The Tudors (saison 4)

Après avoir tiré sa révérence en 2010 aux États-Unis, The Tudors entame ce soir ses ultimes instants en France, sur Canal+. Retour sur sa quatrième saison, passée sur Showtime entre avril et juin 2010 durant dix épisodes. Aucun spoiler.

Comme j’ai déjà pu l’écrire et comme j’aurai encore l’occasion de le faire, j’ai une très grande affection pour les fictions historiques. Je ne saurais trop expliquer pourquoi, d’autant plus que j’aime toutes les périodes, en ayant toutefois des favorites. L’Antiquité est assurément celle que je préfère, mais depuis toujours, j’ai une certaine fascination pour l’Histoire anglaise et plus particulièrement pour le règne d’Elizabeth I. Lorsque The Tudors fut ainsi diffusée pour la première fois sur Showtime, je fus donc aux anges. La première année fut correcte, sans être néanmoins exceptionnelle. Au contraire, la seconde fut une véritable réussite et représente, sans conteste, le point culminant de la production. La troisième est la plus faible d’entre toutes, car mal dosée, peu intéressante et trop peu subtile, même si ce ne fut jamais la marque de fabrique de la série. Qu’en est-il de cette dernière saison ? Ayant répudié Anne de Clèves, Henry VIII vient de se marier avec sa cinquième épouse, Katherine Howard. Interprétée par Tamzin Merchant qui a apparemment joué dans Pride & Prejudice (le film de 2005), cette nouvelle reine est jeune, frivole, naïve et n’a aucunement sa place aux côtés du monarque d’Angleterre. Elle court droit à sa perte et si d’autres personnes l’ont aidée à péricliter, elle creuse plus ou moins sa tombe d’elle-même. Le début de la saison est assez agaçant de son côté, car sa stupidité et son manque de convenances sociales font qu’elle tape facilement sur les nerfs. Tamzin Merchant est ainsi parfaite dans ce rôle assez ingrat et incarne à merveille cette légèreté et cette insouciance perpétuelles de la nouvelle souveraine. Si Katherine est insupportable, son destin n’en demeure pas moins tragique et sa fin est superbement illustrée, comme souvent avec la série. Directement liés à Katherine, les premiers épisodes mettent en avant Thomas Culpeper, occupant un poste le mêlant aux affaires intimes du roi. Retors et pervers, il désire la reine plus que tout et ne recule devant rien pour obtenir ses faveurs. Son sort est évident et, forcément, inévitable. Katherine amène également dans sa chute un ancien amant et une de ses suivantes. D’ailleurs, l’épisode qui clôt ce chapitre, le 4×05, Bottom of the Pot, est d’une puissance assez incroyable et montre que la série n’est jamais aussi réussie que lorsqu’elle condamne ses personnages. La musique composée par Trevor Morris sublime ces instants et marque assurément de manière indélébile. The Execution Ballet que l’on entend à la toute fin est d’une grande intensité dramatique et ne laisse pas indifférent.

Une fois la cinquième épouse écartée, la sixième et dernière apparaît, Katherine Parr. Lorsque l’annonce tombât comme quoi ce serait Joely Richardson (Nip/Tuck) qui interpréterait cette femme, je ne peux pas dire avoir sauté au plafond. Contre toute attente, elle se révèle très bien dans ce rôle et propose un portrait nuancé de cette nouvelle reine. Katherine Parr est à des années-lumière de Katherine Howard. Bien plus âgée, elle a un vécu incontestable, et surtout, elle est intelligente et voit bien plus loin que le bout de son nez. Si son cœur bat pour les protestants, elle ne le montre évidemment pas à la Cour, mais œuvre dans l’ombre, jusqu’à mettre sa vie ainsi que celles de ses concitoyens en danger. Posée, elle sait parler au roi et parvient sur certains points à le faire abonder dans son sens. Elle est toutefois à deux doigts de se brûler les ailes, une scène du 4×09, Secrets of the Heart, est particulièrement intense à ce sujet. Si elle survit à la mort de Henry VIII, il y a fort à parier que sa tête ne serait sûrement pas restée bien accrochée à son corps si celui-ci n’avait pas trépassé auparavant. Quoi qu’il en soit, la saison quatre dresse avant toute chose le portrait des deux dernières épouses du roi. Portant toutes deux le même prénom, elles sont fondamentalement différentes, mais doivent malheureusement subir les affres de la société et partager la vie d’un monarque aussi imprévisible qu’égoïste et violent. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que ces nouveaux épisodes mettent parfaitement en avant le non-désir des femmes nobles d’accéder au trône. Cela est d’autant plus visible avec Katherine Parr. Le souverain est connu pour tuer ses conjointes. Qui diable voudrait se risquer à vivre un sort similaire ? En définitive, si Katherine Howard est bien trop superficielle pour être pertinente, elle finit par se révéler touchante. Quant à Katherine Parr, son humilité et sa grande sagesse lui permettent probablement de rester en vie. The Tudors s’autorise par ailleurs à faire revenir quelques-unes des épouses du roi, en rêve comme d’une autre manière, et il est fort agréable d’en revoir certaines comme Anne Boleyn. La série aura su dresser le portait de femmes passionnées et souvent passionnantes.

En dehors de ces histoires de mariage, la quatrième saison se renouvelle quelque peu grâce aux guerres. Pour la première fois, plusieurs épisodes montrent effectivement des batailles et dans ce cas précis, le siège à Boulogne, en France donc. Il est dommage que la dimension géopolitique de l’époque, assez complexe tout de même, soit aussi rapidement balayée. Il y a un effort notable, on sent bien les difficultés entre les trois grandes puissances qu’étaient l’Angleterre, la France et l’Espagne, mais on nous laisse un peu sur notre faim. La série aura toujours eu ce défaut que de privilégier les histoires d’alcôves aux faits historiques purs et durs. Elle n’aura jamais réussi à s’en départir, si tant est que ce désir fût souhaité soit dit en passant. Pour être honnête, je n’en suis pas particulièrement irritée, mais des fois, je me suis plu à penser que tout cela aurait pu être davantage approfondi. Sur une note un peu plus futile, impossible de ne pas faire référence au passage remarqué de Charles Brandon dans notre pays, d’autant plus qu’entendre Henry Cavill, futur Superman qu’il est, prononcer des mots doux en français est quelque chose de fort appréciable, n’est-ce pas ? La saison quatre met toutefois parfaitement en avant ce vide qu’a laissé Cromwell. Le roi se sent bien seul et se rend compte qu’à force de tuer tout le monde, il n’a plus personne pour le seconder envers et contre tout. Il semble par moments perdu, prend des décisions irréfléchies, et surtout révélatrices de sa personnalité instable. Il suffit de voir ses lois promulguées en quelques secondes pour assouvir ses pulsions présentes comme pouvoir décapiter une folle ou torturer une femme. Les épisodes s’attardent par ailleurs sur la guerre de religion, laissent quelques indices, parfois peu subtils, sur le règne à venir de Mary I, Bloody Mary, et sur le destin hors du commun de la future Elizabeth I. Encore une fois, l’ensemble est assez rapidement balayé, en dépit de scènes barbares assez difficiles à regarder, quand bien même on a en règle générale l’estomac fort accroché.

La saison manque un peu d’homogénéité, car elle souffre d’un creux, révélé par l’épisode 4×06. Il est en grande partie imputable au changement d’épouse, les précédentes intrigues étant mises de côté pour se consacrer à ce qui nous occupera jusqu’à la fin de la production. Si cela ne se veut pas majeur, il s’avère par contre impossible de ne pas pointer du doigt le souci de continuité entre les deux derniers épisodes. The Tudors a toujours eu quelques problèmes pour montrer le temps qui passe. Il est vrai que ce n’est pas chose aisée quand il est question d’une série historique. Le fait est que l’on a l’impression que plus de dix ans s’écoulent entre le 4×09 et le 4×10 alors que ce n’est absolument pas le cas. Si Jonathan Rhys-Meyer a généralement su incarner avec brio le roi, il en fait un peu trop durant la saison. Physiquement, tout va bien. C’est en réalité au niveau de sa voix qu’il exagère assez, il lui donne une tonalité beaucoup trop âgée et si cela n’est pas ridicule, on s’en approche malheureusement d’un peu trop près. Néanmoins, sa transformation en un Henry VIII vieux, fatigant et fatigué est plutôt réussie. Le series finale montre d’ailleurs à quel point il est méconnaissable puisqu’on le voit, tel qu’il est en réalité. À vrai dire, j’avais totalement oublié à quel point il était jeune et svelte !

Qu’en est-il donc de cette conclusion ? Elle est évidente, tout simplement. La fin du fidèle ami de Henry VIII est parfaitement mise en scène et se permet une petite dimension tragique avec sa maîtresse française. De plus, plutôt que de montrer un roi ayant beaucoup trop abusé s’éteindre dans son lit, la série joue quelque peu avec les métaphores. C’est une excellente chose, car si l’émotion est indéniable, on ne sent toutefois pas un désir de trop en faire. Les adieux sont sobres et le résultat n’en est que plus solide. Le fameux portrait de Hans Holbein n’est pas oublié et prend toute sa dimension dans ce dernier épisode. C’est donc avec une pointe de nostalgie que l’on quitte le règne de Henry VIII, un règne qui aura marqué et qui marque toujours l’Angleterre.

Pour terminer, si cette quatrième année n’est pas parfaite, car elle manque parfois de finesse, survole un peu trop les faits historiques et est légèrement trop poussive concernant le roi, elle n’en demeure pas moins pertinente, émouvante et passionnante. Les adieux se font en toute simplicité et l’on regrette qu’en dépit de son titre, The Tudors se soit uniquement intéressé à Henry VIII. S’il paraît clair que le règne de son successeur, son fils Edward VI, n’est pas des plus attrayants, il va de soi que ceux de Mary I et d’Elizabeth I avaient sans aucun doute possible de quoi proposer plusieurs scénarios riches. Ne boudons tout de même pas notre enthousiasme face à cette saison qui se révèle superbe à plusieurs points de vue. Elle est bien plus aboutie que la précédente qui manquait assurément de fond politique et de manipulations. Si ces dix épisodes ne sont du niveau de ceux composant la deuxième, ils concluent parfaitement la série. Au final, The Tudors fut un drame intéressant, ayant des lacunes évidentes, mais qui furent pour ma part assez facilement écartées par le plaisir ressenti en le regardant. La reconstitution de l’époque, que ce soit au niveau des décors, des vêtements et de l’ambiance, est pertinente et se doit d’être saluée. Quand bien même scénaristiquement parlant des éléments sont à déplorer, comme cet accent sur la dimension plus soapesque, il en ressort une certaine richesse des intrigues. Il va de soi que les compositions de Trevor Morris sont un atout indéniable, magnifiant toujours les épisodes. C’est avec grand plaisir que lorsqu’il sera édité, le coffret intégral de la production rejoindra mes étagères. De plus, c’est avec une impatience non dissimulée que j’attends de pied ferme la nouvelle série de Showtime avec notamment Michael Hirst dans l’équipe créative et Trevor Morris à la musique, à savoir The Borgias.

The Tudors (saison 3)

Aussi incroyable que celui puisse paraître, il semblerait que les bilans en retard depuis plus d’un an arrivent finalement sur Luminophore. Comme quoi rien n’est impossible. C’est ainsi que nous allons parler de la saison trois de The Tudors. La quatrième et dernière est sur le point de se terminer aux États-Unis, elle sera traitée d’ici quelque temps sur le blog. La troisième, composée de huit épisodes, fut diffusée entre avril et mai 2009 sur Showtime. Aucun spoiler.

S’il y a bien un genre qui a mes faveurs dans le rayon des séries, c’est l’historique. C’est pour cette raison que la plupart des fictions de ce type passent par mes écrans un jour ou l’autre. La première saison de The Tudors était intéressante. Sans être parfaite, elle mettait en place les éléments politiques de l’époque tout en introduisant les personnages importants. Néanmoins, elle avait un peu de difficulté à gérer justement l’aspect purement factuel, préférant s’axer davantage sur le côté soap des romances du roi. La deuxième, plus aboutie, plus émouvante et plus sombre, était mieux construite et écrite. De quoi être confiant quant à la saison trois. Malheureusement, la qualité ne s’avère pas constante. Il est vrai que l’on arrive à une partie de l’histoire un peu plus molle, moins consistante. Il se passe des évènements parfois importants, mais qui n’ont pas la même résonance que ceux des premières années. S’il y a toujours cette volonté de mettre plus qu’en avant les aventures sentimentales du souverain, qui sont tout de même à l’origine de nombreux bouleversements, la saison paraît plus creuse. Il faut aussi dire que Catherine et Anne ayant disparu, le roi se trouve deux nouvelles épouses qui n’ont pas la possibilité de se révéler intéressantes ou attachantes. Ce n’est pas forcément de leur faute, elles restent tout simplement peu de temps là, ce qui fait qu’elles n’ont pas l’opportunité de prendre de l’ampleur comme Anne a pu en profiter, par exemple.

En dépit de son caractère oscillant facilement entre joie et colère, Henry VIII était jusque-là assez agréable, ou tout du moins non désagréable. Durant cette saison, il devient encore plus instable. Sa blessure à la jambe le rend quelque peu impotent et il ne supporte que moins la frustration. En cela, il est parfois usant, antipathique, voire pathétique. Ce n’est pas un reproche, loin de là, c’est le protagoniste qui veut cela. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jonathan Rhys-Meyer aura réussi à faire évoluer son personnage tout au long de ces années. Si le souverain n’est pas foncièrement réaliste par rapport à ce que l’on sait de lui, il n’en demeure pas moins cohérent dans The Tudors. L’homme à abattre cette saison est, sans aucune hésitation, Thomas Cromwell. Sa fin est horrible. Rarement on aura vu des scènes aussi atroces dans la série. C’est un individu que j’ai toujours apprécié, l’interprétation sans failles de James Frain aidant. Manipulateur, il a dû gérer son roi tout en essayant de le faire aller vers ses propres idéaux. Côté protagonistes, il y en a un certain nombre, mais au bout du compte, peu possèdent un réel développement. Par exemple, l’ajout de Sir Francis Bryan n’est pas des plus heureux. Évidemment qu’on ne pouvait s’en passer, mais il n’était pas forcément nécessaire d’en faire un personnage irritant. À l’inverse, la princesse Mary suit la logique lancée par la saison deux et illustre une femme capable de s’effacer, mais qui comprend tout aussi bien de quelle manière fonctionne la cour et qui semble bien décidée à en profiter. Elle est partagée entre son amour pour son père, ses convictions religieuses et ce qu’elle aimerait vivre. Lorsque l’on sait ce qu’il se passera pour elle, être spectateur de cette évolution est intéressant.

Au final, la saison trois de The Tudors se laisse regarder sans trop de déplaisir, mais elle se révèle entachée par plusieurs défauts, comme cette volonté de dépeindre autant de luxure et de recherche absolue du pouvoir. L’année précédente se montrait davantage subtile. Je ne nie pas que ce bilan est écrit un an trop tard pour être détaillé, mais cela signifie beaucoup s’il devient difficile de me souvenir d’évènements réellement importants s’y déroulant. Globalement, la saison s’axe beaucoup trop sur les aventures sentimentales du roi au détriment des affaires politico-religieuses. Ce qui est un peu dommage, car si l’on veut visionner un soap, le public n’est pas obligé de prendre le temps de regarder une série supposément historique. Néanmoins, les costumes, décors et musiques sont toujours aussi réussis donc au moins, de ce côté-là, on ne trouve pas grand-chose à redire. Espérons que la saison quatre remonte la pente. Dans tous les cas, il s’agit de la dernière ce qui fait que même si elle échoue, ce sera terminé !