Zeni Geba | 銭ゲバ

Retour sur un j-drama qui a bien fonctionné au Japon en ce début d’année : Zeni Geba. Que signifie ce titre ? Zeni est un ancien terme japonais voulant dire argent et geba provient ici de gewalt, le mot allemand signifiant contrôle ou violence. Zeni Geba est associé au Japon au sous-titre Money Crazy. Effectivement, les obsédés par l’argent sont appelés dans le pays du soleil levant les zeni geba, tout du moins dans le drama (aucune idée si c’est vraiment le cas sinon). Comme souvent dans le monde de la télé japonaise, à la base il y a un manga. Dans ce cas, il est écrit par George Akiyama et date du début des années 1970. Le drama fut diffusé entre janvier et mars 2009 sur NTV et comporte neuf épisodes. Aucun spoiler.

Fûtarô a grandi dans la misère, où l’amour maternel était le seul rempart contre le désespoir. Depuis la mort de sa mère, il est devenu obsédé par l’argent ; lorsqu’il commence un nouveau travail dans une grande entreprise de chantier naval, il décide de se rapprocher de la fille du patron, afin de prendre le contrôle de l’entreprise.
Source : SériesLive

C’est principalement le synopsis qui m’a donné envie de voir cette série. Ca s’annonçait assez sombre et si vous me lisez depuis un moment, vous devez savoir que c’est ma tasse de thé. Dans le rôle du personnage principal, on retrouve deux acteurs. Le plus connu est évidemment celui qui joue le rôle de Fûtarô adulte, il s’agit en effet de Matsuyama Kenichi (Death Note). Quant à Saitô Ryûsei, il incarne Fûtarô mais jeune. Zeni Geba effectue très fréquemment des retours dans le temps. Ces flashbacks apportent souvent des éléments intéressants et sont bien intégrés à l’histoire. Ils permettent par ailleurs de mieux comprendre Fûtarô, ou tout du moins de comprendre comment il est devenu ce qu’il est devenu. Fûtarô est le centre de la série, tout tourne autour de lui. Il est clair que l’on peut parler d’anti-héros car il n’ a rien mais alors rien à voir avec un héros. Manipulateur, cruel, sans états d’âme ou de conscience, il fait ce qu’il veut quand il veut, n’ayant en plus aucun problème à tuer. S’il cache plus ou moins sa véritable nature au début, dès le milieu, il n’en a que faire et se montre tel qu’il est : un être glacial dépourvu d’humanité. Ce n’est même pas une hyperbole, c’est ça le pire. La série n’essaye pas du tout de le faire passer pour un gentil, ou quelqu’un qui est devenu ainsi du fait d’une succession d’évènements malheureux. Non, du tout. Il est ce qu’il est et ce n’est pas à cause de son passé qu’il est comme ça, pas que en tout cas. Zeni Geba est ainsi particulièrement intéressant dans le sens où il n’y a aucune excuse concernant Futarô. Jusqu’à la toute fin particulièrement réussie, on est partagé entre le dégoût et l’horreur, la fascination et la pitié. Difficile de savoir sur quel pied danser. Ceci dit, par moment, Futarô me faisait limite peur tellement il donne l’impression de n’avoir aucun limite. Ce qu’il fait subir à certains personnages est d’une atrocité difficilement supportable. Je ne connais pas plus que ça Matsuyama Kenichi et j’ai été plutôt convaincue par son interprétation. Je pense que c’est surtout Saitô Ryûsei qui marque. Il n’a que 12-13 ans mais montre déjà de très grands talents. Fûtarô jeune n’est pas de la même trempe que Fûtarô adulte mais on sent quand même les bases de ce qu’il va devenir.

Les personnages qui ont la malchance de croiser la route sont eux aussi intéressants et fort travaillés. Toutefois, certains mettent du temps à se révéler. Midori, la fille du patron de Fûtarô, m’a un peu ennuyée jusqu’à la moitié de la série. Jolie, un brin fade, elle ne semble pas si importante que ça. Sauf qu’à partir d’un moment, elle montre son vrai visage et joue un jeu absolument délicieux avec Fûtarô. J’ai vraiment adoré la relation qui les lie, le mot fascinant est certainement celui qui colle le mieux. Sa petite sœur, Akane, n’est pas en reste et sa personnalité résonne aussi assez avec celle de Fûtarô. A noter que le patron de la compagnie est joué par Yamamoto Kei (Zettai Kareshi et un tas d’autres séries). Mention spéciale au père du héros, incarné par Shiina Kippei qui m’a fait fortement penser au génial Takenaka Naoto (Nodame Cantabile). A mon avis c’est dû à sa manière de jouer, elle est assez similaire à celle de Takenaka. Je pense que ceux qui le connaissent comprendront ^^; Le père est horrible mais en même temps il est assez marrant. Disons qu’il sait toujours comment pousser son fils et même s’il n’est pas un parent idéal, il fait ce qu’il peut pour que Fûtarô n’ait pas « trop » de soucis.

Zeni Geba est une plongée dans la noirceur. Ce qu’il y a de perturbant c’est que quand bien même on sait que Fûtarô est un être abject, on en vient parfois à se dire qu’il a raison. A ce moment, on se dit alors que non, non, bien sûr que non, il a tort. Mais… oui, il y un mais. La série est franchement bien ficelée et sait retourner ses spectateurs. Fûtarô croit que l’argent dirige tout. C’est faux, cependant ce serait de la naïveté pure et dure de croire que l’argent n’a pas son rôle à jouer. Durant toute la série, il essaye alors de prouver à tout le monde qu’il n’y a que l’argent. Avec lui, tout tourne au jeu de pouvoir. Son but est de montrer encore une fois que l’argent pervertit les gens, qu’il n’y a pas d’échappatoire. Ceci dit, à certains stades on a légèrement l’impression que Fûtarô regrette sa vie et ce qu’il a fait, mais n’est-ce pas plutôt un souhait de ma part d’avoir vu cela car ce personnage est complètement cassé ?

Zeni Geba est un j-drama très bien interprété, intelligent, qui fait réfléchir sur ses propres valeurs et rien que pour ça, il est bon de s’y intéresser. Son personnage principal est complexe, impossible à cerner. Plutôt que de tenter de lui chercher des excuses, la série ne le montre pas du tout comme une victime. C’est sûr qu’il n’a pas eu une vie facile mais comme il le dit lui-même, ça n’excuse pas tout. On en vient à le détester du plus profond de son être mais en même temps, on ressent parfois de la sympathie pour lui. Et puis n’a-t-il pas de temps en temps raison ? C’est en ça que le drama est terrifiant. L’ambiance est étouffante mais elle est un petit peu allégée par quelques touches d’humour, souvent noir. La musique, composée par Kaneko Takahiro, donne au drama une atmosphère particulière marquée par la présence très importante de trompettes. Concernant la fin, elle est assez difficile à prévoir finalement mais celle choisie est parfaite. Je n’ai absolument rien à redire si ce n’est que je ne pensais être aussi émue en la voyant. En bref, Zeni Geba est un j-drama à visionner. Il ne le laisse pas indifférent du fait de son personnage principal, de l’ambiance très sombre et de cette réflexion sur son propre rapport avec l’argent.