implique dans ce qu’il voit. À vrai dire, même des passages anecdotiques apportent une réaction touchante. La magnifique chanson du générique de début, Omohide de Suzuki Tsunekichi, amorce justement cette immersion dans les tréfonds personnels et secrets d’une population amenée à fréquenter un restaurant de nuit. Avec la voix traînante du chanteur, la mélancolie et la nostalgie induites par cette instrumentalisation acoustique, elle donne immédiatement le ton. Le contraste avec la chanson de fin, l’entraînante et joyeuse Believe in Paradise de MAGIC PARTY, est assez saisissant et symbolise parfaitement la positive évolution intérieure des protagonistes. Les bruitages, la musique et plus particulièrement les chansons détiennent une place extrêmement importante au sein de ces photographies gustatives, et prennent parfois littéralement le pas sur le reste. Tous les éléments sont en place pour concocter une véritable atmosphère, qu’il s’agisse des décors du petit établissement fort chaleureux, de la photographie soignée, des plans nocturnes de Tôkyô mais aussi, bien évidemment, du cœur-même de Shinya Shokudô.

Incarné par un Kobayashi Kaoru (Shiawase ni Narô yo) à qui le rôle va comme un gant, le chef du restaurant est un véritable mystère. Aucune information le concernant n’est distillée tout au long de la série ; sa seule distinction est la cicatrice qu’il arbore sur le visage. Si ce parti pris peut parfois irriter et parasiter une fiction, ce n’est jamais le cas ici. Avec son regard bienveillant, son empathie et son écoute active, le master, comme tout le monde le nomme, est un homme empreint de gentillesse et de délicatesse. Il accepte toutes les suggestions de ses clients, leur prépare ce qu’ils désirent du mieux qu’il peut et les laisse savourer, en se plaçant toujours en retrait. De temps en temps, il glisse un conseil mais il n’est pas intrusif. Sa caractérisation a beau être limitée, elle n’en demeure pas moins définitivement solide. Quid de ses fidèles clients ? L’excellent point de la saison est de réussir à dépasser son format routinier. Quand bien même chaque épisode s’attarde ainsi sur une personnalité, il n’en ressort pas de schéma mécanique. La bonne idée est de faire régulièrement revenir ces protagonistes en arrière-plan, sans qu’ils ne soient forcément l’objet de l’épisode. En définitive, ces visages deviennent rapidement coutumiers bien que l’on ne retienne pas leur nom. La stripteaseuse, les yakuzas – dont un incarné par le génial Matsushige Yutaka (le héros de Kodoku no Gourmet, d’ailleurs) –, les ochazuke sisters, une chanteuse d’enka ou encore le gay efféminé sont des figures attachantes et finement croquées à partir de détails presque secondaires, mais faisant aisément mouche. Il ressort de cette galerie une profonde authenticité et un aspect presque familial. Le restaurant n’étant ouvert que la nuit, sa clientèle est sans grande surprise celle de ce monde si particulier. Les gangsters, les travailleurs du sexe ou, plus trivialement, les vendeurs de journaux s’y retrouvent, discutent et interagissent alors qu’ils n’ont, à première vue, aucun point commun. La série fait preuve d’une certaine liberté de ton, probablement en raison de son horaire tardive de diffusion, et malgré des histoires et un univers sensiblement sordides, elle arrive généralement à les retranscrire d’une jolie manière, sublimant les bons côtés de l’être humain. Que l’on se rassure, elle n’est ni consensuelle, ni sentimentale. Elle tend plutôt à se montrer mesurée et nuancée avec une tristesse toujours latente non dénuée d’une pointe humoristique et piquante. En dépit de quelques épisodes en-dessous des autres, l’homogénéité est indiscutable. Enfin, pour l’anecdote, il est possible d’y reconnaître plusieurs acteurs comme Odagiri Joe et ses phrases nébuleuses, Tanaka Kei (Soredemo, Ikite Yuku, Taiyô no Uta, Water Boys), Taguchi Tomorowo (QP) ou encore YOU (Oh! My Girl!!).

Si l’identité de la série se construit principalement autour de ses personnages et de ce qu’ils vivent au sein du restaurant, la nourriture se taille bien sûr aussi une place de choix. Son importance est capitale étant donné qu’elle s’entremêle à la mémoire et amène à se remémorer des évènements de sa vie. Qui n’a jamais eu comme un retour en arrière en sentant les effluves d’un plat, ou en goûtant une saveur presque oubliée ? Qui garde au fond de son cœur un sentiment nostalgique pour des mets parfois très simples préparés avec amour par quelqu’un de proche ? Quiconque a probablement associé, et le fera encore, cette cuisine à des faits individuels bien particuliers, liant les deux inextricablement. Cette subsistance somme toute négligeable implique une charge émotionnelle prégnante et personnelle quant à son passé. Ce j-drama joue beaucoup sur ce phénomène et l’emploie à merveille pour retranscrire ses histoires. Autrement, les épisodes prennent en plus le temps de disposer d’un petit interlude, après le clap de fin, où l’un de ces habitués explique en quelques points une astuce pour mitonner au mieux le menu du jour. Le master est derrière les fourneaux, ne pipe mot, et regarde parfois la caméra avec l’œil pétillant. Systématiquement, le petit discours se termine par une bonne nuit à l’attention du public. Shinya Shokudô propose quasi exclusivement des aliments se distinguant par un parfum typiquement japonais tels que du ramen, de l’ochazuke, des saucisses découpées en forme de poulpe, du riz au beurre, de la salade de pommes de terre, etc. Présentés sans fioriture et tout aussi simplement que tout le reste, ces plats gardent une humilité appréciable. Le cadrage est suffisamment varié pour ne pas s’apparenter à un documentaire bien que la caméra prenne aussi le temps de faire saliver avec de gros plans sur toute cette gourmandise. Comme toute série culinaire qui se respecte, celle-ci est une vraie torture lorsque l’on a le ventre vide – plein aussi, finalement.

En définitive, la première saison de Shinya Shokudô est plus qu’un voyage culinaire. Avant toute chose, elle s’avère effectivement être une aventure humaine empreinte de sentiments, d’émotions et d’une grande douceur poétique, associant la nourriture à des souvenirs et à une nostalgie ambiante. Par son humanisme, son ambiance calmement délicate et intimiste, elle invite au repos et à beaucoup de chaleur. Plus particulièrement, à travers ses vignettes douces-amères, elle dévoile discrètement et subtilement l’arôme de la culture japonaise tout en gardant une universalité fédératrice. C’est précisément là où le visionnage se révèle fascinant et presque magique. Le minimalisme et la sobriété de l’ensemble permettent de sublimer ces tranches de vie banales et plus que sincères, et de leur offrir une unicité. La tendresse y côtoie l’amertume pendant que la tristesse cathartique se tient toujours en toile de fond de cette fiction délicieusement originale.  

Par |2018-07-06T18:10:22+02:00octobre 9th, 2013|Séries japonaises, Shinya Shokudô|2 Commentaires