Tengoku no Daisuke e | 天国のダイスケへ

Dans l’optique de vider mes dossiers, j’ai tâché au cours des derniers mois de venir à bout de tous les tanpatsu y traînant. Voilà, j’ai accompli mon objectif avec Tengoku no Daisuke e qui prenait de la poussière virtuelle depuis au moins cinq ou six ans ! Cela, je pense, signifie l’intérêt que je lui portais… Constitué d’une unique partie de deux heures, il fut diffusé sur NTV le 2 janvier 2003. Cet unitaire inspiré du roman Boku, shinun desu ka ne de Satô Tadahiro fut produit dans le cadre des cinquante ans de la chaîne et a été scénarisé par Aizawa Tomoko (Yamato Nadeshiko, Guilty, Shikaotoko Aoniyoshi). Aucun spoiler.

Le titre de ce tanpatsu ne laisse guère de doute sur le futur d’un de ses personnages puisque l’on apprend d’emblée qu’il se trouve au ciel. De toute façon, avant de le lancer, les Japonais savaient probablement ce qu’ils allaient regarder, car Satô Daisuke, le sportif dont le parcours est rapidement exploré, a réellement existé et fut apparemment assez connu dans sa région. Sans aucune surprise, je n’avais jamais entendu parler de lui et j’imagine qu’il en est de même pour la très grande majorité de la planète. Pour information, l’épisode utilise vraisemblablement des éléments issus du livre écrit par le père de Daisuke. À noter que les dernières minutes incluent des vidéos d’archives du jeune homme. Tengoku no Daisuke e démontre de nouveau cette propension à se focaliser sur des faits réels susceptibles d’apporter de l’émotion et une certaine dose de pathos. Contre toute attente, l’ambiance générale demeure relativement posée et évite le sentimentalisme exacerbé, d’autant plus que la première moitié injecte une atmosphère humoristique à travers des dialogues légers. Il n’empêche que cet épisode se montre extrêmement classique, ne serait-ce qu’à travers le voyage initiatique qu’il dépeint avec le protagoniste principal, le journaliste incarné par Fukuyama Masaharu (Ryôma-den, Galileo).

 

Îda Yôhei est un être arrogant, individualiste, très sûr de lui et convaincu de sa supériorité sur ses collègues et n’importe quel quidam croisant sa route. Il ne fait confiance à personne et n’écoute jamais les conseils qui tentent de lui être donnés. En d’autres termes, il se révèle imbuvable, surtout qu’il mène sa vie personnelle comme la professionnelle. Alors qu’il est en couple avec Hayase Yuiko (Seto Asaka – Hachimitsu to Clover, LIFE) depuis de nombreuses années, il ne souhaite pas l’épouser pour l’instant parce qu’il sait qu’il ne pourra plus agir à sa guise. Cela ne l’empêche nullement de profiter de ses soins et de la laisser s’occuper de son linge sale et du ménage de son propre appartement ! Elle doit d’ailleurs réellement tenir à cet homme, lui qui fait passer son métier de journaliste politique avant elle. Forcément, arrive un jour l’erreur. Yôhei se trompe de cible et accuse un ministre d’un délit qu’il n’a pas commis, plongeant son service dans un incroyable marasme médiatique. Bien qu’il ne soit pas renvoyé, il est rétrogradé au sport, ce qu’il subit comme une insulte. Pire que tout pour lui, il ne bénéficie même pas d’une discipline qu’il juge noble comme le football ou le baseball, non, il est consigné à la course, et plus particulièrement au relais universitaire annuel de Hakone, Hakone Ekiden.

En japonais, ekiden signifie tout bonnement le relais marathon. Celui de Hakone semble plutôt fameux, se déroule les 2 et 3 janvier de chaque année et est retransmis à la télévision. La course est segmentée en cinq parties allant de Tôkyô à Hakone et les participants doivent à chaque fois se passer une écharpe pour effectuer leur jonction, sauf si le délai est écoulé. Pour plus d’informations, cette page Wikipédia explicite correctement les règles. Quoi qu’il en soit, Yôhei n’est pas du tout satisfait de son nouveau statut et décide de prendre à la légère sa mission qui consiste à couvrir le retour sur le devant de la scène de l’université Takushoku après treize années d’absence, avec notamment l’un de ses sportifs, Satô Daisuke. C’est pourquoi il arrive au stade sans aucune connaissance préalable et se croit en terrain conquis. Force est de constater qu’il pénètre dans un tout autre monde et réalise que la course est une discipline merveilleuse où tous donnent le meilleur d’eux-mêmes, quitte à laisser leur santé en jeu. Effectivement, Tengoku no Daisuke e dispose de l’intégralité des valeurs si chères aux Japonais que sont le dépassement de soi, l’entraide, l’honneur, la bravoure et le courage. Au contact de l’équipe et de Daisuke, Yôhei progresse et devient un humain plus agréable, ce qui n’est pas difficile compte tenu de son point de départ.

 

Depuis qu’il est petit, Satô Daisuke court et rythme son existence en fonction de son sport. Il prend ce qu’il fait très au sérieux et rêve de participer un jour aux Jeux olympiques. Pour l’heure, le relais de Hakone est sur son programme et il s’y dédie jour et nuit. C’est un Oguri Shun alors encore assez jeune qui offre ses traits à cet étudiant chaleureux gardant envers et contre tout le sourire. Fin psychologue, il comprend rapidement Yôhei et se tisse entre eux une relation particulière et écrite plutôt maladroitement. Il est difficile d’y adhérer en raison de la vitesse à laquelle elle avance. Fondamentalement, l’unitaire se regarde aisément malgré sa durée, probablement parce qu’il dépeint des personnages certes caricaturaux, mais entraînants. Dans tous les cas, Daisuke souffre de tout ce qui entoure le poids du relais et sa valeur symbolique, puis apprend que ses souhaits ambitieux ne seront jamais exaucés. Au lieu de broyer du noir, il décide de se montrer fort, ce qui pousse Yôhei à changer de façon de voir les choses. Bref, nous l’avons dit, tout demeure extrêmement conventionnel. La réalisation ne permet pas non plus d’apporter une touche d’originalité parce qu’elle se veut banale, voire datée.

Pour conclure, Tengoku no Daisuke e s’attarde sur la rencontre entre un journaliste cynique croyant tout connaître et un jeune sportif habité par la soif de courir. S’apparentant à un récit initiatique convenu, le tanpatsu ne s’avère pas foncièrement médiocre surtout qu’il oublie le mélodrame emphatique, mais il multiplie les écueils inhérents au genre et se contente du minimum syndical. Le téléspectateur ne ressent par conséquent pas grand-chose devant cette peinture sans réelles saveurs prônant l’optimisme, les bons sentiments et la détermination.

Par |2018-07-06T17:48:03+02:00mars 13th, 2015|Séries japonaises, Tanpatsu, Tengoku no Daisuke e|0 commentaire

Kimi no Te ga Sasayaite Iru | 君の手がささやいている

C’est un secret pour personne, les Japonais ont clairement un faible pour les histoires mettant en avant un héros en situation de handicap. D’ailleurs, la surdité semble truster les hautes marches du podium et le tanpatsu Kimi no Te ga Sasayaite Iru est un énième argument étayant cette affirmation. Le format de cette courte fiction scénarisée par Okada Yoshikazu (Zeni Geba, Churasan) est particulier puisque ses cinq épisodes furent diffusés annuellement sur TV Asahi entre 1997 et 2001. D’une durée approximative d’une heure et demie, ils sont passés à l’écran de manière aussi espacée dans le but de crédibiliser au maximum l’avancée en âge des personnages. Il s’agit d’une adaptation du shôjo manga de Karube Junko composé de dix volumes sortis au Japon entre 1992 et 1996, et dont le titre signifie globalement tes mains murmurent. Aucun spoiler.

Nobe Mieko n’a jamais entendu le moindre son et souffre depuis son enfance de ce handicap. Pour autant, elle n’est pas aigrie et espère pouvoir mener une vie la plus normale possible. Le jour où elle parvient à décrocher un poste dans une entreprise, elle se doute que les embûches seront assez difficiles, mais elle ne baisse pas les bras. Là, elle y rencontre un homme qui tombe rapidement sous son charme. Or, il n’est pas sourd. Ces deux personnes réussiront-elles à s’apprivoiser, à se comprendre et à partager un bout de chemin ensemble ?

Kimi no Te ga Sasayaite Iru est loin d’être la première et la dernière série s’attardant sur la surdité. Par exemple, Orange Days et Aishiteiru to Itte Kure en font la part belle et injectent par la même occasion une once plus ou moins importante de romantisme. Regarder une autre histoire sur cette thématique à la formule quelque peu éprouvée pourrait par conséquent s’avérer redondant et peu stimulant. Cependant, la grande différence repose sur l’héroïne à proprement parler et sur l’approche choisie. S’il est indiscutable que les épisodes illustrent la naissance d’un couple et son évolution, ce sont plutôt les adversités et les étapes devant être franchies par une femme malentendante tout au long de son existence qui sont traitées. Des gênes au demeurant assez triviales sont croquées comme les messages d’annonce dans les trains ou les commandes au restaurant, mais ne sont pas non plus oubliées d’autres semblant parfois insurmontables telles que la peur de ne pas entendre un bébé qui pleure, l’impossibilité de communiquer avec son propre enfant entendant, le danger qu’induit de se promener près des véhicules, etc. En ça, cette production se révèle plutôt intéressante et instructive, car elle permet probablement d’éveiller les consciences et de dresser une situation complexe ne méritant pour autant pas de misérabilisme. Notamment grâce à des touches d’humour appréciables, le ton n’est effectivement pas au pathos et à la dramatisation extrême. Certes, Mieko n’entend pas et ne peut guère interagir avec sa voix, mais cela ne signifie pas que tout est fichu pour elle, au contraire. L’héroïne est assez forte, ce qui ne l’empêche pas de craquer et de faire des erreurs, comme n’importe quel humain sur cette planète. Malgré la spécificité de son scénario, Kimi no Te ga Sasayaite Iru se veut au bout du compte plutôt universel et à même de parler à une large audience.

La série débute par un monologue de Mieko reflétant ses anciens démons. Longtemps, elle s’est demandé l’intérêt de son existence. N’aurait-il pas été plus aisé pour elle de ne jamais venir au monde ? Ses parents n’auraient-ils pas non plus été davantage heureux ? Le poids que porte Mieko est assez conséquent et ce handicap influence grandement la construction de son identité, ce qui se comprend facilement. C’est la sympathique Kanno Miho (Magerarenai Onna, Guilty) qui offre ses traits à cette femme cherchant à se créer une place dans la société. L’actrice utilise la langue des signes de façon extrêmement fluide et le novice n’y voit que du feu. Les épisodes tentent systématiquement d’aborder un obstacle différent. Par exemple, dans un premier temps, Mieko intègre une entreprise dans laquelle elle est la seule personne malentendante. Beaucoup de ses nouveaux collègues la regardent de travers et s’imaginent de suite qu’elle les freinera et, pire, leur donnera du travail supplémentaire. Les débuts sont compliqués, l’héroïne rentre parfois en larmes chez elle, mais elle s’accroche et la lumière vient au moment où elle ne s’y attend pas. En effet, un autre employé, Nobe Hirofumi, s’intéresse à elle et décide d’apprendre la langue des signes pour mieux communiquer. Rapidement, des sentiments amoureux surgissent et le couple se forme. Les épisodes suivants illustrent la progression de leur relation, avec toutes les étapes typiques : mariage, emménagement à deux, rencontre des beaux-parents – dont la belle-mère campée par une amusante Kaga Mariko (Hana Yori Dango) –, désir d’enfant, etc. Hirofumi est l’homme techniquement parfait. Calme, mesuré, attentif, drôle et doux, il réussit systématiquement à canaliser celle qu’il aime et régler tous les problèmes. Sa caractérisation est trop lisse, voire par moments incohérente, pour le rendre attachant et l’interprétation approximative de Takeda Shinji (Renai Kentei) ne parvient pas à contrebalancer ces lacunes. Le constat est identique pour la relation du couple tant elle est idéalisée. Quoi qu’il en soit, Mieko est confrontée à des situations tout ce qu’il y a de plus fédératrices et ce n’est pas parce qu’elle n’entend pas qu’elle en est privée. Le tanpatsu cherche à illustrer que ce n’est pas le handicap qui importe, mais l’individu en tant que tel. Que l’on soit sourd, aveugle ou muet, cela ne définit pas sa propre façon d’être. Bien sûr, ce message paraît évident écrit de la sorte si ce n’est qu’il est bien plus compliqué de s’y tenir à partir du moment où l’on est directement impliqué. Pour appuyer ce propos, plusieurs des dialogues avec Mieko ne sont pas traduits et, à moins de comprendre la langue des signes, il n’est guère possible de savoir ce qui se dit. Ce choix est pertinent et démontre que la notion de handicap est somme toute relative. Dans tous les cas, Kimi no Te ga Sasayaite Iru dépeint le cheminement de Mieko et de comment elle finit par s’accepter grâce à un entourage aimant et empathique. Les épisodes n’oublient pas non plus ces derniers, car pour eux, le quotidien est forcément bouleversé.

Si Mieko a dû apprendre à vivre avec sa surdité, il n’en est pas exactement de même pour ses proches. Le tanpatsu explore rapidement la tristesse et le désarroi de ses parents qui ont dû sacrifier beaucoup de choses dans leur vie pour offrir à leur enfant une vraie chance de réussir, tout en essayant de cacher leur frustration et leurs sentiments de ne pas en avoir fait suffisamment. La relation liant Mieko à son père (Honda Hirotarô – Erai Tokoro ni Totsuide Shimatta!) et sa mère est joliment dessinée, eux qui se montrent surprotecteurs et bienveillants. Si la jeune femme est au départ assez isolée et renfermée, il lui est toutefois possible de compter sur le soutien indéfectible d’une amie, malentendante aussi. La série se focalise principalement sur l’impact qu’a la surdité de Mieko sur sa fille, Chizuru. En étant incapable de lire une histoire à celle-ci ou de téléphoner à l’hôpital en cas de maladie, l’héroïne souffre, et son enfant ne peut parfois s’empêcher de ressentir une certaine gêne en découvrant le fameux regard d’autrui. Qui plus est, Chizuru doit-elle apprendre la langue des signes ? Faut-il la lui imposer ? Les épisodes continuent donc leur chronique sur le handicap avec une crédibilité assez désarmante. Cependant, que l’on ne se trompe pas, Kimi no Te ga Sasayaite Iru n’est pas du tout un documentaire éclairé sur la surdité. Non, il s’agit d’une fiction humaine en bonne et due forme employant un trait de société singulièrement commun. C’est d’ailleurs probablement en partie là que son intérêt se situe, à condition d’apprécier les tranches de vie simples, mais racontées avec tendresse et réalisme. Le rythme du tanpatsu s’avère sans grande surprise très tranquille, calme et sensiblement monotone. D’une certaine manière, cela permet justement de refléter l’existence d’individus tout ce qu’il y a de plus banals, mais un soupçon de vigueur aurait délivré à l’ensemble davantage d’enthousiasme. Il manque effectivement un petit quelque chose à cette fiction pour dépasser le simple cadre du divertissement oublié une fois la télévision éteinte. Ce qu’il y a d’autant plus antithétique, d’ailleurs, c’est que les évènements s’enchaînent beaucoup trop rapidement et que les sentiments et autres relations évoluent à une vitesse supersonique. Si l’idée de diffuser la série sur cinq années est excellente et crédibilise seulement partiellement le vieillissement des protagonistes, le récit se déroulant sur plus d’une décennie, l’aspect mécanique des épisodes en devient assez peu heureux dans le sens où chacun aborde une thématique aux ficelles grossières. Il est par conséquent assez compliqué d’adhérer à tout ce à quoi l’on assiste, ce qui dessert malheureusement cette production. Cela étant, la forme demeure tout à fait correcte compte tenu de l’âge avancé de ce tanpatsu et la musique de Yoshimata Ryô (Long Love Letter, Atsu-hime) est sympathique ; pour la petite anecdote, il s’agit vraisemblablement de la première composition pour la télévision de cet artiste.

 

En définitive, Kimi no Te ga Sasayaite Iru s’attarde sur le quotidien et les obstacles qu’une femme sourde se doit de franchir afin de cheminer et de s’épanouir comme elle le désire. En s’apparentant à une sorte de parcours initiatique authentique, ces épisodes en deviennent plutôt agréables à suivre malgré une absence de franches émotions. Bien que la qualité soit indiscutable et que les thématiques réussissent à traiter avec efficacité les difficultés inhérentes à la surdité d’une mère, l’ensemble souffre d’une certaine tiédeur qui aurait pu être atténuée avec davantage de passion. S’il est évident que la simplicité prime, cela n’empêche pas d’injecter davantage de vigueur et d’entrain. De plus, l’association du canevas scénaristique sensiblement schématique avec l’évolution rapide de l’intrigue et des relations annule l’effet souhaité d’un récit tranquille et naturel. Cette production ne s’avère donc pas indispensable, mais elle ne devrait pas déplaire aux amateurs de tranches de vie employant une situation de handicap.

Par |2017-05-01T13:58:40+02:00février 27th, 2015|Kimi no Te ga Sasayaite Iru, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire