Galileo XX | ガリレオ XX (Épisode spécial)

Au grand dam de maints téléspectateurs, la deuxième saison de Galileo s’est passée des services d’Utsumi Kaoru et l’a remplacée par une plus jeune inspectrice jouée par Yoshitaka Yuriko. Le choix de la production semble assez curieux au vu du succès précédent, mais elle a tout de même veillé à offrir une jolie porte de sortie à cette femme avec l’unitaire Galileo XX. D’ailleurs, il porte le sous-titre Utsumi Kaoru Saigo no Jiken, soit la dernière enquête d’Utsumi Kaoru. D’une durée de cent dix minutes, il fut diffusé sur Fuji TV le 22 juin 2013 et peut être regardé indépendamment du reste de la série, même en ne connaissant absolument rien à l’univers du brillant physicien. Aucun spoiler.

Après plusieurs années à travailler à la police de Tôkyô, les supérieurs d’Utsumi Kaoru décident de l’envoyer aux États-Unis pour une supposée formation enrichissante. Avant de partir, elle se lance dans une affaire au demeurant facile, mais qui risque finalement de peut-être briser sa réputation.

Bien que Galileo XX se rapporte au monde de Galileo, il n’a pas grand-chose à voir avec le matériel initial. Déjà, beaucoup seront déçus de constater que Yukawa Manabu se contente de minuscules apparitions. La science est aussi rangée au placard. À la place, c’est bel et bien Kaoru l’héroïne. L’intrigue se déroule juste avant le début de la seconde saison de la série. Dans les faits, l’unitaire n’a rien d’exceptionnel et ressemble à une histoire typique du genre. Un homme se promène dans un parc et pousse dans un fauteuil roulant une femme âgée grotesquement maquillée. Or, cette personne est décédée. A-t-elle été assassinée ? La réponse ne traîne pas. Si elle souffrait de démence, elle est probablement morte d’épuisement physique. En revanche, l’individu en question travaillant à l’origine comme son auxiliaire de vie avoue avoir tué la fille de la vieille dame ; puis il se rétracte, accusant Kaoru de l’avoir menacé. Comment démêler le vrai du faux dans cette sordide affaire ? L’inspectrice a-t-elle fait arrêter un innocent ? Elle commence à douter de ses capacités, mais continue de faire preuve de pugnacité alors que ses collègues et supérieurs ne se gênent pas pour la maltraiter ouvertement. Plus que jamais, Kaoru réalise qu’être une femme au sein de la police s’avère compliqué. Contre toute attente, Galileo XX offre effectivement un registre féministe du plus bel effet et une certaine critique de la société patriarcale nippone.

Kaoru n’est pas dupe, si elle est envoyée aux États-Unis, c’est parce que ses patrons ne savent que faire de cette trentenaire célibataire s’accrochant à sa carrière. Généralement, aucune de ses consœurs ne poursuit cette voie tant elles finissent par toutes se marier et demeurer au foyer. Pour l’État, il paraît inconcevable de donner des responsabilités plus importantes à la policière maintenant assez chevronnée et de toute manière, cette idée ne vient même pas sur le tapis. Trop âgée, plus assez malléable et de sexe féminin, elle cumule les tares. Kaoru ne se formalise pas trop de cette situation inconfortable puisqu’elle comprend qu’il s’agit là d’un combat perdu d’avance. Cela ne l’empêche toutefois pas de soupirer à maintes reprises, d’être plutôt blasée et de rêver d’un monde plus égalitaire. Son affaire en cours ne fait qu’accentuer sa fatigue psychique, car ses supérieurs la malmènent, l’instrumentalisent et ne la considèrent jamais à sa juste valeur. Tout au long de Galileo XX, l’héroïne cherche à lever le voile sur une enquête bien plus complexe qu’à première vue tout en bataillant contre le système masculiniste, la politique de l’établissement, les préjugés et autres embûches apparentées. Quasiment seule contre tous, elle ne baisse pas les bras et croit réussir à obtenir le soutien d’une dirigeante incarnée par Yo Kimiko (Churasan). Cependant, celle-ci suit son propre agenda et ne désire que couvrir ses arrières, la police paraissant être vérolée de l’intérieur. Cette rapide analyse de la société refusant l’égalité des genres ne favorise pas du tout la carte du manichéisme et prouve à sa manière que le sexe d’un individu ne conditionne pas ses actes ou compétences.

En filigrane, l’unitaire se permet ainsi d’illustrer les difficultés pour une femme d’évoluer dans un univers aussi conservateur. L’interprétation de Shibasaki Kô et la richesse de la caractérisation du personnage apportent à l’ensemble une densité, une vulnérabilité et une sensibilité appréciables. Autant la série ne parvient guère à fédérer et toucher l’audience avec son registre bancal, autant cet unique épisode atteint aisément son but que d’émouvoir, de pousser la réflexion et de divertir convenablement. Effectivement, l’affaire criminelle se veut correctement menée et tient en haleine jusqu’à l’épilogue. L’ambigu auxiliaire de vie incarné par un solide Yûsuke Santamaria (Anata no Tonari ni Dareka Iru) se joue de Kaoru et semble cacher divers éléments pour des raisons totalement obscures et au demeurant incompréhensibles. S’y enchevêtrent un vieux dossier, des luttes de pouvoir, une conspiration, des mensonges, du maquillage de preuves, des secrets enfouis depuis des décennies et des menaces plus ou moins déguisées. Kaoru a d’autant plus de peine à se faire entendre que l’investigation ne se déroule pas à Tôkyô, mais à Nagano, et que la presse s’en mêle. La mécanique de l’intrigue ne sort pas des sentiers battus sauf que l’écriture reste suffisamment habile pour ne pas ennuyer d’autant plus que quelques points d’humour transparaissent de-ci de-là. La patronne de l’hôtel fort particulier dans lequel séjourne l’inspectrice ainsi que son collègue du moment (Yagira Yûya – Yutori desuga Nani ka), otaku sur les bords, insufflent une sympathique légèreté. Notons aussi la présence d’un enquêteur local interprété par le convaincant Ibu Masatô (Fûrin Kazan).

Pour résumer, sans la science et Yukawa Manabu, l’unitaire Galileo XX s’écarte fortement de la série de laquelle il se rattache, ce qui s’avère une excellente idée. S’il n’a rien d’indispensable et se contente au bout du compte d’une histoire policière classique, il démontre un certain savoir-faire dans son déroulement et ne manque pas d’allant. En plus de se révéler donc suffisamment intrigant et d’injecter des touches parfois moins dramatiques, il se dote surtout d’une critique féministe subtile et tellement inattendue qu’elle en devient encore plus agréable. Les amateurs de l’inspectrice passionnée seront par ailleurs ravis de constater qu’elle détient l’opportunité de quitter la tête haute l’univers du brillant physicien cartésien, car elle mène elle-même l’affaire du début à la fin et sort psychologiquement grandie de cette expérience émotionnellement éprouvante. En un unique épisode, l’unitaire réussit là où la fiction mère a échoué, c’est-à-dire apporter davantage de dimension à cette protagoniste.

By |2017-05-01T13:57:55+01:00février 1st, 2017|Galileo, Séries japonaises, Tanpatsu|2 Comments

Koko ni Aru Shiawase | ここにある幸せ

Les plus attentifs et perspicaces d’entre vous tiqueront certainement en voyant le sujet du billet de ce jour. Effectivement, alors que je répète depuis des mois et des mois me contenter de mes réserves et ne plus récupérer quoi que ce soit, me voici avec une fiction japonaise datant de… cette année. Oups ?! Attendez, j’ai une raison – je ne dis toutefois pas qu’elle est valable ! Le scénariste Okada Yoshikazu (Churasan, Zeni Geba) s’est dernièrement attelé à un tanpatsu avec Koko ni Aru Shiawase. Cet unitaire d’une heure dont le titre peut être approximativement traduit en le bonheur est ici fut diffusé sur NHK le 16 janvier 2015. Aucun spoiler.

Alors qu’il approche de la trentaine, Tachikawa Hiroyuki n’a toujours pas réussi à trouver sa voie. Son patron vient de le pousser vers la sortie, car il ne supporte plus son laxisme et son manque d’entrain, tandis que sa petite amie commence à fatiguer de le voir aussi peu enjoué. Ne peut-il pas se passionner pour quelque chose ? Sur un coup de tête, il décide de se rendre dans la commune portuaire Tsuyazaki, au sein de la préfecture de Fukuoka. Il souhaite y retrouver un camarade d’enfance, mais il tombe surtout sur une septuagénaire dynamique ayant bien envie de lui faire découvrir sa région.

Quelques fidèles lecteurs sauront pourquoi j’ai craqué face à cette sorte de court téléfilm et que j’ai dérogé à ma mission de nettoyage par le vide de mes dossiers. Eh oui, je plaide coupable de superficialité, car la présence d’un de mes acteurs favoris a assurément pesé dans la balance. Cependant, je n’en attendais pas grand-chose ; j’espérais seulement ne pas m’ennuyer ou soupirer devant une hypothétique médiocrité. Comme quoi, des fois, les surprises imprévues sont les plus jolies parce qu’il paraît difficile de le nier, Koko ni Aru Shiawase dispose de solides atouts pour convaincre et délivrer un fort agréable moment. Pourtant, avec sa réalisation basique et son histoire qui, sur le papier, se veut extrêmement classique, ce tanpatsu ne semble pas mériter le détour.

Est-ce que Tachikawa Hiroyuki est heureux ? Il n’en a aucune idée et, de toute façon, il ne s’est certainement jamais posé la question. Sa vie suit une routine incolore où les évènements ont beau se succéder, ils n’injectent ni étincelle positive ni négative. C’est le calme plat. Il ne s’en plaint absolument pas sauf que sa compagne (Nakamura Eriko), elle, n’en peut plus de cohabiter avec un conjoint aussi amorphe et désintéressé. Un matin, il choisit de partir subitement à l’aventure au sud du pays. Une quinzaine d’années auparavant, un ami lui avait demandé de venir l’y rejoindre, mais il ne l’avait jamais fait. Et, en y réfléchissant, il réalise que cette personne est probablement la seule à être parvenue à l’enflammer. Avec un peu de chance, ce garçon est devenu grand et réside toujours là-bas. Une fois arrivé à Tsuyazaki, Hiroyuki rencontre une septuagénaire qui, contre toute attente, l’exhorte à déjeuner avec elle. Les choses en amenant une autre, il passe la nuit dans la maison de son hôte, puis la suivante, et la suivante encore… C’est qu’il s’y plaît et il apprécie grandement écouter les souvenirs de cette énergique femme parachutée dans ce coin perdu alors qu’elle n’était qu’à peine majeure. Entre eux deux s’instaure une jolie relation pendant que Hiroyuki prend conscience que son existence peut se révéler colorée et non pas teintée de gris. Les thématiques sont ainsi fédératrices avec ces questionnements sur le sens de sa vie, les racines, l’importance de se sentir bien quelque part, le bonheur en mesure de se situer dans les moindres choses du quotidien, etc. Délicatement, l’unitaire explore plusieurs de ces sujets capables de faire réfléchir son audience, sans pour autant s’avérer pompeux ou trop ambitieux, car le but est surtout de délivrer un récit humain.

Koko ni Aru Shiawase s’apparente à un voyage initiatique où son personnage principal commence enfin à prendre les commandes de son présent et à ressentir un profond plaisir. Jusque-là, il se laisse avancer, ne sait pas du tout ce qu’il désire et, visiblement, cela ne lui réussit pas. Hiroyuki pourrait se montrer irritant à force d’être aussi passif, mais ce n’est pas du tout le cas. Lucide sur sa situation, il ne demande qu’à trouver l’étincelle, mais n’a aucune idée de comment s’y adonner. C’est le toujours très sympathique Matsuda Shôta qui incarne cet homme plutôt affable et involontairement amusant. Par chance pour lui, ce héros est abordé par l’adorable Hanada Fukuko (Miyamoto Nobuko). Cette dernière connaît Tsuyazaki comme sa poche et n’en rate pas une pour lancer quelques anecdotes de-ci de-là tout en évoquant ses souvenirs parfois très durs. Pétillante, drôle et enthousiaste, elle s’apparente à une grand-mère que l’on rêverait sûrement tous d’avoir, à un guide inspirant et bienveillant. Bien que son parcours soit ponctué de grands malheurs, elle ne se complaît pas dans la tristesse, sourit régulièrement et ne laisse jamais son âge avancé freiner ses ardeurs. Le scénario développe la dynamique entre ces deux individus avec beaucoup de naturel et une sacrée dose d’humour légèrement pittoresque, ce qui injecte une ambiance agréable, profondément paisible. D’ailleurs, l’alchimie entre les deux acteurs et la mignonne musique participent totalement au succès de cette fiction au rythme tranquille savamment mesuré.

Finalement, Koko ni Aru Shiawase offre une jolie parenthèse extrêmement tendre et chaleureuse où les sentiments sont croqués avec beaucoup de pudeur et de subtilité. À travers une histoire somme toute très simple, le tanpatsu dépeint le cheminement personnel d’un jeune homme croyant être condamné à poursuivre une vie vide de toute substance. Or, au contact d’une femme surmontant les obstacles avec optimisme, il constate que rien n’est gravé dans la roche et que, lui aussi, est susceptible d’être maître de son destin et… heureux. En plus de se montrer solidement interprété, cet unitaire à l’ambiance parfois douce-amère met beaucoup de baume au cœur, pousse la réflexion sur le bonheur et laisse sur une impression reposante. Les amateurs du genre devraient sûrement en ressortir charmés.

By |2018-07-06T17:48:29+01:00novembre 27th, 2015|Koko ni Aru Shiawase, Séries japonaises, Tanpatsu|0 Comments