Manatsu no Hôteishiki | 真夏の方程式 (film)

Par , le 1 mars 2017

Pour l’instant, l’univers de Galileo semble avoir refermé ses portes, ce qui ne serait pas un mal vu le nombre de séries, épisodes spéciaux et maintes productions apparentées. La dernière en date n’est autre qu’un deuxième film intitulé Manatsu no Hôteishiki. Il adapte un énième roman de Higashino Keigo, disponible en France sous le titre L’équation de plein été. Ce long-métrage est sorti dans les salles nippones le 29 juin 2013 et dure presque cent trente minutes. Il s’inscrit après la deuxième saison, mais peut être regardé indépendamment du reste sans en perdre sa saveur. Aucun spoiler.

Invité à assister à une suite de conférences, le physicien Yukawa Manabu part en direction de la petite ville portuaire de Harigaura. À peine est-il arrivé qu’un client de l’auberge dans lequel il réside est retrouvé mort, sur des rochers. Ce décès paraît immédiatement assez curieux et non accidentel surtout que le défunt était un policier à la retraite enquêtant sur un dossier le hantant depuis plusieurs années. Les inspecteurs Kusanagi et Kishitani sont chargés de cette affaire sûrement criminelle et savent pouvoir compter sur l’aide du cartésien, toujours prêt à découvrir la vérité. Pendant ce temps, plusieurs locaux se battent pour préserver les riches fonds marins, dont la jeune et passionnée Narumi, la fille du couple d’hôteliers. Mystères et secrets semblent étouffer cette famille au demeurant affable.

À l’instar du solide Yôgisha X no Kenshin, le premier film de Galileo, le second se détache assez nettement de la série à proprement parler. Au lieu de chercher à démontrer qui est le coupable de l’homicide, le récit privilégie l’aspect humain en expliquant plutôt le pourquoi. Les sciences ne sont naturellement pas oubliées, mais elles restent elles aussi en arrière-plan ; et d’ailleurs, la carrière du héros n’est qu’un accessoire parmi d’autres. La mécanique du scénario change donc de la routine, tout comme l’atmosphère et le ton choyés. Le registre bancal alternant investigations et humour poussif est écarté au profit d’une ambiance douce-amère, pudique et authentique, là où évolue des personnages non manichéens gouvernés par des motivations mêlant amour, devoir ou encore jalousie. Une fois de plus, l’auteur prouve sa capacité à dépeindre avec beaucoup de finesse les faiblesses légitimes de ces individus généralement très dignes. Comme souvent, un quotidien banal est brisé par un évènement inattendu, meurtrier, réaliste. Cette approche pourrait par conséquent embêter les passionnés de la fiction télévisée d’autant plus que le rythme se permet quelques détours et une lenteur parfois volontairement appuyée, reflétant à merveille la chaleur étouffante de l’été au Japon et le marasme dans lequel se trouvent quelques-uns des habitants des environs. La police demeure en retrait, l’enquête suivant tranquillement son cours avec un Yukawa plus posé et un acolyte haut comme trois pommes. Les superbes paysages du littoral avec une eau turquoise et la faune marine sont joliment mis en valeur à travers une photographie tout à fait satisfaisante et une scénographie certes peu mémorable, mais très honorable. D’ailleurs, sans provoquer d’étincelle, le film en lui-même se montre honnête et effectue convenablement son travail, notamment grâce à une interprétation de haute volée.

Ici, le canevas scénaristique n’a dans les faits rien d’exceptionnel surtout qu’il se contente de réutiliser la même recette que celui de Yôgisha X no Kenshin, voire de ressembler sur quelques points au tanpatsu Galileo XX. L’affaire en question se rattache effectivement à une plus ancienne, les secrets d’alcôve ne manquent pas et le message induit une certaine réflexion sur la notion de culpabilité en troublant les frontières avec ce qui est moralement répréhensible. Cette absence de véritable originalité l’empêche de devenir inoubliable, mais ne nuit tout de même pas à l’empathie qu’il inspire. Outre cette mécanique criminelle classique dépourvue de franc suspense, ce long-métrage se perd dans quelques développements dispensables comme la partie sur l’écologie. Ces moments auprès des activistes ne s’avèrent pas suffisamment importants pour marquer et, au contraire, se révèlent justement trop présents pour ne pas interpeller. Ils servent probablement à ajouter une dose de sentimentalisme compte tenu du passé de la meneuse, Narumi ; sauf qu’au bout du compte, ils tendent surtout à légèrement handicaper les propos et à provoquer une sensible cassure dans le déroulement de l’intrigue. La jeune femme est passionnée par les fonds marins et n’accepte pas que des politiciens et autres administratifs viennent détruire à jamais tout un écosystème. Narumi ne se veut pas aussi attachante que prévu, sans pour autant remettre en cause le jeu persuasif d’une An (Namae wo Nakushita Megami) ayant abusé de l’autobronzant. Quoi qu’il en soit, malgré une formule traditionnelle, Manatsu no Hôteishiki détient finalement des arguments suffisants pour convaincre les amateurs des récits policiers utilisant la carte émotionnelle et reflétant quelques traits de caractère de la culture japonaise.

Le film commence par un flashback de 1998 où une maman (Fubuki Jun – Watashitachi no Kyôkasho) s’excuse auprès de sa petite fille au regard éteint, lui répétant que tout est de sa faute et qu’il importe de garder coûte que coûte le secret. De retour à notre époque, le professeur de physique voyage en train vers le littoral. Il y rencontre Kyôhei (Yamazaki Hikaru), un garçon curieux à l’esprit assez vif en partance chez son oncle et sa tante tenant une auberge familiale. Comme à son habitude, Yukawa ne peut s’empêcher d’étaler sa science et se fait remarquer par ses excentricités. En arrivant à destination, il tombe de nouveau sur l’enfant qui, vraisemblablement, se prend d’affection pour cet adulte assez original et se met à le suivre assidûment. La découverte le lendemain matin d’un cadavre alimente les spéculations de Kyôhei officiant tel un détective en herbe. Et contre toute attente, le héros l’écoute sérieusement, comme s’il était fort âgé, et tente de résoudre ce puzzle criminel aux diverses ramifications. Une des grandes forces de Manatsu no Hôteishiki réside justement dans ce duo atypique. La comparse coutumière de Yukawa ne bénéficie que d’un rôle très secondaire, ce qui n’est pas un mal si l’on se réfère à son exploitation au cours de la deuxième saison de la série. Le prof déteste cordialement les enfants, mais désire démontrer à Kyôhei l’intérêt de faire remuer ses méninges et de se focaliser sur la physique. Si l’on exclut la finalité déstabilisante à plusieurs points de vue, le petit garçon apporte un tant soit peu de légèreté et beaucoup de chaleur à cette histoire au demeurant assez morose.

Pour conclure, le deuxième film issu de l’univers de Galileo se permet de se détacher de la recette habituelle. Au lieu de favoriser les évènements reposant sur la logique scientifique, de jouer avec les bizarreries du protagoniste ou de créer un cadre riche en tension et rebondissements, Manatsu no Hôteishiki privilégie le registre émotionnel et presque mélodramatique. En plus de sa sympathique et atypique dynamique d’enquêteurs du dimanche, c’est surtout son atmosphère assez lénifiante et mélancolique qui marque, elle qui plonge l’audience dans une tragédie familiale empreinte de sa propre culture. Cette authenticité et ce naturel risquent de désarmer les amateurs de récit enlevé souhaitant en avoir plein la vue, mais ceux appréciant les scénarios plus pondérés prenant le temps d’installer un climat pudique et sensible devraient ne pas en ressortir déçus. En dépit des faiblesses de ce long-métrage un peu trop classique, il devient difficile de ne pas regretter que la production télévisée ne soit pas aussi joliment traitée.

Les Maîtres du pain (mini-série)

Par , le 22 février 2017

Toujours dans l’optique de faire du tri dans diverses affaires, je suis tombée sur un DVD que mes parents avaient visiblement obtenu gratuitement avec leur magazine de télévision. Je me suis dit que c’était l’occasion de rafraîchir de vieux souvenirs, car effectivement, j’ai regardé Les Maîtres du pain lors de son passage à l’antenne. Pourtant, si je calcule bien, j’étais très jeune ! Ou bien était-ce dans le cadre d’une rediffusion ? Bref, on s’en fiche. La grosse blague, c’est que j’ai réalisé après coup que le DVD en question ne comporte qu’une partie de la production, mais il s’agit là d’une autre histoire. Cette mini-série française créée par Hervé Baslé (Entre terre et mer) adaptant le roman de Bernard Lenteric se constitue de trois épisodes de cent cinq minutes chacun qui furent diffusés sur France 2 les 20, 21 et 22 décembre 1993. Aucun spoiler.

Nuit de Noël 1928, Perpezac, en Corrèze. Le boulanger Jérôme Corbières s’active au fournil pendant que Jeanne, son épouse, s’apprête à accoucher pour la première fois, après une décennie à attendre un miracle. Malheureusement, l’enfant tant désiré ne vient pas, ce qui plonge le couple dans une tristesse d’autant plus que accablante que la jeune femme apprend sa stérilité. Connaissant le souhait de son mari de devenir un jour père, elle décide de quitter le foyer et retourner chez ses parents. Mais c’est sans compter sur l’amour de Jérôme qui choisit d’adopter deux garçons d’une dizaine d’années pour notamment leur transmettre son goût du pain, en espérant que leur nouvelle maman revienne rapidement au sein du cocon familial.

À moins d’être un grand amateur de récits de terroir, le synopsis de cette fiction ne donne pas l’eau à la bouche. Il me semble l’avoir plutôt bien appréciée à l’époque, mais je n’avais même pas dix ans, alors… Malgré son âge maintenant avancé, elle tient encore la route et ne se révèle pas trop démodée. Comme souvent, les histoires en costumes passent mieux les décennies que d’autres contemporaines à leur date de création. Certes, la réalisation n’a rien d’exceptionnel et se contente du minimum syndical, mais au regard de la simplicité et de l’authenticité visiblement visées, tout y paraît logique. En revanche, et il s’agit là d’un écueil typique des séries françaises assez anciennes, Les Maîtres du pain souffre de son canevas narratif avec ses trois longues parties. Des épisodes plus courts et denses n’auraient pas été de refus. Le rythme branlant, la succession de scènes assez plates et les dialogues parfois peu naturels provoquent ainsi un certain ennui d’autant plus que les redondances ne manquent pas et que le mélodrame finit par se frayer un chemin trop prépondérant. Il existe au bout du compte une totale absence de constance au sein de cette production, car si le premier chapitre séduit par sa tendresse, le deuxième commence à afficher des signes d’usure et le troisième, lui, laisse perplexe dans le meilleur des cas tant il change de registre. Pire que tout, la mini-série ne dispose d’aucune conclusion en bonne et due forme, ce qui s’avère totalement ubuesque puisqu’elle en avait l’opportunité. La fin n’est pas ouverte, non, elle oublie seulement d’apporter des réponses quant au devenir des personnages. Cette frustration induit chez l’audience une désagréable sensation d’irrespect et amène justement à se montrer bien plus négatif que lors du début promettant beaucoup de chaleur humaine agrémentée d’humour.

Alors qu’il s’imaginait passer toute son enfance dans un orphelinat, le petit Jérôme est adopté par un couple de boulangers. Il apprend auprès de son père son métier et y prend immédiatement goût. Ce n’est guère étonnant qu’il rêve de poursuivre la tradition et de transmettre son savoir à son fils. Sauf qu’avec Jeanne, son épouse, ils ont beau essayer, s’aimer à la folie et ne pas se presser, rien ne fonctionne. Quand le couperet fatidique de la stérilité tombe, le ménage se prépare à traverser une grande épreuve. Sa femme se réfugie chez ses parents et le père n’ayant jamais apprécié son gendre en profite pour semer la zizanie. La situation s’annonce donc fort compliquée. Les Maîtres du pain propose une histoire au demeurant classique prônant la carte de la famille, du travail et bien plus en filigrane, de la religion. Les Corbières forment un petit groupe attachant en dépit de leurs propres défauts. Le boulanger, Jérôme, se montre extrêmement sympathique bien que son portrait soit légèrement idéalisé, à l’image du reste d’ailleurs. Courageux, intelligent, plutôt novateur et dévoué aux siens, il donne le meilleur de lui-même et se bat pour que Jeanne lui revienne. Il adopte deux orphelins comme lui et en fait ses apprentis. Honoré et Sébastien ont beau posséder des tempéraments plus que distincts, ils s’entendent à merveille et apprécient leur nouvelle vie. À eux de découvrir le métier de maître du pain, de trouver leurs marques et de grandir peu à peu. La mini-série commence tout doucement, prend son temps et plaît initialement pour sa désarmante sincérité. Les maladresses du scénario et la naïveté d’ensemble ne gênent nullement surtout que l’interprétation se révèle convenable. L’alchimie du couple principal, assez moderne dans sa caractérisation, avec Wladimir Yordanoff et Anne Jacquemin (Entre terre et mer), fait rapidement mouche. Les gamins aussi s’avèrent mignons à leur façon et voir ce quatuor devenir une famille n’a rien de désagréable, bien au contraire. Sauf que progressivement, le récit s’empêtre dans des rebondissements éculés.

Les deux premiers épisodes demeurent tout à fait corrects en dépit des faiblesses du script. La maladie, les femmes du coin cancanant plus que de raison et l’ombre d’une couturière rêvant de Jérôme n’agacent pas et se fondent dans le décor de ce petit village de Corrèze où tout le monde se connaît. Dommage toutefois que le pain ne soit pas davantage le héros et que le quotidien du boulanger ne bénéficie de plus d’exploration, même si l’évolution des progrès est finement retranscrite. Les figures hautes en couleur, dont La Fatigue (Paul Crauchet) ayant toujours un discours intelligent et bienveillant ou la mère adoptive de Jérôme, l’extraordinaire boute-en-train énergique Astérie (Françoise Seigner), se situent sur le rang des personnages les plus distrayants de la série. Contre toute attente, la dernière partie se déroule dix années plus tard. Les plus grands ont à peine vieilli, mais les enfants, si. Et c’est là que le bât blesse. Leur version adulte n’a rien de celle d’autrefois, physiquement comme psychologiquement parlant. Les vicissitudes de ces vingtenaires laissent au mieux indifférent. Le chapitre s’oublie en sus dans des drames peu spontanés hautement ridicules et souvent trop expédiés avec des amours contrariées, des rencontres fortuites préfabriquées, le retour d’une femme sulfureuse franchement pathétique et des déchirements à ne plus savoir qu’en faire. L’authenticité d’antan échange sa place avec des intrigues poussives dépourvues de subtilité. L’époque le veut, la Seconde Guerre mondiale approche et une fois de plus, la production botte en touche en exploitant ce conflit de manière caricaturale.

Pour résumer, la nostalgique mini-série française Les Maîtres du pain joue le registre du terroir avec cette immersion au sein d’un petit village corrézien du début du XXè siècle. À travers le parcours d’un boulanger passionné rêvant de transmettre ses valeurs, ces épisodes promeuvent le travail, l’assiduité, le respect de chacun, l’abnégation, le sens de la famille et, bien sûr, le sens de la ruralité. Les amateurs du genre apprécieront certainement cette fiction non dénuée d’intérêt d’autant plus qu’elle s’arme à son commencement d’un naturel chaleureux et de personnages parfois savoureux, mais les autres pourront passer sans regret leur tour. Effectivement, bien que l’ensemble ne manque pas d’atouts, il ne sort pas des sentiers battus, comporte plusieurs longueurs, se contente d’une recette éprouvée se nourrissant trop régulièrement d’artifices scénaristiques stéréotypés et, de surcroît, oublie d’offrir un véritable épilogue. En fait, seules les deux premières parties se suffisant à elles-mêmes méritent un visionnage.

Shûkan Maki Yôko | 週刊真木よう子

Par , le 15 février 2017

Aussi incroyable que cela puisse paraître au vu de mes propos répétitifs ces dernières années, j’approche vraiment du bout des séries japonaises traînant dans mes dossiers depuis trop longtemps. Effectivement, sans compter celle d’aujourd’hui, il ne me faut désormais plus qu’une seule main pour toutes les énumérer. Comme souvent, il m’arrive de ne plus savoir pour quelle raison telle fiction figure dans les parages. Avec son concept assez curieux, Shûkan Maki Yôko ne me donnait pas spécialement envie, je l’avoue. Il s’agit d’une collaboration avec les éditions Shinchôsha et leur mook mensuel Gekkan, un hybride entre magazine et livre mettant en avant diverses célébrités. Le travail nous concernant se compose de treize épisodes de vingt-trois minutes chacun qui furent diffusés sur TV Tokyo entre avril et juin 2008. Aucun spoiler.

Son titre l’indique explicitement, chaque semaine illustre l’actrice Maki Yôko (Saikô no Rikon) dans un univers radicalement différent. Durant douze épisodes, elle endosse le costume d’une ancienne prostituée, d’une droguée fuyant un gangster, de la compagne d’un yakuza ou encore d’une lycéenne amatrice de flipper. Ces courtes vignettes scénaristiques se suivent et malgré leurs dissemblances à de nombreux points de vue, elles partagent quelques points communs. Le premier d’entre eux est bien sûr leur vedette. Si d’aucuns doutent des talents de Maki Yôko, cette production ambitieuse détient de solides arguments pour réviser son jugement. À l’instar d’Ueno Juri dans Ueno Juri to Itsutsu no Kaban, série assez similaire sur la forme, la comédienne profite de ce matériel très dense pour démontrer l’étendue de sa palette de jeu et convainc de bout en bout. Drôles, ambiguës, langoureuses, touchantes, sensibles, colériques, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier les héroïnes colorées qu’elle incarne. Elle se permet de chanter elle-même l’interlude du début bien que sa voix n’ait rien de mémorable. Ces épisodes ont aussi pour particularité de s’armer d’une atmosphère originale à travers des répliques régulièrement acérées, des génériques travaillés, un humour absurde et une liberté de ton plutôt inédite pour la télévision japonaise. La diffusion en plein milieu de la nuit explique en partie cela. Dans tous les cas, le second degré côtoie le cynisme, effectue un détour vers une pointe de nihilisme et nourrit les intrigues de références sexuelles plus ou moins discrètes. Le soin apporté au montage et à la musique prouve l’ambition de cette anthologie. Shûkan Maki Yôko est influencée par le cinéma de genre et n’hésite pas à proposer plusieurs clins d’œil à de grands noms de la trempe de Miike Takashi. Si des scénarios restent réalistes et parfois très simples, d’autres se dotent d’éléments fantastiques improbables ayant de quoi laisser circonspects une bonne partie des téléspectateurs. Inversement, ceux appréciant les bizarreries toléreront alors plus facilement les points faibles et vivront un moment enrichissant et stimulant.

Un des principaux risques avec ces florilèges de récits indépendants est justement de souffler le chaud et le froid. Malheureusement, Shûkan Maki Yôko ne déroge pas à la règle. La première semaine figure parmi les plus franches réussites et met le ton. La protagoniste est rattrapée par ses erreurs le jour où un détective privé ambivalent la surprend en faisant ses courses. La lenteur de l’action et le cadre en huis clos induisent chez l’audience un sentiment étouffant et une certaine fascination. Le septième épisode et le policier dérangeant s’engouffrant dans une voie obsessionnelle ne laissent pas non plus indifférent, voire provoquent un malaise indicible. La tristesse et la morosité se taillent la part du lion dans le neuvième quand une femme subit une opération esthétique et réalise que ce n’est pas un nouveau faciès qui modifiera sa morne vie. Au bout du compte, la mélancolie représente presque un fil rouge de cette fiction passant d’un registre à un autre diamétralement opposé et s’amusant des contre-pieds. Plusieurs récits, dont le onzième, mériteraient aussi d’être cités, car les bonnes idées répondent souvent présentes malgré une écriture parfois un peu légère et nécessitant davantage de soin et de développement. À noter que les scénaristes changent chaque semaine, tout comme les invités : Abe Sadao, Endô Kenichi, Tanaka Tetsushi, Ikeda Tetsuhiro, Nukumizu Yôichi, Nagasaku Hiromi… Le treizième épisode, sorte de documentaire sur les coulisses, s’avère totalement anecdotique et se rapproche de l’autosatisfaction comme savent trop bien le faire les Japonais.

Pour conclure, Shûkan Maki Yôko ne ressemble clairement pas à une série japonaise habituelle. Ce n’est pas tant sa formule qui marque, car les anthologies ne manquent finalement pas à l’écran, mais plutôt son aspect conceptuel, stylisé et expérimental. Chaque épisode s’attarde sur une femme en proie à divers démons incarnée avec talent par l’hypnotique Maki Yôko. Bien que la production souffre d’une certaine inconstance et d’histoires parfois légèrement expédiées, elle se déguste petit à petit et laisse sur l’impression d’assister à un spectacle original successivement dramatique, drolatique et définitivement unique en son genre.

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