Neko Zamurai | 猫侍 (film)

Il y a quinze jours nous discutions par ici de l’adorable première saison de la série japonaise Neko Zamurai. En sus de sa deuxième salve d’épisodes, elle se dote de deux films. Le premier d’entre eux, tout simplement intitulé Neko Zamurai (Samurai Cat à l’international), est sorti dans les salles nippones le 1er mars 2014 et dure cent minutes. Contre toute attente, il ne s’inscrit pas du tout à la suite du matériel télévisé, mais s’apparente à une sorte d’histoire parallèle et indépendante. Aucun spoiler.

Avec son physique inspirant la crainte, Madarame Kyûtarô resplendissait autrefois en tant que samouraï. Désormais, il n’est plus qu’un rônin, un de ces épéistes sans maître. Puisqu’il a grandement besoin d’argent, il accepte la curieuse mission proposée par le fils héritier d’un clan amateur de chiens : assassiner le chat vénéré de leur grand ennemi. Or, arrivé devant l’animal en question, il ne peut s’y résoudre et sans même réfléchir, il maquille la scène et prend avec lui le joli félin, une femelle nommée Tamanojô.

Ceux ayant regardé au préalable la série télévisée comprendront immédiatement à la lecture de ce synopsis que quelque chose cloche. Effectivement, ce film se contente de réécrire le récit initial à sa manière. Ce n’est donc pas la peine d’y espérer découvrir la suite des aventures de Kyûtarô, ce qui s’avère au demeurant décevant. L’amertume est d’autant plus marquée qu’au bout du compte, ce long-métrage ne présente rien de nouveau et oublie en partie le sel des épisodes de naguère. Il en devient impossible de ne pas comparer avec ce que l’on connaît déjà. Cela ne signifie nullement que l’ensemble soit mauvais, tant s’en faut, mais il ne répond pas du tout aux attentes des téléspectateurs. En revanche, les néophytes devraient y trouver davantage leur compte. Le rythme se révèle cette fois beaucoup plus enlevé et la douce tranquillité laisse sa place à davantage de rebondissements. Le quotidien de Kyûtarô n’est que brièvement retranscrit à l’écran et la dimension légèrement sociale, avec le statut des rônin, ou plus dramatique à travers le passé du héros et de ses proches, beaucoup plus ténue nonobstant une intrigue essayant d’insuffler des émotions. Le registre favorise surtout l’humour et se veut moins absurde, plus accessible aussi probablement, malgré des moments volontairement ridicules améliorés par des figures jouant la carte de la parodie. Sur la forme, le résultat se montre identique et continue de bénéficier de la chouette musique d’Endô Kôji s’amusant de diverses sonorités et induisant un côté truculent, burlesque. Les décors demeurent crédibles, la photographie soignée. Notons par ailleurs que plusieurs séquences de la série sont reprises telles quelles, bien que le scénario, lui, change sur de nombreux points. Finalement, Neko Zamurai propose cette fois une comédie où deux clans ennemis s’écharpent gentiment tandis que le samouraï tente de mener sa vie sans faire de vague. Les personnages récurrents ont disparu et sont remplacés par d’autres, dont une fille (Renbutsu Misako – 37.5°C no Namida) forcée de travailler chez les passionnés de félins.

À Edo, deux groupes d’hommes se haïssent farouchement pour des raisons fallacieuses. À leur tête se trouve un patriarche adorant son animal de compagnie. L’un préfère son chat tandis que l’autre ne jure que par son chien. Afin de mettre la pagaille et humilier ses adversaires, le jeune successeur des friands de canidés, Yonezawa Saburôta (Totsugi Shigeyuki – The Quiz Show), demande à Kyûtarô d’aller tuer Tamanojô. Derrière sa mine austère, le héros cache un cœur tout mou et ne réussit pas à commettre ce crime qu’il juge en plus plutôt dégradant pour sa condition d’épéiste. Il dissimule cette jolie boule de poils blanche chez lui et cherche à reprendre ses activités habituelles. Peu d’informations transpirent sur ce protagoniste si ce n’est qu’il a quitté sa femme et sa fille pour la capitale. Il part tous les jours quémander du travail auprès d’un seigneur du coin et se heurte à chaque fois au refus catégorique et railleur de l’homme montant la garde joué par Nukumizu Yôichi (Tonsure). La solide interprétation de Kitamura Kazuki continue de plaire, lui qui parvient à se montrer attendrissant et quelque peu inquiétant. Le rônin se laisse rapidement toucher par son chat et commence à sourire. Forcément, le supposé meurtre de l’animal met le feu aux poudres dans cette ville animée et les deux bandes s’échauffent surtout que les héritiers n’hésitent jamais à fomenter des plans ridicules. S’y ajoutent un samouraï opportuniste, Shimazaki Shinuemon (Terawaki Yasufumi – Aibô), et un jeune garçon, Zenba Shinsuke (Asari Yôsuke – Môsô Kanojo), avide de vengeance après l’assassinat de son père. Le scénario ne se borne pas à la lutte entre les ennemis, mais injecte une dimension plus mélodramatique et un petit peu trop didactique et convenue pour passionner. La série a pour elle de faire preuve de beaucoup de naturel, ce qui n’est pas nécessairement le cas du film. Si les moments avec le félin se veulent toujours plaisants et attendrissants, ils se noient régulièrement dans le reste. De même, la finesse de la psychologie de Kyûtarô, ses doutes, tergiversations et ses difficultés à communiquer avec les siens se limitent à de vagues esquisses en dépit d’une réponse quant à la raison du renvoi de son ancien clan. Encore une fois, ceux n’ayant pas découvert le matériel original n’en tiendront sûrement pas rigueur, mais les autres, si. Tout y est ici beaucoup plus précipité, moins riche, bien qu’amusant à suivre.

En résumé, le long-métrage Neko Zamurai ne vaut pas du tout un visionnage si l’on a testé la première saison de la série télévisée tant il se borne à une banale réécriture. Les principaux éléments de l’intrigue de départ sont repris avec ce samouraï à la mine patibulaire s’attachant à un mignon chat tout blanc, mais il n’est plus vraiment question de son quotidien et des personnages récurrents. La simplicité initiale se transforme en un récit davantage enlevé s’émaillant de quelques traits plus grossiers et classiques. Certes subsistent l’humour sensiblement absurde, la perpétuelle bonne ambiance et les scènes adorables avec cette fameuse boule de poils, mais en comparaison avec ce que l’on connaît déjà, il s’avère compliqué de ne pas faire la fine bouche. Et tant qu’à plonger dans cet univers, autant se contenter de la fiction du petit écran qui, elle, mérite plus que le coup d’œil.

By |2017-05-01T13:57:53+02:00mars 29th, 2017|Films, Neko Zamurai, Séries japonaises|0 Comments

Manatsu no Hôteishiki | 真夏の方程式 (film)

Pour l’instant, l’univers de Galileo semble avoir refermé ses portes, ce qui ne serait pas un mal vu le nombre de séries, épisodes spéciaux et maintes productions apparentées. La dernière en date n’est autre qu’un deuxième film intitulé Manatsu no Hôteishiki. Il adapte un énième roman de Higashino Keigo, disponible en France sous le titre L’équation de plein été. Ce long-métrage est sorti dans les salles nippones le 29 juin 2013 et dure presque cent trente minutes. Il s’inscrit après la deuxième saison, mais peut être regardé indépendamment du reste sans en perdre sa saveur. Aucun spoiler.

Invité à assister à une suite de conférences, le physicien Yukawa Manabu part en direction de la petite ville portuaire de Harigaura. À peine est-il arrivé qu’un client de l’auberge dans lequel il réside est retrouvé mort, sur des rochers. Ce décès paraît immédiatement assez curieux et non accidentel surtout que le défunt était un policier à la retraite enquêtant sur un dossier le hantant depuis plusieurs années. Les inspecteurs Kusanagi et Kishitani sont chargés de cette affaire sûrement criminelle et savent pouvoir compter sur l’aide du cartésien, toujours prêt à découvrir la vérité. Pendant ce temps, plusieurs locaux se battent pour préserver les riches fonds marins, dont la jeune et passionnée Narumi, la fille du couple d’hôteliers. Mystères et secrets semblent étouffer cette famille au demeurant affable.

À l’instar du solide Yôgisha X no Kenshin, le premier film de Galileo, le second se détache assez nettement de la série à proprement parler. Au lieu de chercher à démontrer qui est le coupable de l’homicide, le récit privilégie l’aspect humain en expliquant plutôt le pourquoi. Les sciences ne sont naturellement pas oubliées, mais elles restent elles aussi en arrière-plan ; et d’ailleurs, la carrière du héros n’est qu’un accessoire parmi d’autres. La mécanique du scénario change donc de la routine, tout comme l’atmosphère et le ton choyés. Le registre bancal alternant investigations et humour poussif est écarté au profit d’une ambiance douce-amère, pudique et authentique, là où évolue des personnages non manichéens gouvernés par des motivations mêlant amour, devoir ou encore jalousie. Une fois de plus, l’auteur prouve sa capacité à dépeindre avec beaucoup de finesse les faiblesses légitimes de ces individus généralement très dignes. Comme souvent, un quotidien banal est brisé par un évènement inattendu, meurtrier, réaliste. Cette approche pourrait par conséquent embêter les passionnés de la fiction télévisée d’autant plus que le rythme se permet quelques détours et une lenteur parfois volontairement appuyée, reflétant à merveille la chaleur étouffante de l’été au Japon et le marasme dans lequel se trouvent quelques-uns des habitants des environs. La police demeure en retrait, l’enquête suivant tranquillement son cours avec un Yukawa plus posé et un acolyte haut comme trois pommes. Les superbes paysages du littoral avec une eau turquoise et la faune marine sont joliment mis en valeur à travers une photographie tout à fait satisfaisante et une scénographie certes peu mémorable, mais très honorable. D’ailleurs, sans provoquer d’étincelle, le film en lui-même se montre honnête et effectue convenablement son travail, notamment grâce à une interprétation de haute volée.

Ici, le canevas scénaristique n’a dans les faits rien d’exceptionnel surtout qu’il se contente de réutiliser la même recette que celui de Yôgisha X no Kenshin, voire de ressembler sur quelques points au tanpatsu Galileo XX. L’affaire en question se rattache effectivement à une plus ancienne, les secrets d’alcôve ne manquent pas et le message induit une certaine réflexion sur la notion de culpabilité en troublant les frontières avec ce qui est moralement répréhensible. Cette absence de véritable originalité l’empêche de devenir inoubliable, mais ne nuit tout de même pas à l’empathie qu’il inspire. Outre cette mécanique criminelle classique dépourvue de franc suspense, ce long-métrage se perd dans quelques développements dispensables comme la partie sur l’écologie. Ces moments auprès des activistes ne s’avèrent pas suffisamment importants pour marquer et, au contraire, se révèlent justement trop présents pour ne pas interpeller. Ils servent probablement à ajouter une dose de sentimentalisme compte tenu du passé de la meneuse, Narumi ; sauf qu’au bout du compte, ils tendent surtout à légèrement handicaper les propos et à provoquer une sensible cassure dans le déroulement de l’intrigue. La jeune femme est passionnée par les fonds marins et n’accepte pas que des politiciens et autres administratifs viennent détruire à jamais tout un écosystème. Narumi ne se veut pas aussi attachante que prévu, sans pour autant remettre en cause le jeu persuasif d’une An (Namae wo Nakushita Megami) ayant abusé de l’autobronzant. Quoi qu’il en soit, malgré une formule traditionnelle, Manatsu no Hôteishiki détient finalement des arguments suffisants pour convaincre les amateurs des récits policiers utilisant la carte émotionnelle et reflétant quelques traits de caractère de la culture japonaise.

Le film commence par un flashback de 1998 où une maman (Fubuki Jun – Watashitachi no Kyôkasho) s’excuse auprès de sa petite fille au regard éteint, lui répétant que tout est de sa faute et qu’il importe de garder coûte que coûte le secret. De retour à notre époque, le professeur de physique voyage en train vers le littoral. Il y rencontre Kyôhei (Yamazaki Hikaru), un garçon curieux à l’esprit assez vif en partance chez son oncle et sa tante tenant une auberge familiale. Comme à son habitude, Yukawa ne peut s’empêcher d’étaler sa science et se fait remarquer par ses excentricités. En arrivant à destination, il tombe de nouveau sur l’enfant qui, vraisemblablement, se prend d’affection pour cet adulte assez original et se met à le suivre assidûment. La découverte le lendemain matin d’un cadavre alimente les spéculations de Kyôhei officiant tel un détective en herbe. Et contre toute attente, le héros l’écoute sérieusement, comme s’il était fort âgé, et tente de résoudre ce puzzle criminel aux diverses ramifications. Une des grandes forces de Manatsu no Hôteishiki réside justement dans ce duo atypique. La comparse coutumière de Yukawa ne bénéficie que d’un rôle très secondaire, ce qui n’est pas un mal si l’on se réfère à son exploitation au cours de la deuxième saison de la série. Le prof déteste cordialement les enfants, mais désire démontrer à Kyôhei l’intérêt de faire remuer ses méninges et de se focaliser sur la physique. Si l’on exclut la finalité déstabilisante à plusieurs points de vue, le petit garçon apporte un tant soit peu de légèreté et beaucoup de chaleur à cette histoire au demeurant assez morose.

Pour conclure, le deuxième film issu de l’univers de Galileo se permet de se détacher de la recette habituelle. Au lieu de favoriser les évènements reposant sur la logique scientifique, de jouer avec les bizarreries du protagoniste ou de créer un cadre riche en tension et rebondissements, Manatsu no Hôteishiki privilégie le registre émotionnel et presque mélodramatique. En plus de sa sympathique et atypique dynamique d’enquêteurs du dimanche, c’est surtout son atmosphère assez lénifiante et mélancolique qui marque, elle qui plonge l’audience dans une tragédie familiale empreinte de sa propre culture. Cette authenticité et ce naturel risquent de désarmer les amateurs de récit enlevé souhaitant en avoir plein la vue, mais ceux appréciant les scénarios plus pondérés prenant le temps d’installer un climat pudique et sensible devraient ne pas en ressortir déçus. En dépit des faiblesses de ce long-métrage un peu trop classique, il devient difficile de ne pas regretter que la production télévisée ne soit pas aussi joliment traitée.

By |2017-05-01T13:57:54+02:00mars 1st, 2017|Films, Galileo, Séries japonaises|0 Comments