Young Americans (série complète)

Après Higher Ground il y a quinze jours, place à une autre vieille série désormais difficilement trouvable, car il n’existe pas de DVD. Parlons de Young Americans ! Alors qu’elle était originellement prévue pour le milieu de la saison télévisuelle 1999/2000, feue The WB décida à l’époque de ne pas la diffuser immédiatement, laissant supposer qu’elle finirait dans ses cartons. Or, Coca-Cola se proposa entre-temps comme sponsor et Young Americans fut ainsi ressuscitée. Cela ne lui a tout de même pas permis d’obtenir des aventures supplémentaires ou une prolongation en bonne et due forme. La fiction ne comporte donc qu’une unique petite année au compteur et seuls huit épisodes sur les neuf qui la composent sont passés sur la chaîne étasunienne entre juillet et août 2000. En France, l’intégrale fut diffusée au minimum une fois sur M6. En fait, Young Americans est dérivée de Dawson’s Creek. Elle prit sa place dans le créneau horaire durant la période estivale en attendant son retour dès la rentrée suivante. Un de ses personnages principaux, Will Krudski, y a d’ailleurs été présenté au cours de la troisième saison. Compte tenu du traitement de la série, la fin n’a pas été préparée en avance et n’en est pas du tout une, laissant de nombreuses questions en suspens. Les raisons de son annulation ne sont en tout cas pas très claires ; certaines sources blâment les audiences bien qu’en réalité, elles ne semblassent pas si mauvaises que ça, et d’autres parlent du fait que le créateur, Steven Antin, n’avait sans doute jamais prévu d’écrire une suite. Aucun spoiler.

Will Krudski bénéficie d’une bourse afin d’étudier tout l’été dans la prestigieuse école privée de sa ville, la Rawley Academy. Pour le jeune pauvre qu’il est, il s’agit d’une situation inespérée tant elle lui permet en plus de quitter le foyer familial qu’il ne supporte pas en raison de son père. Il se lie immédiatement d’amitié avec son camarade de chambre, Scout Calhoun, qui, lui, succombe au charme de la jolie Bella Banks. Accompagnés de Jake et Hamilton, deux autres lycéens, ils s’apprêtent tous à passer des vacances inoubliables.

Cela faisait un petit moment que je souhaitais regarder de nouveau Young Americans, mais comme toujours, c’est quand on cherche quelque chose qu’on ne le trouve pas. Je suis tombée sur des vidéos relativement correctes il y a peu ce qui fait que j’ai sauté sur l’occasion pour m’y remettre. J’avais effectivement déjà visionné la série, en VF, vers 2001 si je ne m’abuse. Cette fois, je l’ai testée en VO, mais je n’ai pas pu revoir le dernier épisode, car il n’est jamais passé aux États-Unis. En revanche, j’ai sous le coude en qualité assez désastreuse le pilote non diffusé datant d’avant l’annonce de Coca-Cola. Certaines scènes ont été retournées afin d’y ajouter du placement de produits et quelques acteurs ont changé. Par exemple, Jeremy Sisto (Six Feet Under) y incarne alors le professeur d’aviron et Mark Pellegrino (Lost, Supernatural, Dexter) le père de Bella. Je gardais de plutôt bons souvenirs de la série si ce n’est qu’en la recommençant cette année, je me suis tout de suite rappelé qu’en réalité, énormément de choses m’avaient dérangée et qu’une seule m’avait vraiment plu, à savoir la relation entre Jake et Hamilton. Qu’en est-il de maintenant ? La réponse ci-dessous.

Young Americans est une énième production sur les adolescents ne sortant absolument pas des sentiers battus. Will Krudski vit depuis toujours dans la petite bourgade de New Rawley où la vie s’écoule parfois péniblement. Si les habitants sont tous de modestes gens, ce n’est pas le cas de ses locataires temporaires, ceux étudiant à la Rawley Academy. Pour y entrer, c’est bien simple, il faut que ses parents aient un compte bancaire avec de multiples zéros. Naturellement, tous ces enfants de riches sont pourris gâtés, immatures, vantards et n’hésitent jamais à pavaner dans les rues afin de se la raconter auprès de banals compatriotes. Grâce à une bourse tombée du ciel, ou plutôt discrètement détournée, Will réussit à pénétrer dans le temple du mal et de la perversité qui le fait rêver secrètement depuis qu’il est petit. Durant les deux mois de l’été, il se voit donc offrir la possibilité d’étudier dans cette université avant de normalement continuer sur cette lancée. Parce qu’il est talentueux et cultivé, cette opportunité représente un véritable cadeau d’autant plus qu’il réalise qu’il va enfin pouvoir quitter la maison et, plus spécifiquement, son père violent avec qui il communique difficilement. S’il n’y a pas réellement de personnage principal dans cette série, Will symbolise toutefois son visage. Il fait d’ailleurs office de narrateur et la sérieuse voix off que l’on entend régulièrement au cours des épisodes est quelque peu agaçante, car totalement dispensable et très peu crédible émanant d’un jeune de seize ans. Le fait que l’ado soit incarné par Rodney Scott n’aide pas non plus forcément tant l’acteur n’inspire rien, n’ayant vraiment aucun charisme. En somme, le personnage est extrêmement fade et quasi inintéressant bien que certaines thématiques qui lui sont liées soient pertinentes. En confrontant Will à cette nouvelle société qu’il découvre, les intrigues mettent effectivement en avant les différences entre classes sociales et les difficultés de naviguer de l’une à l’autre. Ainsi, Will craint de révéler à son sympathique meilleur ami, Sean – joué par le toujours très charmant Matt Czuchry (Gilmore Girls) –, qu’il étudie désormais à Rawley. Il se voit comme un traître, lui qui reçoit un passe-droit pour s’aventurer sur le même terrain que les riches tant décriés depuis qu’ils sont enfants. Dans un registre similaire, il s’entiche plus tard de Caroline (Michelle Monaghan – dorénavant surtout visible au cinéma), aux parents fortunés, mais n’ose pas lui avouer à quel point il est pauvre. D’ailleurs, cette intrigue est tout aussi insipide que ceux qu’elle met en scène. Quoi qu’il en soit, si cela reste très superficiel, on peut imaginer que si la série avait duré, elle aurait pu approfondir certains points.

En arrivant à Rawley, Will découvre son camarade de chambre, Scout Calhoun, le fils d’une famille opulente incarné par Mark Famiglietti. Les deux deviennent très rapidement amis et passent alors une grande partie de leur temps ensemble. À l’instar de Will, Scout n’est pas particulièrement enthousiasmant. Sûr de lui et assez fanfaron, il semble cumuler les conquêtes jusqu’à ce qu’il rencontre Bella pour qui il a le coup de foudre. Bella Banks est quant à elle une copine d’enfance de Will et de Sean. Vivant à New Rawley avec son père et son insupportable petite sœur depuis l’abandon de sa mère, elle aide à la station-service familiale dès qu’elle le peut. Jolie, douce, mais avec un caractère assez affirmé, elle tombe elle aussi sous le charme de Scout. Alors que tout leur était favorable, le couple qui n’en est pas encore vraiment un découvre avec stupeur qu’ils posséderaient un lien caché. Durant tous les épisodes, ils passent donc leur temps à se tourner autour sans pouvoir le faire, à se languir l’un de l’autre et à user le téléspectateur qui souffre devant des rebondissements dignes d’un soap opera. Le pire étant qu’il n’y a que peu d’alchimie entre Bella et Scout. Ajoutons-y par-dessus Sean et il en ressort un triangle amoureux bancal et plusieurs scènes de disputes navrantes. Le tout en devient pénible, redondant et sans aucune originalité. Heureusement, Bella est plutôt attachante, notamment parce qu’elle porte les traits de Kate Bosworth, elle aussi désormais connue au cinéma, qui effectue ici du très bon travail. Ces personnages n’ont techniquement que seize ans, bien qu’ils en fassent cinq de plus, donc certains comportements sont typiques de l’adolescence. Cependant, leurs réactions sont souvent disproportionnées ou peu crédibles et très peu améliorées par des dialogues pompeux, voire totalement niais. En d’autres termes, le trio Will/Bella/Scout plombe majoritairement la série et ce ne sont pas les quelques jolies séquences sur le lac qui sauvent le tout.

Quand les jeunes ne sont pas du côté de la station-service de Bella à siroter du Coca à outrance ou près d’un lac environnant, ils sont pour la plupart à l’école. Puisqu’il s’agit d’une session d’été, le rythme semble très tranquille et ils ne donnent pas l’impression d’assister à beaucoup de cours. En fait, on ne les voit que dans les jardins en train de philosopher ou bien lors des séances d’aviron. Rawley Academy est un établissement masculin ; par conséquent, il n’y a techniquement que des garçons. En revanche, parce que quelques pas plus loin se trouve une école féminine, ces derniers peuvent canaliser un minimum toute leur frustration. Un seul prof est visible au cours des épisodes, l’assommant Finn (Ed Quinn – Eureka). Véritable copie de John Keating de Dead Poets Society (Le Cercle des Poètes Disparus), il est très proche de ses étudiants, n’hésite pas à les pousser à la liberté, au non-conformisme et à l’épanouissement de leur personnalité. Bien évidemment, tout cela sonne alléchant, mais encore une fois, la série déçoit. Le prof est exaspérant avec son attitude paternaliste et les quelques éléments tentant de lui offrir une caractérisation sont ridicules et mal amenés. En fait, un des principaux problèmes de ces épisodes est qu’ils sont bien trop naïfs et gentillets, voire manichéens. Les bons sentiments font la loi et lorsqu’un personnage est antipathique, il l’est totalement comme Gregor, le caricatural anglais joué par Charlie Hunnam (Queer As Folk – UK, Sons of Anarchy). Il faut quand même avouer que ce dernier est amusant et permet de faire quelque peu bouger ce qui se passe du côté de Rawley.

Sinon, deux autres figures, Jake et Hamilton, se partagent les rangs des premiers rôles. Il convient d’attendre un sacré moment avant qu’ils s’intègrent au reste de la bande et ce n’est que dans le huitième épisode que l’on peut commencer à les voir comme de vrais camarades. À vrai dire, les dynamiques de la totalité de la série sont moyennement creusées. Il ne suffit pas de dire qu’untel aime l’autre ou qu’ils viennent de devenir amis pour que cela s’avère crédible et naturel. Young Americans ne prend au final pas suffisamment le temps de développer les relations. Ce n’est pas son très court format qui l’excuse, car elle était bel et bien supposée durer dans le temps ; elle pouvait par conséquent y aller progressivement. Seul le lien entre Jake et Hamilton possède un tant soit peu de densité malgré de grosses maladresses et un postulat de base idiot. Effectivement, Jake, ou plutôt Jacqueline, est une fille. Ce n’est pas dévoiler l’intrigue que de l’écrire de but en blanc puisque si l’on sait qu’elle est incarnée par Katherine Moennig (The L Word), on peut s’en douter. Jake est à Rawley qui est une université masculine. Oui. Elle se fait donc passer pour un garçon et comme l’informatique n’a aucun secret pour elle, elle se paye le luxe de posséder sa chambre individuelle. La raison pour laquelle elle se travestit est absurde. Déjà que le tout n’est pas foncièrement plausible, il est évident que l’on peine à croire ce à quoi l’on assiste. Pour autant, grâce à l’entrain de Jake et à son attitude assez féminine parmi tous ces ados, la situation est propice à quelques traits d’humour plus que bienvenus. Progressivement, elle se rapproche de Hamilton, le fils du directeur de l’établissement assez désemparé et très gentil. Celui-ci est interprété par Ian Somerhalder (The Vampire Diaries, Lost) qui, à ce moment, n’écarquillait pas encore ridiculement les yeux. Hamilton réalise qu’il ressent plus que de l’amitié pour Jake et il se pose des questions sur sa propre orientation sexuelle, car il croit que son nouveau camarade est un garçon. Là où la série est intéressante, c’est qu’outre l’alchimie palpable entre ces deux personnages, elle amène quelques réflexions sur le genre et n’hésite pas à critiquer le sexisme. Il est clair que les épisodes sont assez ambitieux si ce n’est que l’ensemble s’essouffle vite et démontre rapidement ses limites.

Young Americans dispose d’une véritable ambiance et, au bout du compte, le fait qu’elle fut diffusée l’été s’apparente à une excellente chose tant elle respire la fraîcheur nuancée d’un soupçon nostalgique. Les personnages sont aussi en vacances bien qu’ils étudient pour certains, passent du bon temps et se divertissent. Les très nombreuses séquences d’avirons sont assez pénibles, mais celles où ils sont rangés au placard et où tout le monde se détend près du lac sont joliment mises en scène, avec une photographie souvent douce et des couleurs chatoyantes. Ce qu’il y a d’assez amusant, c’est que le cadre ne sonne pas réellement années 1990-2000 en raison de la représentation de la ville de New Rawley. On se croirait parfois plutôt dans les années 1950-1960, d’autant plus que les téléphones portables sont totalement absents. Autrement, la musique n’est pas spécialement remarquable en dépit de quelques chansons plus notables et d’un thème récurrent. Concernant le placement de produits avec Coca-Cola, ce n’est pas si dérangeant que ça. On pourrait notamment l’expliquer par l’idée qu’à l’heure actuelle, nous sommes malheureusement habitués à bien pire et limite blasés de régulièrement voir des marques à l’écran. C’est triste à dire, mais c’est ainsi. Par contre, en 2000 cela pouvait être plus que désagréable.

En définitive, Young Americans possède quelques qualités comme son atmosphère plutôt plaisante avec sa légèreté et l’impression de délicate tranquillité qu’elle inspire, mais elle peine à convaincre. Le fait que ses protagonistes principaux ne soient que difficilement attachants et qu’elle manque d’originalité en plus d’être souvent caricaturale et maladroite maximise cette réalité. Outre son sentimentalisme et sa morale bien pensante, l’ensemble sonne surtout très superficiel, mélodramatique et cliché malgré une volonté d’être intelligent. Vu qu’il n’existe pas de fin en bonne et due forme, le visionnage ne se révèle pas spécialement conseillé à moins de vouloir regarder des acteurs désormais plutôt connus dans des rôles qui les ont quelque peu lancés.