Umareru. | 生まれる。

Toujours dans le cadre du guest post de chez Critictoo concernant les séries japonaises de ce printemps, je me suis récemment attardée sur Umareru.. Ceci dit, le j-drama faisait partie de ma sélection de l’époque. Composée de dix épisodes, la série fut diffusée sur TBS entre avril et juin 2011. Umareru signifie le fait de naître en français. Le scénariste n’est autre que Suzuki Osamu qui a également écrit le petit délice qu’est Waraeru Koi wa Shitakunai. Le titre de la série comporte effectivement un point, ce n’est pas une coquille de ma part. Aucun spoiler.

Hayashida Aiko perd son mari à l’âge de 51 ans. Alors qu’elle commence à faire son deuil, elle découvre qu’elle est enceinte. Elle ne saute évidemment pas immédiatement de joie sachant les conséquences que cela apporte. Que faire ? Le garder ? Avorter ? Que vont en penser ces quatre autres enfants ? Et quid des difficultés médicales inhérentes ? C’est donc sur ses propos qu’Umareru. tente de construire son histoire. Malheureusement, elle n’arrive même pas à convaincre durant un unique épisode. Les défauts sont bien trop nombreux et phagocytent les rares bons moments qui sont surtout en lien avec Aiko, incarnée par Tanaka Misako.

Avec Madonna Verde, Umareru. est le second j-drama de la saison à parler de la grossesse des femmes âgées. Ce qu’il y a probablement de plus insupportable dans Umareru. est que l’on a l’impression d’être face à un cours. Il est toujours intéressant d’apprendre certaines choses en regardant une série mais pas de là à prendre les téléspectateurs pour des abrutis finis. La fille aînée d’Aiko, Manami, est une jeune journaliste motivée et qui, comme par hasard, doit écrire un livre sur la grossesse des femmes âgées. Oh, quelle coïncidence extraordinaire. Si sa patronne dynamique est jouée par la pétillante Toda Keiko (Churasan), Manami est quant à elle incarnée par Horikita Maki. Même en y mettant toute la volonté du monde, on ne peut pas ne pas être énervée par l’actrice et son jeu plat dénué de toute émotion mais également par ce personnage qui se mêle de tout, qui ne se gêne pas pour donner son avis sur n’importe quoi et propager sa bonne parole pleine de morale et de bons sentiments. En un mot, Manami est irritante. Puisqu’elle travaille sur ce phénomène de société qui semble intriguer le Japon, elle réalise des mini-cours pour ses collègues / patrons et nous en fait profiter. C’est ainsi que l’on se retrouve face à des informations évidentes pour qui a suivi une scolarité / qui connaît la vie et cela, avec pléthore de chiffres assommants. Que dire si ce n’est que c’est académique et idiot ? Si encore ces informations étaient intelligentes mais ce n’est pas le cas tant elles sont évidentes. Ces passages-là, parce qu’il y en a minimum un par épisode, sont consternants et abrutissants.

La crédibilité n’est pas non plus le maître mot d’Umareru. Si le médecin suivant Aiko est proche de ses patients et qu’il semble passionné par son travail, il n’est pas réaliste pour un sou. D’une part, où se situe le secret médical si l’on déballe tout à tout le monde ? Par ailleurs, certaines situations sont assez ubuesques car si un praticien se permet de ne pas donner le sexe du futur bébé parce qu’il n’en a pas envie, pour embêter la maman, hum… comment dire… pour qui se prend-il ? Pourtant, ce médecin aurait pu être sympathique car il est interprété par Ôsugi Ren (My Boss My Hero, Tajû Jinkaku Tantei Psycho) qui est ici plutôt convenable. À côté de tout cela on peut également ajouter le fait qu’une grande amie d’Aiko souhaite désespérément avoir un enfant mais n’y parvient pas. Comment va-t-elle réagir en apprenant cette grande nouvelle ?

Tout cela est d’autant plus dommage que cette thématique de grossesse des femmes âgées aurait pu se révéler pertinente. De même, Umareru. aurait pu proposer une certaine critique de la société japonaise, souvent trop conservatrice. Mais non, la série reste en surface et à part survoler le sujet, elle ne fait rien. Il est difficile de comprendre qu’elle est donc cette honte manifeste que ressentent certains des personnages à l’idée de voir une femme âgée enceinte, même si on peut essayer de mettre ça sur la compte des différences culturelles entre le Japon et la France. Il n’est pas non plus possible de s’empêcher de ressentir que le discours se veut anti-avortement et cela est franchement dérangeant. En définitive, l’idée-même du j-drama est mal traitée.

Autrement, la série s’attarde sur les enfants d’Aiko. Il y a donc Manami dont on a parlé un peu plus haut mais également Taichi, joué par le Johnny’s Ôkura Tadayoshi qui donne l’impression d’avoir arrêté de manger il y a trop longtemps. Taichi travaille en tant que designer et découvre très rapidement qu’il n’est pas le fils biologique de ses parents. Son véritable père débarque dans sa vie et lui pourrit l’existence. Un individu normal tenterait de résoudre ce problème en allant voir la police, en parlant avec son entourage proche mais ce n’est pas le cas de Taichi qui subit. À noter qu’une de ses collègues porte les traits de Sakai Wakana (Kisarazu Cat’s Eye, Waraeru Koi wa Shitakunai).
Un autre frère, Kôji, joué par le Johnny’s Nakajima Kento, a eu autrefois une leucémie mais a été sauvé grâce au don de moelle osseuse de sa mère. On ne sait jamais avec ces maladies insidieuses, elles peuvent toujours revenir… Quant à la petite dernière, Miko, elle est victime d’ijime mais pour ce que l’on voit et en raison du peu de travail quant à la psychologie de son personnage, on ne peut pas dire que l’on soit touché.
Umareru. parle d’une famille mais à part l’ultime épisode, il est difficile d’avoir l’impression de se trouver en face d’une. Les liens entre ses membres semblent inexistants et on ne ressent aucune alchimie. Juste le néant. Chaque personnage s’entoure de mensonges et de cachoteries jusqu’à arriver à un point de non retour. Le scénariste complique ainsi des éléments parfois triviaux pour en faire toute une montagne. Cerise sur le gâteau, l’interprétation est généralement plus que sommaire. Ne parlons pas de la musique composée par un Kanno Yûgo (Last Christmas, Innocent Love) peu inspiré. Si le misérabilisme était parfois limite sans elle, les violons ne lésinent pas sur l’aspect tragique et enfoncent le clou.

Vous l’avez compris, Umareru. est complètement ratée et ne mérite pas que l’on s’y attarde. Scolaire, prévisible et fatigante, elle ne parvient pas une seule seconde à convaincre ou à émouvoir. Pour nous assommer avec des données on peut dire qu’elle est réussie mais quel est l’intérêt à part prendre ses téléspectateurs pour des imbéciles ? Pourtant, elle en a des ambitions si ce n’est qu’elle échoue à chaque fois et ne lésine pas sur les clichés, sur le pathos, le misérabilisme et sur l’aspect moralisateur. La famille n’est pas spécialement attachante en raison de personnages généralement creux et moyennement interprétés mais elle subit, comme par malchance, de trop multiples drames. En bref, Umareru. est à oublier.