Tsukahara Bokuden | 塚原卜伝

À chaque saison, NHK propose un jidaigeki en plus de son taiga drama habituel. Après Tempest au cours de l’été 2011, ce fut Tsukahara Bokuden qui prit place sur la chaîne nippone et aussi incroyable que cela puisse paraître, des sous-titres, d’excellente qualité en plus, sont arrivés en très peu de temps. Derrière ce titre se cache donc un j-drama constitué de sept épisodes dont seul le premier comporte vingt-cinq minutes de plus que la quarantaine habituelle. Il fut diffusé entre octobre et novembre 2011 sur NHK-BS Premium. Aucun spoiler.

Début du XVIè siècle, au Japon, Tsukahara Bokuden n’est pas encore le grand maître de sabre à l’origine de multiples légendes. Il n’est pour le moment que Tsukahara Shinemon, un jeune homme de seize ans bien décidé à parcourir le Japon afin de propager la technique du sabre de Kashima tout en parfaisant sa propre maîtrise.

   

À l’inverse de nombreux jidaigeki, ce Tsukahara Bokuden ne nécessite pas vraiment d’avoir un minimum de connaissances sur son sujet. Ce n’est effectivement pas le cadre historique qui importe ici, quand bien même il y ait une certaine volonté de ne pas occulter les troubles de cette période. Le but de la série est en réalité de mettre en avant un important personnage historique de la culture japonaise qui a inspiré et qui inspire toujours la population. Le parti pris est de poser les bases en montrant de quelle manière cet adolescent a fini par devenir celui qui s’est inscrit dans les mythes au même titre qu’un Miyamoto Musashi. Le j-drama ne raconte donc en aucun cas la totalité de l’existence de Tsukaraha puisqu’on le découvre à ses seize ans, lorsqu’il décide de quitter sa famille, et on le laisse plusieurs années plus tard, quand il prend le nom de Bokuden. En somme, il ne s’agit que d’un récit initiatique, la teneur historique étant surtout là pour tenter d’offrir un certain crédit à ce que l’on y voit. De ce fait, si l’on souhaite réellement découvrir la dimension sociopolitique de l’ère Sengoku ou même avoir un aperçu assez complet de la vie de ce personnage, ce jidaigeki se montrera probablement peu satisfaisant. D’ailleurs, les premiers épisodes disposent d’un côté schématique moyennement engageant car ils sont composés de l’avancée de Shinemon dans son voyage avec systématiquement, un combat clôturant cette nouvelle étape. Ces duels manquent très nettement de souffle et ce n’est pas uniquement parce que l’on connaît leur issue. Heureusement, la série évite de faire durer cet aspect linéaire car elle place son personnage face à des difficultés d’un autre ordre que celui de son adversaire de la semaine. Progressivement, le maître d’armes réalise en effet toute la dimension de l’art qu’il pratique et la nécessité d’y allier corps et âme. Ce n’est pas l’action le centre du propos mais plus le parcours de l’état d’esprit de Tsukahara. Le renzoku insuffle une légère dominante religieuse car son don serait directement lié aux divinités vénérées dans un sanctuaire shinto proche de chez lui. Le sabre de Kashima qu’il utilise serait en fait une extension du pouvoir du dieu et il tentera d’entrer en contact avec lui. Sa sœur, interprétée par Kuriyama Chiaki (Hagetaka, Rebound, Ashita no Kita Yoshio) et qui fait aussi la narration, officie au temple en tant que miko auprès d’une prophétesse (?). Shinemon se voit ainsi obligé de traverser de multiples épreuves de différents ordres avant de réussir à s’affranchir de ses propres tourments parasitant la maîtrise de sa discipline. Malgré le nombre incalculable de supposées vérités dont ce personnage est à l’origine, Tsukahara Bokuden prône le classicisme et ne sort jamais des sentiers battus, relatant avec certes tranquillité quelques moments choisis de son héros mais faisant parfois preuve d’une certaine torpeur et d’une absence d’intensité. Il est vrai qu’en sept épisodes, il n’y a guère le temps de s’attarder sur des détails mais le j-drama a parfois tendance à se montrer un tant soit peu surfait.

Au début de la série, Tsukahara Bokuden se fait donc encore appeler Tsukahara Shinemon. Assez naïf, candide et ayant une grande confiance en lui, il est avide de découvertes et désire parcourir le Japon, même si cela signifie qu’il doit quitter sa famille biologique et adoptive. Il a en effet été adopté dans son enfance par le seigneur du château local qui lui transmit son art du combat. Doté de dons dès sa naissance, il devient rapidement un petit phénomène ne semblant avoir guère de limites. Grâce à sa nature bienveillante et du fait de sa volonté pure de propager l’esprit de Kashima, son entourage lui offre dès lors la possibilité de partir à l’aventure. C’est Sakai Masato (Engine) qui lui offre ses traits. Le moins que l’on puisse dire est que cet acteur ne dispose pas d’un éventail très développé d’expressions et malheureusement, ce n’est pas ici que l’on changera d’avis. Qu’il soit content ou en colère, on ne voit guère de différence car il arbore une moue assez constipée tout du long. Il n’est pas aussi irritant que ce que l’on pourrait craindre mais s’il inspire le calme comme ce fut apparemment le cas de Tsukahara, il est loin de transcender les foules ou de déchaîner les passions. C’est un peu dommage d’y voir un héros aussi insipide qui pourtant est supposé charismatique. Son comparse, Samon, est bien plus enjoué et par conséquent, sympathique. Le problème majeur n’est en réalité pas tant l’interprétation de Sakai Masato mais plus le fait que la série ne cherche pas à crédibiliser certains éléments. Lorsque l’on commence l’histoire, le personnage a seize ans et c’est toujours Sakai Masato, né en 1973, qui le joue. À la fin, le maître d’armes a la trentaine tassée et s’approche donc plus de l’âge de son acteur. On a beau nous dire que les années passent, vingt ans s’écoulant apparemment entre le premier et le dernier épisode, on ne s’en rend pas du tout compte malgré un subtil changement de posture du héros. Le temps ne montre pas non plus ses marques sur les autres personnages et y ajouter quelques cheveux blancs ne change en aucun cas ce fait. Le j-drama semble en outre avoir pris un certain nombre de libertés avec la réalité historique. Dans la première partie, Shinemon fait preuve d’un optimisme à toute épreuve, lui qui prend du plaisir à défier et relever n’importe quel défi pour tester ses capacités. C’est à ce moment qu’il rencontre une jeune femme jouée par Kyôno Kotomi (Hakusen Nagashi, Shikei Kijun, Suna no Utsuwa) et qu’il enchaîne les combats. En rentrant chez lui, il est épuisé mentalement car il ne sait plus exactement où il en est, sa dextérité ne lui suffisant plus. Tandis que l’époque est perturbée par de nombreux conflits permanents entre les différents seigneurs et autres vassaux dont un incarné par Matsuda Satoshi (Vampire Host, Keitai Sôsakan 7), Shinemon décide d’opter pour une retraite spirituelle. C’est là que dans un second temps, la série aborde une tonalité davantage mystique.

Puisque Tsukahara Shinemon traverse le Japon, il y rencontre inévitablement plusieurs personnalités comme Yamamoto Kansuke, celui même dont la vie est relatée dans Fûrin Kazan avec Uchino Masaaki dans le rôle-titre. Et peu à peu, la légende commence à se construire. On dit de lui qu’il a mené 37 duels et qu’il n’aurait jamais perdu. Les quelques combats que l’on voit au fil de la série ne sont pas particulièrement spectaculaires mais là n’est de toute manière pas un problème. En revanche, la réalisation aurait mérité de ne pas s’affubler de ralentis coupant totalement l’action dans son élan et faisant plus kitsch qu’autre chose. Il aurait été aussi agréable qu’il y ait davantage de plans d’ensemble afin de montrer la réelle virtuosité de ce fabuleux maître d’armes d’autant plus que Sakai Masato semble assez bien se débrouiller. Malgré ces passages peu inspirés et un filtre blanc quasi omniprésent, la réalisation demeure dans l’ensemble soignée et la photographie étudiée. De même, la musique composée par le célèbre Kawai Kenji est tout particulièrement agréable et à la hauteur de son talent pour ce genre de production.

En définitive, Tsukahara Bokuden est avant toute chose l’histoire d’un homme calme, posé et réel prédécesseur des samouraïs dont on parlera par la suite. Si le j-drama repose sur une figure historique, on y voit surtout un récit initiatique très classique où un combattant cherche sa voie en y menant une réflexion sur son don et la manière dont laquelle il peut et doit l’employer. Ce ne sont pas ses capacités martiales qui priment mais davantage son évolution spirituelle. Malgré une absence de prise de risques et une histoire racontée de manière assez quelconque, la série se laisse agréablement regarder car elle sait notamment rester à sa place et permet une incursion certes très superficielle mais suffisamment divertissante pour le néophyte. Il va de soi que si l’on cherche un véritable chanbara ou une exploration de la féodalité japonaise, ce n’est pas vers celui-ci qu’il faut se tourner mais en étant au fait de ses limites, on ne regrette pas le temps passé devant ces sept petits épisodes.