Suna no Utsuwa (2011) | 砂の器

Plus de deux ans s’étant écoulés depuis mon visionnage du flamboyant j-drama Suna no Utsuwa, je me suis dit que je pouvais tenter sans craindre de trop la comparaison le tanpatsu du même nom. Répétons rapidement que derrière ce titre se cache le roman de Matsumoto Seichô, sorti au Japon en 1961 et disponible en France sous l’appellation Le vase de sable. La plus célèbre des adaptations est certainement le film de 1974 réalisé par Nomura Yoshitarô – que je n’ai toujours pas regardé. À la télévision, l’année 2004 fut marquée par la transposition de cette histoire à travers un renzoku dont nous avons déjà parlé dans ce billet. Aujourd’hui, place à une autre version, plus courte puisqu’il s’agit d’un tanpatsu de deux parties de cent cinq minutes chacune. Le tout fut diffusé sur TV Asashi les 10 et 11 septembre 2011. Aucun spoiler.

Tôkyô, 1960. Le cadavre d’un homme dont le visage a été massacré est retrouvé sur le chemin de fer d’une gare. Le jeune inspecteur Yoshimura Hiroshi est dépêché sur les lieux et se lance dans une enquête de longue haleine. Avec l’aide de son collègue vétéran et d’une journaliste, il essaye de découvrir qui a perpétré ce crime, et pourquoi. En se donnant corps et à âme à cette affaire, il voit de douloureux souvenirs surgir, mais il serait tout à fait possible que ceux-ci le dirigent sur la piste de l’assassin…

     

Forcément, à partir du moment où l’on connaît une histoire, il est tout naturel d’être tenté d’opposer les différentes approches. En l’occurrence, si je n’ai pas encore pris le temps de lire le roman, j’ai regardé en 2011 l’adaptation de 2004 pour laquelle je garde une grande affection. Véritable symphonie à part entière, cette série embrasse littéralement sa dimension musicale et esthétique afin de proposer une expérience particulière. Le tanpatsu nous concernant aujourd’hui s’avère radicalement différent, ce qui en somme n’est pas un mal. Il semblerait d’ailleurs qu’il se rapproche davantage du livre de l’écrivain. Dans tous les cas, loin de moi l’idée de comparer les deux fictions télévisées, donc les analogies s’arrêtent ici. De toute manière, si je persévérais de la sorte, ce texte serait probablement fort morose à lire tant cette transposition est grandement inférieure à celle qu’elle suit. Toutefois, cela ne signifie pas pour autant qu’elle est ratée et ne mérite pas un quelconque investissement, n’est-ce pas ?

Les années 1960 débutent et les stigmates de la Seconde Guerre mondiale perdurent. Le novice Yoshimura Hiroshi souffre encore grandement des conséquences de ce conflit, même s’il tente de refouler du mieux qu’il peut sa douleur. Pour cela, son travail est un parfait refuge dans lequel se consacrer corps et âme. Quand un homme défiguré (Hashizume Isao – Fumô Chitai) est retrouvé dans une gare, toute la police est réquisitionnée et divisée en petites équipes. L’une d’entre elles se compose donc de Yoshimura, mais aussi de son mentor Imanishi Eitarô. Formant tous deux une paire efficace, ils procèdent méticuleusement et découvrent rapidement l’ampleur de la tâche les attendant. Effectivement, très peu d’indices sont disponibles. L’identité de la victime n’est même pas connue ! Les mois s’écoulent et l’enquête piétine sérieusement. Le pugnace Yoshimura, lui, ne renonce pas. Assez idéaliste, sympathique et travailleur, ce jeune inspecteur est campé par un Tamaki Hiroshi (Nodame Cantabile, Guilty, Love Shuffle) parfois maladroit, mais à qui le complet-veston sied particulièrement bien. Son compère, Imanishi, n’est pas en reste sous les traits de Kobayashi Kaoru (Shinya Shokudô). Les deux parcourent le Japon sans relâche à la recherche du moindre renseignement susceptible de les mettre sur la voie. Heureusement, ils sont secondés par Yamashita Yôko, une pétillante journaliste au caractère moderne incarnée par Nakatani Miki (JIN). Celle-ci et Yoshimura vivent une relation romantique allégeant l’ensemble et décrite en pointillés, ce qui est tout simplement parfait pour ne pas phagocyter le fond de l’histoire. Quoi qu’il en soit, le trio et une multitude de policiers progressent méthodiquement, dans l’espoir de lever le voile sur ce mystère bien plus complexe qu’il n’y paraît. À côté d’eux gravitent un chef d’orchestre au regard étrange (Sasaki Kuranosuke – Hanchô, Zettai Kareshi), ainsi que d’autres individus ambivalents et quelques figures tertiaires, dont une fiancée froide jouée par Katô Ai (Ikebukuro West Gate Park) et plusieurs inspecteurs (Ôsugi Ren et Nishimura Masahiko, notamment).

Suna no Utsuwa se résume en premier lieu à une vaste enquête multipliant les secrets. Malheureusement, outre sa facture très classique, le tanpatsu s’y prend extrêmement mal. Le meurtrier n’est pas dévoilé dès le départ de but en blanc, mais il n’est pas nécessaire d’être extrêmement perspicace pour comprendre qu’il s’agit de Waga Eiryô, un musicien talentueux. La caméra se focalise étrangement sur une affiche le représentant, les personnages l’évoquent plus ou moins subtilement, et il paraît évident qu’il est dans tous les cas lié à cette affaire. La tension est totalement anéantie et, comme le criminel n’est réellement mis en avant qu’à la toute fin, ressentir quoi que ce soit pour lui s’annonce ardu. Dans les faits, connaître son identité pourrait ne pas être dérangeant, car ce qui importe, c’est le pourquoi de son geste. Or, là aussi, la fiction se fourvoie puisqu’à la place d’illustrer les motivations, elle tente d’entretenir un certain climat énigmatique en brouillant certaines cartes, avec notamment le critique porté par un convaincant Hasegawa Hiroki (Suzuki Sensei). La structure narrative de la production devient extrêmement poussive d’autant plus qu’une voix off bavarde assène des banalités à tour de bras. Quel en est l’intérêt ? Il est nul, sauf si l’on souhaite irriter le téléspectateur qui a l’impression d’être pris pour un idiot fini. De surcroît, Yoshimura parvient à éclaircir la situation à coups de découvertes non crédibles et ne reposant que sur du vent. Par exemple, en grossissant volontairement le trait, il se persuade que Waga Eiryô est l’assassin pour la simple et bonne raison qu’il a un regard de tueur. Certes, nous sommes dans les années 1960, mais les forces de l’ordre se devaient à l’époque de suivre une certaine logique, pas de sortir des révélations d’un chapeau magique. Finalement, l’écriture se veut surtout paresseuse et ne prend pas le temps de creuser la psychologie de son antihéros. Bien sûr, le récit se regarde sans trop de difficultés si ce n’est qu’il ne passionne jamais. À côté de ça, l’ambiance enfumée, les teintes sombres et la musique participent convenablement à l’atmosphère, et la reconstitution de cette lointaine décennie est satisfaisante en dépit d’incrustations factices ; il est surtout amusant de voir les différents costumes et le fait qu’à cette période, les scientifiques ne connaissaient pas encore l’ADN et usaient de méthodes artisanales.

En définitive, le tanpatsu Suna no Utsuwa propose une enquête criminelle très conventionnelle et moyennement convaincante. Bien trop verbeuse et prenant par la main le public tout au long de ses deux épisodes, elle empêche tout suspense de s’installer, réduisant la tension à peau de chagrin. Qui plus est, bien que la police effectue un travail méticuleux, les facilités scénaristiques et déductions sorties de nulle part s’avèrent bien trop grossières pour ne pas embarrasser. Dès lors, malgré une distribution de qualité et une reconstitution des années 1960 plutôt correcte, cette fiction se révèle assez fastidieuse. Sans être foncièrement mauvaise, elle n’enthousiasme tout simplement pas et ne parvient pas à contrebalancer ses nombreux écueils. La déception se fait plus vive lorsque l’on sait déjà ce que les fondements de cette histoire tragique peuvent générer…

Par |2020-04-03T17:52:44+02:00janvier 30th, 2015|Séries japonaises, Suna no Utsuwa (2011), Tanpatsu|4 Commentaires

Nô-hime II | 濃姫 II

Les débuts de la femme d’Oda Nobunaga ayant obtenu suffisamment de succès sur TV Asahi en 2012, il n’est guère étonnant qu’une suite ait été mise en chantier. C’est ainsi qu’est apparu à l’antenne un second tanpatsu, sobrement intitulé Nô-hime II, prolongeant donc le premier du nom. Il ne comporte encore une fois qu’un unique épisode ; durant approximativement 117 minutes, il fut diffusé sur la même chaîne le 23 juin 2013. Aucune information n’a encore filtré à ce sujet, mais il est fort possible que la princesse revienne à un moment donné raconter ses aventures. Aucun spoiler.

La tentative d’unification du pays par Oda Nobunaga fait rage depuis qu’il a tué son jeune frère, Nobuyuki. Les menaces sont plus que réelles à travers les différents daimyô gravitant autour de lui. Pendant ce temps, Nô vit avec sa belle-mère, sa belle-sœur et plusieurs des enfants nés hors union. Veillant sur son mari, elle n’hésite pas à l’aider par tous les moyens possibles, même si la tâche s’annonce ardue tant les ennemis disposent d’armées gigantesques.

En illustrant l’arrivée de la princesse Nô au sein des Oda, le tanpatsu précédent se révélait poussif et approximatif pour une multitude de raisons. Il devient tout naturel de douter sérieusement des qualités de cette fiction romancée inédite. La bonne nouvelle, c’est que la partie historique s’avère bien mieux maîtrisée et moins superficielle qu’auparavant. Certes, le temps s’écoule toujours d’une manière étrange et, à l’exception de l’apparition d’une barbe ou d’un changement de coupe de cheveux, il est impossible d’imaginer que des années ont défilé. Pourtant, il semblerait que treize ans séparent le début de la fin de Nô-hime II ! Lorsque l’on ne connaît absolument rien à cette période, les hypothétiques raccourcis et interprétations douteuses ne gênent techniquement pas, puisqu’elles ne sont logiquement pas visibles. Toutefois, il est clair que l’épisode sombre encore dans ses travers que de simplifier à outrance, car les faits d’armes s’enchaînent parfois sans queue ni tête et les seigneurs paraissent s’affronter pour un oui ou pour un non. Le prestige de la bataille d’Okehazama n’est que peu palpable, ce qui se révèle sacrément dommage quand on sait que Nobunaga a anéanti une immense formation avec quelques-uns de ses propres soldats. Malgré tout, une narratrice essaye d’expliquer mécaniquement les raisons de ces conflits et des alliances régulièrement suivies de complots. Par exemple, les Imagawa tentent de contrer Nobunaga et sont rapidement remplacés par le consensus entre plusieurs seigneurs. Bien que l’approche soit extrêmement académique et très peu naturelle, elle a au moins le mérite de densifier sensiblement l’intrigue géopolitique et d’éveiller un minimum la curiosité, surtout que les reconstitutions sont assez correctes. Le suspense ne parvient toutefois pas à se frayer un chemin, à l’instar d’une quelconque empathie.

Tout comme dans la partie de 2012, ce nouveau tanpatsu cultive une distance irritante vis-à-vis de ses protagonistes. Il est vrai qu’il cherche à humaniser les différentes figures apparues de-ci de-là, mais il peine cruellement à les rendre attachantes. Nô-hime et Nobunaga ne dégagent rien, si ce n’est peut-être un sentiment assez désagréable. La première se veut digne, imperturbable et est bien trop lisse pour se montrer sympathique. Quant au second, l’interprétation de Shirota Yû est toujours éprouvante à regarder, quand bien même il s’est légèrement calmé sur le fond de teint orange et les rires idiots. Néanmoins, le scénario cherche tellement à le dépeindre comme le divulgue la légende, c’est-à-dire tel un dirigeant froid capable du pire pour arriver à ses fins, qu’il le rend surtout bancal. L’homme en tant que tel n’est pas une seule seconde crédible. Il ne suffit pas de répéter à outrance qu’il a les yeux d’un démon bien qu’en cachette, il soit sensible, pour inspirer quoi que ce soit de probant. Les personnages sont, de toute manière, manichéens pour la plupart et peu exploités, l’excuse de la durée de l’ensemble n’en étant clairement pas une. Afin d’apporter une touche d’humour, le tanpatsu s’amuse avec un fidèle de Nobunaga, le ridicule Kinoshita Tôkichirô (Enari Kazuki), et se perd dans un triangle amoureux profondément stupide où sa femme (Usuda Asami – Poison, Suzuki Sensei) se désole. L’élément le plus réussi se situe au niveau de la sœur du fieffé meneur d’Owari, Ichi (Higa Manami – Marumo no Okite), et de celui qu’elle doit épouser, l’héritier du clan Azai (Nakamura Shunsuke – Zettai Kareshi), bien que là aussi, le sentimentalisme facile prédomine. D’ailleurs, cet arc souhaitant notamment illustrer les difficultés inhérentes à la vie de femme à cette époque se veut répétitif puisqu’il ne fait que réitérer ce qui avait déjà été croqué au préalable, en 2012.

Pour conclure, Nô-hime II continue de narrer l’existence de la princesse mariée à un des seigneurs féodaux les plus célèbres de l’histoire japonaise. Si le tanpatsu est davantage convaincant que le premier du nom, subsistent maints défauts l’empêchant de s’avérer agréable à visionner. Les faits historiques s’enchaînent à un rythme enlevé et ne profitent pas du souffle épique ou de la richesse associée, l’intrigue ne prend jamais le temps de s’installer, et les personnages sont lisses et incolores. En d’autres termes, cet unique épisode se veut de nouveau fade et artificiel. À moins d’être un immense amateur de cette période trouble, cette production est plus que déconseillée.

Par |2017-05-01T13:58:46+02:00décembre 30th, 2014|Nô-hime, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire