Minami Sineyo | 미남이시네요 (You’re Beautiful)

Oyez oyez, place au hit sud-coréen de la fin 2009 ! Comment ça, vous n’avez pas entendu parler de lui ? En êtes-vous bien sûr ? Quiconque s’intéressant au minimum aux k-dramas a forcément déjà croisé le chemin du mastodonte Minami Sineyo, Minami Shineyo de son titre original. Non, il n’est pas du tout question de l’insipide chanson de James Blunt, fort heureusement pour nos oreilles déjà trop abîmées à force d’écouter de la k-pop niaise. Ce n’est pas se fourvoyer que de dire que Minami Sineyo fut le succès de l’année en Corée du Sud. Composée de seize épisodes d’approximativement 70 minutes, la série fut diffusée entre octobre et novembre 2009 sur SBS. Elle a raflé un nombre assez incroyable de prix mais nous savons tous que cela ne veut pas forcément dire grand chose, surtout en Asie. Aucun spoiler.

Go Mi Nyu est orpheline et a toujours vécu au couvent. Elle se destine à être bonne sœur. Son frère jumeau, lui, veut devenir chanteur professionnel et réussi à se faire intégrer au groupe A.N.JELL. Mais suite à un problème de chirurgie esthétique, il doit rester en Amérique quelques temps et demande à sa jumelle de le remplacer au sein du groupe jusqu’à son retour. Go Mi Nyu pour aider son frère mais aussi dans l’espoir de retrouver sa mère, se fait donc passer pour Go Mi Nam et sort de son couvent pour intégrer un groupe de garçons…
Source : Mangas Arigatou

Encore une série sur le travestissement. A l’instar des Japonais (Hanazakari no Kimitachi e, pour n’en citer qu’un), les Coréens ont l’air d’apprécier ce genre. Minami Sineyo met en avant un boys band, A.N.JELL. Comme tout groupe qui se respecte, ses membres sont beaux, jeunes et ont une cohorte de fans en délire. Bien que certains d’entre vous écoutent peut-être les musiques à la mode de là-bas, le drama pourrait vous rebuter. Je parle en connaissance de cause puisque je fais partie de cette catégorie. Malgré les critiques globalement positives, on ne peut pas dire que je fus vraiment intéressée. Encore une série avec des bishônen bien sous tous rapports, une romance à deux francs six sous et des mélodies sirupeuses ? Baaaah. My Girl a changé tout cela. Rappelez-vous, il s’agit d’une comédie romantique, mignonne comme tout, et extrêmement fraîche. Il se trouve qu’elle a au moins un point commun avec Minami Sineyo. Effectivement, ces deux séries ont été écrites par les soeurs Hong. Il n’a pas fallu davantage pour que je me penche sur la question tant My Girl est maîtrisée de ce point de vue là. Allons bon, j’arrête de tourner autour du pot pour le dire haut et fort : oui, j’ai adoré Minami Sineyo. C’est même plus que ça, je me suis laissée totalement envahir par la série. Mon degré d’affection est tel qu’une fois le seizième épisode terminé, j’ai failli recommencer à zéro. Je me souviens même pas d’avoir eu cette idée pour une quelconque série cette année.

Sur le papier, Minami Sineyo n’a rien d’original. L’histoire est déjà vue, le thème du travestissement étant par ailleurs un peu trop utilisé depuis quelques années. Il est vrai qu’oser mettre en avant une future bonne sœur est assez novateur de ce côté-là mais rien de suffisant pour crier au génie. Les personnages ne sortent pas non plus des terrains battus. Mettez un leader soupe au lait, ajoutez-y un soupçon de tendresse avec un membre aux yeux de cocker et terminez par une pile électrique au sourire permanent et voilà, vous avez la recette d’A.N.JELL. N’oublions pas le nouvel arrivant, efféminé (mais ne le sont-ils pas tous ? ^^) et assez niais. Le scénario des épisodes est lui aussi prévisible puisque tout ce à quoi l’on pense arrive. Les triangles (voire plus) amoureux, les revirements de situation, les quiproquos, les annonces grandiloquentes, bref, tout ce qui fait le sel d’une comédie romantique est de la partie. De quoi faire peur puisqu’il n’y a que des clichés et tous les poncifs du genre. Mais comment cette série peut-elle être regardable ? C’est bien simple, le talent des sœurs Hong y est pour beaucoup. Il y a des stéréotypes ? Jouons donc avec ! Amusons la galerie en parodiant à tour de bras, tout en proposant des personnages adorables et truculents. Est-ce que cela veut dire que c’est superficiel ? D’un certain point de vue oui, mais de l’autre, la série ne se prend jamais au sérieux. C’est un pur divertissement et on sent que les scénaristes savent où ils vont. Ils maîtrisent à merveille les codes du genre et en jouent .
Les références à la pop culture fourmillent de partout. Le drama se déroulant dans l’univers de la k-pop, il est évident que nombre de groupes se voient ainsi cités, explicitement ou non. Il n’est nullement nécessaire de les connaître pour s’en amuser. Personnellement, à part quelques groupes je suis une quiche et j’ai quand même adoré. A l’instar de My Girl, les personnages se font aussi des films dans leur tête et on a le droit de les voir. Evidemment, c’est à chaque fois tourné avec humour et certains sont drôles voire hilarants. A force de parodier, l’histoire pourrait s’alourdir mais ce n’est pas du tout le cas. C’est au contraire, un atout non négligeable. L’atmosphère est ainsi détendue et bon enfant. En un mot, c’est fun. Cet aspect purement divertissant est par la même occasion un défaut puisque le drama n’est pas très profond mais on s’en fiche assez sur le moment présent. Minami Sineyo joue beaucoup avec l’absurde, ce qui peut rebuter certains. Les acteurs surjouent assez ce qui rend l’ensemble plutôt excessif, presque théâtral. Si l’esprit de la série est clairement délirant, ce n’est ni stupide, ni lourd. Bien au contraire, le mélange des genres est savamment dosé et on navigue entre auto-dérision et moments riches en émotions. Il est clair que le public visé est féminin, comme la quasi totalité des comédies romantiques, mais les hommes peuvent très bien y trouver pour leur compte.

Au-delà de l’écriture des scenarii et des dialogues parfaitement maîtrisée, les personnages tiennent aussi la barre haute. S’il est indubitable que les clichés et stéréotypes sont de la partie, c’est encore une fois pour mieux en jouer. L’héroïne de l’histoire, Go Mi Nyu est interprétée par Park Shin Hye (Bicheonmu). Afin d’aider son frère qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, elle se fait passer pour lui et intègre, non sans fracas, le boys band. Naïve, elle est douce et laisse un peu trop passer les choses. Elle n’en demeure pas moins mignonne comme tout, même si on a souvent envie de la secouer un petit peu et lui dire d’ouvrir grand les yeux. Son travestissement n’est pas du tout crédible mais c’est souvent le cas dans les films/séries de ce type. Le groupe cohabitant dans une vaste maison, elle se retrouve entourée de trois jeunes hommes et s’en suivent les nombreux rebondissements que l’on peut attendre. Sauf que deux d’entre eux découvrent très rapidement que Go Mi Nam n’est pas Go Mi Nam mais une fille. Pour une raison qui les regarde, ils se taisent et en profitent… ou pas ! Les trois membres ont leurs propres qualités et défauts ce qui fait que chaque téléspectateur y trouve pour son compte. Le leader, Hwang Tae Kyung, est autoritaire, froid, arrogant, distant, sombre et ne sourit jamais. En plus d’arborer une vilaine mèche cachant un oeil au début de la série, il n’en rate pas une pour embêter notre gentille héroïne. Tout ceci n’est en réalité qu’apparence puisqu’il est maniaque, psychorigide et marqué par l’abandon de sa mère. Ce que ces mots ne laissent pas transparaître c’est qu’il est exceptionnel. Oui oui. Il est difficile d’expliquer à quel point il est fantastique car sur le papier, ce n’est pas vraiment ça. Il faut le voir pour le croire. L’interprétation, le charme et la voix grave de son interprète, Jang Geun Suk, y jouent, impossible de le nier. Tae Kyung laisse parfois tomber son masque et on le découvre sous un nouveau jour. Il garde au fond de lui une grande innocence et en devient encore plus attachant. Il peut en plus être très drôle mais il ne fait rien pour, bien au contraire ! Evidemment, il se déride au contact de Go Mi Nam / Go Mi Nyu et s’en suit une découverte de certains sentiments.
Tae Kyung est toutefois concurrencé par le doux et calme Kang Shin Woo, joué par Jung Yong Hwa. Posé, il ne brusque jamais personne et prend toujours en compte les sentiments de ses comparses. Il est le fameux rival cher aux Coréens. La comédie romantique étant ce qu’elle est, on sait qu’il a fort peu de chance de finir avec l’héroïne mais on espère quand même et son sort nous brise le coeur à de nombreuses reprises. Comment ne pas fondre face à des scènes comme celle où il est dans la rue, attendant un simple regard ? Malheureusement, il est assez fade et ne se bouge pas assez. Allons, c’est pas comme ça qu’on se fait remarquer !
Jeremy est le troisième membre du groupe et est tout aussi génial que les deux premiers. Vraiment chou et sincère, il a toujours la pêche et ses mimiques sont collector. Lee Hong Ki porte ses traits à merveille et le rend encore plus attachant. Jeremy est tout simplement lumineux. Partout ou il passe, il égaye la pièce. Il est certes un des ressorts comiques du drama mais il risque aussi de vous filer le bourdon vers la fin… Quoiqu’il en soit, il n’en demeure pas moins adorable. Dommage qu’il soit aussi peu mis en valeur.

N’ayant regardé que My Girl des sœurs Hong, je ne peux toutefois pas m’empêcher de la comparer avec Minami Sineyo qui repose exactement sur les mêmes ficelles. Il y a des chances pour que leurs autres séries soient dans la même veine. Après tout, on s’en fiche un peu lorsque c’est aussi bien mené. Par conséquent, ce n’est pas étonnant si les personnages secondaires sont aussi travaillés. Ils ont tous leur minute de gloire et sont souvent délicieux car décalés. Impossible de tous les citer sans rendre cet article encore plus indigeste mais pensons rapidement au manager Ma, tellement maladroit et à côté de la plaque, à la styliste frivole, au groupe de fangirls, au producteur, etc. Certains auront peut-être reconnus Choi Ran (My Girl) dans le rôle de la tante de Go Mi Nam et Mi Nyu. Chacun apporte sa pierre à l’édifice et amuse la galerie. Les méchants sont aussi de la partie et ne sortent pas des sentiers battus, par exemple la mère de Tae Kyung manque de saveur. Toutefois, la fameuse rivale qui n’hésite pas à ramper plus bas que terre pour arriver à ses besoins finit par se révéler assez agréable. Minami Sineyo brosse dès lors un sympathique portrait de nombreux personnages, même s’il n’y a rien de bien original.

La série se déroulant dans l’univers de la k-pop, on rentre dans le monde des idols. Elle met probablement en avant un certain reflet de ce qu’il s’y déroule en Corée du Sud mais ce n’est pas non plus extrêmement recherché. Là n’est pas le but. En plus de multiplier les références aux boys et girls band, deux des acteurs principaux sont aussi issus de ce système puisque Lee Hong Ki est un membre de F.T. Island et Jung Yong Ha de C.N. Blue. La bande son du drama dévoile quelques jolies chansons créées pour l’occasion et chantées par les acteurs/artistes. Elles sont parfois assez répétitives mais ne sont, fort heureusement, pas désagréables à l’oreille.

En dépit d’un manque d’originalité évident ou encore de l’utilisation de nombreuses ficelles scénaristiques connues, Minami Sineyo se révèle être une série addictive au plus haut point. Une fois commencée, il est difficile de s’arrêter tellement on s’attache aux personnages hauts en couleurs et vivifiants. Les moments drôles ne manquent pas tant le drama est baigné dans le burlesque. Ce manque de réalisme n’est en aucun cas préjudiciable et apporte au contraire un grand vent de fraîcheur. Les parodies et références à la culture populaire ne font qu’ajouter de l’humour et de la bonne humeur. Minami Sineyo est dès lors une série de pur divertissement totalement assumé et qui met du baume au coeur. Tout n’est évidemment pas parfait mais ses défauts sont tellement noyés dans cet immense océan d’auto-dérision, de références, de délires en tous genres (ah le fameux coup de la fanfiction !), et de scènes émouvantes que l’on est emporté instantanément dans le tourbillon d’A.N.JELL. Dès lors, le mal est fait, on ne veut plus jamais en sortir !
Tout ça pour dire que si vous voulez m’offrir un cadeau à Noël, j’aimerais bien le lapin-cochon :D