Wild Life | ワイルドライフ

     

Cap sur Wild Life, une série japonaise ne se déroulant presque pas sur l’archipel mais dans des pays limitrophes. Composé de deux épisodes de 70 minutes, le renzoku fut diffusé sur NHK les 24 et 25 mars 2008. Il s’agit d’une adaptation apparemment assez libre du shônen manga du même nom de Fujisaki Masato ; celui-ci comporte 27 tomes publiés entre 2003 et 2008 et n’est pas disponible en France à l’heure actuelle. La production de cette série n’est pas exempte de tout reproche. Effectivement, à l’origine elle devait disposer d’un épisode supplémentaire ; or, elle a été – à juste titre – annulée avant même de passer à la télévision. Il ne s’agit donc pas d’un tanpatsu mais d’un renzoku avorté. D’ailleurs, le troisième épisode existe bel et bien si ce n’est que la chaîne a décidé de ne pas le montrer. Celui-ci mettait en avant une girafe avec une patte artificielle ayant vécu dans un zoo nippon six ans auparavant. Comme elle n’était pas disponible (morte ? vivant ailleurs ?), une autre girafe a été choisie, Ririka. Pour cela, elle a été séparée de son bébé de cinq mois, Himawari, lors du tournage. Lorsque la famille fut réunie, Ririka s’est évanouie et est décédée quelques jours après. Un peu moins d’une semaine plus tard, Himawari suivait sa mère, laissant le père, seule girafe vivante du zoo. Cette tragédie amena NHK à mettre un terme à Wild Life. Voilà une bien triste histoire qui tranche grandement avec le message de respect et de soin des animaux inculqué dans le renzokuAucun spoiler.

Iwashiro Tesshô est un jeune vétérinaire assez loufoque doté d’une capacité particulière : celle d’entendre avec une grande acuité les moindres sons. Passionné par les animaux, il fait tout pour les aider du mieux qu’il peut.

Ce n’est qu’en écrivant ce billet que j’ai découvert que Wild Life était en réalité un renzoku et qu’il aurait dû s’étaler davantage dans la durée. On pourrait donc aisément croire qu’à l’origine, tout était prévu pour qu’il n’y ait que deux épisodes. Ceux-ci sont totalement indépendants bien qu’ils possèdent la même structure narrative. À chaque fois, Tesshô part dans un autre pays, se fait remarquer par son comportement agité, soigne des animaux, est grandement secondé par la râleuse Mika et Ryôtô passe le voir pour l’embêter. Si l’aspect répétitif est évité en raison de la courte durée de la série, il n’empêche que les épisodes sont assez ennuyants et très plats. Iwashiro Tesshô travaille depuis quelque temps dans la clinique vétérinaire R.E.D., un établissement particulier composé de cinq départements où s’affairent les meilleurs vétérinaires du monde. Le jeune homme fait partie de la section Wild Life, celle dédiée aux animaux sauvages. Surnommés les vétérinaires sans frontière, les professionnels sont régulièrement amenés à voyager afin de soigner des animaux à la demande des pays les hébergeant. Tesshô, avec ses cheveux blonds, sa manière de parler et de se comporter ressemble surtout à un délinquant mais abrite en réalité une grande compassion et un sens du dévouement. Incarné par Ichihara Hayato (Yankee Bokô ni Kaeru, Water Boys 2) à qui le rôle va comme un gant, il faut avouer que l’acteur en fait beaucoup trop et finit par vraiment user à gesticuler dans tous les sens. Posant toutes sortes de questions, maladroit et ayant des lacunes théoriques, Tesshô apparaît en plus comme étant incompétent. Naturellement, ce n’est pas le cas et sa propension à entendre le moindre son, qu’ils proviennent même du corps d’un animal, l’aide à se débrouiller comme il faut. Dans le premier épisode, il est envoyé au Laos puis part en Thaïlande dans le but de sauver des éléphants. Dans le second, il se rend en Chine où il suit des pandas géants. À chaque fois, il doit faire preuve de ténacité, de débrouillardise et son bagou associé à son côté boute-en-train changent certaines mentalités. Sans grande surprise, l’histoire est très convenue et préformatée. La morale et les bons sentiments sont ainsi de l’aventure, empêchant totalement d’impliquer émotionnellement le téléspectateur car rien n’y paraît naturel. Tesshô n’est pas le seul à voyager puisqu’il est accompagné de Ryû Mika (Naka Riisa – Shiawase ni Narô yo), une jeune vétérinaire posée qui, comme par hasard, a un petit faible pour ce blond décomplexé qui lui, ne comprend rien. Bien plus réfléchie que son confrère, elle doit systématiquement veiller à ce qu’il ne fasse pas de bêtises. Ajoutons-y le vétérinaire populaire pour une raison inconnue adorant embêter Tesshô, Ryôtô Tsukasa (Tamayama Tetsuji – BOSS, Bara no nai Hanaya), le directeur de R.E.D. (Emoto Akira – Shikei Kijun, Water Boys) et son collègue (Fukikoshi Mitsuru – Yasha). Personne n’est développé, on ne sait rien d’eux et en plus de deux heures, aucune dynamique n’a non plus été exploitée un minimum. Sans aucun doute, Wild Life ne cherche pas à tirer parti de la psychologie de ses protagonistes ou de ce qu’ils peuvent apporter. L’objectif de la série est bien plus brumeux et s’axe probablement sur l’aspect documentaire animalier.

Les vrais héros du renzoku sont en réalité les animaux. On en voit plusieurs mais ceux qui ont le plus de visibilité sont les éléphants et les pandas géants. Comme Tesshô et les vétérinaires du R.E.D. se déplacent dans le monde entier, la caméra les suit, ouvrant dès lors le cadre vers l’extérieur. Outre les nombreuses langues entendues telles que le japonais, le mandarin, le lao, le thaï, le français ou encore l’anglais, les paysages sont variés et plutôt jolis. Le Laos, la Thaïlande et la Chine sont par conséquent visités et le scénario tente de montrer de quelle manière les gouvernements aident leurs animaux sauvages et favorisent leur vie en pleine nature. Les épisodes sont franchement naïfs, bien gentillets,  consensuels et n’explorent en rien les difficultés liées à la déforestation, au choc entre ville et nature, etc. Tout le monde y est sympathique et veille à ce que chaque être puisse vivre en paix. Bien que quelques locaux – souvent mal joués – veuillent par exemple tuer les éléphants saccageant leur maison, ils changent d’avis lorsqu’on leur propose une solution irréaliste. Sans faire preuve de cynisme, malgré de nouvelles lois en Chine, il est évident que cela ne se passe pas de cette manière d’autant plus que certains pays asiatiques n’ont pas la même conception de la protection des animaux que nous… À la rigueur, si ces élans de générosité et de bienveillance inspiraient de la compassion, le j-drama serait nettement plus réussi. Malheureusement, ce n’est pas le cas étant donné que l’on n’y ressent rien du tout. Tout y est au contraire très fade et le côté mignon des animaux n’est pas un argument suffisamment convaincant. Sinon, dans le second épisode, le rapport avec le manga est plus évident avec des ajouts d’illustrations supposément didactiques.

En conclusion, Wild Life est une rareté japonaise car elle a été annulée avant même d’arriver à la télévision. Pour autant, quand on la visionne, on ne peut pas dire que l’on y voie du potentiel pour s’étaler dans la durée. C’est tout le contraire puisque les deux uniques épisodes ne sont qu’une succession de banalités sur la protection des animaux et les maigres personnages n’aident pas à rendre l’ensemble attachant, voire distrayant. L’exotisme des voyages et les adorables pandas géants ressemblant à de vraies peluches permettent de ne pas trop s’ennuyer d’autant plus que tout y est très court, mais le visionnage n’est clairement pas conseillé. En fait, la série ne réussit jamais à trouver son ton, alternant maladroitement entre le documentaire animalier sans empathie et les aventures d’un vétérinaire atypique. Si l’on s’intéresse à ces thématiques, autant regarder un vrai documentaire comme ceux de la BBC ou L’Arche de Norin, avec le fantastique vétérinaire franco-cambodgien Norin Chai, spécialiste des animaux sauvages.