The Cape (série complète)

Les super-héros et moi avons toujours été grands amis. C’est donc sans surprise que The Cape me fit de l’œil dès son arrivée aux États-Unis. Puisqu’elle a été annulée, je m’y suis penchée plus rapidement que prévu et cela, malgré les critiques négatives. Diffusée sur NBC dès le 9 janvier 2011, elle comporte dix épisodes de quarante minutes. À noter que le dernier n’est pas passé sur la chaîne mais fut disponible en ligne. D’ailleurs, la première saison devait être composée de treize épisodes à l’origine. Au final la chaîne l’a amputée de trois épisodes et n’a jamais reconduit la série. Eh oui, encore une victime de la loi impitoyable des chaînes américaines. Aucun spoiler.

Vince Faraday est un des rares policiers encore intègre travaillant à Palm City. La ville est effectivement corrompue et plus personne ne peut avoir confiance en son voisin ou pire, en la justice. Alors qu’il tente de se battre contre du vent, un mystérieux méchant, Chess, perpètre des crimes à travers la ville. Suite à un malheureux concours de circonstances, Vince est accusé d’être Chess et laissé pour mort. Afin de réhabiliter son honneur et retrouver sa famille qui le croit six pieds sous terre et coupable, il décide alors de mener une nouvelle vie et endosse le costume d’un super-héros sortant tout droit d’un comic lu par son fils, celui de The Cape.

En lisant le synopsis, on se rend immédiatement compte du classicisme de l’histoire de The Cape et ce ne sont pas les dix épisodes qui vont nous prouver le contraire. Pour autant, ce n’est pas parce qu’un scénario n’est pas original qu’il ne peut être réussi. Enfin ça, c’est en théorie car là encore, ce n’est pas cette série qui renversera réellement la donne. Vince Faraday est donc un homme simple, un bon père de famille, un époux aimant et un ami loyal. En somme, il est parfait si l’on comprend bien. Il est parfaitement ennuyeux, oui. Son unique défaut est de ne pas avoir de chance car il se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment. Toutes les chaînes de télévision le font passer pour le grand vilain à abattre, Chess. Alors que tout le monde le croit mort, abattu d’abord par la police puis réduit en miettes dans une explosion, il est recueilli par les membres d’un cirque très particulier qui passent plus de temps à se remplir illégalement les poches qu’à pratiquer leur art. C’est ainsi que grâce à eux, il se requinque et décide de ne pas se laisser faire. Ce qu’il y a de relativement intéressant et qui change quelque peu la donne est que Vince n’a aucun pouvoir particulier. Il ne vole pas, ne devient pas invisible ou quoi que ce soit dans ce genre. Non, il est humain avec tout ce que cela signifie. Ceci étant, il utilise une cape spéciale et apprend quelques tours de passe-passe lui permettant de donner le change. Dommage que son apprentissage de tours de magie comme la disparition dans la fumée soit beaucoup trop rapide pour être convaincant. À vrai dire, les deux premiers épisodes qui furent diffusés le même soir placent le contexte et vont extrêmement vite. En deux coups de cuillère à pot, tous les éléments sont en place et ils ne bougeront pas d’un iota jusqu’à la fin de la série. Quid de l’évolution ? Elle est inexistante et les personnages restent de véritables caricatures ambulantes. C’est là où The Cape ne réussit pas à décoller car en plus d’être convenue, elle n’est ni attachante ni enthousiasmante.

Le supposé super-héros, Vince, incarné par un David Lyons (ER) peu charismatique n’attire jamais la sympathie. Pourtant il le pourrait car sa vie a littéralement explosé le jour où il s’est approché d’un peu trop près de Chess. On pourrait être ému par son désespoir, par le fait qu’il soit obligé de se cacher et de ne pas approcher de sa famille sous risque de la voir assassinée, etc. Mais rien de tout cela n’arrive. La faute à une écriture beaucoup trop consensuelle et stéréotypée. Il faut aussi avouer que les nombreux flashbacks mettant en avant sa vie avec son épouse ou avec son fils sont lourds et sonnent presque faux. Ne parlons justement même pas de sa femme que l’on suit se reconstruire et qui passionne autant que la vie des vers de terre. Non, franchement, le soi-disant point culminant de l’histoire, à savoir la tragédie des Faraday, est insipide et traité de toute manière avec superficialité. De ce côté-là la série se prend littéralement les pieds dans le tapis et ne réussit pas une seule fois à convaincre.

Nous sommes d’accord, Heroes a certainement échaudé les chaînes américaines par son scénario faussement complexe. La volonté fut probablement cette fois-ci de reprendre la recette basique des comics. Le résultat aurait pu être réussi car il ressort par moment un côté old school qui plaira peut-être aux lecteurs de DC Comics. La série semble en outre assumer son côté presque ridicule et kitsch au possible. Les méchants sont tous très méchants, ils ont généralement une caractéristique particulière comme une peau de serpent, un œil de verre ou ceci cela. Cependant, il semble important à un moment donné d’offrir de l’épaisseur à ses protagonistes et de ne pas les accumuler les uns à la suite des autres. Et là aussi, The Cape ne parvient pas à tirer parti de son potentiel. Les plans se suivent et sont juxtaposés les uns à la suite des autres sans réel liant. On finit dès lors par assister à la mise au placard d’un méchant monstrueux par semaine. Ce qu’il y a d’autant plus dommage est que le némésis de Vince, le fameux Chess qui n’est autre que le grand homme d’affaires Peter Flemming, n’est pas développé une seule seconde. Nous comprenons dès le départ que les deux sont supposés se combattre et se rencontrer indéfiniment mais il n’y aucune profondeur à ce sujet et surtout, Flemming n’a pas la possibilité d’en mettre plein la vue. Quand on sait que c’est le génial James Frain (The Tudors, True Blood) qui lui offre ses traits, on a de quoi être sacrément déçu. Il en est de même pour Orwell, le fameux sidekick de Vince, élément obligatoire d’un scénario de ce genre. Orwell, contrairement à ce que son nom l’indique, est une femme œuvrant dans l’ombre pour faire tomber Flemming et sa société de terribles méchants. Elle est jouée par la délicieuse Summer Glau (Terminator : The Sarah Connor Chronicles, Firefly, Dollhouse) qui, certes, est toujours agréable à voir, si ce n’est qu’elle n’a pas non plus grand-chose d’intéressant à nous montrer outre sa technologie et son argent. Et comme par hasard, elle cache un lourd secret devinable dès le départ mais que l’on se plaît à ne pas révéler afin d’en faire des tonnes à ce sujet. La série est très mal montée et au lieu de ménager des plages de suspense afin d’opter pour un climat mystérieux, préfère appuyer avec maladresse ses propos au moyen de la caméra.

Bizarrement, malgré l’histoire écrite à la truelle, des dialogues idiots et sans fond, des personnages tellement nuancés que l’on en frémit d’avance, les dix épisodes se laissent regarder sans trop de souffrance. C’est étonnant, c’est vrai, mais c’est pourtant le cas. Quelques éléments sauvent effectivement la série du désastre comme des personnages secondaires en imposant. Mention spéciale par exemple à Max Malini, interprété par un Keith David assez incroyable dans son genre, l’illusionniste dirigeant le cirque et aidant Vince à sa manière. Rollo, le nain incarné par Martin Kleba (Scrubs), est également agréable et est le véritable moteur humoristique de la série. Autrement, Scale, le méchant avec des écailles dorées joué par Vinnie Jones est stupidement sympathique. Et puis il y a un générique travaillé et globalement correct. Miracle ! C’est un fait tellement rare qu’il faut le noter. Le fait que chaque épisode soit découpé, avec un titre annonçant la partie à venir, est sinon un procédé réussi et analogue à une véritable bande-dessinée. Au niveau du traitement de l’image, les couleurs sont assez sombres et tentent de prolonger le climat de malaise des habitants de Palm City. Il y donc de l’idée et une volonté de réaliser quelques clins d’œil. En fait, pour faire simple, il faut regarder la série au second degré et on se sent immédiatement mieux. The Cape ne cherche en aucun cas à révolutionner le genre, elle cherche… quoi, difficile à dire, mais au moins elle n’ennuie pas (trop) et ne se montre pas prétentieuse à l’instar de séries du genre qui ont tendance à se croire investies d’un pouvoir divin. Pour la petite anecdote, la série a recours a quelques invités comme Mena Suvari (Six Feet Under), Chad Lindberg (Supernatural), Illeana Douglas (Action) ou encore Grant Bowler (Ugly Betty).

C’est un fait, les séries actuelles ne mettent plus à l’honneur les super-héros en costumes. Trop kitsch, trop connotés, toutes les excuses sont bonnes. The Cape aura ainsi tenté d’inverser la tendance mais avec le résultat que l’on connaît désormais. Difficile de le nier, elle n’a pas grand-chose à apporter avec ses personnages principaux fades et sans aucune épaisseur, son aspect caricatural multiplié par dix associé à la prévisibilité des intrigues, son côté monstre de la semaine, son absence total d’impact émotionnel, ses dialogues risibles ou encore son montage maladroit. En outre, elle a la mauvaise idée de finir par tourner en rond au bout de dix petits épisodes. Un comble. En dépit de tout ça, elle assume son classicisme et ses limites et rien que pour ça, elle en devient presque inoffensive et ne donne pas envie de trop taper sur elle. À réserver par conséquent aux fans purs et durs du genre à condition de laisser le premier degré au placard.