Tôkyô DOGS | 東京DOGS

Même si je prends tout mon temps, ayant tellement de j-dramas plus ou moins anciens me tendant les bras, j’essaye de regarder assez régulièrement ceux dont il est question dans la catégorie Bientôt sur mon écran ; autrement dit, je ne laisse pas tomber les nouveautés des dernières saisons. Après avoir parlé de son générique il y a… pfiou, trop longtemps, place à la série télévisée à proprement parler. Discutons donc de policiers avec Tôkyô DOGS si vous le voulez bien. Diffusée entre octobre et décembre 2009 sur Fuji TV, elle est composée de dix épisodes. Le premier d’entre eux dure une heure, le dernier soixante-cinq minutes et tous les autres quarante-six minutes. Puisqu’elle est passée dans le créneau de la chaîne du lundi à 21h, il s’agit d’un getsuku, celui de la saison passée n’étant autre que Buzzer Beat. D’ailleurs, c’est la première fois qu’un getsuku met à l’honneur le monde de la police. Aucun spoiler.

Le policier d’élite Takakura Sô revient au Japon après avoir passé de nombreuses années aux États-Unis afin de retrouver le  grand ponte de la drogue Jinno Kyôsuke, qui est aussi le meurtrier de son père. Faisant désormais équipe avec Kudô Maruo, un ancien délinquant au sang chaud, Sô continue ses recherches et compte sur l’aide de Matsunaga Yuki, une jeune femme ayant perdu la mémoire après avoir été témoin d’un crime commis par Jinno.

   

Ce n’est un secret pour personne, j’ai un faible pour Oguri Shun. L’année 2010 aura toutefois été très raisonnable puisque je n’avais rien regardé avec lui depuis Hanazakari no Kimitachi e en décembre 2009. Il a suffit de quelques secondes pour que je me souvienne pourquoi j’aimais beaucoup cet acteur. Dans Tôkyô DOGS, il montre encore une fois à quel point il peut déborder de charisme et de classe. Il incarne ici Takakura Sô, un flic psychorigide ne vivant que pour venger son père, assassiné sous ses yeux alors qu’il n’était qu’un enfant. Traumatisé, il a gardé des séquelles et s’est construit une personnalité peu affable et très sérieuse. En-dehors de son travail, il n’a absolument rien si ce n’est qu’il est aux petits soins avec sa mère (Tanaka Yoshiko – Churasan) et sa petite sœur (Kawaguchi Haruna – Ôran Kôkô Host Club, Nagareboshi). S’il semble incapable de ressentir de réelles émotions comme il fait preuve de distance et de froideur, ce n’est évidemment pas le cas car il s’est surtout entouré d’une carapace de plus en plus épaisse au fil des années. Au contact de sa nouvelle équipe et plus particulièrement de Maruo et de Yuki, il apprend à se dérider. Les épisodes mettent ainsi en avant son évolution et celle-ci suit une certaine logique. Quoi qu’il se passe, Sô restera probablement toujours quelque peu coincé mais c’est en partie ce qui fait son charme. En retournant au Japon, il intègre les rangs de la police nippone et doit dès lors fonctionner avec Kudô Maruo, un jeune chien fou joué par Mizushima Hiro. Dynamique, blagueur et dragueur, il a débuté comme délinquant pour finir par se ressaisir. Policier réputé malgré des méthodes aypiques, il est évident que son tandem avec Sô ne peut qu’apporter des étincelles tant ils sont opposés. On sent une certaine alchimie dans ce duo bien que cette dynamique et leur caractérisation soient vraiment stéréotypées et convenues. Cela dit, les voir se chamailler a quelque chose d’amusant parce que l’on sent bien que derrière ces critiques et boutades, ils s’adorent, même s’ils ne le diront jamais. Lors de leur premier enquête de terrain, ils font la connaissance de Matsunaga Yuki, une jeune femme incarnée par la toujours aussi jolie Yoshitaka Yuriko (Love Shuffle, Ashita no Kita Yoshio, Shiroi Haru). Elle a perdu la mémoire après avoir assisté à un évènement probablement traumatique en lien avec l’assassin du père de Sô. Compte tenu de ce qu’elle aurait vu, elle est perpétuellement en danger et est donc protégée par la fine équipe. C’est pourquoi le trio cohabite, pour le pire comme pour le meilleur. Inévitablement, lorsqu’il y a deux hommes et une femme, on sent poindre le triangle amoureux. C’est plus ou moins le cas dans Tôkyô DOGS. Néanmoins, s’il existe une romance en filigrane, elle n’est en aucun cas prépondérante et ne verse pas dans le sentimentalisme ou la guimauve. C’est au contraire l’amitié qui pose ses briques au fil des épisodes.  

Le fil rouge de la série est la recherche active de Jinno (Nakamura Tôru – Soratobu Tire, Karei Naru Ichizoku), celui ayant détruit la famille de Sô et qui se place à la tête d’une grande organisation de drogues. Véritable fantôme, personne ne semble savoir où il se trouve et les fausses pistes sont monnaie courante. Si l’intrigue n’est pas fondamentalement passionnante, elle aurait pu se montrer un minimum divertissante en y insufflant une bonne dose de tension et de mystères. Or, ce n’est malheureusement guère le cas ; les épisodes ne font pas vraiment avancer cette course-poursuite puisqu’ils préfèrent se consacrer à d’autres enquêtes parallèles. D’un côté, il est évident que les dix épisodes ne pouvaient être exclusivement dédiés à Jinno mais il aurait fallu que l’ensemble soit davantage homogène. Et quand on réussit enfin à mettre la main sur lui, le soufflet tombe de haut tant le Némésis de Sô n’a pas réellement de charisme. Le principal problème de l’ensemble de la série est qu’elle repose mécaniquement sur le même schéma et que ses épisodes peuvent être presque regardés indépendamment. À chaque fois, on a le droit au coup de téléphone sonnant au mauvais moment où la mère de Sô lui demande des choses incongrues, au copain de la sœur envahissant, etc. Au final, tout cela est très lourd et plus que poussif. Disons que l’on peut supporter des gimmicks de ce genre quelques fois mais pas durant chaque épisode et de manière aussi importante. Au bout d’un moment, la recette ne prend plus et pire, irrite. En outre, toutes les thématiques si chères aux fictions japonaises sont amenées avec peu de subtilité et sont omniprésentes ; on y retrouve sans surprise le fait de protéger les autres, l’esprit d’équipe, le dépassement de soi, etc. L’autre point bancal est le ton de Tôkyô DOGS. L’ambiance est normalement dramatique puisqu’il y a des morts, de la drogue, une amnésie, etc., si ce n’est que le j-drama est résolument comique. Le but premier n’est pas d’impliquer le téléspectateur mais de le faire rire par ce comique de répétition et cette ambivalence entre Sô et Maruo. Certes, cela peut fonctionner dans certaines productions mais pas ici. Si la série ne réussit pas à se créer une atmosphère digne de ce nom, il est alors normal que le suspense qu’elle essaye d’injecter ne prenne pas et que pas une seule fois, on ne sente les personnages en réel danger.

En dépit de ces nombreux défauts, Tôkyô DOGS n’est pas dénuée de bons points. L’écriture de ses dialogues est effectivement de qualité car ils sont drôles, piquants et donnent un coup de frais bienvenu aux intrigues stéréotypées et faciles. En revanche, la galerie de personnages secondaires n’est pas davantage nuancée que le trio de base et n’a guère le droit d’être exploitée mais elle propose quelques sympathiques visages. Ainsi, le jeune policier froussard joué par Katsuji Ryô (Cat Street, Rebound, Bunshin) que j’apprécie décidément beaucoup est attachant, et la psychologue (Tomosaka Rie – Kimi ga Oshiete Kureta Koto, Oh! My Girl!!) en charge d’aider Yuki n’est pas non plus en reste. Il est possible sinon de noter la présence de nombreux visages connus comme, dans l’équipe de Sô, Ôtsuka Nene (Yasha, Tumbling), Azuma Mikihisa (Gokusen, Regatta), Shiga Kôtarô (Clone Baby) mais aussi le mentor du jeune homme et ancien ami de son père qui porte les traits de Miura Tomokazu (Bara no nai Hanaya, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu). Mikami Kensei (Guilty, Muscle Girl!) incarne le rôle d’un homme très trouble de son côté. Ajoutons autrement les très nombreux invités dans des rôles tertiaires comme Narimiya Hiroki (Orange Days, Stand Up!!, Bloody Monday, Sweet Room, Hachimitsu to Clover, Kôkô Kyôshi 2003, Innocent Love, Karei Naru Ichizoku, Gokusen), Tsukamoto Takashi (Kisarazu Cat’s Eye, TEIÔ, Tempest, Magerarenai Onna, Onnatachi wa Nido Asobu, Kekkon Dekinai Otoko, Tiger & Dragon, Ganges Gawa de Butterfly, 6-jikan Go ni Kimi wa Shinu), Sugimoto Tetta (Inu wo Kau to Iu Koto, Shôta no Sushi), Aoki Shinsuke (Itazura na Kiss), Endô Kaname (Dragon Seinendan), Yamazaki Shigenori (Last Friends, Woman’s Island) et plein, plein d’autres. Fuji TV a clairement mis les petits plats dans les grands en faisant venir autant de monde. N’oublions pas la sacrée référence au fameux Bae Yong Jun (The Legend) pour son rôle dans Winter Sonata, la série sud-coréenne qui a notamment fait rêver de nombreuses Japonaises.

En conclusion, Tôkyô DOGS peine à divertir convenablement durant ses dix épisodes. Si le trio fonctionne comme il faut en dépit de stéréotypes en vigueur, le reste ne suit pas du tout. Les personnages secondaires sont bien trop en arrière-plan et ne servent presque à rien si ce n’est à répéter inlassablement une attitude identique. Il en est exactement de même pour tous les ressorts comiques malvenus comme la famille de Sô, ce qui a pour principal effet d’alourdir considérablement l’ensemble et de le rendre indigeste. Quand bien même l’histoire de ce petit garçon devenu policier d’élite voulant à tout prix venger son père aurait pu être enthousiasmante, ce n’est pas le cas car le ton est bancal, poussif et que pour un supposé polar, on ne sente jamais un soupçon de tension. Tout n’est pas à jeter car il demeure une certaine alchimie dans le duo principal ou des répliques assez ciselées mais l’ensemble n’est absolument pas convaincant. Dommage pour une distribution pareille.