Tumbling | タンブリング

Il y a de ces séries japonaises que l’on croit damnées. Tout commence pourtant bien. Une équipe de qualité débute le sous-titrage, les sous-titres sortent certes doucement mais sûrement et on attend sagement parce que de toute manière, on a déjà une liste de j-dramas longue comme ses deux bras réunis bien au chaud dans ses dossiers. Alors que l’on se dit que l’on finira bien par la voir, cette série, la machine s’enraye. L’équipe pourtant solide disparaît et ne fait plus rien. Les mois passent, les années aussi et on pleure en dedans. De temps en temps, on ose aller faire un petit tour pour voir si quelqu’un n’a pas repris le sous-titrage, si l’équipe n’est pas revenue à la vie telle le phénix mais non, rien à faire. Et on pleure à nouveau en dedans. On en vient à penser que finalement, même les séries avec une distribution taillée pour la fangirl peuvent subir ces aléas. Un jour, alors qu’on a fait son deuil, voilà que par hasard, suite à la recherche de nouveaux dealers en raison de la fermeture d’un fameux site en janvier 2012, on remarque qu’une team française a tout traduit. Oh. Et finalement, une autre team anglophone, de qualité assez discutable, avait en fait déjà repris le flambeau. À peine a-t-on le temps de réfléchir -et parce qu’on est quelque peu effrayé à l’idée de retourner du côté des torrents-, on décide de se contenter de la VOSTF, chose devenue rarissime. Tumbling, je croyais ne jamais te voir. Merci d’avoir été entièrement disponible, même si la VOSTF est très mauvaise pour les derniers épisodes ; il y a eu un changement de team française tout comme pour la version anglaise. Bon, sur ces considérations peu intéressantes, arrêtons ce verbiage et soyons sérieux.

Fait très rare pour être noté, s’il existe bien un manga Tumbling, réalisé par Mizukami Wataru, c’est lui qui est une adaptation de la série et non pas l’inverse. Il a effectivement commencé à sortir lors de la diffusion de la version télévisée et est apparemment toujours en cours. Le j-drama comporte quant à lui onze épisodes ; comme souvent, le premier épisode est plus long que les autres car il dure 96 minutes au lieu de cinquante. Tumbling fut diffusé sur TBS entre avril et juin 2010. Sinon, il existe au moins une pièce de théâtre se déroulant cinq années après la fin de la série avec notamment le personnage joué par Daitô Shunshuke, alors devenu professeur. Il semblerait qu’il y ait eu aussi d’autres pièces. Un des scénaristes de Tumbling n’est autre qu’Egashira Michiru, celle-là même qui a commis Gokusen mais qui est également derrière Ichi Rittoru no Namida. Pour ceux qui ont du mal avec l’anglais, sachez que tumbling signifie acrobatie. Aucun spoiler.

Takenaka Yûta est un lycéen en dernière année rêvant de participer à une compétition de gymnastique rythmique en groupe. Malheureusement pour lui, le petit club dont il est le capitaine ne comporte pas suffisamment de membres pour le lui permettre. Les choses ne s’arrangent décidément pas le jour où il est obligé d’accepter dans son club le pire délinquant du lycée, Azuma Wataru. Celui-ci n’est pas motivé pour un sou mais est contraint de participer à une activité extrascolaire s’il ne veut pas redoubler. Yûta est alors mis à rude épreuve car il doit continuer de subir les moqueries des autres élèves en plus de supporter Wataru et l’ensemble de ses congénères tout aussi violents et marginaux que lui.

Difficile de le nier, l’affiche de Tumbling fait peur. Et ce n’est pas non plus le synopsis qui sera là pour rassurer. Pour autant, ayant envie de voir quelque chose de kitsch et d’idiot, j’ai décidé de lui donner sa chance. C’est parfois dans ces moments-là, qu’une fois arrivé au bout des épisodes, on se répète qu’il faut toujours se méfier des apparences. Le renzoku fait partie de ces séries scolaires japonaises sortant à la pelle. En plus, il mêle également le genre sportif ayant la cote au pays du Soleil Levant. En d’autres termes, on pourrait à juste titre penser que l’on va se farcir des épisodes ne sortant pas des sentiers battus et difficiles à digérer. S’il est indubitable que Tumbling n’est pas la série du siècle ni même probablement de la saison de l’époque, elle réussit parfaitement à s’affranchir de ses codes pour proposer un honnête divertissement éminemment sympathique. Ceux ayant un petit faible pour les séries sur l’amitié et n’ayant pas de difficulté avec le surjeu japonais et les grandes envolées quelque peu naïves bien que mignonnes devraient être convaincus assez facilement.

Tumbling, c’est un condensé de paillettes, de bagarres, de rose, de sueur, de cabrioles dans tous les sens, de bains collectifs, d’omurice et de séances plus ou moins longues de larmes contagieuses. Sur certains points, elle ressemble à Water Boys, cette série mettant en avant un groupe de jeunes voulant à tout prix faire de la nage synchronisée. Là aussi, dans Tumbling, il est question d’un sport peu commun pour les garçons puisque ça parle de gymnastique rythmique. Pour être transparente avec vous, j’avouerai que je ne connaissais même pas l’existence d’une discipline masculine. Elle n’a pas grand-chose à voir avec la féminine qui consiste, en faisant de gros raccourcis, à lancer des ballons en l’air et gesticuler avec un ruban. Chez les hommes, ce sont vraiment les acrobaties en rythme qui priment et à l’écran, c’est extrêmement impressionnant. La série a pris les choses au sérieux car elle a engagé quelques équipes professionnelles n’ayant clairement pas usurpé leur statut tant elles nous laissent bouche-bée. Toutefois, ce ne sont pas elles les héroïnes, non, c’est le petit club de Karasumori à l’honneur. Et là, pas de triche possible si le renzoku veut être convaincant. Les acteurs doivent absolument y mettre du leur. Ce n’est pas donné à n’importe qui de pouvoir faire des saltos arrière et autres sauts périlleux, de les enchaîner et de suivre un entraînement intensif. La distribution principale est tout simplement épatante. Tous ne sont pas au même niveau, ce qui est normal, mais on sent une volonté sincère de se dépasser de la part des personnages et de leurs interprètes. De ce côté-là, la série est très réussie et plutôt spectaculaire. Que l’on soit amateur de sport ou pas, la question ne se pose même pas car tout le monde peut être ébloui par ces chorégraphies où l’huile de coude transpire de partout. Les séances d’entraînement et les quelques compétitions ne sont en aucun cas répétitives, notamment parce qu’elles ne se ressemblent pas et que des éléments viennent toujours bouleverser le supposé ordre ambiant.

Le principal souci des séries ayant pour toile de fond un sport est qu’elles n’arrivent que rarement à se départir de quelques thématiques bien spécifiques provocant chez certains des réactions épidermiques. Tumbling ne déroge pas à cette règle. Il est effectivement question du dépassement de soi, de l’importance de l’équipe, de la difficulté à toujours travailler dur, des sacrifices nécessaires pour rester à un niveau correct ou encore de l’acceptation de ses propres limites. En cela, la série aurait pu être agaçante car bien trop standardisée. De même, puisqu’elle se déroule en plus dans un lycée où quelques délinquants ont un rôle important, elle n’évite pas les intrigues sur leur passé et présent chaotiques. On pense immédiatement à Gokusen, de la même scénariste, bien que Tumbling lui est très nettement supérieure. Pourquoi ? Parce que chaque épisode n’est pas dédié à un personnage en particulier et parce qu’elle évite notamment de centrer ses intrigues sur un épisode. La série développe en effet ses personnages au long cours et ne charge pas trop la mule du côté de leur environnement socio-familial. Il est dommage par contre que des éléments mis en exergue dans un épisode en particulier finissent par n’avoir aucun impact sur la suite. C’est un peu comme si on pointait du doigt quelque chose et qu’à partir de ce moment-là, il n’existait plus. Là où le renzoku fait plaisir est qu’il joue avec le côté féminisé et très stéréotypé de ce sport. À grand renfort de blagues jamais douteuses mais toujours légères et drôles, certaines situations sont désamorcées et montrent que la série est plus fine qu’elle n’en a l’air. Plusieurs membres ont par exemple du mal au départ à assumer de faire partie d’un club de gym, de porter des justaucorps et de se trémousser. C’est d’autant plus difficile pour eux car ils sont adolescents. En outre, c’est assez rare pour le noter dans une série japonaise, l’homosexualité masculine est abordé de plein front dans un épisode et le traitement est difficilement critiquable. En revanche, là aussi il est dommage qu’en dehors de ce passage, on n’y revienne plus par la suite. Ceci étant, c’est au final peu de critiques négatives car, sans être non plus d’une profondeur inégalée, la série finit par surprendre agréablement et réussit à aller plus loin que celles surfant sur des registres plus ou moins similaires. Les bons sentiments sont certes de la partie et il y a toujours un petit côté naïf et consensuel mais tout cela est contrebalancé par l’enthousiasme des personnages et le fait que la série alterne entre les moments sportifs et ceux en lien avec la vie quotidienne. Sinon, bien que vers la fin les flashbacks finissent par devenir redondants, le rythme est généralement maintenu à un niveau tout à fait correct ce qui fait que l’on ne s’ennuie pas. Il aurait même été préférable que la série comporte quelques épisodes de plus tant certains éléments et évolutions sont trop rapidement expédiés.

Une des forces de Tumbling est sans conteste sa galerie de protagonistes assez hauts en couleur et dynamiques. Bien que la série mette surtout en avant le délinquant aux cheveux rouges du lycée, Azuma Wataru, tous les membres du club sont aussi importants que lui. Wataru est donc un petit caïd violent bien que non fondamentalement agressif. Il ne sait s’exprimer que par la violence qui est le résultat de sa frustration quotidienne. Au final, il est surtout impétueux et a besoin d’être canalisé. Suite à un concours de circonstances, il est obligé d’intégrer le club de gymnastique rythmique et contre toute attente, il adore. Il se rend compte qu’il n’a jamais eu de réel but dans sa vie et a l’impression de passer à côté d’elle. Wataru se passionne alors pour ces acrobaties et veut à tout prix pouvoir les maîtriser. C’est le très sympathique Yamamoto Yûsuke (Atashinchi no Danshi, Hanazakari no Kimitachi e) qui lui offre ses traits. Il se montre généralement bon dans ce registre et ce n’est pas ici que l’on dira le contraire. Wataru passe certes plus de temps à brailler qu’à se taire mais il demeure attachant. Néanmoins, il a beau faire le fort, il s’écrase toujours face à sa mère et ses méthodes de yakuza jouée par Ôtsuka Nene (Yasha). Celle-ci est courtisée par le personnage joué par Satô Jirô (JIN, Gokusen 3) alimentant à merveille la comédie de situation. De même, Wataru se transforme en monsieur oui-oui dès qu’il est amoureux.

En entrant dans le club de gym, Wataru apporte sans le vouloir quelques autres recrues tout aussi marginales que lui. Arrivent ainsi Tsukimori Ryôsuke incarné par Miura Shôhei (Gokusen 3) et Nippori Keiji interprété par Kaku Kento (Asukô March!) qui en fait peut-être un peu trop bien qu’il fasse rire. N’oublions pas non plus le délicieux Daitô Shunsuke (Crows Zero) offrant ses traits à Kiyama Ryûichirô, ado ayant décidé de rester dans son coin suite à un évènement tragique. Ces quatre garçons, bien qu’en-dehors des clous, n’ont fondamentalement rien de méchant et c’est là où la série est évidemment naïve. Ils sont menacés par un de leur congénère, Akabane (Isaka Tatsuya), bien décidé à pimenter la série.

Ces délinquants côtoient donc les membres déjà présents du club et si les débuts sont désastreux et à l’origine de nombreuses disputes, l’amitié finit évidemment par arriver. S’il y a bien un sujet que les Japonais maîtrisent sur le bout des doigts, c’est l’amitié. Il n’est pas rare que les séries réussissent à vous donner envie d’être ami avec la bande vue à l’écran et que l’on se se sente justement presque faire partie intégrante de cette petite équipe. Là encore, le résultat répond à l’appel. Le capitaine du club, Yûta, est au départ peu ravi de recevoir Wataru mais il est bien obligé de plier. C’est aussi l’occasion pour lui de commencer à rêver aux compétitions en groupe car il faut un nombre de participants spécifique, condition qui n’était pas réunie jusque là. C’est l’impeccable Seto Kôji (Atashinchi no Danshi, Otomen) qui incarne Yûta et si le personnage n’est pas désagréable, c’est peut-être lui le moins attachant car il est le plus sobre. Il est entouré de ses amis : Tsuchiya Satoshi joué par Tomiura Satoshi (Hana Yori Dango) et sa voix très particulière, Mizusawa Taku (Yanagishita Tomo) et Kaneko Atsushi (Tamoto Soran). À leurs côtés gravite l’excellent mais individualiste Hino Tetsuya incarné par Nishijima Takahiro, le chanteur / leader du chouette groupe AAA.

Il y a par conséquent beaucoup de personnages d’autant plus qu’à eux s’ajoutent le prof un peu à côté de ses pompes en charge du club ou encore la manager psychorigide et en apparence très sévère du club de GRS féminine. Le premier est incarné par AKIRA, un danseur du groupe EXILE, tandis que la seconde est jouée par la fort charmante Kuninaka Ryôko (Churasan, Kekkon Dekinai Otoko, Shiawase ni Narô yo). En invité on pourra reconnaitre Jinbo Satoshi (Yasha, Bloody Monday) ou encore Takahashi Tsutomu (Crows Zero). Malgré cette galerie importante de visages, chacun réussit à se faire sa place sans que cela soit forcé. Dans l’ensemble l’interprétation n’est pas parfaite, loin s’en faut, si ce n’est que cela ne dérange pas trop.

Si la réalisation n’a pas grand-chose de spectaculaire, c’est la musique qui permet à la série d’avoir une forme un peu plus travaillée. Composée par Wada Takashi qui a déjà travaillé sur celles de BOSS, elle est franchement agréable. Il en est de même pour la chanson de fin, Manazashi de Honey L Days, que l’on adore entendre bien que cela signifie que l’on arrive justement au terme d’un épisode fort agréable à suivre.

En définitive, Tumbling n’a vraiment rien de révolutionnaire et n’est assurément pas fait pour tout le monde. Ceux qui par contre ont un petit faible pour les histoires d’amitié voire de bromance, de dépassement de soi et qui aiment regarder des personnages passionnés s’entraider et se disputer pour mieux avancer d’eux-mêmes devraient peut-être lui donner sa chance. L’ensemble est léger bien qu’il n’en soit pas simpliste tant il utilise plusieurs clichés pour mieux se les approprier. D’ailleurs, le fait que la série ose parler de l’homosexualité masculine est un argument de poids pour prouver qu’elle sort quelque peu de la routine habituelle. Les épisodes distillent un climat de bonne humeur et font la part belle à l’humour sans jamais oublier les difficultés inhérentes à la vie en société et au monde sportif. Autrement dit, on rit, on est ému et on passe du bon temps malgré une certaine prévisibilité et une mise sur la touche des points soulevés précédemment dans les intrigues. Il est aussi important de saluer la performance physique des acteurs tellement elle est fascinante et spectaculaire. À vrai dire, le renzoku réussit à trouver un équilibre entre son mélange de genres car il n’en fait jamais trop ou pas assez, que ce soit dans le registre de la comédie ou des instants plus dramatiques. Et pour toutes ces raisons, malgré quelques défauts non-rédhibitoires à condition d’avoir une sensibilité pour ce type d’histoire, Tumbling peut être une surprise franchement agréable.