Chôchô-san | 最後の武士の娘

Sans que cela soit réellement volontaire, après avoir terminé la longue aventure que fut le taiga Atsu-hime, j’ai enchaîné avec le tanpatsu Chôchô-san qui lui ressemble sur de nombreux points. En revanche, cette fiction est bien plus concise puisqu’elle ne dispose que de deux parties de soixante-dix minutes chacune. Elles furent respectivement diffusées sur NHK les 19 et 26 novembre 2011. Comme souvent, il s’agit d’une adaptation d’un roman, à savoir celui du même nom d’Ichikawa Shinichi, inspiré du court récit Madame Butterfly de John Luther Long. Aucun spoiler.

Le 28 juin 1936, à Tôkyô, un Japonais assiste à l’opéra Madame Butterfly. En sortant de ce spectacle, il rencontre un étranger et, pour une raison qu’il ne peut probablement expliciter, il se met à lui raconter ses souvenirs et comment il a côtoyé l’héroïne de ce drame victime d’un homme s’étant joué d’elle.

N’ayant pas lu Chôchô-san, je serais bien en peine de révéler si cette transposition à la télévision est fidèle. De même, je ne pourrai pas préciser les différences – ou ressemblances – avec l’opéra italien de Giacomo Puccini puisque je n’ai jamais eu l’opportunité de voir une quelconque représentation malgré son exploitation sous de multiples formes. L’histoire dépeinte ici se rapproche sensiblement de l’œuvre de Pierre Loti, Madame Chrysanthème, à l’exception près que la jeune Japonaise dont la vie est illustrée est totalement désintéressée. Comme son titre l’indique, il est question d’Itô Chô et de son existence douloureuse teintée de tragédies et d’une mélancolie lancinante. Contre toute attente, en dépit de la tristesse ambiante et du désarroi évident, le ton n’est pas au pathos et au sentimentalisme gratuit. L’héroïne souffre, attend un homme qui ne vient jamais, mais sa foi en lui, sa candeur et sa bonne humeur permettent au tanpatsu d’éviter habilement les écueils tant redoutés du mélodrame poussif. Pourtant, avec un rythme aussi tranquille et une absence de francs rebondissements, l’ennui aurait pu s’avérer palpable. Il est indiscutable que cette série n’est pas à conseiller aux amateurs d’action et de récits enlevés, mais ceux appréciant les histoires romantiques poignantes mélangeant les cultures devraient être au moins intéressés par celle-ci. Sur la forme, Chôchô-san se montre par ailleurs plutôt convaincant en dépit d’un budget probablement assez limité. La reconstitution de l’époque est tout à fait correcte, les costumes et maquillages pertinents et, à l’exception de quelques incrustations à l’ordinateur moyennement satisfaisantes, les paysages et autres décors sonnent crédibles. De même, la musique composée par Muramatsu Takatsugu effectue convenablement son travail. Les deux parties s’attardent donc sur le parcours d’une femme aspirant à découvrir le monde tout en choyant sa dignité et son honneur. Cela étant, elles n’occultent pas le cadre factuel et croquent avec adresse les avancées sociétales et technologiques comme, par exemple, l’arrivée du téléphone dont l’ange gardien de l’héroïne (Nishida Toshiyuki – Tiger & Dragon) semble féru. Le tanpatsu se dote d’une distribution plutôt impressionnante pour qui connaît un tant soit peu l’univers des j-dramas.

     

À la fin du XIXè siècle, à Fukahori, Chô est la fille unique d’un des derniers samouraïs, décédé au cours de la rébellion de Saga. Elle mène les premières années de sa vie auprès de sa mère (Okunuki Kaoru) et de sa grand-mère (Fujimura Shiho), mais, malheureusement, le destin lui arrache brutalement ses proches et la laisse seule au monde. Un de ses oncles (Honda Hirotarô – Erai Tokoro ni Totsuide Shimatta!) décide alors de prendre les choses en main et l’envoie à Maruyama, dans le quartier des plaisirs de Nagasaki, afin qu’elle soit adoptée par le couple dirigeant un lieu de luxure. Comme si elle n’avait pas déjà suffisamment souffert, Chô se retrouve confrontée à de multiples drames et finit par devenir une apprentie geisha, une maiko. Ses rêves de voguer vers les États-Unis doivent être tus, ce qui ne l’empêche pour autant pas d’espérer voir un jour son souhait être exaucé. Quand elle rencontre William Franklin, un jeune officier de la Marine américaine, la roue semble vouloir tourner et lui offrir l’opportunité de transcender sa condition. Effectivement, elle tombe rapidement amoureuse de lui et ses sentiments paraissent partagés. Toutefois, elle ne se doute pas que cet homme, sous sa bonhomie et sa gentillesse, n’est pas aussi honnête que ce qu’il inspire. Bien qu’il se targue du contraire, il n’a aucunement l’idée de permettre à Chô de venir résider avec lui dans son pays et d’y mener une existence paisible. À la place, il préfère laisser parler ses caprices, profiter de sa compagne exotique le temps qu’il stationne au Japon, puis l’oublier une fois parti. Sauf qu’elle, elle choisit de fermer les yeux sur ce que d’aucuns n’osent le lui révéler et désire croire en un futur lumineux. Ce n’est que dans la seconde partie du tanpatsu que cet officier apparaît réellement, la première étant dédié à l’arrivée de Chô à Nagasaki et de ses premiers pas dans le monde des geishas.

Itô Chô est une orpheline issue d’une famille de guerriers. Bien que les samouraïs aient totalement disparu, leurs valeurs perdurent et Chô a appris à les suivre à la lettre. Droiture, loyauté ou encore sincérité façonnent ses pensées et agissements. Ce ne sont pas des codes moraux empruntés au hasard, mais bel et bien un mode de fonctionnement faisant partie intégrante de la culture nippone. Chôchô-san a l’excellente idée d’illustrer de manière subtile les fondements de sa nation et cette importance vitale de demeurer courageux et de favoriser son honneur. Plus que prendre la fidèle Chô en pitié, il faut la voir comme l’incarnation d’une force de caractère. C’est la pétillante Miyazaki Aoi qui offre ses traits à cette jeune femme rêveuse et éprise de liberté. Trois ans s’étaient écoulés depuis la dernière apparition de l’actrice à la télévision, avec Atsu-hime. Si l’abus de fond de teint orange pour probablement faire croire qu’elle est bronzée au tout début de la fiction se révèle disgracieux, cet artifice est heureusement rapidement oublié. À noter que son anglais est tout à fait satisfaisant et compréhensible sans sous-titres. Dans un premier temps, Chô découvre donc bien malgré elle les rudiments des geishas et c’est l’occasion pour cette production de dépeindre les difficultés inhérentes de la condition féminine à cette époque. Par chance, avec l’arrivée de l’ère Meiji, la société change progressivement, l’Occident insuffle sa modernité et, par la même occasion, un vent d’espoir. Des femmes comme celles incarnées par Tomosaka Rie (Kimi ga Oshiete Kureta Koto), Toda Keiko (Churasan) et Yo Kimiko (Warui Yatsura) apportent de la chaleur et de la sympathie au tout. Chô rêve des États-Unis, désire apprendre cette langue mystérieuse et côtoie dans l’attente des personnages parfois discutables, ou retrouve des amis perdus de vue quelque temps auparavant. Parmi ces derniers se trouvent Tanigawa Isaku et Yuri (Ikewaki Chizuru – Tightrope no Onna), un frère et une sœur jadis brimés pour leur religion, le catholicisme. D’ailleurs, Isaku (Itô Atsushi – Densha Otoko) a un faible pour Chô, même s’il n’ose jamais le lui confier et demeure dans l’ombre. Que l’on se rassure, le triangle amoureux n’en est pas véritablement un et est amené avec autant de finesse que le reste. L’humour est dans tous les cas palpable et Chôchô-san est tout d’abord léger, presque pittoresque. Cependant, plus les minutes s’écoulent et plus une angoisse indicible s’installe ; le public ne peut effectivement occulter ce sentiment que la conclusion se fera dans la douleur.

Le terme japonais chô signifie en français papillon, d’où le titre de Madame Butterfly. Il faut savoir que ce tanpatsu se base sur des faits réels. Souvent condamnés à naviguer des mois durant, de nombreux officiers occidentaux ont mis au point un stratagème pour pallier leurs instincts les plus primaires. Du fait de leur statut, la prostitution et les scandales ne sont pas des solutions, ce qui les oblige à opter pour autre chose. Ainsi, à la fin du XIXè et au début du XXè siècle, plusieurs de ces étrangers n’ont pas trouvé mieux que de s’unir à une Japonaise résidant au sein des ports d’attache de leurs bateaux, dont Nagasaki. Naturellement, ces épousailles sont parfois tout autant intéressées des deux côtés et il convient de ne pas faire preuve de manichéisme. Sur place, ils profitent donc de tout ce que leur femme peut leur donner, et une fois en mission ailleurs, ils font comme si rien ne s’était passé. En d’autres termes, ils ont tous les bénéfices du mariage, sans les inconvénients. Cette pratique a de quoi laisser plus que circonspect, ne le nions pas. En dépit de la cruauté de la situation, Chôchô-san ne se perd pas dans une critique acerbe de ce qu’elle dessine et de cet Américain venant finalement ruiner la vie d’une jolie Japonaise ayant déjà été rudement malmenée. Ce registre où les cultures s’entrechoquent est plutôt propice à un certain fatalisme non dénué d’une once de fragilité gracile. Franklin n’est pas dépeint tel un monstre sans cœur, au contraire. Assez naïf, il fait preuve d’égoïsme et cloute sans le réaliser consciemment la douce Chô sur un tableau d’exposition, à l’instar d’un papillon. Il est dommage que l’alchimie du couple principal se veuille aussi peu enthousiasmante et naturelle. William Franklin est incarné par Ethan Landry qui, physiquement, a probablement tout pour faire rêver moult Japonaises, mais qui ne dégage pas grand-chose.

Pour conclure, Chôchô-san narre le cruel destin d’une jeune Japonaise dont les ailes sont brutalement arrachées par un officier américain la laissant dépérir et, surtout, croire qu’un futur commun existe. Sous couvert d’une romance désabusée dans la lignée d’une tragédie grecque, ce tanpatsu intimiste se permet de distiller de nombreuses clés de décryptage de la culture japonaise avec une certaine grâce et une pudeur appréciable. Tour à tour amusant, pondéré, tranquille et serein, il séduit par son élégance et son absence de surenchère. Certes, l’interprétation est parfois légèrement branlante du côté occidental, mais l’impression globale demeure satisfaisante. Ces deux parties s’avèrent par conséquent intellectuellement intéressantes et humainement bouleversantes, voire écœurantes en raison du désarroi humiliant bien trop parfaitement retranscrit. Pour peu que l’on soit avide de découvrir un pan de l’Histoire japonaise assez méconnu, cette série n’oubliant jamais les émotions se veut un bon choix.

Par |2017-05-01T13:58:40+02:00février 20th, 2015|Chôchô-san, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire

Miyamoto Musashi (2014) | 宮本武蔵

Demandez à des Japonais quel est le meilleur escrimeur de tous les temps, et il y a de fortes chances que la plupart d’entre eux nomment Miyamoto Musashi. Cette figure emblématique du pays est, sans grande surprise, à l’origine de nombreuses légendes, spéculations et histoires plus ou moins fidèles. L’illustration de la vie de cet homme la plus connue est probablement le roman Musashi, publié en 1935 et écrit par Yoshikawa Eiji ; en France, il est disponible en deux livres résumés sous les titres La Pierre et le Sabre et La Parfaite Lumière. Sinon, toujours en littérature, le seinen manga Vagabond d’Inoue Takehiko, en cours depuis 1998, est édité dans nos contrées chez Tonkam. Un très long billet – non exhaustif, en plus – pourrait être entièrement dédié aux références de Miyamoto Musashi dans les médias, c’est dire à quel point il continue de fasciner. Bien sûr, la télévision n’est pas en reste. D’ailleurs, 2003 fut marquée sur NHK par le taiga Musashi, avec Ichikawa Ebizô dans le premier rôle. Plus récemment, dans le but de fêter son 55è anniversaire, TV Asahi s’est attaqué à la tâche en lançant son tanpatsu sobrement intitulé Miyamoto Musashi. Composé de deux épisodes de deux heures chacun, il fut diffusé les 15 et 16 mars 2014, et s’inspire justement très fortement de la biographie romancée rédigée par Yoshikawa. Aucun spoiler.

1600, la bataille de Sekigahara change profondément le Japon et fait progressivement entrer le pays dans une longue période de shogunat, celle des Tokugawa. Son issue scelle la fin de l’époque Sengoku et le début de l’époque Edo. Parmi les nombreux combattants se trouve Shinmen Takezô, un simple fantassin aux grandes aspirations. Alors qu’il voit l’armée de l’ouest dont il fait partie perdre, il remarque un formidable sabreur dans le camp adverse. Il a seulement le temps d’entendre son nom, Kojirô, avant de s’évanouir suite à un coup porté par un ennemi. Contre toute attente, une fois la bataille terminée, il se réveille et, en compagnie d’un de ses compères, le pleutre Hon’iden Matahachi, il décide de retourner dans son village natal, Miyamoto. Du fait de son caractère tempétueux et de son arrogance, il y est très mal accueilli et se retrouve rapidement emprisonné. Qu’importe, Takezô ne se laisse pas abattre et se fait la promesse de devenir quelqu’un d’indispensable et de marquer l’Histoire à l’encre indélébile. Pour cela, il est prêt à tout.

     

À ma grande honte, je dois avouer qu’avant de débuter cette production, je ne connaissais que de nom Miyamoto Musashi. Naturellement, je savais très bien qui il était et l’empreinte qu’il a transmise, mais je ne détenais aucune information concernant sa vie, son tempérament, ses désirs. Il est indiscutable que ce tanpatsu romance forcément beaucoup d’éléments, ne serait-ce que parce que les sources sur l’homme se contredisent parfois et sont, finalement, plutôt minimes. La néophyte que je suis sera donc totalement incapable de spécifier si l’ensemble se veut fidèle puisque je me suis contentée de le regarder d’un œil totalement neuf. Pour ne pas trop me rabaisser, je tiens à préciser que, depuis que je visionne beaucoup de séries se déroulant aux alentours de l’époque Sengoku, je commence à maîtriser quelques clés de décryptage. Heureusement, vous me direz ! Il est très agréable de se sentir légèrement en terrain connu, nonobstant de terribles lacunes toujours omniprésentes. Pour terminer cette logorrhée, je souhaite ajouter que le manga Vagabond se trouve sur ma liste de ceux à tester un jour, mais le fait qu’il soit encore en cours ainsi que le nombre et le prix de ses volumes me freinent quelque peu. Il semblerait que le tanpatsu s’inspire non officiellement du physique des personnages de l’édition à bulles. Dans tous les cas, en dépit de son horrible affiche photoshopée, ce Miyamoto Musashi me paraissait indispensable tant je suis friande de jidaigeki, mais aussi parce qu’il dispose d’une distribution enthousiasmante.

Orgueilleux et égoïste, Shinmen Takezô est convaincu de son talent et de sa supériorité sur les autres. Sa soif de sang l’amène à multiplier les combats et il ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Son rêve, qu’il estime à sa portée, est de se faire un nom, une réputation, une carrière. Avide de victoires et de prouver à quiconque qu’il est le meilleur, il espère intégrer les rangs du gouvernement le plus rapidement possible. Toutefois, en rentrant de Sekigahara, il est pris à son propre jeu et constate qu’il est somme toute capable d’altruisme. À cause de Takuan (Kagawa Teruyuki), un prêtre aux méthodes efficaces, il démarre sans le vouloir une longue quête empreinte d’humilité, de philosophie et de réflexion sur lui-même et sur le monde qui l’entoure. Obligé de porter le nom de Miyamoto Musashi en raison de ses actions passées répréhensibles, l’épéiste décide de parcourir le Japon et d’affronter les grands de l’époque. Avant toute chose, le tanpatsu est l’aventure d’un homme s’engageant corps et âme sur la voie du sabre. Au moyen d’un fort labeur, d’une pugnacité à toute épreuve et d’un sang-froid assez incroyable, celui-ci se lance dans une quête vraisemblablement interminable. Malgré leur courte durée, les deux épisodes illustrent son évolution avec nuances et une subtilité appréciable. Jadis coléreux, sauvage et peu réfléchi, il devient presque taciturne, posé, impressionnant, et définitivement humain. De prime abord presque détestable, Musashi crée avec le public un lien non négligeable. Gouverné par une violence qu’il finit par exécrer, ce sabreur se cherche, doute grandement, désespère et injecte par la même occasion une tonalité mélancolique à l’ensemble, voire une sorte de spleen baudelairien où la douceur côtoie l’amertume. Cela étant, si l’atmosphère se dote d’une once de réflexion et d’une quête de sérénité, Miyamoto Musashi est également un périple intense où voisinent brutalité, tension et suspense tant les combats se suivent et se veulent impitoyables.

Face à ce genre de récit, une des principales craintes pourrait être liée à l’aspect répétitif du scénario. Effectivement, le héros, Musashi, traverse le Japon de part et d’autre, défie de fameux guerriers, et poursuit sa route inlassablement. Heureusement, cet écueil est habilement évité. Déjà, outre la peinture psychologique de l’individu en tant que tel, le tanpatsu injecte d’autres éléments avec plus ou moins de succès, dont l’entourage du protagoniste. Ainsi, Hon’iden Matahachi est un homme paresseux et plutôt cupide. Après Sekigahara, au lieu de rentrer dans son village où l’attendent sa mère et sa fiancée, Otsû, il préfère demeurer auprès d’une femme rencontrée peu de temps auparavant vivant avec sa fille (Kaho – Otomen, Hitori Shizuka), et mener une vie oisive. Il charge alors son compagnon d’armes, le futur Musashi, d’avertir sa famille de son non-retour à Miyamoto. Grâce à ce personnage joué par Yûsuke Santamaria (Binbô Danshi), la série allège considérablement son registre qui se révèle dès lors, par moments, truculent et amusant. Matahachi n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, mais comme il se veut sympathique en dépit de son attitude critiquable, il ne dérange pas. Le constat est similaire pour sa mère (Baishô Mitsuko), persuadée que Takezô n’est qu’un bon à rien ayant perverti son fils et racontant des sornettes, car, pour elle, il est impensable que sa chair ait préféré rester ailleurs plutôt que de revenir auprès d’elle. Probablement afin d’humaniser Musashi et de romancer le tanpatsu, le scénario instaure une dynamique amoureuse compliquée entre ce dernier et Otsû, la promise laissée pour compte de Matahachi. Lors de leur première rencontre, naissent immédiatement de forts sentiments. Malheureusement, la réalité les frappe rapidement et, en dépit d’une sincère volonté de vivre ensemble, ils doivent attendre, sans assurance de profiter l’un de l’autre. Otsû est un peu trop vue à travers le prisme de sa relation avec l’émérite sabreur, mais l’interprétation de Maki Yôko (Shûkan Maki Yôko, Saikô no Rikon, Tôkyô Friends) et l’alchimie du couple phare atténuent ces faiblesses somme toute minimes. Maints scénarios auraient joué la carte de la tragédie et de la tristesse dépressive ; celui-ci opte pour une approche en retenue prônant la pudeur et la finesse des sentiments. De toute manière, les combats font oublier toutes les lacunes puisqu’ils marquent littéralement le téléspectateur et propulsent littéralement ce tanpatsu dans le haut du panier des fictions du genre.

De nombreux chanbara se veulent plutôt classiques au niveau de la réalisation et, surtout, très codifiés. Les scènes d’action sont filmées de manière très traditionnelle. Ce n’est pas une critique négative, tout simplement une caractéristique susceptible de déplaire à beaucoup, car très rigide. Dernièrement, l’adaptation cinématographique du shônen manga Rurôni Kenshin a changé la donne, et Miyamoto Musashi continue sur cette lancée plus que réjouissante. Les deux parties délivrent en effet un spectacle vibrant au souffle incroyable. Pour cela, il convient notamment de remercier l’acteur offrant ses traits au virtuose du sabre, le Johnny’s Kimura Takuya (Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi, Karei Naru Ichizoku, Pride). Abonné aux rôles de charmeur cool et attachant, il sort de sa zone de confort et, par la même occasion, fait plaisir. Contre toute attente, il s’avère extraordinaire et plus que crédible en sabreur hors pair. Qu’il pratique le kendo depuis son enfance ne minimise en rien son implication. Tout au long de son aventure, Musashi propose divers défis et se retrouve confronté à de réels dangers. La mise en scène participe totalement au divertissement. Effectivement, le montage rythmé offre une efficacité redoutable, d’autant plus que les chorégraphies des combats – élaborées par Tanigaki Kenji ayant officié à Hong Kong, et, justement, sur Rurôni Kenshin – sont lisibles et plus vraies que nature. Certes, quelques actions se veulent probablement exagérées, mais elles entrent aisément dans le cadre du talent du héros. Les plans aériens succèdent aux cadrages resserrés et les accélérations laissent aussi leur chance à plusieurs ralentis – qui auraient pu être moins présents. L’absence de sang et de véritables blessures est légitime, bien que dommage. Quoi qu’il en soit, la musique de Hattori Hatayuki (Nodame Cantabile, Karei Naru Ichizoku), combinant mélodies calmes et d’autres orchestrales, voire électroniques et anachroniques, délivre une identité palpable à l’ensemble et le fait se démarquer du lot. La reconstitution, les costumes, les maquillages, le cadrage et la luminosité parfont le tout de cette balade parmi une société japonaise hétéroclite.

Musashi rencontre moult figures : combattants, moines, seigneurs, simples citoyens, etc. La plupart d’entre eux sont incarnés par des acteurs connus ; par exemple, Takeda Tetsuya (Byakuyakô, JIN) et Nishida Toshiyuki (Tiger & Dragon) s’illustrent en hommes sages aux techniques pointues, Nakatani Miki (JIN) reprend les traits d’une courtisane classieuse, Suzuki Fuku (Marumo no Okite) continue d’interpréter les enfants au charme adorable. Deux tirent toutefois leur épingle du jeu. Matsuda Shôta est Yoshioka Seijûrô, l’héritier d’un clan puissant. Le contraste entre le paraître et la réalité est saisissant. Dragueur invétéré, de prime abord nonchalant, il maîtrise son art à la perfection et, avec son physique gracile et ses longs cheveux, il a tout pour séduire. Cela étant, le protagoniste le plus charismatique du lot est sans conteste le fameux Sasaki Kojirô que Musashi a rapidement entraperçu à Sekigahara. Sawamura Ikki (Doctors, Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) campe ce sabreur avec une grâce et une aura incroyable. Posé, tempéré et intelligent, Kojirô représente la réunion du corps et de l’esprit. Sa relation avec Musashi est fascinante, bien qu’ils ne se confrontent que rarement. Dans tous les cas, les deux sont à l’origine de fantastiques séquences, dont celle avec les voleurs dans le village qui a tout pour se graver en mémoire.

En définitive, Miyamoto Musashi s’apparente à un récit initiatique où l’arrogant et violent Shinmen Takezô se transforme au fur et à mesure en une figure légendaire transcendant les siècles. Doté d’une réalisation efficace associant une mise en scène solide, une photographie soignée, une musique exaltante et un rythme enlevé, ce tanpatsu offre quatre heures de pur spectacle vivifiant et fascinant. Qui plus est, fait d’autant plus rare pour être noté, les combats sont multiples, habités par un vrai souffle épique, et orchestrés d’une main de maître. Le résultat se révèle ainsi tout particulièrement passionnant, émotionnellement satisfaisant, et indispensable à partir du moment où l’on apprécie les chanbara. Pour couronner le tout, la plutôt prestigieuse interprétation est de qualité et, Kimura Takuya, incarnant l’illustre bushi, étonnant de maîtrise et d’intensité. Cette production moderne prouve sans conteste que les histoires d’époque ne sentent pas toutes la naphtaline tant, malgré son cadre ancien, elle dispose de sérieux atouts pour convaincre même les plus réfractaires.

Par |2018-07-06T17:48:28+02:00février 6th, 2015|Miyamoto Musashi (2014), Séries japonaises, Tanpatsu|2 Commentaires