Lupin no Shôsoku | ルパンの消息

Histoire de bien commencer l’année du côté japonais, quoi de mieux que de se diriger vers la chaîne la plus susceptible de fournir une série convaincante ? Place à Lupin no Shôskoku, un tanpatsu constitué d’un unique épisode d’un peu moins de deux heures, diffusé sur WOWOW le 21 septembre 2008 ; son titre signifie approximativement les nouvelles de Lupin. Il s’agit d’une adaptation du roman du même nom écrit en 2005 par Yokoyama Hideo. À noter que plusieurs œuvres de cet auteur prolifique ont déjà été transposées à la télévision ; malheureusement, peu possèdent des sous-titres. Aucun spoiler.

Un jour avant la fin du délai de prescription, la police découvre que le suicide d’une professeure quinze auparavant n’en était pas réellement un. Une nouvelle équipe de recherche se forme et les questions se multiplient. Qui a donc tué cette enseignante ? Pourquoi ? Quel est le plan Lupin dont on entend parler ? Et quel est le lien avec cette vieille histoire où 300 millions de yens avaient été volés ?

     

Lupin no Shôsoku est un tanpatsu jouant avec son aspect morcelé qui se montre particulièrement efficace. Tout en multipliant les perspectives et en ajoutant de nombreux flashbacks se déroulant à plusieurs époques, les éléments finissent progressivement par s’imbriquer pour apporter une conclusion à l’ensemble de ces deux enquêtes. Car effectivement, ce sont bien deux affaires qui sont remises au goût du jour. La première, la plus amère parce qu’elle n’a jamais eu de résolution depuis près de 22 ans, date de 1968. À cette date, 300 millions de yens furent dérobés sans fracas, grâce à une supercherie parfaitement organisée par un seul homme. Malgré 170 000 policiers dépêchés et de grands moyens mis en place, les indices étaient maigres et l’investigation patina durant des années. Sept ans plus tard, un des inspecteurs en charge, Mizorogi Yoshito (Kamikawa Takaya – Warui Yatsura, Kimi ga Oshiete Kureta Koto, Hanazakari no Kimitachi e) espérait réussir à coincer le dernier et principal suspect, le gérant d’un café, Utsumi Kazuya (Endô Kenichi – Shiroi Haru, Fumô Chitai). Alors qu’il était proche de son but, il dut déclarer forfait pour une raison bien malheureuse : le délai de prescription. Il faut savoir qu’au Japon, pour des infractions de ce type, il y a prescription au bout de sept ans ; pour un meurtre, ce sera quinze ans. Retour au présent. L’action principale de Lupin no Shôsoku se déroule en 1990, soit quinze ans après la mise au placard du dossier des 300 millions de yens. Une piste anonyme révèle que le suicide d’une enseignante en 1975 était en réalité un meurtre déguisé ; trois noms sont donnés. La course contre la montre s’engage étant donné qu’il y aura prescription dans… 24 heures. Ironiquement, Mizorogi doit s’occuper de ce cas qui, inévitablement, lui rappelle des douloureux souvenirs, d’autant plus qu’il retrouve le même commissariat dans lequel il n’avait plus mis les pieds. Plusieurs de ses anciens collègues tels que Kuruwa Kôji (Masana Bokuzou) et le responsable de la division, Fujiwara Iwao (Nagatsuka Kyôzô – Madonna Verde) sont également dépêchés. À vrai dire, il est bien difficile pour Mizorogi de se détacher de ce vieux dossier qui le hante encore puisqu’outre un climat similaire, l’ombre d’Utsumi plane sur ce suicide supposé. Contre toute attente, son nom revient en effet au cours de l’interrogatoire des trois suspects…

Ce qui fait la force de ce tanpatsu est sans aucun doute son écriture sobre et définitivement intelligente. Plusieurs rebondissements parsèment la totalité de l’épisode et rendent le visionnage intrigant et définitivement enthousiasmant. Si certaines révélations sont rapidement éventées compte tenu d’un appui trop marqué de la caméra ou d’indices légèrement grossiers, quelques autres ne le sont pas du tout et s’avèrent surprenantes. Dans tous les cas, l’intrigue est rondement menée avec des détails prenant de l’importance et un aspect poupées russes plus qu’habile. Le scénario n’est par conséquent pas extrêmement complexe mais il sait rester à sa place et profiter à bon escient de ses deux heures. Bien qu’au final, la majorité des scènes se situe dans le commissariat, avec les aveux des hommes a priori en lien avec le meurtre de la prof, l’ensemble se veut vivant et dynamique. Pour cela, l’épisode peut remercier ses flashbacks parfaitement insérés et ajoutant ce qu’il faut pour découvrir peu à peu des indices permettant de terminer ce puzzle aux multiples facettes. Surtout, Lupin no Shôsoku n’oublie aucunement la dimension humaine et réussit de ce fait à impliquer émotionnellement son public. Le meurtre de l’enseignante, Mine Maiko (Machida Shion), est bien plus complexe qu’au premier abord. Femme fatale, elle jouait alors beaucoup avec les autres et n’hésitait même pas à flirter avec ses élèves. Les trois interrogés par la police en 1990 étaient en 1975, amis, et cette prof, qu’ils surnommaient Glamour, leur apprenait l’anglais. Le trio s’est depuis perdu de vue et chacun trace sa route, avec plus ou moins de succès. Il faut avouer que les acteurs ne sont pas très crédibles en tant que lycéens mais cela ne dérange pas réellement. Quoi qu’il en soit, chacun est ici amené dans une salle d’interrogatoire et doit répondre à diverses questions. Incarnés par Okada Yoshinori (Atashinchi no Danshi, Kisarazu Cat’s Eye, Oh! My Girl!!), Arai Hirofumi (surtout visible au cinéma) et Kashiwabara Shûji (Yume wo Kanaeru Zô, Yasha, Guilty ~ Akuma to Keiyakushita Onna), ces trois anciens amis sont encore imprégnés d’une tragédie, et en dépit du mur les séparant, ils demeurent solidaires et profondément loyaux. En fait, les protagonistes sont ambigus car personne ne semble avoir tort ou avoir raison. L’épisode en ressort dès lors très satisfaisant par sa pluridimensionnalité. Le tanpatsu fait preuve d’un certain minimalisme en prônant la pudeur et en évitant les écueils habituels du genre comme un sentimentalisme exacerbé ou une emphase irritante. La fin se veut d’ailleurs dans ce ton et en devient authentique et touchante.

Autrement, la musique participe à cette ambiance quelque peu mélancolique, nostalgique et en définitive, douce-amère. Il en va de même concernant la réalisation qui, en plus de jouer avec quelques symboles et de posséder une photographie soignée, est sans excès. Enfin, avec une absence de surjeu et un côté dépouillé, l’interprétation est de qualité ; la distribution comporte en outre de nombreux noms plutôt connus auxquels il est possible d’ajouter quelques autres visages ayant leur importance tels que Satô Megumi (Taiyô no Uta, Hana Yori Dango), Fukikoshi Mitsuru (Yasha), Tsuda Kanji (Kaibutsu-kun, Keitai Sôsakan 7), Nakamura Yasuhi (Yamikin Ushijima-kun), Shiomi Sansei et Miyaji Mao (Water Boys). Pour la petite anecdote, un des personnages s’appelle Kita Yoshio ; forcément, si l’on a regardé l’excellent Ashita no Kita Yoshio, on y voit une coïncidence amusante !

Pour conclure, Lupin no Shôsoku est un tanpatsu efficace mettant en avant une course contre la montre où chaque seconde compte. Plutôt que de s’apparenter à un puzzle cherchant avant tout l’esbroufe, le scénario préfère opter pour la pondération et demeurer modeste. Ainsi, l’épisode exploite avec succès des personnages forts et attachants par leur humanité et leur complexité. L’ensemble réussit à se montrer solide à la fois dans le domaine de l’investigation mais aussi du côté de son effet papillon avec les dommages collatéraux ayant bouleversé l’existence de plusieurs personnes. Grâce à un jeu en finesse ainsi qu’une écriture nuancée, le visionnage est très intéressant et prouve que les tanpatsu avec petit budget peuvent définitivement mériter le déplacement.

Par |2017-05-01T13:59:37+02:00janvier 6th, 2013|Lupin no Shôsoku, Séries japonaises, Tanpatsu|4 Commentaires

Aoi Hitomi to Nuage | 蒼い瞳とニュアージュ

Comme certainement un grand nombre de personnes, j’apprécie regarder des productions mettant à l’honneur un sujet m’étant plus que familier. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai donné sa chance au tanpatsu Aoi Hitomi to Nuage dont je n’avais jamais entendu parler jusque-là. Composé d’un unique épisode diffusé le 25 décembre 2007 sur WOWOW, il dure un peu plus de 110 minutes. Il s’agit d’une adaptation du roman du même nom écrit par Matsuoka Keisuke. Le titre signifie approximativement yeux bleus et nuage, nuage étant ici bien évidemment en français. Aucun spoiler.

Ichinose Erika est une brillante psychologue clinicienne recrutée par la police nippone afin de les aider à démanteler une secte terroriste amenant leurs membres à se suicider en ingérant du cyanure. Il semblerait en plus que trois bombes soient disséminées à plusieurs endroits dans Tôkyô et s’apprêteraient à exploser à tout moment.

     

L’association WOWOW avec un sujet propice au suspense où une psychologue tente de tirer au clair une affaire très trouble m’a vraiment donné envie de m’intéresser à Aoi Hitomi to Nuage. L’épisode débute par la prise d’otage menée par un homme joué par Taguchi Hiromasa (Big Wing, Keitai Sôsakan 7, JIN). Pour une raison inconnue, il a kidnappé plusieurs femmes travaillant dans un club d’hôtes. Lorsque la police finit par l’encercler, il décide de se suicider. Depuis le début de l’année, de nombreuses personnes mettent fin à leur vie en avalant du cyanure. De curieuses rumeurs se répandent alors sur Internet et l’association Nuage, distribuant des capsules contenant le poison, commence à se faire connaître de tous. Lorsque la police prend note d’une cassette vidéo où, Kaitsuka Hideto (Matsushige Yutaka – Bloody Monday, Don Quixote, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku, Fumô Chitai), annonce – avant de se suicider devant la caméra – qu’il a fabriqué trois bombes de manière à sauver le monde de sa malveillance, elle se retrouve ainsi confrontée à une course contre la montre. Rapidement, une première bombe explose, causant un blessé léger. De nombreux inspecteurs sont dépêchés sur l’affaire et le mot d’ordre est de ne pas affoler la population. Le policier Uzaki Shun (Hagiwara Masato – Soratobu Tire), décide de solliciter l’assistance d’une psychologue clinicienne, Ichinose Erika, qu’il a vue auparavant régler une situation délicate. Durant la totalité du tanpatsu, Shun et Erika cherchent à faire la lumière sur cette affaire bien plus complexe qu’au premier abord tant elle possède de multiples ramifications. Malgré le nombre important de protagonistes, les passés difficiles, les détours du scénario et les dynamiques dysfonctionnelles entre plusieurs personnages-clés, le scénario est extrêmement prévisible. Le brouillard entourant cette supposée secte terroriste, apparemment dirigée par le jeune Zaizen Keichi (Emoto Tasuku – Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu, Soratobu Tire), est totalement factice et insipide. Ne parlons même pas de la motivation sommaire des criminels s’avérant plus que discutable alors que l’on tente de nous faire croire que certains agissements seraient presque louables. Quand bien même tout le monde s’affaire à trouver les bombes, le suspense n’est jamais présent et Aoi Hitomi to Nuage est avant tout, extrêmement plat et sans aucun intérêt. Ce qu’il y a de particulièrement bizarre est l’instabilité du ton, alternant entre des scènes plus ou moins humoristiques et d’autres bien plus sombres ; le mélange ne prend décidément pas et laisse surtout circonspect.

Sans conteste, le tanpatsu accumule les défauts. Outre sa fadeur, son manque de rythme et d’étincelles ou encore l’absence de caractérisation de ses principales figures, le plus irritant d’entre eux est probablement son héroïne. Ichinose Erika est une psychologue clinicienne atypique en raison de son apparence et de sa manière de travailler. Ce qu’il y a de parfaitement risible est que plusieurs de ses collègues félicitent son empathie, comme s’il ne s’agissait pas d’une des qualités principales de cette profession. Attendez, vous comprenez, elle a vécu des évènements traumatisants dans son enfance ce qui explique forcément son talent. En plus, à cette époque, elle a été psychologiquement manipulée par Terase Shûichirô, un thérapeute sans scrupules (Sasai Eisuke – Fumô Chitai, Zettai Kareshi) qui, comme par hasard, traite de manière identique une victime du kidnapping ayant rapproché Erika de Shun. Ce n’est pas tout ! Cette même victime (Satsukawa Aimi) souffre de graves troubles psychologiques, en vient à se rapprocher de la secte et imagine que la solution à ses problèmes est de porter sur elle une capsule de cyanure ; elle pourra alors se suicider quand elle le voudra. Consternant, vous dites ? N’oublions pas d’ajouter à tout cela des séquences a priori symboliques ainsi qu’un très joli livre allégorique que tous les protagonistes portent en haute estime et qui semble excuser certains actes. Pour en revenir à Erika, elle est tout simplement horripilante et cela s’explique en partie par son interprète : Fukada Kyôko (Kamisama Mô Sukoshi Dake, Xmas Nante Daikirai). Quand on sait que l’actrice espérait avec ce rôle commencer une carrière plus solide et moins dans la comédie, on peut affirmer qu’elle s’y prend très mal. Excessive, pas une seule seconde crédible et en roue libre tout au long de l’épisode, elle donne surtout l’impression de se croire à un défilé de mode où elle a la possibilité de pérorer. Ah ça oui, elle montre à la caméra à quel point elle a des vêtements à la mode, un décolleté plongeant, des ongles où le nail art est roi, des accessoires branchés et luxueux ou encore une voiture extrêmement puissante, mais à part ça… Le personnage, Erika, est creux et il n’est pas possible de la prendre au sérieux. Ce n’est pas parce qu’elle préfère aller faire la queue dans les grands magasins plutôt que de s’acharner au travail qui empêche de la croire mais davantage son attitude générale. C’est à se demander pourquoi Shun, le policier, veut à tout prix qu’elle l’aide.

Uzaki Shun est l’opposé d’Erika. Calme, posé et n’élevant jamais la voix, il se laisse marcher sur les pieds par sa collègue rigide portant les traits de Satô Eriko (Soredemo, Ikite Yuku). Peu sûr de lui, il apprécie le franc-parler de la psychologue et est convaincu qu’elle peut lui faciliter son travail qui est de chercher les bombes et comprendre ce qu’il se cache derrière cette mystérieuse secte. Dans les faits, on pourrait y adhérer mais Erika n’ayant absolument aucune formation en criminologie, on ne voit pas du tout pourquoi elle serait susceptible d’être d’un quelconque secours. Elle pose des questions auxquelles un policier aurait justement déjà dû avoir répondu depuis un certain temps. Les soi-disant grandes découvertes ne sont que du vent et d’ailleurs, on s’interroge sur la présence de la psychologie dans tout ça. Les forces de l’ordre sont naturellement totalement dépassées par les évènements et personne ne semble compétent dans Aoi Hitomi to Nuage. Pourtant, il y a du monde chargé sur l’affaire puisqu’on y retrouve aussi des personnages joués par Ishibashi Ryô et Maruyama Tomomi (Yume wo Kanaeru Zô, Ashita no Kita Yoshio). À quoi servent-ils ? À rien. L’épisode a vraiment le chic de s’entourer d’éléments parasites alors que l’enquête est en elle-même simpliste. N’empêche, mine de rien, il y a beaucoup de visages connus dans ce tanpatsu d’autant plus qu’on peut y ajouter Asô Yumi (JIN, Aishiteiru to Itte Kure) en reine de la cosmétique ayant son importance et Katagiri Jin (Madonna Verde) dans un rôle tertiaire.

En conclusion, Aoi Hitomi to Nuage aurait pu être un thriller convaincant où chaque minute apporte une nouvelle dose d’adrénaline et de mystères mais il se révèle surtout fade et totalement inepte. Pour cela, le tanpatsu peut blâmer son scénario convenu cherchant à masquer sa prévisibilité par du brouillard inopportun, sa superficielle héroïne incarnée sans aucune finesse, son cruel manque de développement, ses personnages sans personnalité et son absence totale d’implication émotionnelle. C’est bien simple, l’ensemble est plus ridiculement stupide qu’autre chose et mérite juste d’être oublié. Ça tombe bien, mes souvenirs commencent déjà à s’estomper.

Par |2017-05-01T13:59:39+02:00décembre 13th, 2012|Aoi Hitomi to Nuage, Séries japonaises, Tanpatsu|6 Commentaires