The Tudors (saison 2)

On est reparti pour un nouveau bilan de saison et, aujourd’hui, c’est ce cher Henry VIII qui a le droit aux honneurs. Place donc à la deuxième année de The Tudors. La série n’a pas du tout souffert de la grève puisque les scénarios sont écrits par son créateur, Michael Hirst, ce qui s’avère fort pratique dans ce cas précis. De plus, elle débute beaucoup plus tard que les autres, à savoir fin mars. Tout comme précédemment, dix épisodes d’une cinquantaine de minutes chacun ont été diffusés sur Showtime entre mars et juin 2008. Le reste de l’article contient des spoilers, mais peut-on vraiment utiliser ce terme lorsque l’Histoire est déjà connue depuis des siècles ?

La seconde saison est celle d’Anne Boleyn. Après avoir œuvré en secret avec son père et son frère, manipulant ainsi le souverain comme une marionnette, elle monte enfin sur le trône. Catherine d’Aragon est chassée de la cour, ne peut plus voir sa fille, la prochaine Bloody Mary, et décède seule, mais toujours digne. Les dix épisodes illustrent par conséquent la prise de pouvoir d’Anne, mais aussi sa lente chute vers l’échafaud. Car tout le monde ou presque le sait, elle meurt décapitée, accusée d’avoir trompé son bon roi avec plusieurs hommes, dont son propre frère. Mais auparavant, elle a eu le temps de donner naissance à la future Elizabeth I, et de mettre l’Angleterre dans une situation délicate vis-à-vis de Rome et de son pape. D’ailleurs, ce dernier est interprété par Peter O’Toole, ce qui fait énormément plaisir je dois dire. Malgré son âge avancé, il a gardé en prestance et charisme. Bref, c’est la saison d’Anne, tout simplement. Si elle était détestable l’année précédente, ce qui se comprend en somme tant Catherine à côté tranchait par sa dignité et sa bonté, ce n’est plus du tout le cas dans ces épisodes inédits. Natalie Dormer effectue un travail impeccable et donne ses lettres de noblesse à la nouvelle reine. Tour à tour joyeuse, enjouée, désespérée, craintive, aimante, haineuse, elle donne vie à ce personnage si critiqué. The Tudors se veut bien loin de la dépeindre comme une Anne manichéenne, vue récemment dans The Other Boleyn Girl. Au contraire, elle devient petit à petit attachante même si elle commet des erreurs. Les deux derniers épisodes sont fabuleux en ce sens et terrifiants, car ils montrent que Henry VIII n’en a vraiment plus rien à faire d’elle. Comme lors de la première année, Jonathan Rhys-Meyers incarne Sa Majesté parfaitement et ses troubles d’humeur fréquents sont très bien mis en scène.

Les têtes tombent à foison durant la saison. À commencer par Thomas More qui, sans jamais s’opposer à son ami le roi, ne veut pas plier devant tous ces changements religieux. Encore une fois, malgré l’extrémisme dont il fait preuve, l’ensemble passe très bien. Il est facile de le juger, mais si l’on se place dans le contexte on comprend qu’à l’époque, faire la part des choses ne devait pas être aisé. Ceci étant dit, la foi est plutôt malmenée dans cette saison. Le pape ne se mouille pas, mais tient quand même à conserver les rênes. Il suffit de voir qu’il propose d’assassiner Anne, d’envoyer la France envahir l’Angleterre, etc. On est loin de l’image idyllique du clergé et elle gagne en réalisme. Un Thomas chute, mais un autre Thomas grimpe les échelons, un à un : Thomas Cromwell, évidemment. Il lâche les Boleyn en cours de route puisqu’ils sont devenus un poids, mais il n’en demeure pas moins perturbé par l’attitude du roi. La scène dans le season finale où il part dans l’église est assez évocatrice et touchante. Effectivement, si on le montre inébranlable, c’est loin d’être le cas. Le personnage commençait à prendre son envol lors de la saison une, mais c’est cette année qu’on le voit vraiment. Et honnêtement, si je ne devais retenir qu’un seul acteur masculin, je pense que ce serait James Frain.

Il est possible de regretter que le temps passe trop vite certaines fois. Enfin, disons surtout que l’on ne se rend pas forcément compte que durant un épisode, au moins une année s’est écoulée. Certes, le ventre d’Anne peut aider à le réaliser, par exemple, mais ce n’est pas toujours fort aisé. La nouvelle saison voit la troisième femme de Henry VIII, Jane Seymour, pointer le bout de son nez. Elle est réputée pour, entre autres choses, sa gentillesse et son affabilité, mais à l’écran elle paraît surtout fade. Catherine et Anne sont très loin et manquent à l’appel. Du coup, je doute qu’elle s’installe longuement dans le paysage télévisuel par la suite. De toute manière, pour peu que l’on connaisse le sujet, on sait de quelle manière elle finit. Il y a des chances que l’année prochaine, la quatrième, voire peut-être la cinquième, épouse surgisse à l’antenne. Les journées s’écoulent inexorablement, mais les personnages ne changent guère d’apparence. Jonathan Rhys-Meyers a signé pour la saison trois, mais il conviendra bientôt de l’engraisser ou de lui mettre des coussins. Lui faire garder la barbe est une idée intéressante, mais cet ajout factice n’est pas suffisant pour coller au maximum à ce que l’on connaît du physique du roi.

Pour terminer, la première année de The Tudors m’avait laissé un bon souvenir, la seconde m’en délivre un encore meilleur. Bien que l’on soit au courant de la suite, on n’en demeure pas moins scotché, espérant même vainement que non, les évènements ne s’abattent pas de la sorte. Plus émouvante, plus prenante, plus sombre et mieux construite, cette saison met correctement en avant les enjeux de l’époque, essentiellement religieux. Elle se permet de nouveau quelques libertés factuelles et des allusions sont disséminées par-ci, par-là comme les travaux de Michel Ange à la chapelle Sixtine. Étant une série se reposant énormément sur l’esthétique, c’est encore une fois en tout point magnifique. Le générique s’adapte quelque peu et révèle tout ce qui se passe au moyen de métaphores. Et, pour ne rien gâcher, Trevor Morris et sa musique envoûtante sont toujours là, et c’est un plaisir immense pour nos oreilles. La saison trois marque un changement, une renaissance, reste à découvrir si la suite continuera de la sorte. Une chose est sûre, c’est que je ne manquerai assurément pas le rendez-vous.
Bonus : la bande-annonce de la saison deux

The Tudors (saison 1)

Tout d’abord, je tiens à m’excuser du peu de mises à jour, c’est encore pire que d’habitude. Je suis débordée de boulot (ceux qui sont passés par la case mémoire de recherche comprendront ^^;;) et j’ai la première partie de mes partiels qui arrive sous peu. Bref, je ne chôme pas entre deux séries télévisées. J’ai quand même trouvé le temps de visionner ces dernières semaines la première année de The Tudors, une production créée et entièrement scénarisée par Michael Hirst. Elle n’est constituée que de dix épisodes de cinquante minutes environ diffusés entre avril et juin 2007. La suite débute sur Showtime au mois de mars 2008. Aucun spoiler.

Angleterre, XVIè siècle. Henry VIII règne désormais depuis quelques années et tente d’être un roi composé, mais il est régulièrement partagé entre sa conscience morale, son devoir et ses amours contrariées, sièges de multiples passions.

Les fictions historiques représentent un genre qui m’intéresse grandement. Par exemple, Rome fut pour moi deux saisons de pur bonheur. De plus, étant donné que le thème de The Tudors est justement le passé de cette dynastie me fascinant, je n’étais absolument pas objective lors du visionnage. Tout du moins, au début. J’ai en effet rapidement compris que la série de Showtime n’offrait pas vraiment la même chose que celle de HBO.

Du point de vue de la réalisation, des décors et des costumes, c’est tout simplement merveilleux. La chaîne a mis les moyens et ça se sent. C’est extrêmement agréable puisque l’on se croit à la cour d’Henry VIII. Toutefois, ça ne s’arrête pas là, il y a aussi de nombreuses scènes dans la campagne anglaise, dans des grandes villes comme Londres, en France ou encore au Portugal. La caméra ne s’y déplace pas très souvent concernant les deux derniers, mais pour ce qui se déroule en Angleterre, les reconstitutions sont très soignées et paraissent crédibles pour un œil inculte, en l’occurrence le mien. Au niveau de la distribution, le moins que l’on puisse affirmer, c’est qu’il y a du lourd. Du très lourd même. Henry VIII est interprété par Jonathan Rhys-Meyer. Il parvient à incarner l’ambivalence du roi, et ce, royalement. Henry VIII peut d’une seconde à l’autre passer de la colère intense aux accolades et inversement. Rhys-Meyer excelle dans ce registre. Autre nom très connu, celui de Sam Neill qui nous offre un cardinal Wolsey très… retors dirons-nous. Les amateurs de Dead Like Me seront aussi ravis de revoir Callum Blue (ce cher Mason ♥). Je ne tiens pas à écrire un pavé sur les acteurs de The Tudors donc je m’arrêterai pour l’heure, mais il y a plusieurs belles pointures.

Si toute l’esthétique de la fiction est léchée et attractive, le fond est moins travaillé. Le reproche ne se situe pas dans le sens où les scénarios sont niais et stupides, mais dans celui où sachant qu’il s’agit là d’une série historique, il convient de suivre la réalité… Sauf que The Tudors s’accommode de ce qui l’arrange. Il paraît évident qu’il s’avère nécessaire de romancer le tout, d’autant plus qu’on ne pourra jamais démêler le vrai du faux. On ne peut que spéculer, sans être pour autant au courant de ces secrets d’alcôves. Néanmoins, The Tudors aurait pu respecter un petit peu plus la chronologie. On passe d’une année à plusieurs années plus loin pour revenir à l’année précédente, etc. Sur le coup, ça ne m’a pas trop choquée parce que je dois avouer que c’est une période que je ne maîtrise que moyennement, mais en lisant des informations par la suite, j’ai pu remarquer de nombreuses incohérences. Du coup, je crois qu’il faut regarder The Tudors comme une série, historique certes, mais qui ne respecte pas tant que ça ce qui s’est réellement déroulé. Il s’agit là, je pense, du défaut majeur de la production. Il n’est pas gênant si l’on ne prête guère attention à l’Histoire, la vraie, ou si l’on n’y connaît rien.

Les thèmes abordés sont bien évidemment la religion et notamment la montée en puissance de Luther en Europe, les alliances entre les pays, les maladies telles que la suette qui en quelques jours décima une importante partie de l’Angleterre (40 000 morts ou davantage si mes souvenirs sont bons), les luttes d’influences et manipulations toujours d’actualité quel que soit l’époque dans laquelle on vit, la vie à la cour, les combats de joute, etc. The Tudors accorde aussi une très grande dimension aux relations amoureuses. Je n’irai pas écrire que c’est un soap, mais presque. Pour certains, la série est plus osée côté scène de sexe que Rome ; or, je ne suis pas franchement d’accord. Je dirais que c’est à peu près identique.

J’ai eu un vrai coup de cœur pour le personnage de Catherine d’Aragon qui, malgré ce qu’il se passe, reste digne et ne sombre jamais quoi qu’il arrive. Une femme forte, tout en retenue, comme on en fait peu. À côté d’elle, la perfide Anne Boleyn peut aller se rhabiller. Thomas More, nonobstant son extrémisme religieux qui se voit nettement en fin de saison, est juste et droit. Bien qu’évidemment on ne puisse que critiquer ses actes, on l’apprécie. Du moins, ce fut mon cas. Étant personnellement attirée par les héros offrant une caractérisation travaillée et non manichéenne, j’ai été ravie par The Tudors. Détester viscéralement un protagoniste fut impossible pour ma part.

En conclusion, je ne peux que conseiller The Tudors aux amateurs de séries historiques, de luttes de pouvoirs et de figures fortes. Même si le côté authentique pêche justement un peu sur la véracité des faits, il n’empêche pas moins que les scénarios sont plaisants et bien mis en scène. En outre, voir les Français se faire traiter de tous les noms a quelque chose de très comique. À ce propos, plusieurs passages dans notre très chère langue sont visibles, ce qui se révèle agréable. Lorsque l’on pense Henry VIII, on imagine souvent le roi fou d’Angleterre qui tua la majorité de ses femmes. Cette impression est trompeuse parce qu’il dégage naturellement bien plus que ça. À noter que la musique est magnifique et le générique, sublime. Une chose est sûre c’est que je serai au rendez-vous pour la saison deux. En attendant je compte bien me régaler au cinéma avec le film de Shekhar Kapur, Elizabeth: The Golden Age, qui n’est autre qu’une des filles d’Henry VIII dont je suis totalement sous le charme.