Virtuality (pilote)

Finalement, après avoir hésité durant plus de deux ans, l’appel de la science-fiction fut le plus fort. Cela faisait effectivement un petit moment que j’avais dans mes dossiers le pilote de Virtuality. Derrière ce titre se cache la série avortée, co-écrite par Ronald D. Moore (Battlestar Galactica, Caprica) et Michael Taylor (notamment scénariste sur Battlestar Galactica, Caprica, The Dead Zone…). À l’origine, il devait donc y avoir une série mais Fox n’a jamais commandé davantage que le premier épisode qu’elle a diffusé en tant que téléfilm de 90 minutes le 26 juin 2009. On ne sait jamais, une suite verra peut-être le jour mais ce n’est pas être particulièrement pessimiste que de penser que non, l’aventure s’arrête bel et bien là. C’est d’ailleurs pour cette raison et afin d’éviter la possible frustration que j’avais décidé de ne pas regarder l’épisode. Bon, preuve est que j’ai changé d’avis. À noter que le pilote a été réalisé par Peter Berg (Friday Night Lights). Aucun spoiler.

2050, à bord du Phaeton, un vaisseau spatial se dirigeant vers notre système planétaire le plus proche, Epsilon Eridani. Son équipage a quitté la Terre pour dix ans et afin de supporter au mieux leur longue expédition, un système de réalité virtuelle a été mis à leur disposition. Grâce à un module semblable à de grandes lunettes, ils peuvent endosser diverses identités et faire tout ce qu’ils veulent. Malheureusement pour eux, ils apprennent six mois après leur départ que la Terre est en danger et qu’elle n’aurait plus qu’un siècle devant elle. Ils doivent alors faire un choix avant d’arriver à un point de non-retour. Soit ils décident de faire machine arrière et de retourner vers les leurs, soit ils continuent leur route en espérant trouver une planète habitable.

Il est important de regarder Virtuality comme le pilote d’une série qui ne verra jamais le jour et non pas comme un téléfilm lambda. L’épisode prend en effet son temps pour installer ses personnages, une ambiance et poser le contexte. Ce n’est que vers l’ultime demi-heure que l’intrigue générale se lance véritablement et que l’on commence à assimiler le plan d’ensemble. Par ailleurs, la fin n’en est pas une ce qui est tout à fait normal puisqu’à la base, c’est un pilote. Une suite plus ou moins longue était donc supposée répondre aux multiples questionnements. Virtuality ne se suffit clairement pas à lui-même et c’est en toute connaissance de cause qu’il faut se lancer dans l’épisode. Le risque est de finir encore une fois énervé contre Fox ou au contraire, penser que pour une fois, la chaîne nous a fait une faveur en ne commandant pas la série. Ce n’est pas la peine de faire durer le suspense de manière artificielle, Fox a encore fait n’importe quoi. Oh comme c’est étonnant dites-donc. Ce pilote est effectivement maîtrisé, ambitieux et a fort potentiel.

Difficile de ne pas penser à Caprica en regardant Virtuality. Les deux séries abordent de manière assez analogue les frontières entre la réalité et le virtuel. Dans ce pilote, les personnages possèdent chacun un module leur permettant d’intégrer une dimension créée de toutes pièces selon leurs souhaits. Certains vont s’engager dans la guerre de Sécession, d’autres prendront le temps de peindre un magnifique paysage ou d’autres encore feront revivre leur fils mort auparavant. Sympathique, non ? Ne pouvant pleinement s’épanouir dans leur quotidien car surveillés minute après minute, les personnages essayent de s’évader dans le monde virtuel. Or, plutôt que d’être assimilables à de simples gadget, ces fameux modules sont la source de l’arc principal. Ils montrent en effet des faiblesses car il n’est pas rare que ses utilisateurs s’y fassent tuer ou violenter par un même homme très troublant. Y a-t-il un espion ? Un bug du système ? Comme on peut s’y attendre, l’équipage finit par se perdre au passage et ne plus savoir à qui se fier. Et de toute manière, ce qu’il se passe dans le virtuel est-il suffisamment réel pour en ressentir un quelconque effet ? La frontière entre les rêves, fantasmes et la réalité est dès lors très mince et la folie et la paranoïa commencent rapidement à prendre leurs marques. Au final, les thématiques de science-fiction sont assez classiques mais il ne s’agissait évidemment que des premières briques. Virtuality annonce immédiatement son ambition de toucher un public adulte et avec le recul, il paraît évident que Fox ne fut jamais la bonne chaîne. Une du câble comme SyFy, sur laquelle Caprica débuta quelque temps plus tard, aurait paru être bien plus adaptée.

Si cette approche de réalité virtuelle est celle qui nous est présentée de prime abord, elle n’est pas la seule. La société en 2050 étant au final assez similaire à la nôtre, il n’est pas étonnant d’y retrouver une sorte de télé-réalité. L’équipage est filmé 24h sur 24, sept jours sur sept et se retrouve dès lors dans une émission quotidienne diffusée sur Terre. Le programme est même poussé jusqu’à l’extrême puisque le fameux confessionnal, là où les participants supposés exprimer leurs pensées, est présent. Cette émission donne forcément un aspect artificiel aux relations et aux réactions, chacun se sentant épié et jouant parfois un rôle. Ce qu’ils finissent par ailleurs par réaliser est que, totalement déconnectés de la réalité, ils ne peuvent savoir si ce qu’on leur raconte est vrai. La Terre est-elle réellement en danger ? Le téléspectateur derrière sa télé en vient même à se demander si tout cela est véridique et si les personnages ne sont pas les cobayes d’une expérience… Si la critique de la télé-réalité n’est pas particulièrement approfondie, ses effets retors sont plutôt bien amenés. De toute manière, ce sont surtout les questions qui en découlent qui importent et le pilote ne peut pas toucher à tout. En tout cas, il réussit son rôle d’introduction. Grâce à son rythme et à sa réalisation assez documentaire, l’ennui n’est pas présent et l’intérêt de ce huis clos demeure à son paroxysme. La musique est par contre assez anecdotique mais c’est un véritable plaisir que d’y entendre Alive Alone de The Chemical Brothers.

Durant ces 90 minutes, l’ensemble des douze compagnons de voyage est esquissé. Ils sont là aussi assez conventionnels au demeurant mais plusieurs réussissent à se détacher et à tirer leur épingle du jeu. C’est par exemple le cas du commandant, Frank Pike, incarné par un impeccable Nikolaj Coster-Waldau (Game of Thrones), ou de l’ambivalent psychiatre également en charge du montage de l’émission. À vrai dire, ils possèdent tous une faiblesse ou un point plus sombre qui auraient probablement été étudiés par la suite. De quoi allécher donc. Quelques éléments comme un aspect un peu soap sont dispensables et alourdissent légèrement l’ensemble mais ils sont minoritaires. Du côté des acteurs, on pourra y reconnaître Clea DuVall (Carnivàle), Kerry Bishé (Scrubs), Jimmy Simpson (Psych) ou encore Nelson Lee (Blade : The Series).

C’est donc avec une grande pointe de déception amère que l’on regarde le pilote de Virtuality. Non pas parce qu’il est mauvais mais parce qu’au contraire, il est très bon car ambitieux et maîtrisé. Sous fond de réalité virtuelle, il transpire un climat oppressant et sombre de paranoïa et d’ambiguïté. Avec des thématiques pareilles, de nombreuses questions pertinentes et un traitement aussi sobre que subtil, il était évident que la série avait tout pour devenir plus qu’intéressante. Ce n’est pas tant que le pilote soit parfait car il souffre de quelques maladresses mais il avait du potentiel. Nous pouvons donc, encore une fois, remercier vivement Fox pour ses choix et sa politique sur laquelle il n’y a rien à redire. Ah bon, ironique ?