Voice | ヴォイス

Après avoir parlé du bien joli générique de Voice il y a quelques semaines, il est temps de faire le point sur le j-drama. Diffusé sur Fuji TV entre janvier et mars 2009, il est composé de onze épisodes. Le premier et le dernier durent une heure tandis que les autres bénéficient de quarante-six minutes. Même ceux ayant quelques difficultés avec l’anglais doivent savoir que voice signifie voix. À noter que le scénariste, Kaneko Shigeki, s’est aussi occupé de Hachimitsu to Clover. Aucun spoiler.

Alors qu’il est dépité d’avoir raté l’entrée d’un séminaire en chirurgie cardiaque, Kaji Daiki découvre qu’il est en revanche accepté dans celui consacré à la médecine légale. Cela dit, il ne saute pas de joie tant cette spécialité ne lui inspire rien d’exaltant. Après s’être entretenu avec le passionné chef de service, Sagawa Fumihiko, il décide de tenter l’aventure. C’est ainsi qu’avec quatre autres étudiants en médecine, Daiki découvre les mystères entourant la mort.

Si je ne me trompe pas, c’était la toute première fois que je visionnais une série japonaise se déroulant dans le milieu médical. Pourtant, c’est un genre en vogue en Japon compte tenu des nombreuses productions sur le sujet. Personnellement, j’apprécie plutôt ce rayon d’autant plus que je le connais sur certains points. Concernant Voice, ce qui m’a surtout donné envie de me lancer, outre quelques figures sympathiques dans la distribution, c’est le fait que l’histoire ait pour cadre la médecine légale. C’est toujours quelque chose qui m’a fascinée. Pour la petite anecdote, lorsque j’étais jeune et très fan de The X-Files, je souhaitais devenir comme Dana Scully et découper des cadavres (oui, oui). Finalement je n’ai pas opté pour cette voie mais je garde une profonde sympathie pour cette spécialité. J’espérais ainsi découvrir les coulisses japonais de cette profession mais malheureusement, ce n’est clairement pas avec Voice que l’on apprendra grand-chose sur la pratique de la médecine légale nippone. Certes, ce serait mensonger de dire que l’on en ressort totalement inculte mais en onze épisodes, il était plus que légitime d’attendre un minimum d’approfondissement. La série s’attarde sur d’autres éléments comme ses personnages et les enquêtes qu’ils mènent. Car oui, au final Voice aurait très bien pu se passer ailleurs que dans une université de médecine. Le cadre s’apparente plus à un prétexte pour mettre en avant de nombreux poncifs et accumuler les stéréotypes. En ça, le j-drama est clairement décevant.

   

C’est bien simple, les onze épisodes reposent mécaniquement sur la même structure narrative. Voice est par conséquent un véritable procedural où chaque épisode se suffit à lui-même puisque les histoires sont indépendantes et qu’il n’existe aucun fil rouge. Les cinq personnages principaux sont légèrement creusés et ce n’est pas non plus leur évolution qui vient casser cet aspect routinier, franchement déplaisant pour qui n’apprécie pas ce format. Dans ce cas précis, un décès survient et il est nécessaire d’en connaître les causes pour de multiples raisons. La malheureuse personne est alors envoyée dans le service de médecine légale et les étudiants tentent de découvrir ce qu’il s’est passé. La logique voudrait qu’ils se limitent au corps en tant que tel ainsi qu’aux indices laissés par les policiers. Sauf que le scénariste a visiblement décidé de transformer sa série médicale en série policière car le quintet, étant intéressé par la vérité coûte que coûte, va jusqu’à s’immiscer dans la vie de l’entourage du défunt. Pourquoi ? Leur but est de montrer et d’annoncer qu’effectivement, le mort était en réalité quelqu’un d’exceptionnel qui n’a pas pu montrer pleinement son potentiel du temps de son vivant. Grâce à la fine équipe d’étudiants, il peut alors reposer en paix, la lumière ayant été faite sur son compte. D’une, cette pratique intrusive est extrêmement perturbante tant elle est irréaliste et de deux, quel est le rapport avec la médecine légale ? Comme on peut très rapidement le comprendre, Voice n’est pas en avare en sentimentalisme et en morale puisqu’elle tient à prouver que les personnes mortes méritaient de véritables louanges. La jolie musique de Yoshikawa Kei n’arrange alors rien tant elle maximise l’aspect larmoyant. En revanche, la chanson de fin, Setsuna de GReeeeN, est très chouette. Si ce quasi mélodrame pourrait ne pas être trop dérangeant, il est tellement prégnant, naïf et répétitif que l’irritation arrive très rapidement. Avec un sujet pareil, la série avait toutes les cartes en main pour proposer des thématiques difficiles voire noires mais elle ne le fait aucunement, restant toujours en surface des choses et optant pour une approche caricaturale. Bien sûr, le message est vecteur d’espoir et plutôt joli car le but est de montrer que la médecine légale permet de changer le cours de l’existence de certaines personnes, si ce n’est que la mise en scène n’est pas convaincante. En tout cas, le renzoku n’est pas fondamentalement mauvais mais il paraît évident qu’il est préférable de regarder le j-drama de manière espacée si l’on ne souhaite pas crouler sous les bons sentiments et être ennuyé par ces répétitions à outrance. Malgré ces précautions, les épisodes ne réussissent pas à toucher le téléspectateur car avec tout ce pathos, ils en font bien trop pour être émotionnels. Les nombreux ressorts comiques plairont peut-être à ceux qui veulent de la légèreté avant tout si ce n’est que même là, la série peine à se montrer satisfaisante.

Concernant les étudiants de médecine légale, ils sont cinq à se partager l’affiche. Chacun aura le droit à son petit épisode afin qu’on en sache plus sur lui et compte tenu de la teneur de l’intrigue, il est presque normal que les stéréotypes soient en vigueur. Le moteur de Voice, celui sur qui la caméra se repose le plus, est Kaji Daiki, un jeune homme souvent à côté de ses baskets, assez naïf et nerd sur les bords. Il passe son temps à lancer des dôshite (pourquoi) à tout va afin de comprendre le fonctionnement de n’importe quoi qui l’intrigue. Si ce gimmick peut se révéler drôle au départ, au bout d’un moment il est tellement redondant qu’il fatigue. Le personnage est assez sympathique bien que ce soit surtout Eita (Soredemo, Ikite Yuku, Last Friends, Nodame Cantabile, Water Boys, Orange Days) qui l’incarne qui le rende ainsi. Les épisodes tendent en effet à ajouter beaucoup trop de parasites autour de ce personnage. Sinon, le Johnny’s Ikuta Tôma joue Ishimatsu Ryôsuke, un étudiant très cool n’ayant aucune envie de reprendre l’hôpital de son père avec qui il est plus ou moins en froid. On vous l’a dit, Voice est vraiment très classique… Toujours chez les garçons, Hanei Akira (Satô Yûki) et Kirihata Teppei (Endô Yûya – Shiroi Haru, Nodame Cantabile, Yasha) complètent l’équipe. Le premier est un ancien membre de gang et le second est un fan acharné de CSI. Les deux se chamaillent très régulièrement mais c’est parce qu’ils s’apprécient au final beaucoup. Enfin, la seule fille, Kuboaki Kanako, porte les traits de la jolie Ishihara Satomi (H2, Rich Man, Poor Woman) et est passionnée de médecine légale suite à un évènement familial. Dans l’ensemble, ces cinq personnages sont donc assez développés et il en est de même concernant les relations se tissant entre eux. Il y a un soupçon de romance inévitable mais cela demeure extrêmement léger. L’équipe aurait pu inspirer bien plus d’attachement tout de même car tout cela reste très plat. Ne parlons pas de ceux les entourant dans le service qui ne servent vraiment presque à rien comme le chef de service (Tokitou Saburô – Soredemo, Ikite Yuku), son bras-droit (Yada Akiko – Last Christmas, Aishiteiru to Itte Kure) ou le fan de musique travaillant dans son coin (Izumiya Shigeru – Jotei, Inu wo Kau to Iu Koto).
Avec ce genre de séries, il n’est pas étonnant que les invités soient aussi nombreux. On peut noter la présence dans des rôles tertiaires de Hiraizumi Sei (Karei Naru Ichizoku, Magerarenai Onna), Katsumura Masanobu (Madonna Verde, Asukô March!, Taiyô no Uta), Tanaka Kei (Taiyô no Uta, Soredemo, Ikite Yuku, Spring Story, Water Boys), Fukikoshi Mitsuru (Yasha), Ishida Takuya (Asukô March!), Shida Mirai (Shôkôjo Seira) et beaucoup d’autres encore…

Au final, Voice n’est pas la série que l’on pouvait espérer compte tenu de ses possibilités. Il faut la voir comme un énième j-drama classique et prévisible où chaque épisode se suffit à lui tout seul. Plutôt que de réellement parler de la médecine légale et de la manière dont elle est exercée au Japon, les personnages se prennent pour des enquêteurs et tentent de prouver que tous les morts sont des êtres formidables. Les bons sentiments et la morale amenés avec très peu de subtilité useront très rapidement ceux cherchant quelque chose de plus adulte et moins consensuel d’autant plus que l’ensemble se montre extrêmement répétitif et laborieux. En outre, les étudiants ne parviennent même pas à insuffler un semblant d’entrain pour convaincre. En bref, il s’agit d’une production à réserver à ceux qui n’ont vraiment pas peur de la routine convenue.