Koko ni Aru Shiawase | ここにある幸せ

Les plus attentifs et perspicaces d’entre vous tiqueront certainement en voyant le sujet du billet de ce jour. Effectivement, alors que je répète depuis des mois et des mois me contenter de mes réserves et ne plus récupérer quoi que ce soit, me voici avec une fiction japonaise datant de… cette année. Oups ?! Attendez, j’ai une raison – je ne dis toutefois pas qu’elle est valable ! Le scénariste Okada Yoshikazu (Churasan, Zeni Geba) s’est dernièrement attelé à un tanpatsu avec Koko ni Aru Shiawase. Cet unitaire d’une heure dont le titre peut être approximativement traduit en le bonheur est ici fut diffusé sur NHK le 16 janvier 2015. Aucun spoiler.

Alors qu’il approche de la trentaine, Tachikawa Hiroyuki n’a toujours pas réussi à trouver sa voie. Son patron vient de le pousser vers la sortie, car il ne supporte plus son laxisme et son manque d’entrain, tandis que sa petite amie commence à fatiguer de le voir aussi peu enjoué. Ne peut-il pas se passionner pour quelque chose ? Sur un coup de tête, il décide de se rendre dans la commune portuaire Tsuyazaki, au sein de la préfecture de Fukuoka. Il souhaite y retrouver un camarade d’enfance, mais il tombe surtout sur une septuagénaire dynamique ayant bien envie de lui faire découvrir sa région.

Quelques fidèles lecteurs sauront pourquoi j’ai craqué face à cette sorte de court téléfilm et que j’ai dérogé à ma mission de nettoyage par le vide de mes dossiers. Eh oui, je plaide coupable de superficialité, car la présence d’un de mes acteurs favoris a assurément pesé dans la balance. Cependant, je n’en attendais pas grand-chose ; j’espérais seulement ne pas m’ennuyer ou soupirer devant une hypothétique médiocrité. Comme quoi, des fois, les surprises imprévues sont les plus jolies parce qu’il paraît difficile de le nier, Koko ni Aru Shiawase dispose de solides atouts pour convaincre et délivrer un fort agréable moment. Pourtant, avec sa réalisation basique et son histoire qui, sur le papier, se veut extrêmement classique, ce tanpatsu ne semble pas mériter le détour.

Est-ce que Tachikawa Hiroyuki est heureux ? Il n’en a aucune idée et, de toute façon, il ne s’est certainement jamais posé la question. Sa vie suit une routine incolore où les évènements ont beau se succéder, ils n’injectent ni étincelle positive ni négative. C’est le calme plat. Il ne s’en plaint absolument pas sauf que sa compagne (Nakamura Eriko), elle, n’en peut plus de cohabiter avec un conjoint aussi amorphe et désintéressé. Un matin, il choisit de partir subitement à l’aventure au sud du pays. Une quinzaine d’années auparavant, un ami lui avait demandé de venir l’y rejoindre, mais il ne l’avait jamais fait. Et, en y réfléchissant, il réalise que cette personne est probablement la seule à être parvenue à l’enflammer. Avec un peu de chance, ce garçon est devenu grand et réside toujours là-bas. Une fois arrivé à Tsuyazaki, Hiroyuki rencontre une septuagénaire qui, contre toute attente, l’exhorte à déjeuner avec elle. Les choses en amenant une autre, il passe la nuit dans la maison de son hôte, puis la suivante, et la suivante encore… C’est qu’il s’y plaît et il apprécie grandement écouter les souvenirs de cette énergique femme parachutée dans ce coin perdu alors qu’elle n’était qu’à peine majeure. Entre eux deux s’instaure une jolie relation pendant que Hiroyuki prend conscience que son existence peut se révéler colorée et non pas teintée de gris. Les thématiques sont ainsi fédératrices avec ces questionnements sur le sens de sa vie, les racines, l’importance de se sentir bien quelque part, le bonheur en mesure de se situer dans les moindres choses du quotidien, etc. Délicatement, l’unitaire explore plusieurs de ces sujets capables de faire réfléchir son audience, sans pour autant s’avérer pompeux ou trop ambitieux, car le but est surtout de délivrer un récit humain.

Koko ni Aru Shiawase s’apparente à un voyage initiatique où son personnage principal commence enfin à prendre les commandes de son présent et à ressentir un profond plaisir. Jusque-là, il se laisse avancer, ne sait pas du tout ce qu’il désire et, visiblement, cela ne lui réussit pas. Hiroyuki pourrait se montrer irritant à force d’être aussi passif, mais ce n’est pas du tout le cas. Lucide sur sa situation, il ne demande qu’à trouver l’étincelle, mais n’a aucune idée de comment s’y adonner. C’est le toujours très sympathique Matsuda Shôta qui incarne cet homme plutôt affable et involontairement amusant. Par chance pour lui, ce héros est abordé par l’adorable Hanada Fukuko (Miyamoto Nobuko). Cette dernière connaît Tsuyazaki comme sa poche et n’en rate pas une pour lancer quelques anecdotes de-ci de-là tout en évoquant ses souvenirs parfois très durs. Pétillante, drôle et enthousiaste, elle s’apparente à une grand-mère que l’on rêverait sûrement tous d’avoir, à un guide inspirant et bienveillant. Bien que son parcours soit ponctué de grands malheurs, elle ne se complaît pas dans la tristesse, sourit régulièrement et ne laisse jamais son âge avancé freiner ses ardeurs. Le scénario développe la dynamique entre ces deux individus avec beaucoup de naturel et une sacrée dose d’humour légèrement pittoresque, ce qui injecte une ambiance agréable, profondément paisible. D’ailleurs, l’alchimie entre les deux acteurs et la mignonne musique participent totalement au succès de cette fiction au rythme tranquille savamment mesuré.

Finalement, Koko ni Aru Shiawase offre une jolie parenthèse extrêmement tendre et chaleureuse où les sentiments sont croqués avec beaucoup de pudeur et de subtilité. À travers une histoire somme toute très simple, le tanpatsu dépeint le cheminement personnel d’un jeune homme croyant être condamné à poursuivre une vie vide de toute substance. Or, au contact d’une femme surmontant les obstacles avec optimisme, il constate que rien n’est gravé dans la roche et que, lui aussi, est susceptible d’être maître de son destin et… heureux. En plus de se montrer solidement interprété, cet unitaire à l’ambiance parfois douce-amère met beaucoup de baume au cœur, pousse la réflexion sur le bonheur et laisse sur une impression reposante. Les amateurs du genre devraient sûrement en ressortir charmés.

Par |2018-07-06T17:48:29+02:00novembre 27th, 2015|Koko ni Aru Shiawase, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire

Kimi no Te ga Sasayaite Iru | 君の手がささやいている

C’est un secret pour personne, les Japonais ont clairement un faible pour les histoires mettant en avant un héros en situation de handicap. D’ailleurs, la surdité semble truster les hautes marches du podium et le tanpatsu Kimi no Te ga Sasayaite Iru est un énième argument étayant cette affirmation. Le format de cette courte fiction scénarisée par Okada Yoshikazu (Zeni Geba, Churasan) est particulier puisque ses cinq épisodes furent diffusés annuellement sur TV Asahi entre 1997 et 2001. D’une durée approximative d’une heure et demie, ils sont passés à l’écran de manière aussi espacée dans le but de crédibiliser au maximum l’avancée en âge des personnages. Il s’agit d’une adaptation du shôjo manga de Karube Junko composé de dix volumes sortis au Japon entre 1992 et 1996, et dont le titre signifie globalement tes mains murmurent. Aucun spoiler.

Nobe Mieko n’a jamais entendu le moindre son et souffre depuis son enfance de ce handicap. Pour autant, elle n’est pas aigrie et espère pouvoir mener une vie la plus normale possible. Le jour où elle parvient à décrocher un poste dans une entreprise, elle se doute que les embûches seront assez difficiles, mais elle ne baisse pas les bras. Là, elle y rencontre un homme qui tombe rapidement sous son charme. Or, il n’est pas sourd. Ces deux personnes réussiront-elles à s’apprivoiser, à se comprendre et à partager un bout de chemin ensemble ?

Kimi no Te ga Sasayaite Iru est loin d’être la première et la dernière série s’attardant sur la surdité. Par exemple, Orange Days et Aishiteiru to Itte Kure en font la part belle et injectent par la même occasion une once plus ou moins importante de romantisme. Regarder une autre histoire sur cette thématique à la formule quelque peu éprouvée pourrait par conséquent s’avérer redondant et peu stimulant. Cependant, la grande différence repose sur l’héroïne à proprement parler et sur l’approche choisie. S’il est indiscutable que les épisodes illustrent la naissance d’un couple et son évolution, ce sont plutôt les adversités et les étapes devant être franchies par une femme malentendante tout au long de son existence qui sont traitées. Des gênes au demeurant assez triviales sont croquées comme les messages d’annonce dans les trains ou les commandes au restaurant, mais ne sont pas non plus oubliées d’autres semblant parfois insurmontables telles que la peur de ne pas entendre un bébé qui pleure, l’impossibilité de communiquer avec son propre enfant entendant, le danger qu’induit de se promener près des véhicules, etc. En ça, cette production se révèle plutôt intéressante et instructive, car elle permet probablement d’éveiller les consciences et de dresser une situation complexe ne méritant pour autant pas de misérabilisme. Notamment grâce à des touches d’humour appréciables, le ton n’est effectivement pas au pathos et à la dramatisation extrême. Certes, Mieko n’entend pas et ne peut guère interagir avec sa voix, mais cela ne signifie pas que tout est fichu pour elle, au contraire. L’héroïne est assez forte, ce qui ne l’empêche pas de craquer et de faire des erreurs, comme n’importe quel humain sur cette planète. Malgré la spécificité de son scénario, Kimi no Te ga Sasayaite Iru se veut au bout du compte plutôt universel et à même de parler à une large audience.

La série débute par un monologue de Mieko reflétant ses anciens démons. Longtemps, elle s’est demandé l’intérêt de son existence. N’aurait-il pas été plus aisé pour elle de ne jamais venir au monde ? Ses parents n’auraient-ils pas non plus été davantage heureux ? Le poids que porte Mieko est assez conséquent et ce handicap influence grandement la construction de son identité, ce qui se comprend facilement. C’est la sympathique Kanno Miho (Magerarenai Onna, Guilty) qui offre ses traits à cette femme cherchant à se créer une place dans la société. L’actrice utilise la langue des signes de façon extrêmement fluide et le novice n’y voit que du feu. Les épisodes tentent systématiquement d’aborder un obstacle différent. Par exemple, dans un premier temps, Mieko intègre une entreprise dans laquelle elle est la seule personne malentendante. Beaucoup de ses nouveaux collègues la regardent de travers et s’imaginent de suite qu’elle les freinera et, pire, leur donnera du travail supplémentaire. Les débuts sont compliqués, l’héroïne rentre parfois en larmes chez elle, mais elle s’accroche et la lumière vient au moment où elle ne s’y attend pas. En effet, un autre employé, Nobe Hirofumi, s’intéresse à elle et décide d’apprendre la langue des signes pour mieux communiquer. Rapidement, des sentiments amoureux surgissent et le couple se forme. Les épisodes suivants illustrent la progression de leur relation, avec toutes les étapes typiques : mariage, emménagement à deux, rencontre des beaux-parents – dont la belle-mère campée par une amusante Kaga Mariko (Hana Yori Dango) –, désir d’enfant, etc. Hirofumi est l’homme techniquement parfait. Calme, mesuré, attentif, drôle et doux, il réussit systématiquement à canaliser celle qu’il aime et régler tous les problèmes. Sa caractérisation est trop lisse, voire par moments incohérente, pour le rendre attachant et l’interprétation approximative de Takeda Shinji (Renai Kentei) ne parvient pas à contrebalancer ces lacunes. Le constat est identique pour la relation du couple tant elle est idéalisée. Quoi qu’il en soit, Mieko est confrontée à des situations tout ce qu’il y a de plus fédératrices et ce n’est pas parce qu’elle n’entend pas qu’elle en est privée. Le tanpatsu cherche à illustrer que ce n’est pas le handicap qui importe, mais l’individu en tant que tel. Que l’on soit sourd, aveugle ou muet, cela ne définit pas sa propre façon d’être. Bien sûr, ce message paraît évident écrit de la sorte si ce n’est qu’il est bien plus compliqué de s’y tenir à partir du moment où l’on est directement impliqué. Pour appuyer ce propos, plusieurs des dialogues avec Mieko ne sont pas traduits et, à moins de comprendre la langue des signes, il n’est guère possible de savoir ce qui se dit. Ce choix est pertinent et démontre que la notion de handicap est somme toute relative. Dans tous les cas, Kimi no Te ga Sasayaite Iru dépeint le cheminement de Mieko et de comment elle finit par s’accepter grâce à un entourage aimant et empathique. Les épisodes n’oublient pas non plus ces derniers, car pour eux, le quotidien est forcément bouleversé.

Si Mieko a dû apprendre à vivre avec sa surdité, il n’en est pas exactement de même pour ses proches. Le tanpatsu explore rapidement la tristesse et le désarroi de ses parents qui ont dû sacrifier beaucoup de choses dans leur vie pour offrir à leur enfant une vraie chance de réussir, tout en essayant de cacher leur frustration et leurs sentiments de ne pas en avoir fait suffisamment. La relation liant Mieko à son père (Honda Hirotarô – Erai Tokoro ni Totsuide Shimatta!) et sa mère est joliment dessinée, eux qui se montrent surprotecteurs et bienveillants. Si la jeune femme est au départ assez isolée et renfermée, il lui est toutefois possible de compter sur le soutien indéfectible d’une amie, malentendante aussi. La série se focalise principalement sur l’impact qu’a la surdité de Mieko sur sa fille, Chizuru. En étant incapable de lire une histoire à celle-ci ou de téléphoner à l’hôpital en cas de maladie, l’héroïne souffre, et son enfant ne peut parfois s’empêcher de ressentir une certaine gêne en découvrant le fameux regard d’autrui. Qui plus est, Chizuru doit-elle apprendre la langue des signes ? Faut-il la lui imposer ? Les épisodes continuent donc leur chronique sur le handicap avec une crédibilité assez désarmante. Cependant, que l’on ne se trompe pas, Kimi no Te ga Sasayaite Iru n’est pas du tout un documentaire éclairé sur la surdité. Non, il s’agit d’une fiction humaine en bonne et due forme employant un trait de société singulièrement commun. C’est d’ailleurs probablement en partie là que son intérêt se situe, à condition d’apprécier les tranches de vie simples, mais racontées avec tendresse et réalisme. Le rythme du tanpatsu s’avère sans grande surprise très tranquille, calme et sensiblement monotone. D’une certaine manière, cela permet justement de refléter l’existence d’individus tout ce qu’il y a de plus banals, mais un soupçon de vigueur aurait délivré à l’ensemble davantage d’enthousiasme. Il manque effectivement un petit quelque chose à cette fiction pour dépasser le simple cadre du divertissement oublié une fois la télévision éteinte. Ce qu’il y a d’autant plus antithétique, d’ailleurs, c’est que les évènements s’enchaînent beaucoup trop rapidement et que les sentiments et autres relations évoluent à une vitesse supersonique. Si l’idée de diffuser la série sur cinq années est excellente et crédibilise seulement partiellement le vieillissement des protagonistes, le récit se déroulant sur plus d’une décennie, l’aspect mécanique des épisodes en devient assez peu heureux dans le sens où chacun aborde une thématique aux ficelles grossières. Il est par conséquent assez compliqué d’adhérer à tout ce à quoi l’on assiste, ce qui dessert malheureusement cette production. Cela étant, la forme demeure tout à fait correcte compte tenu de l’âge avancé de ce tanpatsu et la musique de Yoshimata Ryô (Long Love Letter, Atsu-hime) est sympathique ; pour la petite anecdote, il s’agit vraisemblablement de la première composition pour la télévision de cet artiste.

 

En définitive, Kimi no Te ga Sasayaite Iru s’attarde sur le quotidien et les obstacles qu’une femme sourde se doit de franchir afin de cheminer et de s’épanouir comme elle le désire. En s’apparentant à une sorte de parcours initiatique authentique, ces épisodes en deviennent plutôt agréables à suivre malgré une absence de franches émotions. Bien que la qualité soit indiscutable et que les thématiques réussissent à traiter avec efficacité les difficultés inhérentes à la surdité d’une mère, l’ensemble souffre d’une certaine tiédeur qui aurait pu être atténuée avec davantage de passion. S’il est évident que la simplicité prime, cela n’empêche pas d’injecter davantage de vigueur et d’entrain. De plus, l’association du canevas scénaristique sensiblement schématique avec l’évolution rapide de l’intrigue et des relations annule l’effet souhaité d’un récit tranquille et naturel. Cette production ne s’avère donc pas indispensable, mais elle ne devrait pas déplaire aux amateurs de tranches de vie employant une situation de handicap.

Par |2017-05-01T13:58:40+02:00février 27th, 2015|Kimi no Te ga Sasayaite Iru, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire