Dare Yori mo Mama wo Aisu | 誰よりもママを愛す

Par , le 17 janvier 2018

Maintenant que nous sommes lancés dans l’exploration des scénarios de Yukawa Kazuhiko (Kaseifu no Mita, Koi ga Shitai x3), autant continuer, non ? Pour cela, opérons un bon retour en arrière avec Dare Yori mo Mama wo Aisu, une série composée de dix épisodes diffusés sur TBS entre juillet et septembre 2006 ; seul le premier dispose de quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Les Kamon ne forment pas une famille réellement traditionnelle au sens où la société japonaise l’entend. Le père s’occupe de la maisonnée depuis plusieurs années afin de laisser son épouse poursuivre ses ambitions professionnelles. En plus de cela, ils ont eu un dernier fils sur le tard et ne cherchent guère à entrer dans le moule. Est-ce qu’ils sont malheureux pour autant ? Probablement que non.

J’aime maman plus que quiconque. Voilà ce que crie le titre de cette production. Parce qu’il s’agit clairement d’un cri du cœur, non pas d’un enfant pour sa mère, mais d’un mari pour sa femme. Kamon Kazutoyo est fou amoureux de celle qui partage sa vie et compte bien la choyer de son mieux et combattre ceux la jugeant ou lui voulant du mal. Il ne regarde jamais une autre et se consacre entièrement à son bien-être. Cet homme a démissionné de son emploi qu’il appréciait assez il y a de ça vingt-cinq ans. Il a réalisé à l’époque que Chiyo, son épouse, n’arrivait pas à gérer en parallèle le logement et son travail. Plutôt que de lui imposer de rester à la maison et de se sacrifier comme encore trop de Japonaises le font, il lui proposa d’inverser les fonctions préétablies. Et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé père au foyer. Et il aime ça ! Et il n’en rougit jamais ! Et quand sa femme rentre tard le soir, il veille à la chouchouter, car il sait qu’elle est exténuée, mais en profite pour essayer d’arrondir les angles afin de conserver une grande sérénité entre tous. En fait, sous couvert d’une comédie familiale sans prétention, Dare Yori mo Mama wo Aisu est une ode à l’anticonformisme et une véritable lutte contre les stéréotypes du genre. La série commence avec la voix off du plus jeune des enfants, Kaoru, précisant que ses camarades lui serinent que sa famille est bizarre. Les rôles sont tous chamboulés avec un père se chargeant de la lessive et de la cuisine, une mère bataillant férocement au tribunal, un frère doux et calme, une sœur surexcitée et bagarreuse. Tout au long des épisodes, le scénario tente d’expliquer que, certes, ce noyau s’avère atypique au sein d’une culture encore marquée par son fonctionnement traditionnel, mais que cela ne signifie pas du tout qu’ils sont anormaux, si tant est qu’une norme existe. Qui a dit un jour qu’une femme devait savoir coudre et se comporter telle une princesse ? Chacun a le droit d’être qui il veut, d’aimer qui il souhaite, car le plus important est de trouver le bonheur. Sans trop dévoiler l’intrigue au risque d’en atténuer la surprise, la fiction évoque aussi la question de la sexualité et termine sur une note assez inattendue, mais rafraîchissante. Ne le nions pas, elle ne lésine pas sur les bons sentiments et se révèle assez mièvre, mais elle met tellement de baume au cœur qu’elle n’en devient pas irritante. Même quand le papa radote à l’infini ses souvenirs romantiques tant il est inénarrable sur le sujet. D’ailleurs, ces passages racontant sa rencontre et ses choix de vie avec Chiyo sont joliment retranscrits à l’écran, avec des dessins enfantins aux crayons gras amplifiant le côté attendrissant de cet ensemble dynamique non dénué de quelques longueurs. La musique de Hasegawa Tomoki participe à cette ambiance tour à tour cocasse, mignonne et plus réfléchie en dépit de réactions manquant sensiblement de réalisme, bien que n’impactant pas de trop la qualité générale.

Dare Yori mo Mama wo Aisu plonge son audience dans le quotidien de sa petite famille très colorée. Son succès repose beaucoup sur le charme de ses personnages, presque tous fantasques à leurs manières et fort attachants. Kazutoyo est un père bavard en faisant toujours trop solidement incarné par Tamura Masakazu (Furuhata Ninzaburô), l’acteur parvenant à le rendre à la fois sympathique et un peu étouffant, comme le sont souvent les chouettes parents. La stricte Chiyo (Itô Ran – Doctors), sa femme, n’est pas en reste et essaye de tempérer les ardeurs de son mari s’emballant rapidement. Les deux forment un couple adorable, imparfait et ayant probablement beaucoup travaillé pour arriver où ils en sont. Leurs petits moments, leurs regards et gestes attentionnés reflètent leur touchante complicité. Leur aîné, Akira (Tamayama Tetsuji – Massan), exerce comme coiffeur et passe la majeure partie de ses journées à fuir toutes les filles qui lui courent après. Il faut dire qu’il est physiquement attirant, calme et profondément gentil. Il ne sait pas refuser et se retrouve ainsi dans de sacrées situations. La cadette, Yuki (Uchida Yuki – Big Wing), est considérée comme un garçon manqué, est constamment renvoyée de ses emplois pour insubordination et se voit incapable de cuire un œuf. Bien qu’ils se disputent, ils veillent sur le benjamin, encore à l’école élémentaire, Kaoru (Nagashima Mitsuki), le narrateur de l’histoire un peu timide et à l’image des enfants de son âge. La série ne raconte finalement pas grand-chose et se contente d’instantanés anecdotiques et très simples, mais s’armant d’une ambiance drolatique amplifiée par l’irruption de figures secondaires tout aussi truculentes. L’arrivée d’une nouvelle voisine, Tsunami Kozue (Kobayashi Satomi – Pan to Soup to Nekobiyori), provoque dans le quartier quelques remous puisqu’elle non plus ne rentre pas dans les cases. Et pour cause, elle s’habille tout en noir, marmonne des propos incompréhensibles, ne sort pas ses poubelles quand il faut et ne montre aucun signe de socialisation. Mais cela ne freine pas du tout le papa, vrai boute-en-train. Ce duo fonctionne du tonnerre, l’une lançant des répliques assez sarcastiques et refusant tout en bloc, l’autre l’embarquant toujours dans ses aventures. Le pauvre Yamashita (Gekidan Hitori – Densha Otoko) s’en prend aussi plein la figure avec Yuko. Sinon, Pinko, le travesti joué par Abe Sadao (Marumo no Okite) à qui le rôle va comme un gant, fait craindre le pire lorsqu’il surgit en raison d’un traitement très caricatural, mais la série préfère s’en amuser. Dans leur ensemble, les relations sont agréablement dessinées. Au bout du compte, si l’écriture paraît parfois un peu légère, elle ne l’est pas du tout. Elle enrobe le sérieux de son message dans une bonne humeur communicative et des rebondissements surréalistes, sans oublier de disséminer de-ci de-là des scènes plus émouvantes et dramatiques sous-tendues par des sujets pertinents et fédérateurs. Les protagonistes évoluent tous au contact les uns des autres et créent sans peine avec les téléspectateurs un sentiment d’empathie.

Pour résumer, en se présentant telle une comédie familiale ordinaire, Dare Yori mo Mama wo Aisu trompe son public pour mieux le ravir. Malgré la simplicité de son récit, de ses ficelles par moments très grossières et débordantes de guimauve, de son exubérance et de quelques maladresses, elle laisse sur une solide impression. Outre son atmosphère chaleureuse donnant furieusement envie de rejoindre les sémillants Kamon, elle gagne surtout en qualité avec son discours de fond détonnant encore plus quand on se rappelle qu’elle date de 2006. Loin de vanter les morales habituelles de la télévision japonaise, elle prône effectivement l’anticonformisme ainsi que le combat contre les stéréotypes et préjugés sexistes. Pour une petite série au demeurant légère et sans prétention, elle étonne agréablement et mérite le coup d’œil pour qui ne craint pas le cabotinage et les ressorts narratifs délicieusement idiots.

The Vampire Diaries (saison 8)

Par , le 10 janvier 2018

Lors de son arrivée, beaucoup n’auraient probablement pas pensé que The Vampire Diaries s’installerait aussi longuement à l’écran et réussirait à se créer une telle communauté. Parce que ne le nions pas, elle aura marqué une génération et rien que pour ça, elle mérite un certain intérêt. La série s’est ainsi arrêtée au terme de sa saison huit, raccourcie à seize épisodes diffusés sur The CW entre octobre 2016 et mars 2017. L’annulation ayant été annoncée suffisamment tôt, les scénaristes ont pu l’anticiper et délivrer une conclusion en bonne et due forme. Aucun spoiler.

Après des années assez poussives réutilisant constamment les mêmes grossières ficelles narratives, la septième relevait légèrement le niveau. L’absence d’Elena ne se faisait effectivement pas vraiment ressentir et permettait de redynamiser le tout. Sans grande surprise, cette huitième se limite au cahier des charges des productions arrivées en bout de course et ne propose pas grand-chose d’original ou d’enthousiasmant. Pourtant, l’écriture cherche visiblement à jouer la carte de la nostalgie en remémorant aux fidèles téléspectateurs de sympathiques moments, en multipliant les clins d’œil, en ramenant moult visages familiers, en s’amusant parfois d’une touche d’autodérision. Bref, The Vampire Diaries ne se moque pas de ses fans. Mais d’une façon ironique, ces éléments rappellent surtout tout ce qu’elle a été et tout ce qu’elle n’est plus. La fiction osant tuer ses protagonistes a disparu depuis fort longtemps, tout comme sa capacité à injecter un rythme haletant dopé par des rebondissements inattendus. Certes, cette saison se sépare définitivement et brutalement de plusieurs de ses figures maîtresses, mais puisqu’il s’agit de l’épilogue, elle n’a pas à recevoir une quelconque médaille. Ces facilités et ces résurrections ont peu à peu créé une distance émotionnelle rendant l’empathie souvent hasardeuse et justement, ces épisodes le reflètent de trop. L’ultime d’entre eux, malgré plusieurs qualités notables, le prouve, car les développements sont expédiés, voire inexistants, et l’audience apprend maintes informations capitales en n’ayant jamais l’opportunité de les digérer, d’où l’apparition d’un léger sentiment de frustration. En dépit de toute sa bonne volonté et d’un joli message prônant la famille, la série s’y adonne ici avec maladresse surtout qu’elle ne sort pas des sentiers battus, autant avec ses antagonistes qu’avec ce qui gravite autour de ses héros.

Comme toute saison qui se respecte, celle-ci apporte son lot d’enjeux et comme d’habitude, la fine équipe de Mystic Falls bataille ferme pour assurer la survie des siens. Et pour cause, les menaces n’ont peut-être jamais été si vives, avec un sentiment d’urgence absolue. Les épisodes reprennent quelque temps après que la caméra s’était éteinte. Damon et Enzo font toujours bande à part, contrôlés par une mystérieuse puissance se cachant dans une grande étendue d’eau. Ils tuent allègrement des humains, les torturent tout aussi volontiers et les livrent à cette fameuse entité aquatique. La première moitié s’attarde ainsi sur cet ennemi au départ insondable et dénué d’aspect physique propre. Dommage que le récit lui offre rapidement un habitacle, car le côté intrigant et quelque peu inquiétant disparaît instantanément – à l’image de son destin final, d’ailleurs. Cet arc a au moins le mérite de bousculer les fondements fantastiques de The Vampire Diaries puisqu’il n’est nullement question de créatures déjà vues. Mais que ce soit Sibyl (Nathalie Kelley – Dynasty) ou Seline (Kristen Gutoskie), elles ne parviennent pas à s’imposer et ne servent généralement que de prétextes scénaristiques pour provoquer des remous dans la vie intime des personnages principaux. Par exemple, Alaric et Caroline craignent alors pour leurs jumelles et Bonnie cherche à récupérer Enzo envers et contre tout. Plus précisément, ces femmes directement issues du folklore scandinave offrent surtout un parallèle intéressant, bien que guère naturel, avec la relation complexe qu’entretiennent Stefan et Damon. La saison a en effet l’excellente idée de lui faire honneur et de l’explorer sur la durée.

Les frères Salvatore s’aiment, ce qui ne les empêche pas de se déchirer sous fond de quête de rédemption. Si la mécanique de leur dynamique est connue depuis bien longtemps et que ces épisodes inédits la réutilisent sans rien modifier de notable, d’où une résurgence de vieux démons, admettons que la recette fonctionne assez bien. L’image générale sous-tendue par les derniers instants de la série le symbolise à merveille et les montre apaisés, après des années compliquées. Le 8×08, We Have History Together, figure parmi les franches réussites grâce à son humour et l’alchimie des acteurs. En revanche, leurs aventures romantiques ne sont pas aussi bien loties. Le retour d’Elena était évident, ce qui comptait, c’était de savoir comment elle allait revenir à la vie et de voir ses retrouvailles avec son grand amour. Or, celles-ci s’avèrent d’une fadeur presque incroyable. Les inimitiés entre les interprètes, Nina Dobrev et Ian Somerhalder, sont peut-être à blâmer, mais peu importe, leur travail est de s’en accommoder. Stefan, lui, essaye de se créer quelque chose avec Caroline, mais pour ne pas changer, la mise en scène et le traitement nuisent à l’appréciation. Le scénario demeure linéaire, avec des péripéties visibles des kilomètres en amont, des personnages quittant l’antenne à peine arrivés et un sentimentalisme parfois trop appuyé, comme lors d’une cérémonie volontairement préfabriquée. Les semaines défilent, le visionnage n’en devient pas désagréable, mais il ne laisse que de rares stigmates sur son passage. Le raccourcissement de la saison aurait dû favoriser la tension et un rythme efficace sauf que rien à faire, celle-ci patine en dehors de moments plus jouissifs, dont l’irruption d’un impertinent sorcier n’ayant pas dit son dernier mot.

The Vampire Diaries tenant à mettre les petits plats dans les grands, après avoir écarté le premier méchant, elle s’attaque à un autre. Pour le coup, elle vise haut, le plus haut possible dans l’échelle infernale. Surgit Cade (Wolé Parks), un individu capable de tout, sans remords, et s’apprêtant à régner sur Terre. Bien qu’il n’apparaisse qu’en cours de route, il tire les ficelles depuis plus longtemps et ajoute une dimension plus mystique et magique qu’à l’accoutumée. C’est donc l’occasion pour Bonnie d’essayer de rayonner. L’ex-sorcière s’est montrée depuis les débuts de la série assez incolore et malgré une récente période plus intéressante, elle retombe dans ses travers. Sa caractérisation ne tourne plus qu’autour d’Enzo, comme si elle n’existait qu’à travers ses amours et non pas en tant que personne propre. Elle n’est pas la seule à provoquer aussi peu d’empathie. Alaric a changé au fil du temps, se détache du groupe et ne voit plus que ses filles, quitte à ne pas se retourner pour sauver ses proches. Matt a le mérite d’être l’un des rares humains à avoir survécu au long cours et le légitimer vis-à-vis des fondations de Mystic Falls, avec l’arrivée d’un homme campé par Joel Gretsch (The 4400), accentue la gratuité de plusieurs développements. De surcroît, tout cet arc apparaît brouillon et peu palpitant. À la réflexion, en voulant trop faire plaisir aux téléspectateurs et en transformant l’ensemble en cadeau géant, les scénaristes se perdent au passage.

Pour conclure, en se montrant autant inégale et expédiée vers la fin, l’ultime saison de The Vampire Diaries représente peut-être l’essence même de la fiction. Sans être mauvaise, elle ne parvient pas à haranguer les foules, à favoriser une atmosphère épique et riche en émotions. Si l’amour des créateurs pour leur œuvre transpire régulièrement, la recette ne fonctionne décidément qu’à moitié. Certes, la série était arrivée en bout de course depuis un moment, mais se borner à la corde nostalgique pour ce supposé chant du cygne ne suffit pas, qui plus est quand le récit ne lésine pas sur les incohérences, les retours gratuits et autres ingrédients factices alimentant maladroitement une sphère dramatique parfois artificielle. Mais malgré tout, demeurent de bonnes idées, dont cet accent sur le sens de la famille et de la fraternité, la production ayant peut-être été avant tout l’histoire de Stefan et de Damon. Elle quitte donc l’antenne en n’ayant pas trop à avoir à rougir, surtout au regard de ce son héritage, et se laisse quelques ouvertures, si besoin. À noter que The Originals devrait bientôt suivre son chemin.

Enka no Joô | 演歌の女王

Par , le 3 janvier 2018

Un peu comme plusieurs de ses confrères, le scénariste Yukawa Kazuhiko (Rebound, Kaseifu no Mita) semble apprécier retrouver certains acteurs. Comment pourrait-on le blâmer de vouloir travailler à l’infini avec Amami Yûki ? Direction Enka no Joô, soit la reine de l’enka, une série constituée de dix épisodes diffusés sur NTV entre janvier et mars 2007 ; seul le premier dispose de quinze minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Du haut de ses presque quarante ans, Ôkouchi Himawari croit encore pouvoir devenir la chanteuse d’enka que tout le monde s’arrache. Elle s’accroche dur comme fer aux propos encourageants de feu son père ; alors qu’elle n’était qu’une enfant, il lui qui disait qu’elle était l’artiste numéro un. Pourtant, cela fait des années qu’elle n’a pas coudoyé le succès, que ce soit dans sa vie professionnelle comme personnelle. Quand elle tombe par hasard sur son ex-petit ami qu’elle n’a pas oublié, elle espère réussir à le reconquérir et qui sait, peut-être qu’il l’aidera aussi dans ses ambitions ? Du moins, si sa malchance perpétuelle ne vient pas tout gâcher !

Le titre de cette production amène à imaginer que l’enka occupera une place prépondérante, que l’on découvrira les coulisses de ce milieu passé de mode, que l’on verra l’héroïne gravir un à un les échelons et se transformer en célébrité. Ce n’est pas la peine d’atteindre quoi que ce soit de cet acabit, car la douche sera glacée. Qu’est-ce donc l’enka, d’ailleurs ? Il s’agit d’un genre musical ayant surtout connu la gloire dans les années 1960-1970 et proposant en grande partie des ballades sentimentales mélancoliques. Les artistes s’y adonnant n’ont plus guère la cote depuis plusieurs décennies, mais cette série aurait pu émuler des idées, créer des vocations. En dehors de quelques chansons et rares moments un peu plus éclairés, le scénario n’apporte aucune matière permettant d’en apprendre davantage ou donnant envie d’explorer ce style utilisant beaucoup d’instruments traditionnels. Seuls les superbes kimonos qu’arbore la protagoniste relèvent légèrement le niveau. À la place, les épisodes préfèrent se borner à une redondance abrutissante d’une même formule initialement guère intéressante. Pourtant, Enka no Joô n’est pas dénuée de bons éléments, dont cette critique en filigrane du credo comme quoi quand on s’y consacre corps et âme, on y arrive – preuve ici que non. L’illustration de l’inconscient de l’héroïne, lorsqu’elle se trouve à la fameuse croisée des chemins, s’avère plutôt sympathique. Himawari est souvent partagée entre deux voix, celle de la facilité qu’elle tend trop régulièrement à choisir, et celle de la raison. Celle-ci revêt justement une importance assez capitale puisqu’elle est représentée à l’écran par une Himawari adolescente (Fukuda Mayuko – Byakuyakô). Plus posée et mature que sa version adulte, elle n’hésite pas à répliquer à la plus âgée, toujours sur un registre un peu goguenard et piquant, qu’elle devrait vraiment apprendre à réfléchir. La série s’amuse aussi à réemployer ce visage en début d’épisode pour rappeler les évènements passés et elle s’y attelle de manière assez cocasse et originale : telle une speakerine de télévision, en faisant référence au polar Suna no Utsuwa, etc. Les clins d’œil à diverses fictions comme Hana Yori Dango ne manquent pas, ce qui apporte une petite touche sympathique. Sinon, Himawari s’imagine souvent plein de choses dans sa tête, rêve de déballer son sac sur un ton péremptoire, mais n’évacue en réalité jamais ce qui la travaille ; sauf que l’audience, elle, voit ce qui se trame directement dans son esprit. Car cette femme préfère éviter les conflits ; normal, elle veut rendre tout le monde heureux.

Qu’Enka no Joô choisisse un angle humoristique pour traiter son récit n’est en soi par une tare. En revanche, il aurait alors sûrement fallu soigner l’écriture qui s’avère paresseuse, voire poussive. C’est très simple, Himawari répète constamment les mêmes erreurs, perd ses paris au janken pon, n’apprend pas de ses échecs, accorde sa confiance à quiconque, se retrouve à l’hôpital blessée dans des conditions invraisemblables, se jure qu’elle ne tombera plus dans le panneau et retour à la case départ. Cette héroïne a beau être interprétée par la classieuse Amami Yûki (BOSS), elle devient vite irritante. Naïve et rêvant encore au prince charmant, elle attire tous les malheurs tel un chat noir. Difficile de faire plus malchanceuse qu’elle tant, oui, tout lui arrive. Pourtant, elle a une force de caractère plutôt incontestable puisqu’elle se relève toujours de sa disgrâce, ne s’apitoie pas trop sur son sort et persévère dans ses envies de se transformer en une chanteuse réputée. Elle a connu par le passé un grand succès et a depuis sombré dans l’oubli. Son manager farfelu (Danta Yasunori – Mukodono!) s’occupe vaguement d’elle et lui propose un peu tout et n’importe quoi. En attendant, elle vend des bentô dans un commerce géré par un guitariste indifférent (Hirayama Hiroyuki). Elle a tellement le cœur sur la main qu’elle se retrouve la majeure partie du temps sans un sou et à prendre en charge un garçonnet (Takei Akashi) et une jeune fille (Narumi Riko – Hachimitsu to Clover) abandonnés sur le bord de la route. Tant qu’à faire, la série n’hésite pas à jouer la carte sentimentale et à étouffer sous une épaisse couche de mièvrerie. Au départ, le pathos facile est toutefois assez rapidement écarté, car l’écriture multiplie les invraisemblances et noie les sujets plus sérieux dans des dialogues assez idiots et des réactions caricaturales. Mais en milieu de parcours, le drame revient sur le devant et se révèle peu concluant, la faute à une absence d’intérêt notable pour ce qui se passe. Les personnages évoluent abruptement et de façon souvent illogique, comme si l’univers entier était influencé par la gentillesse maladive et le dévouement de Himawari. Enfin, son ex-compagnon, l’affreux Tamaru Hitoshi ne paraît pas avoir envie de changer.

C’est par un hasard le plus total que la chanteuse croit croiser le chemin de son ancien petit ami. Comme à son habitude, celui-ci tient un discours mielleux et lui demande une certaine somme d’argent. Et comme à son habitude, Himawari accepte alors qu’elle se trouve encore dans une situation financière très compliquée, ce dernier l’ayant quittée à l’époque en lui laissant toutes ses dettes ! Mais, oui, elle lui fait confiance avant de se mordre les doigts, se maudissant de l’avoir cru. Et ce schéma narratif se réitère de bout en bout. Ce n’est pas drôle parce que les ressorts sont usés jusqu’à la corde et que les personnages se conduisent au mieux comme des idiots, au pire comme des êtres abjects. Hitoshi (Harada Taizô – Big Money!) est un odieux individu. Égoïste, sans gêne et paresseux, il manipule tous ses proches et essaye de noyer le poisson. Le voir parvenir à ses fins et s’en sortir toujours plus ou moins, avec une héroïne aveuglée par son amour, agace. D’ailleurs, qu’est-ce qu’elle aime chez lui ? La fiction nous dit qu’elle s’en est entichée il y a de ça plusieurs décennies, mais rien ne nous est montré à l’écran. Comme si Enka no Joô ne cumulait pas déjà les tares, elle choisit aussi d’y inclure un nombre considérable de diverses figures supposément truculentes et capables de maximiser le potentiel cocasse. Ajoutons-y l’inspecteur maladroit tentant de draguer (Nukumizu Yôichi – Tonsure), la superficielle mère couguar (Takahata Atsuko – Mother), le frère collé à son ordinateur (Kikawada Masaya), une fiancée vénale prête à tout pour atteindre son but (Sakai Wakana – Kisarazu Cat’s Eye) et une belle-mère (feue Ikeuchi Junko) souffrant de troubles cognitifs. Les maladies neurodégénératives et apparentées ne sont traitées qu’abstraitement dans les œuvres japonaises et, pour sa défense, celle-ci offre quelques scènes assez jolies, du moins quand elle arrive à créer une ambiance un peu plus émotionnelle. Or, le mélange des genres prend mal et donne l’impression que Yukawa Kazuhiko a changé de fusil d’épaule en cours de route.

Au final, Enka no Joô ne tire jamais parti de son potentiel plutôt original et préfère se satisfaire d’un comique de répétition devenant très rapidement lourd. Au lieu d’employer à bon escient l’univers de l’enka, la série se contente d’un unique canevas scénaristique où sa bonne poire d’héroïne se fait berner par son parasite d’ex et n’apprend jamais de ses erreurs. Certes, elle ne les regrette pas malgré toutes ces conséquences discutables, mais tout de même ! En raison d’un traitement caricatural, d’une morale débordante de niaiserie et de réactions surréalistes, les personnages n’attirent aucune sympathie et rendent le visionnage d’autant plus désagréable que l’humour montre vite ses limites avec ses gags d’une prévisibilité effarante. Bref, à moins d’être un indécrottable fan d’Amami Yûki, le plus simple est de passer son chemin et d’oublier l’existence de cette fiction confondant stupidité et comédie.

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