Kimi no Te ga Sasayaite Iru | 君の手がささやいている

C’est un secret pour personne, les Japonais ont clairement un faible pour les histoires mettant en avant un héros en situation de handicap. D’ailleurs, la surdité semble truster les hautes marches du podium et le tanpatsu Kimi no Te ga Sasayaite Iru est un énième argument étayant cette affirmation. Le format de cette courte fiction scénarisée par Okada Yoshikazu (Zeni Geba, Churasan) est particulier puisque ses cinq épisodes furent diffusés annuellement sur TV Asahi entre 1997 et 2001. D’une durée approximative d’une heure et demie, ils sont passés à l’écran de manière aussi espacée dans le but de crédibiliser au maximum l’avancée en âge des personnages. Il s’agit d’une adaptation du shôjo manga de Karube Junko composé de dix volumes sortis au Japon entre 1992 et 1996, et dont le titre signifie globalement tes mains murmurent. Aucun spoiler.

Nobe Mieko n’a jamais entendu le moindre son et souffre depuis son enfance de ce handicap. Pour autant, elle n’est pas aigrie et espère pouvoir mener une vie la plus normale possible. Le jour où elle parvient à décrocher un poste dans une entreprise, elle se doute que les embûches seront assez difficiles, mais elle ne baisse pas les bras. Là, elle y rencontre un homme qui tombe rapidement sous son charme. Or, il n’est pas sourd. Ces deux personnes réussiront-elles à s’apprivoiser, à se comprendre et à partager un bout de chemin ensemble ?

Kimi no Te ga Sasayaite Iru est loin d’être la première et la dernière série s’attardant sur la surdité. Par exemple, Orange Days et Aishiteiru to Itte Kure en font la part belle et injectent par la même occasion une once plus ou moins importante de romantisme. Regarder une autre histoire sur cette thématique à la formule quelque peu éprouvée pourrait par conséquent s’avérer redondant et peu stimulant. Cependant, la grande différence repose sur l’héroïne à proprement parler et sur l’approche choisie. S’il est indiscutable que les épisodes illustrent la naissance d’un couple et son évolution, ce sont plutôt les adversités et les étapes devant être franchies par une femme malentendante tout au long de son existence qui sont traitées. Des gênes au demeurant assez triviales sont croquées comme les messages d’annonce dans les trains ou les commandes au restaurant, mais ne sont pas non plus oubliées d’autres semblant parfois insurmontables telles que la peur de ne pas entendre un bébé qui pleure, l’impossibilité de communiquer avec son propre enfant entendant, le danger qu’induit de se promener près des véhicules, etc. En ça, cette production se révèle plutôt intéressante et instructive, car elle permet probablement d’éveiller les consciences et de dresser une situation complexe ne méritant pour autant pas de misérabilisme. Notamment grâce à des touches d’humour appréciables, le ton n’est effectivement pas au pathos et à la dramatisation extrême. Certes, Mieko n’entend pas et ne peut guère interagir avec sa voix, mais cela ne signifie pas que tout est fichu pour elle, au contraire. L’héroïne est assez forte, ce qui ne l’empêche pas de craquer et de faire des erreurs, comme n’importe quel humain sur cette planète. Malgré la spécificité de son scénario, Kimi no Te ga Sasayaite Iru se veut au bout du compte plutôt universel et à même de parler à une large audience.

La série débute par un monologue de Mieko reflétant ses anciens démons. Longtemps, elle s’est demandé l’intérêt de son existence. N’aurait-il pas été plus aisé pour elle de ne jamais venir au monde ? Ses parents n’auraient-ils pas non plus été davantage heureux ? Le poids que porte Mieko est assez conséquent et ce handicap influence grandement la construction de son identité, ce qui se comprend facilement. C’est la sympathique Kanno Miho (Magerarenai Onna, Guilty) qui offre ses traits à cette femme cherchant à se créer une place dans la société. L’actrice utilise la langue des signes de façon extrêmement fluide et le novice n’y voit que du feu. Les épisodes tentent systématiquement d’aborder un obstacle différent. Par exemple, dans un premier temps, Mieko intègre une entreprise dans laquelle elle est la seule personne malentendante. Beaucoup de ses nouveaux collègues la regardent de travers et s’imaginent de suite qu’elle les freinera et, pire, leur donnera du travail supplémentaire. Les débuts sont compliqués, l’héroïne rentre parfois en larmes chez elle, mais elle s’accroche et la lumière vient au moment où elle ne s’y attend pas. En effet, un autre employé, Nobe Hirofumi, s’intéresse à elle et décide d’apprendre la langue des signes pour mieux communiquer. Rapidement, des sentiments amoureux surgissent et le couple se forme. Les épisodes suivants illustrent la progression de leur relation, avec toutes les étapes typiques : mariage, emménagement à deux, rencontre des beaux-parents – dont la belle-mère campée par une amusante Kaga Mariko (Hana Yori Dango) –, désir d’enfant, etc. Hirofumi est l’homme techniquement parfait. Calme, mesuré, attentif, drôle et doux, il réussit systématiquement à canaliser celle qu’il aime et régler tous les problèmes. Sa caractérisation est trop lisse, voire par moments incohérente, pour le rendre attachant et l’interprétation approximative de Takeda Shinji (Renai Kentei) ne parvient pas à contrebalancer ces lacunes. Le constat est identique pour la relation du couple tant elle est idéalisée. Quoi qu’il en soit, Mieko est confrontée à des situations tout ce qu’il y a de plus fédératrices et ce n’est pas parce qu’elle n’entend pas qu’elle en est privée. Le tanpatsu cherche à illustrer que ce n’est pas le handicap qui importe, mais l’individu en tant que tel. Que l’on soit sourd, aveugle ou muet, cela ne définit pas sa propre façon d’être. Bien sûr, ce message paraît évident écrit de la sorte si ce n’est qu’il est bien plus compliqué de s’y tenir à partir du moment où l’on est directement impliqué. Pour appuyer ce propos, plusieurs des dialogues avec Mieko ne sont pas traduits et, à moins de comprendre la langue des signes, il n’est guère possible de savoir ce qui se dit. Ce choix est pertinent et démontre que la notion de handicap est somme toute relative. Dans tous les cas, Kimi no Te ga Sasayaite Iru dépeint le cheminement de Mieko et de comment elle finit par s’accepter grâce à un entourage aimant et empathique. Les épisodes n’oublient pas non plus ces derniers, car pour eux, le quotidien est forcément bouleversé.

Si Mieko a dû apprendre à vivre avec sa surdité, il n’en est pas exactement de même pour ses proches. Le tanpatsu explore rapidement la tristesse et le désarroi de ses parents qui ont dû sacrifier beaucoup de choses dans leur vie pour offrir à leur enfant une vraie chance de réussir, tout en essayant de cacher leur frustration et leurs sentiments de ne pas en avoir fait suffisamment. La relation liant Mieko à son père (Honda Hirotarô – Erai Tokoro ni Totsuide Shimatta!) et sa mère est joliment dessinée, eux qui se montrent surprotecteurs et bienveillants. Si la jeune femme est au départ assez isolée et renfermée, il lui est toutefois possible de compter sur le soutien indéfectible d’une amie, malentendante aussi. La série se focalise principalement sur l’impact qu’a la surdité de Mieko sur sa fille, Chizuru. En étant incapable de lire une histoire à celle-ci ou de téléphoner à l’hôpital en cas de maladie, l’héroïne souffre, et son enfant ne peut parfois s’empêcher de ressentir une certaine gêne en découvrant le fameux regard d’autrui. Qui plus est, Chizuru doit-elle apprendre la langue des signes ? Faut-il la lui imposer ? Les épisodes continuent donc leur chronique sur le handicap avec une crédibilité assez désarmante. Cependant, que l’on ne se trompe pas, Kimi no Te ga Sasayaite Iru n’est pas du tout un documentaire éclairé sur la surdité. Non, il s’agit d’une fiction humaine en bonne et due forme employant un trait de société singulièrement commun. C’est d’ailleurs probablement en partie là que son intérêt se situe, à condition d’apprécier les tranches de vie simples, mais racontées avec tendresse et réalisme. Le rythme du tanpatsu s’avère sans grande surprise très tranquille, calme et sensiblement monotone. D’une certaine manière, cela permet justement de refléter l’existence d’individus tout ce qu’il y a de plus banals, mais un soupçon de vigueur aurait délivré à l’ensemble davantage d’enthousiasme. Il manque effectivement un petit quelque chose à cette fiction pour dépasser le simple cadre du divertissement oublié une fois la télévision éteinte. Ce qu’il y a d’autant plus antithétique, d’ailleurs, c’est que les évènements s’enchaînent beaucoup trop rapidement et que les sentiments et autres relations évoluent à une vitesse supersonique. Si l’idée de diffuser la série sur cinq années est excellente et crédibilise seulement partiellement le vieillissement des protagonistes, le récit se déroulant sur plus d’une décennie, l’aspect mécanique des épisodes en devient assez peu heureux dans le sens où chacun aborde une thématique aux ficelles grossières. Il est par conséquent assez compliqué d’adhérer à tout ce à quoi l’on assiste, ce qui dessert malheureusement cette production. Cela étant, la forme demeure tout à fait correcte compte tenu de l’âge avancé de ce tanpatsu et la musique de Yoshimata Ryô (Long Love Letter, Atsu-hime) est sympathique ; pour la petite anecdote, il s’agit vraisemblablement de la première composition pour la télévision de cet artiste.

 

En définitive, Kimi no Te ga Sasayaite Iru s’attarde sur le quotidien et les obstacles qu’une femme sourde se doit de franchir afin de cheminer et de s’épanouir comme elle le désire. En s’apparentant à une sorte de parcours initiatique authentique, ces épisodes en deviennent plutôt agréables à suivre malgré une absence de franches émotions. Bien que la qualité soit indiscutable et que les thématiques réussissent à traiter avec efficacité les difficultés inhérentes à la surdité d’une mère, l’ensemble souffre d’une certaine tiédeur qui aurait pu être atténuée avec davantage de passion. S’il est évident que la simplicité prime, cela n’empêche pas d’injecter davantage de vigueur et d’entrain. De plus, l’association du canevas scénaristique sensiblement schématique avec l’évolution rapide de l’intrigue et des relations annule l’effet souhaité d’un récit tranquille et naturel. Cette production ne s’avère donc pas indispensable, mais elle ne devrait pas déplaire aux amateurs de tranches de vie employant une situation de handicap.

Par |2017-05-01T13:58:40+02:00février 27th, 2015|Kimi no Te ga Sasayaite Iru, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire

Chôchô-san | 最後の武士の娘

Sans que cela soit réellement volontaire, après avoir terminé la longue aventure que fut le taiga Atsu-hime, j’ai enchaîné avec le tanpatsu Chôchô-san qui lui ressemble sur de nombreux points. En revanche, cette fiction est bien plus concise puisqu’elle ne dispose que de deux parties de soixante-dix minutes chacune. Elles furent respectivement diffusées sur NHK les 19 et 26 novembre 2011. Comme souvent, il s’agit d’une adaptation d’un roman, à savoir celui du même nom d’Ichikawa Shinichi, inspiré du court récit Madame Butterfly de John Luther Long. Aucun spoiler.

Le 28 juin 1936, à Tôkyô, un Japonais assiste à l’opéra Madame Butterfly. En sortant de ce spectacle, il rencontre un étranger et, pour une raison qu’il ne peut probablement expliciter, il se met à lui raconter ses souvenirs et comment il a côtoyé l’héroïne de ce drame victime d’un homme s’étant joué d’elle.

N’ayant pas lu Chôchô-san, je serais bien en peine de révéler si cette transposition à la télévision est fidèle. De même, je ne pourrai pas préciser les différences – ou ressemblances – avec l’opéra italien de Giacomo Puccini puisque je n’ai jamais eu l’opportunité de voir une quelconque représentation malgré son exploitation sous de multiples formes. L’histoire dépeinte ici se rapproche sensiblement de l’œuvre de Pierre Loti, Madame Chrysanthème, à l’exception près que la jeune Japonaise dont la vie est illustrée est totalement désintéressée. Comme son titre l’indique, il est question d’Itô Chô et de son existence douloureuse teintée de tragédies et d’une mélancolie lancinante. Contre toute attente, en dépit de la tristesse ambiante et du désarroi évident, le ton n’est pas au pathos et au sentimentalisme gratuit. L’héroïne souffre, attend un homme qui ne vient jamais, mais sa foi en lui, sa candeur et sa bonne humeur permettent au tanpatsu d’éviter habilement les écueils tant redoutés du mélodrame poussif. Pourtant, avec un rythme aussi tranquille et une absence de francs rebondissements, l’ennui aurait pu s’avérer palpable. Il est indiscutable que cette série n’est pas à conseiller aux amateurs d’action et de récits enlevés, mais ceux appréciant les histoires romantiques poignantes mélangeant les cultures devraient être au moins intéressés par celle-ci. Sur la forme, Chôchô-san se montre par ailleurs plutôt convaincant en dépit d’un budget probablement assez limité. La reconstitution de l’époque est tout à fait correcte, les costumes et maquillages pertinents et, à l’exception de quelques incrustations à l’ordinateur moyennement satisfaisantes, les paysages et autres décors sonnent crédibles. De même, la musique composée par Muramatsu Takatsugu effectue convenablement son travail. Les deux parties s’attardent donc sur le parcours d’une femme aspirant à découvrir le monde tout en choyant sa dignité et son honneur. Cela étant, elles n’occultent pas le cadre factuel et croquent avec adresse les avancées sociétales et technologiques comme, par exemple, l’arrivée du téléphone dont l’ange gardien de l’héroïne (Nishida Toshiyuki – Tiger & Dragon) semble féru. Le tanpatsu se dote d’une distribution plutôt impressionnante pour qui connaît un tant soit peu l’univers des j-dramas.

     

À la fin du XIXè siècle, à Fukahori, Chô est la fille unique d’un des derniers samouraïs, décédé au cours de la rébellion de Saga. Elle mène les premières années de sa vie auprès de sa mère (Okunuki Kaoru) et de sa grand-mère (Fujimura Shiho), mais, malheureusement, le destin lui arrache brutalement ses proches et la laisse seule au monde. Un de ses oncles (Honda Hirotarô – Erai Tokoro ni Totsuide Shimatta!) décide alors de prendre les choses en main et l’envoie à Maruyama, dans le quartier des plaisirs de Nagasaki, afin qu’elle soit adoptée par le couple dirigeant un lieu de luxure. Comme si elle n’avait pas déjà suffisamment souffert, Chô se retrouve confrontée à de multiples drames et finit par devenir une apprentie geisha, une maiko. Ses rêves de voguer vers les États-Unis doivent être tus, ce qui ne l’empêche pour autant pas d’espérer voir un jour son souhait être exaucé. Quand elle rencontre William Franklin, un jeune officier de la Marine américaine, la roue semble vouloir tourner et lui offrir l’opportunité de transcender sa condition. Effectivement, elle tombe rapidement amoureuse de lui et ses sentiments paraissent partagés. Toutefois, elle ne se doute pas que cet homme, sous sa bonhomie et sa gentillesse, n’est pas aussi honnête que ce qu’il inspire. Bien qu’il se targue du contraire, il n’a aucunement l’idée de permettre à Chô de venir résider avec lui dans son pays et d’y mener une existence paisible. À la place, il préfère laisser parler ses caprices, profiter de sa compagne exotique le temps qu’il stationne au Japon, puis l’oublier une fois parti. Sauf qu’elle, elle choisit de fermer les yeux sur ce que d’aucuns n’osent le lui révéler et désire croire en un futur lumineux. Ce n’est que dans la seconde partie du tanpatsu que cet officier apparaît réellement, la première étant dédié à l’arrivée de Chô à Nagasaki et de ses premiers pas dans le monde des geishas.

Itô Chô est une orpheline issue d’une famille de guerriers. Bien que les samouraïs aient totalement disparu, leurs valeurs perdurent et Chô a appris à les suivre à la lettre. Droiture, loyauté ou encore sincérité façonnent ses pensées et agissements. Ce ne sont pas des codes moraux empruntés au hasard, mais bel et bien un mode de fonctionnement faisant partie intégrante de la culture nippone. Chôchô-san a l’excellente idée d’illustrer de manière subtile les fondements de sa nation et cette importance vitale de demeurer courageux et de favoriser son honneur. Plus que prendre la fidèle Chô en pitié, il faut la voir comme l’incarnation d’une force de caractère. C’est la pétillante Miyazaki Aoi qui offre ses traits à cette jeune femme rêveuse et éprise de liberté. Trois ans s’étaient écoulés depuis la dernière apparition de l’actrice à la télévision, avec Atsu-hime. Si l’abus de fond de teint orange pour probablement faire croire qu’elle est bronzée au tout début de la fiction se révèle disgracieux, cet artifice est heureusement rapidement oublié. À noter que son anglais est tout à fait satisfaisant et compréhensible sans sous-titres. Dans un premier temps, Chô découvre donc bien malgré elle les rudiments des geishas et c’est l’occasion pour cette production de dépeindre les difficultés inhérentes de la condition féminine à cette époque. Par chance, avec l’arrivée de l’ère Meiji, la société change progressivement, l’Occident insuffle sa modernité et, par la même occasion, un vent d’espoir. Des femmes comme celles incarnées par Tomosaka Rie (Kimi ga Oshiete Kureta Koto), Toda Keiko (Churasan) et Yo Kimiko (Warui Yatsura) apportent de la chaleur et de la sympathie au tout. Chô rêve des États-Unis, désire apprendre cette langue mystérieuse et côtoie dans l’attente des personnages parfois discutables, ou retrouve des amis perdus de vue quelque temps auparavant. Parmi ces derniers se trouvent Tanigawa Isaku et Yuri (Ikewaki Chizuru – Tightrope no Onna), un frère et une sœur jadis brimés pour leur religion, le catholicisme. D’ailleurs, Isaku (Itô Atsushi – Densha Otoko) a un faible pour Chô, même s’il n’ose jamais le lui confier et demeure dans l’ombre. Que l’on se rassure, le triangle amoureux n’en est pas véritablement un et est amené avec autant de finesse que le reste. L’humour est dans tous les cas palpable et Chôchô-san est tout d’abord léger, presque pittoresque. Cependant, plus les minutes s’écoulent et plus une angoisse indicible s’installe ; le public ne peut effectivement occulter ce sentiment que la conclusion se fera dans la douleur.

Le terme japonais chô signifie en français papillon, d’où le titre de Madame Butterfly. Il faut savoir que ce tanpatsu se base sur des faits réels. Souvent condamnés à naviguer des mois durant, de nombreux officiers occidentaux ont mis au point un stratagème pour pallier leurs instincts les plus primaires. Du fait de leur statut, la prostitution et les scandales ne sont pas des solutions, ce qui les oblige à opter pour autre chose. Ainsi, à la fin du XIXè et au début du XXè siècle, plusieurs de ces étrangers n’ont pas trouvé mieux que de s’unir à une Japonaise résidant au sein des ports d’attache de leurs bateaux, dont Nagasaki. Naturellement, ces épousailles sont parfois tout autant intéressées des deux côtés et il convient de ne pas faire preuve de manichéisme. Sur place, ils profitent donc de tout ce que leur femme peut leur donner, et une fois en mission ailleurs, ils font comme si rien ne s’était passé. En d’autres termes, ils ont tous les bénéfices du mariage, sans les inconvénients. Cette pratique a de quoi laisser plus que circonspect, ne le nions pas. En dépit de la cruauté de la situation, Chôchô-san ne se perd pas dans une critique acerbe de ce qu’elle dessine et de cet Américain venant finalement ruiner la vie d’une jolie Japonaise ayant déjà été rudement malmenée. Ce registre où les cultures s’entrechoquent est plutôt propice à un certain fatalisme non dénué d’une once de fragilité gracile. Franklin n’est pas dépeint tel un monstre sans cœur, au contraire. Assez naïf, il fait preuve d’égoïsme et cloute sans le réaliser consciemment la douce Chô sur un tableau d’exposition, à l’instar d’un papillon. Il est dommage que l’alchimie du couple principal se veuille aussi peu enthousiasmante et naturelle. William Franklin est incarné par Ethan Landry qui, physiquement, a probablement tout pour faire rêver moult Japonaises, mais qui ne dégage pas grand-chose.

Pour conclure, Chôchô-san narre le cruel destin d’une jeune Japonaise dont les ailes sont brutalement arrachées par un officier américain la laissant dépérir et, surtout, croire qu’un futur commun existe. Sous couvert d’une romance désabusée dans la lignée d’une tragédie grecque, ce tanpatsu intimiste se permet de distiller de nombreuses clés de décryptage de la culture japonaise avec une certaine grâce et une pudeur appréciable. Tour à tour amusant, pondéré, tranquille et serein, il séduit par son élégance et son absence de surenchère. Certes, l’interprétation est parfois légèrement branlante du côté occidental, mais l’impression globale demeure satisfaisante. Ces deux parties s’avèrent par conséquent intellectuellement intéressantes et humainement bouleversantes, voire écœurantes en raison du désarroi humiliant bien trop parfaitement retranscrit. Pour peu que l’on soit avide de découvrir un pan de l’Histoire japonaise assez méconnu, cette série n’oubliant jamais les émotions se veut un bon choix.

Par |2017-05-01T13:58:40+02:00février 20th, 2015|Chôchô-san, Séries japonaises, Tanpatsu|0 commentaire