Tsumi to Batsu | 罪と罰

Incroyable, mais vrai, je suis enfin arrivée au bout du stock de fictions japonaises sommeillant dans mes dossiers depuis parfois maintes années. Cela m’aura pris beaucoup de temps, mais maintenant, je peux repartir sur des bases un peu plus légères, à condition que je ne retombe pas dans mes travers. C’est d’ailleurs assez amusant de terminer avec Tsumi to Batsu, une production qui me faisait grandement envie depuis sa diffusion, mais que je n’ai donc regardée qu’il y a peu. Son titre, traduisible en crime et châtiment, ne laisse guère de doute sur la paternité de l’histoire puisqu’il s’agit d’une déclinaison d’un manga en dix tomes d’Ochiai Naoyuki adaptant et modernisant lui-même l’illustre roman de Fiodor Dostoïevski ; la bande dessinée est disponible en France chez Akata/Delcourt sous l’appellation Syndrome 1866. La série japonaise, elle, se constitue de six épisodes transmis sur WOWOW entre avril et juin 2012 ; à l’exception du dernier comportant vingt minutes additionnelles, les autres se contentent de cinquante. Aucun spoiler.

Est-ce réellement un crime que d’assassiner un individu entravant le bon fonctionnement de la société ? Le jeune étudiant sans le sou Tachi Miroku se pose nombre de questions existentialistes et commence à s’enfermer dans une spirale autodestructrice. Au lieu de se rendre en cours, il reste cloîtré dans sa chambre à réfléchir, écrire, tergiverser. Ses pensées souvent sordides l’incitent à passer à l’acte, mais il doute. Comment doit-il agir pour devenir le grand homme qu’il rêve de représenter ? Lors d’une de ses rares sorties, il entend les discussions de lycéennes exhortant l’une d’entre elles à se prostituer pour intégrer leur club fermé. N’est-ce pas là le signe qu’il attendait pour mener à bien ses fantasmes les plus profonds et se forger sa propre identité ? Ne risque-t-il pas plutôt de se condamner à jamais ?

Même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque, je n’ai jamais pris le temps de me lancer dans le classique russe qu’est Crime et Châtiment. J’avoue que son caractère très imposant, autant sur sa forme que sur son fond, m’effraye beaucoup. De même, je ne connais pas le manga l’adaptant. Je serai par conséquent bien en peine de comparer quoi que ce soit et ce billet se contente du matériel proposé par la série. Si je rattrape un jour ce trou culturel béant, j’en profiterai pour ajouter par ici un petit aparté. Le synopsis annonce d’emblée la couleur et les premiers instants de la fiction confirment la lourdeur étouffante de l’ambiance. Car avant toute chose, Tsumi to Batsu sort du lot par sa tonalité très noire, glaçante et férocement pessimiste. Rares sont les productions télévisées japonaises à se montrer aussi sinistres et oppressantes, à jouer l’ambivalence morale et à oser aller jusqu’au bout de leurs idées. Les scènes de violence, à la dimension parfois sexuelle, ne sont d’ailleurs pas édulcorées, s’affranchissent d’un voyeurisme redouté et appuient plutôt la teneur psychopathologique de l’intrigue. Sans surprise, les épisodes sont passés sur la chaîne du câble WOWOW, habituée aux thématiques plus âpres et travaillées. La réalisation essaye de participer à cet effort et se distingue du style fadement classique. Elle privilégie les couleurs froides et désaturées, une musique d’Endô Kôji (Neko Zamurai) tantôt minimaliste tantôt cérémoniale, un rythme lancinant et une narration antichronologique. Les évènements se succèdent dans un ordre assez aléatoire, avec plusieurs allers et retours dans le temps. Les indices distillés au compte-gouttes favorisent cette atmosphère inquiétante, létale, mais également une confusion qui, bien qu’un peu maladroite, symbolise les troubles du protagoniste. Le téléspectateur sait dès le départ que cette plongée dans la psyché torturée de ce vingtenaire désabusé se terminera tragiquement. Dommage que la seconde moitié très désorganisée perde de sa force et s’embarrasse de longueurs verbeuses légèrement rébarbatives parce que les propos généraux dégagent une fine intelligence.

Miroku a pour feu son père une grande estime et souhaite un jour lui ressembler et l’honorer. Tout du moins, c’est ce qu’il se répète. Il suit ses traces en écrivant des histoires, mais pour l’instant, la satisfaction ou le succès ne sont pas au rendez-vous. Il déménage à Tôkyô pour étudier dans une prestigieuse université, avec le soutien financier de sa sœur aînée, persuadée que son frère est promis à un brillant futur. Elle n’hésite donc pas à l’aider de son mieux, sans en devenir pour autant impérieuse, mais toujours bienveillante. Une fois à la capitale, la situation dérape, le monde lui paraissant à la dérive, envahi par des personnes nuisibles. Perdu dans ses pensées obsessionnelles, il ne sort alors guère plus de son minuscule studio, refuse presque toute communication avec sa famille, ne leur téléphone jamais et détourne la vérité pour éviter de révéler le pot aux roses. Pendant ces longues journées, il demeure tapi entre ces quatre murs, dans une obscurité tentaculaire, et nourrit ses propres tourments. Quelques années plus tôt, il fut récompensé par un prix littéraire grâce à un récit mettant en avant un criminel, mais à ses yeux, quelque chose manque pour le rendre convaincant. Puisqu’il n’a lui-même jamais tué, il estime ne pouvoir en parler avec authenticité et légitimité. Cette absence d’émotions devrait être comblée en s’y plongeant à corps perdu. Tandis qu’il se laisse envahir par ses envies de plus en plus pressantes, il remarque la lycéenne Baba Hikaru (Hashimoto Ai – Hard Nut!), une manipulatrice sans scrupules. Elle harcèle ses camarades pour son profit, les pousse à pratiquer l’enjo kôsai, une sorte de prostitution adolescente défrayant souvent la chronique au Japon, et œuvre de concert avec les yakuzas. Ce comportement dégoûte le mutique Miroku qui ne parvient plus à chasser cette pulsion meurtrière. Il doit assassiner cette fille cruelle dénuée de toute conscience. La société n’en sera ensuite que meilleure et lui se sentira mieux. Forcément, rien ne se passe comme prévu et il réalise trop tard les dommages de ses actes, sur sa propre vie comme sur celle d’autrui.

Comme son titre l’indique, Tsumi to Batsu aborde le crime. Découvrir si l’irascible Miroku va exécuter quelqu’un n’est en soi pas le fond du problème puisqu’il est manifeste qu’il le fera. La question est plutôt de savoir quelles en seront les conséquences, la série soignant son approche psychologique. Quand bien même le protagoniste se cherche des prétextes pour commettre cet homicide, s’arroger en justicier purificateur des maux rongeant le monde, sa fragilité mentale laisse dès le départ imaginer qu’il ne s’en sortira pas indemne. Dans son premier roman, il décrivait un assassin marmoréen, détaché, parfait, modèle qu’il aimerait atteindre. Il planifie ainsi le meurtre de la jeune fille méprisable et se retrouve confronté à un obstacle de taille, la présence du jouet de sa propre victime, la craintive Shimazu Risa (Ono Asuka). La personnalité de Miroku bénéficie d’un traitement ciselé, le scénario veillant à privilégier la carte de l’ambivalence et des contradictions. Envahi par une sourde colère catalysée par des secrets et des sacrifices familiaux, ne supportant plus cette dépendance financière et émotionnelle, il n’exprime jamais ses sentiments qu’il refoule au plus profond de lui-même, l’écriture s’apparentant à un exutoire. Il transfère sa haine de lui-même sur les autres et ne réalise pas que le problème vient finalement de lui, de tout ce qui le travaille depuis probablement maintes années. Ces mécanismes de défense et ces difficultés de communication le poussent vers des conduites discutables, voire condamnables. Kôra Kengo (Itsuka Kono Koi wo Omoidashite Kitto Naiteshimau) l’interprétant saisit parfaitement les paradoxes de ce garçon recroquevillé, mal à l’aise, souffrant d’un complexe d’infériorité et se permettant pourtant de juger tout le monde en aspirant quelque peu à une sensation de toute-puissance. Sudô Kai, l’ambigu personnage campé par Tanaka Tetsushi (Yamegoku), entretient ses troubles et ne souhaite en aucun cas que celui qu’il considère comme son poulain s’en sorte et se détache de lui. Au contraire, il le manipule à sa guise et le ramène encore et encore vers la noirceur et l’anarchie. Cette approche psychologique, voire psychanalytique, ne se limite nullement aux motivations de son protagoniste étant donné qu’elle illustre également son inéluctable déchéance, là où il se voit écrasé par le poids de ses péchés.

Rapidement, la série aborde sa deuxième phase, celle du châtiment. Une fois le pire perpétré, Miroku s’effondre. En dehors de la police et d’un procureur sagace au goût pour la philosophie (Ibu Masatô – Warui Yatsura), il se retrouve surtout rattrapé par ses remords qui ne font que s’amplifier et le tétaniser. Qu’a-t-il commis ? Pourquoi se sent-il aussi mal ? Sa conscience le ronge et il n’arrive pas à la pulvériser, car ses actes ne trouvent plus de véritable justification. La question pertinente à laquelle le scénario ne répond à juste titre pas, c’est de savoir si Miroku se juge coupable pour ses crimes ou parce qu’il n’est pas l’individu qu’il désirait être. Effectivement, voir ses faiblesses le hante et le blesse dans sa vanité, lui qui n’a rien de ce froid tueur détaché tant fantasmé. Une fois de plus, le personnage est confronté à ses contradictions, à un narcissisme nécessitant d’être éliminé s’il souhaite se reconstruire. Son nihilisme n’était au bout du compte qu’une façade, une carapace. Sa rencontre avec l’intègre Ameya Echika (Mizukawa Asami – Yume wo Kanaeru Zô), une jeune femme vulnérable, le dirige vers un temps d’acceptation, d’expiation. Les scènes n’en demeurent pas moins difficiles à observer en raison d’une charge émotionnelle à fleur de peau. La relation qu’entretiennent ces deux êtres à la sensibilité extrême prolonge cette dualité permanente, ces questionnements sur des sujets transpirant d’une humanité cherchant à prendre ses quartiers. Tsumi to Batsu profite de son histoire principale pour dresser un état des lieux assez éprouvant, la société japonaise engendrant ses défauts et transformant parfois ses habitants en monstres dépravés. La prostitution des adolescentes, le harcèlement tel que l’ijime, les accointances avec un milieu mafieux insidieux et diverses autres dérives sont dénoncés plutôt subtilement, l’écriture veillant toujours à laisser le téléspectateur se forger son opinion. L’amour, le sentiment d’interdépendance, le sens du sacrifice proche d’un martyr christique et la violence ne sont que quelques-unes des amorces de réflexion de cette peinture désabusée exagérant volontairement ses propos.

Pour résumer, avec cette plongée dans la tête d’un assassin désillusionné tiraillé par ses propres contradictions, Tsumi to Batsu s’apparente à un voyage d’une rare intensité où chaque étape est savamment menée. Alors qu’il se persuadait de sauver le monde d’une partie de ses tares, ce jeune homme égoïste étouffé par son orgueil se voit pris à son piège et dans l’obligation de se confronter à ses démons qu’il préférait jusque-là nier. Il n’est pas l’être différent, supérieur qu’il croyait représenter, seulement un énième individu semblable aux autres. Outre ses thématiques majeures de culpabilité, de repentir et ses questions assez existentialistes, cette série plutôt atypique pour le petit écran nippon s’arme d’une ambiance noire, funeste, bien que non dénuée d’une certaine lueur d’espoir en fin de parcours, comme si la rédemption était envisageable. Son ambition finit par la desservir vers sa conclusion du fait d’inégalités et de maladresses, mais pour sa richesse psychologique et son absence de complaisance, elle mérite un visionnage si l’on apprécie le genre.

By |2017-06-16T17:12:23+02:00juin 21st, 2017|Séries japonaises, Tsumi to Batsu|0 Comments

Saiyûki (2006) | 西遊記

S’il existe bien une histoire adaptée à maintes reprises en Asie, c’est celle du célèbre roman chinois du XVIè siècle Xī Yóujì, attribué à Wu Cheng’en et connu en français sous différentes appellations telles que La Pérégrination vers l’Ouest et Le Voyage en Occident. Les anglophones optent de leur côté pour Journey to the West ; et au Japon, il est question de Saiyûki. Plusieurs fictions nippones utilisent ce récit, la transposition la plus notoire étant probablement celle de 1978 avec Sakai Masaaki (Churasan) dans le rôle principal ; elle a même été doublée en anglais pour la BBC, preuve de sa renommée. En France, ce serait plutôt le manga Gensômaden Saiyûki de Minekura Kazuya, transformé ensuite en animé, qui demeurerait en mémoire. Étonnamment, aucune série récente ne s’est attaquée à la tâche, mais il faut admettre qu’outre la richesse et densité de cet univers, son concept mêlant fantastique, monstres divers et autres divinités pose certainement quelques problèmes de budget. Cela n’a visiblement pas freiné le scénariste Sakamoto Yûji (Soredemo, Ikite Yuku, Last Christmas) puisqu’il s’est occupé de cette version japonaise constituée de onze épisodes diffusés sur Fuji TV entre janvier et avril 2006 ; le premier et le dernier durent soixante-dix minutes au lieu des quarante habituelles. Un film est venu plus tard clôturer l’aventure et il sera traité dans le courant de l’année sur Luminophore. Aucun spoiler.

Direction une époque où les dragons volent encore dans le ciel. La prêtresse Sanzô Hôshi voyage vers l’Ouest dans le but d’y trouver des sutras sacrés supposés apporter la paix sur Terre. Afin d’accomplir sa quête humaniste, elle choisit trois compagnons démoniaques à la personnalité radicalement différente. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de leur lointaine destination, un temple situé dans le royaume de Tenjiku, ils sont confrontés à maints obstacles. Créatures surnaturelles, magie, entraide, sacrifices et mauvaise foi figurent notamment au menu de ce périple s’apparentant à un parcours initiatique.

Malgré la grande réputation de ce roman fantastique, je n’ai jamais cherché l’occasion de m’y frotter, que ce soit directement, mais aussi à travers ses adaptations. C’est pourquoi je serais bien incapable d’indiquer si celle nous concernant aujourd’hui se veut fidèle ou, au contraire, multiplie les prises de liberté. Il paraît en tout cas assez indéniable qu’elle doit très largement survoler ce pan de la littérature chinoise, car je doute que ce qui nous est proposé ici mérite de transcender les siècles. Effectivement, Saiyûki ne laisse pas un souvenir mémorable tant elle s’empêtre dans moult défauts très divers. En ce qui concerne sa forme, son âge maintenant avancé ne joue pas en faveur. La réalisation reste totalement banale, mais ce sont surtout les effets spéciaux qui sautent aux yeux. L’idée n’est pas d’en mettre plein la vue puisque nous imaginons avant même de commencer cette série qu’elle dispose de fonds limités. Il n’empêche que les incrustations numériques se révèlent tellement laides et grotesques qu’elles amènent à momentanément oublier ce qui se déroule, plus occupés que nous sommes à ricaner. D’aucuns répliqueront que cet aspect kitsch au possible participe au charme suranné de cet ensemble dénué de complexes, ce qui ne paraît pas tout à fait faux. Les décors sont recyclés à outrance et si les personnages cheminent tout au long de la fiction, ils donnent l’impression de pénétrer toujours dans un seul et unique temple ayant changé quelques fanions et loupiotes. Habituellement, les Japonais savent se montrer plus créatifs que ça en utilisant pourtant exclusivement des bouts de ficelle. Les costumes et accessoires ne marquent pas non plus de manière positive. En bref, la mise en scène se veut bien trop poussive et la musique composée par Takebe Satoshi abuse de sonorités orientales finissant quelque peu par casser les oreilles. La subtilité ne fait de toute manière pas partie du vocabulaire de Saiyûki.

La prêtresse bouddhiste Sanzô Hôshi rêve d’un monde où humains et yôkai cohabiteraient en harmonie. Pour cela, elle décide de traverser la Chine vers le Tenjiku correspondant à l’Inde actuelle. Son périple n’est pas que physique, mais aussi psychologique. Effectivement, elle veille à se débarrasser de toutes ses impuretés et autres faiblesses dans le but de gagner en sagesse. Sur son chemin, elle rencontre trois individus démoniaques et leur suggère de participer à ce voyage s’annonçant semé d’embûches. La jolie Fukatsu Eri (Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi) incarne cette femme placide, sérieuse et profondément juste. Pour l’anecdote, l’actrice s’est réellement rasé le crâne et ne s’est donc pas contentée d’un postiche. Sanzô Hôshi inspire le respect partout où elle passe du fait de son haut statut et de sa nature affable. Malgré son tempérament très calme, elle sait se faire estimer par ses compères qui, eux, ne manquent pas d’énergie. La fiction joue beaucoup avec ce quatuor et ses difficultés à œuvrer de concert, car effectivement, les yôkai s’entendent comme chien et chat et n’en ratent pas une pour se mettre mutuellement des bâtons dans les roues. Au départ, ils ne se supportent qu’en raison de l’attachement qu’ils portent à leur meneuse. Sans surprise, les épisodes les poussent à évoluer, à se tolérer, voire à s’apprécier. Le sentimentalisme prévaut au sein de Saiyûki et les leçons de vie et de morale répondent plus d’une fois à l’appel. Les thématiques du courage, de la dévotion envers autrui et de l’importance d’être attentif aux besoins des siens alimentent régulièrement les histoires de cette production à la mécanique vite répétitive. La structure narrative ne cherche aucunement l’originalité. Chaque semaine, les protagonistes arrivent dans une nouvelle région, se chamaillent, tombent dans un piège, finissent par s’en sortir et doivent en tirer un apprentissage. La série souffre en plus d’un gros ventre mou en milieu de parcours et manque de véritables scènes d’action riches en vitamines. Au bout du compte, les propos simplistes, la caricature ambiante et les stéréotypes ne tranchent pas avec la caractérisation superficielle des personnages.

Il semblerait que beaucoup d’adaptations de ce récit chinois favorisent le drame ou, tout du moins, un registre plutôt adulte. Ce n’est pas du tout le cas de Saiyûki puisque, outre son ton sermonneur, elle opte pour une approche délibérément futile, presque puérile, où tout où est amené pour tenter de dérider les zygomatiques. Les acteurs sont pour la majorité en totale roue libre, cabotinent comme jamais, hurlent pour certains dans tous les sens et, résultat, le visionnage devient rapidement usant si l’on souhaite enchaîner les épisodes. Plusieurs demeurent tout à fait correct, ne le nions pas, sauf qu’ils sont effacés par l’omniprésence de Son Gokû incarné par le Johnny’s Katori Shingo (Bara no nai Hanaya) qui visiblement, s’amuse, mais en fait beaucoup trop. Sanzô Hôshi propose de délivrer le yôkai mi-humain mi-singe, emprisonné dans un rocher au milieu d’une grotte depuis cinq cents années longues années, à condition qu’il l’accompagne. Il accepte même s’il s’avère paresseux, égoïste et cupide. Son Gokû passe toutes ses journées à manger, se battre et se plaindre. À noter que le héros de Dragon Ball est très librement inspiré de ce supposé roi des Singes. Ici, il est clairement le moteur des intrigues puisqu’en ne réfléchissant jamais à ses actes, il créé lui-même des situations rocambolesques amplifiées par sa naïveté, voire sa stupidité. Malheureusement, cet individu n’est pas suffisamment attachant, progresse peu malgré un contexte favorable et son humour scatologique n’arrange pas du tout la donne. En effet, les blagues et gags, en plus de demeurer très classiques et répétitifs, n’hésitent pas à se montrer extrêmement lourds. Pour peu que l’on exècre ce genre, il y a de quoi pousser des soupirs à plusieurs reprises ; toutefois, la série apprend à se limiter – ou bien l’habitude prend le pas sur le reste. Ses compères détiennent moins de temps d’antenne bien que les scénarios essayent de-ci de-là d’explorer un peu leur passé ou leurs motivations. Tout y est vraiment convenu, propice à l’émotion gratuite, schématique et rigide. Pour autant, à la longue, la bonne humeur ambiante, les délires stupides et l’entente relative du quatuor finissent par faire leur chemin et provoquer quelques sourires.

En plus du surexcité Son Gokû, la prêtresse Sanzô Hôshi a invité dans son périple un yôkai ressemblant à un cochon, Cho Hakkai. Très gentil et niais, il se fait systématiquement berner par les manigances de Gokû, rêve de tomber amoureux et se montre proprement insipide. Itô Atsushi (Densha Otoko) l’interprétant prouve encore une fois son absence de grand talent, car il se contente d’arborer les sempiternelles mimiques dans tous ses rôles. Inversement, Uchimura Teruyoshi contraste avec les deux autres, ne serait-ce que parce son personnage, Sagojô, se révèle bien plus posé et intelligent. Ce démon kappa, une sorte de monstre évoluant en milieu aquatique, cumule aussi les erreurs, bien sûr. Au lieu de densifier les tempéraments de ces principales figures ou d’explorer leur vie d’avant, la série les effleure et ne cherche même pas à leur apporter un tant soit peu de gravité. Pourtant, ils paraissent tous avoir vécu des moments difficiles. Non, seul l’humour graveleux et inepte prédomine au sein de ce périple riche en loufoqueries. Dommage. Les quatre comparses traversent donc la Chine et, à chaque épisode, tombent sur un antagoniste barbare martyrisant les autochtones. Sanzô Hôshi décide de les aider, ses disciples râlent et finissent par utiliser leurs pouvoirs magiques. Boules de feu, voyage en tapis volant, plongée dans une forêt ensorcelée, les ressorts fantastiques ne manquent pas. La voleuse Rin Rin, jouée par la sympathique Mizukawa Asami (Yume wo Kanaeru Zô), surgit aussi quand on l’attend le moins et adore houspiller Son Gokû. Rôshi (Ôkura Kôji), un immortel divin à l’allure de vieillard pervers, n’en rate pas non plus une pour se faire remarquer. Malgré sa stature et sa position, il est obsédé par les gros seins, ce qui le rapproche sur de nombreux points du héros principal. Sinon, pour camper ses grands méchants manichéens, Saiyûki se dote d’une ribambelle d’invités : Kimura Takuya, Sakai Wakana, Kaho, Narimiya Hiroki, Matsushige Yutaka, Sakai Masaaki, Oikawa Mitsuhiro et beaucoup d’autres. Ne le nions pas, c’est toujours agréable de reconnaître tous ces visages, mais il convient de ne pas non plus ressembler à un défilé.

Pour terminer, Saiyûki illustre les aventures burlesques et spirituelles d’un groupe d’individus se dirigeant vers l’Ouest. Au fur et à mesure de leur avancée, ils se trouvent confrontés à maints obstacles aussi saugrenus les uns que les autres. Cette série surjouée à l’extrême, à la mécanique redondante et aux blagues usées jusqu’à la corde ne détient finalement que peu d’atouts suffisants pour mériter un quelconque visionnage. Elle a notamment pour tare majeure de mettre en avant un personnage principal immature et abrutissant gesticulant dans tous les sens. Cependant, étonnamment, malgré son sentimentalisme éhonté, son rythme assez laborieux, son humour parfois très lourd et son visuel kitsch au possible, elle finit presque par devenir inoffensive. Le fait qu’elle assume ouvertement ses lacunes et ne cherche pas à se donner de grands airs empêche de s’avérer trop méchant même si, avouons-le, elle doit être réservée à un public n’ayant pas peur des comédies familiales nippones survoltées. Quant à ceux espérant y voir une adaptation de l’illustre roman de la littérature chinoise ou découvrir les mythes et légendes du folklore asiatique, qu’ils passent leur chemin, au risque sinon de frôler l’apoplexie, car tout se résume ici à futilité, prévisibilité et gags douteux.

By |2017-05-01T13:58:09+02:00juin 8th, 2016|Saiyûki (2006), Séries japonaises|0 Comments