True Blood (saison 7)

C’est un soupir de soulagement que des millions de téléspectateurs ont probablement poussé dans le courant 2014, car True Blood a définitivement quitté l’antenne après sept longues années de service. Avant de refermer ce chapitre, il convient justement de discuter de son ultime saison, composée de dix épisodes de cinquante à soixante minutes, et diffusée sur HBO entre juin et août 2014. Aucun spoiler.

Dès le départ, cette création télévisuelle d’Alan Ball m’a plu. Atypique, souvent grotesque, outrancière et plutôt absurde, elle répondait à maintes de mes attentes en terme de pur divertissement décomplexé. Qui plus est, sa galerie de personnages m’était profondément sympathique. Malheureusement, comme trop de productions s’enracinant dans le paysage, sa qualité n’a fait que décliner pour atteindre des sommets d’ennui et de lassitude. Contre toute attente, je ne peux m’empêcher de garder pour True Blood un franc sentiment d’attachement, peut-être parce que ses débuts furent un vrai coup de cœur. Après une médiocre sixième saison, la question était de savoir si la toute dernière rattraperait les écueils précédents en permettant à la série de s’en aller la tête haute. Personne n’exigeait de révolutionner le monde, seulement de remercier comme il se devait l’audience en délivrant du spectacle et une atmosphère digne de ce nom. C’était visiblement trop demander.

La fiction nous avait auparavant laissés devant l’attaque du Merlotte par des vampires infectés. L’hépatite V, déjà amorcée par le passé, semble à première vue représenter l’arc majeur de cette année. Effectivement, les créatures aux dents pointues meurent en masse dans d’atroces douleurs en raison de cette maladie se transmettant par voie sanguine et sexuelle. Si les humains peuvent porter le virus et ne souffrent d’aucun symptôme, ils sont à même de propager l’épidémie. La psychose est d’autant plus importante que les vampires contaminés doivent impérativement consommer régulièrement de l’hémoglobine s’ils veulent survivre quelques jours de plus. À Bon Temps, le nouveau maire, Sam, décide d’instaurer une certaine entente entre les habitants. Chaque humain est associé à un être de la nuit ; le premier est protégé par le second et, en retour, lui offre un peu de liquide rouge coulant dans ses veines. Contre toute attente, cette intrigue n’en est pas réellement une. Certes, elle amène son lot de rebondissements et autres développements, mais elle n’est que vaguement esquissée et diluée à l’extrême. De toute manière, toutes les histoires amorcées au cours de la saison sont totalement vides et insipides. C’est pourquoi il devient presque difficile de synthétiser les évènements s’y déroulant puisque les épisodes se suivent et n’apportent rien de consistant. Ah, si, l’ennui, lui, prédomine dans ce qui s’apparente à une sorte de longue nostalgie sentimentale hors propos.

True Blood l’avait déjà fait craindre, elle n’a plus rien à raconter. Ses figures jadis hautes en couleur ne rayonnent que rarement et, de toute façon, elles sont pour la plupart traitées avec un irrespect le plus total. C’est un comble quand on réalise que la saison cherche à revenir aux fondamentaux en brossant les autochtones de Bon Temps. Sûrement parce que c’est la fin, les scénaristes n’hésitent pas à tuer à tout va alors qu’ils n’avaient jamais osé le faire jusqu’à présent. Cette tactique supposément émotionnelle n’est pas inintéressante à condition d’être effectuée avec soin. En l’occurrence, des personnages pourtant principaux disparaissent de l’écran n’importe comment, telles de vulgaires chaussettes. Le public en vient dès lors à se demander s’il ne s’agit pas d’un stratagème pour les faire revenir plus tard, mais non, du tout. De même, contacter des protagonistes ayant eu l’occasion de tirer proprement leur révérence n’est pas une bonne idée, surtout lorsqu’ils réapparaissent uniquement dans le but de diriger l’histoire vers la conclusion désirée, sans une quelconque subtilité ou finesse. La fiction n’a jamais été la championne dans cette catégorie, mais elle parvenait malgré tout à atténuer ses lacunes grâce à une recette astucieusement maîtrisée. Des figures régulières sont laissées sur le bord de la route et d’autres comme Sookie ne bénéficient pas non plus d’un matériel convaincant ou émotionnellement chargé. Qu’ils soient seuls ou à plusieurs, les personnages s’apparentent en définitive à des coquilles vides. En prime, les multiples moments inutiles, dont plusieurs avec les souvenirs de Bill, ne font qu’étayer davantage cette impression de longue, longue agonie.

Dans le détail, la saison s’arrête sur les questionnements métaphysiques de Lettie Mae et du révérend, illustre Sam à travers la grossesse de sa compagne, prouve de nouveau qu’avec peu d’exploration, Lafayette est génial, s’attarde sur la folie dominatrice de Violet, dépeint les premiers émois amoureux d’Adilyn, transforme Sarah Newlin en Noomi, met en scène une Jessica psychologiquement perturbée et, oui, tout ceci est superficiel, peu enthousiasmant et totalement ubuesque quand on sait que la fin de la série est inéluctable. Ce n’est pas tant que la qualité de l’ensemble soit désastreuse ou que les protagonistes irritent. Non, tout respire seulement la platitude. Les épisodes oublient d’insérer un rythme enlevé, de l’humour et une sensation que l’on s’approche d’une conclusion définitive. Pam et Eric sortent quelque peu le téléspectateur de sa torpeur, même s’ils ne parviennent pas non plus à transcender ce scénario anémique. Leur relation est évidemment toujours aussi joliment retranscrite et leurs dialogues savamment écrits, mais cela ne suffit pas. Au moins, la scène du Viking dans la voiture customisée des yakuzas à l’accent japonais abominable est très amusante ; les petites vignettes avec Ginger valent également le déplacement. En fait, les deux vampires sont sûrement les seuls à ne pas trop sombrer dans les clichés parce qu’il faut l’avouer, la toute fin est mielleuse à souhait, conventionnelle et des à années-lumière de ce que l’on pouvait s’imaginer en débutant cette série autrefois excessive.

Pour résumer, la septième et dernière saison de True Blood s’enlise dans son absence totale de scénario. Entre des séquences ineptes, une nostalgie ambiante très mal amenée et des dynamiques redondantes, il ne reste plus grand-chose à se rattacher. Même les personnages finissent par ne plus intéresser alors qu’ils ont su jadis injecter beaucoup de sympathie. La conclusion symbolise trop parfaitement ce détachement tant elle ne provoque ni regret de quitter cet univers ni divertissement. C’est donc avec indifférence, voire une pointe de soulagement, que l’on referme ce chapitre vampirique ayant perdu de sa verve. Il n’empêche que malgré sa pertinence allant decrescendo, cette production dispose de solides atouts dans ses premières saisons et mérite l’investissement à partir de l’instant où l’on apprécie les récits bigarrés métaphoriques frôlant le grand-guignolesque, bien que réussissant à s’en sortir et induire une sorte de fascination surréaliste. Rien que pour ça, je pense garder pour l’irrévérencieuse True Blood une grande tendresse et tenter d’oubli cet épilogue douloureusement vertueux.

Par |2017-05-01T13:58:35+02:00avril 14th, 2015|Séries étasuniennes, True Blood|0 commentaire

True Blood (saison 6)

Alors que c’est désormais officiel, True Blood s’arrêtera l’année prochaine au terme de sa septième saison, revenons sur la sixième. Composée de dix épisodes – soit deux de moins que d’habitude –, elle fut diffusée sur HBO entre juin et août 2013. Alan Ball a quitté son poste de showrunner pour laisser carte blanche à Brian Buckner qui, jusque-là, avait surtout officié sur Friends et Spin City. Aucun spoiler.

La grande majorité des téléspectateurs est probablement d’accord sur le fait que la saison cinq est plus que médiocre, notamment en raison d’un surplus d’intrigues et d’un cruel manque d’exploitation de quoi que ce soit de concret. Qui plus est, la folie ambiante si caractéristique à la série y est absente, faisant perdre de la substance à l’ensemble. Il est donc normal d’être assez perplexe en débutant cette nouvelle salve d’épisodes, surtout lorsque l’on sait qu’Alan Ball n’y injectera plus sa patte. Cela étant, ce départ peut aussi être vu comme quelque chose de bénéfique dans le sens où une autre direction a toutes les possibilités d’apporter un vent de fraîcheur plus que nécessaire. Malheureusement, très rapidement cette saison six déçoit et pas une seule fois elle ne parvient à remonter la pente et convaincre sur le long terme. Ce n’est pas tant qu’elle soit mauvaise, elle est surtout profondément plate et sans saveurs. Au lieu d’inspirer de l’enthousiasme, elle ennuie et provoque des bâillements. Dire que quelques années plus tôt, la série était capable de faire enchaîner les épisodes les uns à la suite des autres, quitte à rogner son précieux temps de sommeil.

Sans grande surprise, cette saison six débute immédiatement là où nous nous étions arrêtés. Bill, couvert de sang, dispose d’une incroyable force et semble avoir plus ou moins disparu. Si ce que son corps abrite est alors inconnu, Sookie, Eric et leurs compères n’ont de toute manière pas l’opportunité de tergiverser et cherchent à quitter au plus vite les bâtiments hébergeant l’Autorité, entité ayant littéralement implosé et provoqué une onde de choc dans le monde entier. À partir de cette date, l’existence des humains, des vampires et des autres êtres surnaturels change du tout au tout. La société souhaite éradiquer les créatures aux canines acérées, car, du fait de l’annihilation des réserves de TruBlood, celles-ci se servent désormais directement au cou de leurs victimes. S’en suivent une guerre ouverte entre ces groupes, mais aussi et surtout, une lutte où l’éthique et les droits fondamentaux disparaissent, rappelant forcément des faits historiques tragiques de la première moitié du XXè siècle. Le premier grand arc de la saison est donc vertement lié aux vampires et à la tentative d’une faction gouvernementale de les supprimer de la planète. Le gouverneur de Louisiane, Truman Burrell (Arliss Howard), et sa femme pas si inconnue que ça – et toujours autant stupidement siphonnée – se lancent dans une vaste entreprise dont ils ne maîtrisent malgré tout pas les codes. Sa fille, Willa (Amelia Rose Blaire), se retrouve sans le vouloir mêlée à cette affaire et paye cher l’implication de son ambitieux père. Parallèlement, Bill est doté de capacités extraordinaires, disparaît et se transforme en Billith – un être à mi-chemin entre Bill et Lilith, le fameux vampire originel vu précédemment sous toutes les coutures. Se prenant pour un dieu tout puissant, Billith paraît impossible à stopper et compte sauver la race vampirique de sa chute, en grand mégalomaniaque qu’il est devenu. Entre rêves prophétiques, expériences scientifiques, camps de concentration et moult secrets, la saison est celle de tous les dangers pour les vampires. Du côté d’Eric, Pam, Tara et des autres, l’ambiance n’est ainsi pas au beau fixe et ils passent la plupart de leur temps dans un cadre clos, n’interagissant au final guère avec les protagonistes. Si recentrer autant l’intrigue sur une thématique sordide est une excellente chose après la débandade de l’année dernière, il manque une vraie communication entre les personnages. Chacun mène sa vie dans son coin et les dynamiques demeurent dès lors assez superficielles et peu évolutives. C’est vraiment dommage, bien que cela évite de retomber dans les travers de l’infernal triangle amoureux entre Sookie, Bill et Eric. Quoi qu’il en soit, les pions mettent bien trop de temps avant de se placer sur l’échiquier surtout qu’en prime, ils le font laborieusement. Le résultat final est alors indiscutable : l’ennui est bien souvent trop présent en dépit de quelques excellents moments parmi les vampires. Ceux-ci sont d’ailleurs systématiquement dus au retour de la folie décadente tristement bien plus discrète que jadis. À côté de cet arc gravitent d’autres intrigues totalement déconnectées du reste et soufflant pour la plupart plus le froid que le chaud.

Déjà amorcé dans la saison précédente, le grand méchant vampire, Warlow, l’assassin des parents de Sookie et Jason, est de retour parmi les vivants. Extrêmement puissant, il est d’autant plus dangereux que personne ne sait quelle forme il est susceptible de prendre ou ce qu’il désire réellement. Écrire que ce pan du scénario est raté serait un euphémisme. Stupidement mis en scène, il se permet d’offrir une dimension faussement romantique avec la figure de Ben (Robert Kazinsky), personnage très mal amené en plus d’être insipide et qui, comme par hasard, tombe rapidement sous le charme de l’héroïne. Cet homme n’est pas tout à fait ce qu’il dit être et les révélations lui étant liées ne sont pas forcément prévisibles, mais elles ne sont certainement pas non plus surprenantes. Dans tous les cas, tout le développement entourant Warlow, Ben, Sookie et le retour du grand-père Stackhouse est poussif, creux et très approximatif. Le vampire presque aussi vieux que Lilith méritait plus d’ampleur et de charisme, surtout que la conclusion est expéditive et facile. Là, il s’apparente surtout à un coup d’épée dans l’eau ne rimant à rien, à part à endormir définitivement le téléspectateur qui, lorsqu’il se réveille, constate avec effarement, voire une hilarité nerveuse, plusieurs cheminements ubuesques où les vêtements s’enlèvent. De même, Sookie a beau prendre de la graine et s’affirmer, ses choix apparaissent plus que discutables ; quand on pense enfin qu’elle a grandi, c’est systématiquement pour finir par décevoir par la suite. En résumé, le deuxième arc majeur de la saison est plus qu’à la peine et n’est pas aidé par un rythme souffreteux. Afin que le scénario demeure homogène, les autres protagonistes ne peuvent non plus se vanter de posséder de moments bien plus glorieux. Par exemple, Alcide et ses histoires de loups-garous ne servent toujours à rien et donnent l’impression d’appartenir à une série parallèle. Sam a le luxe de côtoyer Nicole, un joli brin de femme interprétée par Jurnee Smollett (Friday Night Lights), et montre qu’il est un être sans cœur tant Luna, l’amour de sa vie, a disparu de son esprit. Terry continue de déprimer suite à l’assassinat de son ancien collègue et plombe un épisode bien qu’il ne soit pas présent ; celui-ci symbolise à merveille la dilution des intrigues de True Blood et son absence d’impact émotionnel, alors que la saison avait l’opportunité de bouleverser son public. Demeurent Andy amusant tendrement avec ses demi-fées de bébés grandissant à la vitesse de l’éclair, Lafayette qui ne possède aucun développement, mais qui délivre quelques moments éclairés et, bien sûr, le fantastique Jason toujours aussi plaisant et stupidement chouette. En bref, il n’y a vraiment pas grand-chose à retenir de ce puzzle et si les bases de la prochaine saison détiennent la capacité de rythmer la suite des évènements et renouveler profondément la série, il faut avouer que plusieurs autres laissent plus que circonspect, ne serait-ce que cette scène de nudité gratuite en haut d’une montagne enneigée.

Au final, après une cinquième saison bien faible, la sixième continue de plonger True Blood dans la torpeur et ne parvient que sporadiquement à éveiller l’intérêt du téléspectateur. Bien qu’elle dispose d’éléments plutôt solides avec ce grand arc très sombre centré sur l’hypothétique disparition des vampires, elle s’oublie dans des périodes d’exposition inutile et donne la désagréable sensation de ne jamais réussir à se lancer. De surcroît, la majorité des autres caractéristiques constituant ces épisodes ne sont guère palpitantes et ne possèdent par moments aucun rattachement entre elles. Quant à la menace prédominante de la saison qu’est techniquement Warlow, elle s’avère surtout décevante et non exploitée. S’il se révèle indéniable que la focalisation du récit sur les vampires est un excellent point, trop de personnages sont écartés. Sans son aspect à mi-chemin entre l’horreur, le burlesque et l’absurde, la fiction perd de sa saveur et de son identité, auparavant plus que forte et atypique. Bien sûr, la folie retrouve parfois son chemin dans le scénario, mais ce n’est que trop rarement. Lorsque l’on a énormément aimé la série et que l’on en vient à ne plus ressentir quoi que ce soit devant son poste de télévision, il est compliqué de ne pas avoir le cœur presque brisé. Espérons qu’il convienne seulement de laisser Brian Buckner faire le ménage dans les vestiges post-Alan Ball et qu’il parvienne à produire une ultime saison bien plus excitante.

Par |2017-05-01T13:59:05+02:00octobre 12th, 2013|Séries étasuniennes, True Blood|0 commentaire