Grey’s Anatomy (saison 12)

Par , le 3 mai 2017

À une époque où tout va très vite et où peu de productions ont l’opportunité de prendre le temps de façonner de solides bases, voir Grey’s Anatomy tracer sa route sans encombre fascine assez. Sa treizième saison se termine actuellement aux États-Unis, mais avant d’en discuter, il est plus que l’heure de traiter de la douzième. Ses vingt-quatre épisodes furent diffusés sur ABC entre septembre 2015 et mai 2016. Aucun spoiler.

Trois mois se sont écoulés depuis le retour de Meredith à Seattle. Veuve depuis plus de deux ans, elle a retrouvé son ancienne maison où vivent aussi maintenant Maggie et Amelia. La chirurgienne tente de se reconstruire à sa manière et fait preuve d’une grande dignité. Depuis plusieurs années, le personnage a grandement évolué, mûri, et plutôt que d’agacer, il réussit désormais à convaincre et à toucher. La saison veille à illustrer son cheminement qui, bien évidemment, se ponctue de hauts et de bas. En plus de devoir jongler entre ses activités hospitalières, Meredith a trois enfants à charge, des amis parfois envahissants, des subordonnés quelque peu incompétents pour certains et une propension à attirer les drames et coïncidences malheureuses. Effectivement, alors qu’elle croit bien se porter, elle voit surgir dans son quotidien une femme non étrangère au décès de Derek, son mari, et n’a pas d’autre choix que d’être obligée de travailler avec elle (Samantha Sloyan). Mais surtout, The Sound of Silence, le magnifique épisode 12×09, réalisé par Denzel Washington, la place au cœur d’une terrible situation et montre une fois de plus son courage et sa détermination. Pourtant, derrière cette force de caractère se cache un léger désinvestissement personnel, elle qui se refuse plus ou moins inconsciemment tout rapprochement intime avec un nouvel homme. Sa relation avec Maggie et Amelia tourne rapidement en rond, avec un fonctionnement cyclique et inégal. La disparition tragique de Derek duquel elle arbore dorénavant le calot ne se fait jamais sentir au sein de cette saison, comme quoi personne n’est ici indispensable. Quoi qu’il en soit, plus que jamais, l’héroïne représente le pilier de Grey’s Anatomy, l’élément immuable vers qui beaucoup se dirigent. Meredith n’est pas parfaite, tant s’en faut, mais elle avance, chute, se révèle et ne se laisse plus abattre comme dans le temps. Ce médecin est la véritable star de cette année et, à l’instar des précédentes, celle-ci ne se consacre pas suffisamment aux maints protagonistes vraiment trop nombreux de la série.

Après un démarrage plutôt réussi, la production retombe dans ses travers et ne parvient que trop rarement à retrouver l’équilibre de l’année passée. Les épisodes n’en deviennent jamais horripilants à regarder, mais en raison de diverses longueurs et redondances, ils donnent une sensation de surplace. Les principales figures ont en plus la désagréable manie de ne pas correctement communiquer, de multiplier les quiproquos évitables et de se complaire dans du mélodrame presque poussif. L’arc final avec Callie et Arizona symbolise justement l’un de ces écueils facilement dispensables. Leur divorce se déroule bien, mais la petite amie de l’orthopédiste, Penny, met le feu aux poudres et plonge l’ex-couple dans une bataille rébarbative à l’issue prévisible. Cette nouvelle interne n’est pas dénuée d’intérêt sauf qu’elle ne sert que de catalyseur d’évènements difficiles. D’ailleurs, Callie ne sort pas grandie de cette saison et ses derniers instants reflètent un cruel manque de considération de la part des scénaristes. April et Jackson représentent l’autre dynamique passant la majorité de l’année à se disputer. La jeune femme est revenue de Jordanie pensant récupérer son mariage comme si de rien n’était, mais ce n’est bien sûr pas le cas. L’intrigue les concernant s’enlise assez rapidement avant de finir par prendre une tournure plus posée et pertinente, bien que toujours peu enthousiasmante. Pourtant, les deux détiennent une alchimie palpable et se veulent sympathiques. Les écorchés vifs que sont Owen et Amelia provoquent des tensions à défaut d’injecter un véritable impact émotionnel, la faute à des évènements mal amenés ou développés. L’irruption du charmant et détendu Nathan Riggs (Martin Henderson) restaure les démons d’Owen pour une raison alors inconnue sauf qu’une fois de plus, le traitement patine légèrement. Toutes ces histoires ne sont en plus que le sommet de l’iceberg, car une multitude d’autres s’entremêlent au sein de cette saison moyennement homogène étirant parfois les problèmes à l’extrême.

Cette salve d’épisodes inédits ne possède pas sur le papier d’enjeux à proprement parler. Elle se contente d’enchaîner divers moments et crises qui, sans s’avérer ennuyants, ne transcendent pas les foules. Les cas médicaux, d’ailleurs, ne perdurent pas en mémoire malgré quelques visages familiers comme un sous-employé Lance Henriksen (MillenniuM), Nikki Deloach (Awkward.) ou Wilmer Valderrama (That ’70s Show) interprétant un intérêt romantique de Stephanie, condamnée à peau de chagrin. Sa comparse Jo n’est guère mieux lotie. Toutes deux, en plus d’irriter en raison d’une attitude trop immature, n’arrivent pas à s’intégrer au reste alors que précédemment, cet obstacle ne se posait pas trop. Que ces femmes soient en retrait se tolère, mais Alex, lui, mérite encore une fois plus d’exploitation. Sa jolie relation avec Meredith fait mouche, ne le nions pas, et plaît par sa sincérité et son naturel, mais ce titulaire ne doit pas uniquement servir de décor ou de faire-valoir. Difficile aussi de se passionner pour les remous du couple de Miranda et de Ben. La première dirige dorénavant la chirurgie et essaye tant bien que mal de tempérer les ardeurs d’un mari qu’elle juge parfois inconscient, arrogant et trop sûr de lui. Son dilemme moral peine à marquer. À côté de tout ça, la pétillante Maggie s’éprend de l’interne Andrew DeLuca (Giacomo Gianniotti) et rêve du grand amour ; Richard joue son rôle de médiateur paternaliste. Bref, l’histoire avance sans vague, de manière balisée et trop classique pour haranguer les foules. Les tragédies restent pour une fois plutôt en arrière-plan, l’atmosphère se voulant plus légère et optimiste, ce qui n’est en soi pas un mal. Mais bien sûr, chassez le naturel et il revient souvent au galop.

Pour résumer, la douzième saison de Grey’s Antomy ne réitère pas le succès de la précédente et retombe dans des travers déjà connus de la série, sans s’avérer pour autant mauvaise. Ses épisodes ne tiennent pas suffisamment sur la longueur et se voient rythmés par des prétextes scénaristiques et des occasions parfois ratées. L’affection pour plusieurs de ces héros permet de ne pas s’agacer surtout que l’ambiance assez malicieuse, cela malgré des drames légèrement excessifs, pimente les situations. Mais tout de même, il manque une vraie cohésion d’ensemble ou une solide empathie pour contenter. Cette mécanique trop bien huilée ponctuée de rebondissements éculés, voire caricaturaux, entrave ainsi le bon fonctionnement d’une fiction détenant pourtant encore de sérieuses capacités pour amuser, toucher et fédérer. Pour cela, il lui faut se montrer plus inspirée, peut-être resserrer ses intrigues et réduire sa galerie de personnages. En bref, elle doit relever la qualité générale de son écriture et arrêter de rester aussi ronronnante et presque paresseuse.

Zenkai Girl | 全開ガール

Par , le 26 avril 2017

Voir les séries traînant dans mes dossiers depuis trop longtemps fondre comme neige au soleil me ravit au plus haut point. Celle nous concernant aujourd’hui y sommeillait depuis plus de cinq ans ! Zenkai Girl, dont le titre peut être très approximativement traduit par la fille jusqu’au-boutiste, comporte onze épisodes diffusés sur Fuji TV entre juillet et septembre 2011. Comme souvent, le premier d’entre eux dispose de quinze minutes venant s’additionner aux quarante-cinq habituelles. Yoshida Tomoko (Fire Boys, Hataraki Man) s’est chargée du scénario. Aucun spoiler.

Ambitieuse et travailleuse, la jeune avocate internationale Ayukawa Wakaba ne doute pas mener un jour une carrière dont elle n’a pas à rougir. En tout cas, elle ne se laisse pas impressionner et se donne les moyens de réussir. Si elle a pour l’instant mis de côté sa vie personnelle, elle compte bien rattraper le temps perdu et trouver un bon parti susceptible de l’égaler. Par chance, elle parvient à intégrer in extremis un prestigieux cabinet et se voit déjà lancée sur sa destinée. Sauf que sa supérieure ne l’entend pas de cette oreille et lui impose, pour sa période d’essai de trois mois, de garder sa petite fille de cinq ans en plus de répondre aux missions de son poste. Loin de se déclarer vaincue, la jeune femme accepte ce marché et commence à jongler entre ses différentes casquettes. À l’école élémentaire, elle rencontre un père divorcé altruiste se contentant de son statut peu reluisant. Au lieu de l’ignorer, elle ne peut s’empêcher de le mépriser ouvertement, mais ne se cache-t-elle pas ses véritables sentiments ?

Lors de son passage à la télévision, Zenkai Girl a bénéficié de critiques assez élogieuses sur Internet. Pour autant, elle ne me tentait plus vraiment et c’est sûrement en partie pourquoi je ne l’ai pas regardée plus tôt. Sur le papier, elle ressemble à une comédie romantique balisée n’apportant rien au genre. Malheureusement, son début donne le ton et prouve le fondement des craintes initiales. Pire, plus la fiction se développe et plus elle s’engouffre dans tous les poncifs, négligeant au passage d’injecter un soupçon d’originalité, des étoiles dans les yeux ou un minimum de finesse. Ce serait exagéré de la fustiger plus que de raison, car elle ne s’avère pas réellement mauvaise, mais elle ne possède aucun argument digne de ce nom. Sa seule créativité réside dans sa réalisation qui, par chance, finit par se calmer. Effectivement, le premier épisode s’arme d’un montage épileptique, haché et proprement inepte. Ces artifices ridicules et desservant l’ensemble qui n’en a déjà pas besoin disparaissent rapidement et sont remplacés par une forme traditionnelle dénuée de charme, mais bien plus passe-partout. La musique de Face 2 fAKE (Densha Otoko) et la chanson de fin, Tsubusa ni Koi, interprétée par les Kanjani∞, s’oublient tout aussi vite. Malgré des répliques vives et une succession de péripéties, le rythme reste plat et traverse une longue période de disette en milieu de parcours. Une recette aux ressorts éprouvés ne signifie toutefois pas toujours que la sauce ne puisse prendre. Après tout, le sel d’une histoire se situe également dans la caractérisation des personnages, leurs diverses relations et les sentiments véhiculés. Sauf que Zenkai Girl se borne à la facilité et ne cherche jamais à rompre la monotonie patente. Son contenu ressemble curieusement à celui de la vieillissante Yamato Nadeshiko ne méritant pas non plus l’investissement.

Du haut de sa petite vingtaine, Ayukawa Wakaba sait déjà ce qu’elle veut. L’héroïne se révèle au départ antipathique. Condescendante, arrogante et suffisante, elle ne se gêne pas pour asséner ses quatre vérités, quitte à blesser autrui. Son attitude s’explique en partie par son passé, elle qui fut élevée par un père un peu simplet sans le sou, victime constante des yakuzas. Grâce à son intelligence et son sens de la débrouille, elle a réussi à monter les échelons et n’accepte pas de voir des individus rechigner devant l’obstacle ou baisser les bras avant d’avoir commencé. Son indépendance fait toutefois mouche et progressivement, elle enlève ses œillères et constate que le monde n’est pas aussi manichéen que ça. Pour cela, elle doit remercier la mignonne petite fille qu’elle garde, l’éveillée Hinata (Tani Kanon – Namae wo Nakushita Megami). Les enfants détiennent une place importante au sein de la production qui s’approche sur certains points d’une histoire plus familiale que purement romantique, mais ceux-ci souffrent souvent de dialogues peu naturels, car trop adultes. La pugnace Wakaba ne s’avoue ainsi jamais vaincue et se lance dans sa carrière débutante, chapeautée par la bienveillante Sakuragawa Shôko (Yakushimaru Hiroko – Kisarazu Cat’s Eye), la gérante du cabinet d’avocats international et mère divorcée de Hinata. La jeune femme s’inspire de ce modèle féminin et tente de prouver à tous qu’il est possible de mener de front son travail et sa vie personnelle. Les quelques éléments sur la famille monoparentale se révèlent aussi pertinents, bien qu’ils ressemblent surtout à des prétextes scénaristiques. Autrement dit, Zenkai Girl se veut assez rafraîchissante et moderne même si son traitement demeure superficiel. Ce n’est pas la peine d’y attendre une réflexion sociologique ou culturelle, les rebondissements prévisibles étant plutôt préférés.

Comme toute comédie romantique qui se respecte, celle-ci démarre par la confrontation entre deux individus n’ayant apparemment aucun point commun. Le jour où Wakaba rencontre Yamada Sôta, elle le juge incapable et irritant. Profondément bon, cet homme élève seul son fils surnommé Pitarô (Takagi Serai) tout en exerçant dans un petit restaurant sans prétention. Il se contente de peu et se satisfait de cette existence qu’il estime être riche à sa manière. Alors que l’héroïne ne se gêne pas pour le railler et le descendre plus bas que terre, il tombe sous son charme, mais sait ne pas jouer dans la même cour. Quand un rival, l’avocat Shindô Kyôichi (Hirayama Hiroyuki – Namae wo Nakushita Megami) arrive sur le devant de la scène, il s’imagine n’avoir aucune chance. Zenkai Girl illustre ainsi l’éveil des sentiments de ce couple en devenir. Le téléspectateur se doute qu’ils finiront ensemble, la question étant de découvrir leur parcours souvent bousculé par les enfants bien plus lucides sur la situation et veillant à se transformer en Cupidons miniatures. Or, Wakaba et Sôta ne montrent pas une véritable alchimie et se perdent dans une histoire redondante. Les acteurs, Aragaki Yui (My Boss, My Hero) et Nishikido Ryô (Inu wo Kau to Iu Koto, Last Friends), font ce qu’ils peuvent, mais ils ne réussissent pas à se départir de cette écriture dénuée de subtilité ou de profondeur. Ils se lancent dans l’éternel jeu du je t’aime, moi non plus où le temps n’est jamais en leur faveur, hésitent de plus belle et n’avancent pas. Le développement quasiment inexistant de leur attirance manque cruellement de chaleur, d’empathie et ne permet pas d’y adhérer, surtout que le reste s’avère encore plus falot, cliché, voire caricatural.

La romance phare s’engouffre dans les retournements de situation visibles des kilomètres à la ronde avec des triangles amoureux insipides, un ambitieux prêt à tout pour atteindre son but, le retour d’une mère, des facilités scénaristiques consternantes et du sentimentalisme étouffant. Il devient difficile de prendre au sérieux ce qui se déroule tant ce monde semble naviguer dans un univers doucereux où même les plus ambigus sont gentils. Toute tension dramatique est atténuée par de la guimauve et de grossières ficelles narratives, avec une fin précipitée moyennement satisfaisante. L’honnête, timoré et passif Sôta emporte néanmoins la palme dans le genre, car il accepte tout sans broncher, n’élève jamais la voix et ressemble à un véritable masochiste. Et à force de dire oui à tout, il blesse d’autres comme l’assistante Soyoko (Renbutsu Misako – 37.5°C no Namida) qui s’entiche de lui. Les personnages secondaires à l’interprétation aléatoire ne servent que de faire-valoir ou de ressorts humoristiques à la frontière du grotesque. Par exemple, le trio d’amis du protagoniste, dont un incarné par le sympathique Arakawa Yoshiyoshi (Tiger & Dragon), n’apportent rien de probant et ne répondent qu’à une étiquette étriquée. N’évoquons même pas le cas de l’avocat campé par Satô Jirô (Tumbling) se bornant à monologuer dans son coin et dont la présence se révèle hautement incongrue. À l’école, le directeur bourru et sa fille se limitent à quelques répliques accentuant le côté poussif de cette histoire décidément avare en finesse, mais riche en aventures factices.

Pour résumer, avec son intrigue amoureuse se contentant du traditionnel cahier des charges, Zenkai Girl se range dans le panier de ces séries paresseuses ne jouissant pas d’une quelconque once d’originalité. Bien qu’elle dispose de quelques atouts en poche avec son héroïne carriériste battante et trop hautaine, elle n’essaye jamais de sortir du passage clouté et s’embarrasse d’une dimension familiale trop mièvre. Ce classicisme pourrait se tolérer à condition que son couple vedette mette des papillons dans le ventre, mais leur absence de développement ou de charisme ensemble comme séparément ne joue une fois de plus pas en leur faveur. Si en plus les épisodes n’hésitent pas à multiplier les stéréotypes et plusieurs idioties improbables, il ne reste plus grand-chose à quoi se raccrocher en dehors peut-être des enfants, attendrissants malgré une attitude légèrement artificielle. Le visionnage n’en devient pas désagréable à condition d’y aller au compte-gouttes si ce n’est qu’il s’oublie aussitôt la télévision éteinte, preuve du peu d’intérêt de cette production insipide, superficielle et convenue.

Heroes Reborn (mini-série)

Par , le 19 avril 2017

Tim Kring, le créateur de Heroes, semblait croire pouvoir revenir sur le devant de la scène et y demeurer. Cinq ans après l’annulation de cette médiocre production, quelqu’un a subitement décidé qu’elle se rappelle au bon souvenir des téléspectateurs se passant pourtant très bien d’elle. Heroes Reborn est ainsi arrivée à l’écran alors que personne ne l’attendait. Bien qu’elle fut initialement annoncée comme une mini-série de treize épisodes diffusés sur NBC entre septembre 2015 et janvier 2016, il paraît évident que le scénariste souhaitait qu’elle perdure. Sauf que la chaîne a retrouvé ses esprits et rétorqué que non, toute bonne chose avait clairement une fin. Est-ce que cet univers de science-fiction a donc totalement refermé ses portes ? Seul l’avenir nous le dira, car après tout, tout est envisageable en qui le concerne. Aucun spoiler.

Un an s’est écoulé depuis l’attaque terroriste d’Odessa, au Texas, ayant fait un grand nombre de victimes. Le gouvernement et l’opinion publique accusent ouvertement les individus possédant des capacités extraordinaires, les Évolués ou Evos, de ce massacre. C’est pourquoi ceux-ci sont obligés de se cacher, de fuir et de veiller à toujours dissimuler leurs pouvoirs surtout qu’un couple les assassine de sang-froid. Depuis l’attentat, Noah Bennet s’est rangé et suit une existence aussi paisible que possible, mais quand le passionné de conspiration Quentin Frady surgit de nulle part, la situation commence à se corser. Et si tout n’était que secrets et manipulations ? Que fabriquent la puissante société Renautas et Erica Kravid, sa dirigeante visiblement dénuée de conscience morale ?

Avant d’arriver à l’antenne, Heroes Reborn a pris le temps de lancer ses principaux enjeux à travers la sympathique courte web-série Dark Matters. Si elle ne se montre pas indispensable, elle apporte plusieurs éléments scénaristiques intéressants et permet d’ailleurs de découvrir les personnages de Quentin et Phoebe Frady. Ses qualités d’ensemble laissent en plus imaginer que malgré les remous passés, Tim Kring a peut-être enfin appris de ses erreurs et se révèle désormais capable de proposer une histoire rondement menée. Tuons le suspense immédiatement, car, non, ces épisodes inédits ne risquent pas de bouleverser l’ordre établi. Pourtant, le concept a de quoi piquer la curiosité sur le papier. Au lieu de repartir à zéro, le récit réutilise l’ossature déjà connue, effectue un bond salvateur dans le futur, multiplie les références et clins d’œil, et ramène plusieurs figures, dont certaines assez attachantes. La fameuse vidéo de ses prouesses surhumaines que Claire Benett a dévoilée à la planète entière a fait l’effet d’une bombe. Le monde a découvert ces Évolués et a commencé à les accepter jusqu’à ce jour fatidique de juin où, lors d’un sommet pour la paix, le supposé terroriste Mohinder Suresh provoqua l’explosion des lieux. Depuis lors, le climat se veut délétère pour ces individus différents. Certains se terrent, d’autres sont tués et plusieurs disparaissent mystérieusement. Quentin cherche justement sa sœur et réussit à faire sortir de sa routine Noah Bennet qu’il pense être de mèche avec ce qui se déroule. Or, ce n’est pas le cas. Ce duo non dénué de charme et de piquant se lance ainsi dans une course contre la montre, car il semblerait qu’une apocalypse s’annonce. En progressant sur ce chemin dangereux et sinueux, ils se préparent à lever le voile sur ce qui s’apparente à un grand tour de passe-passe plutôt correctement amené à l’écran à travers une structure narrative jouant sur la ligne temporelle. Les flashbacks et flashforwards s’entremêlent et suivent une certaine logique, sans perdre au passage l’audience, mais malgré cela, la prévisibilité, les archétypes, les rebondissements téléphonés, les intrigues inutiles et les individus falots nourrissent cette mini-série prenant rapidement l’eau. La mise en scène moyennement engageante, avec des incrustations numériques de piètre qualité, continue d’alimenter le cahier des doléances dont la conclusion en représente éventuellement le point d’orgue. Effectivement, si l’arc principal se termine, subsistent maintes questions susceptibles de frustrer à juste titre plusieurs téléspectateurs.

Heroes Reborn veille à proposer une nouvelle galerie de personnages et ne lésine pas sur les moyens. Dans l’Illinois, le lycéen Tommy (Robbie A. Kay – Once Upon a Time) apprend à employer ses capacités tout en s’amourachant de la jolie Emily (Gatlin Green). Depuis aussi loin qu’il se souvient, il déménage constamment avec sa mère célibataire parce que personne ne doit connaître son secret. Cette figure est l’une des rares à disposer le plus de matériel, ce qui lui permet un tant soit peu de se montrer un minimum agréable, à défaut de sortir d’une caractérisation bien stéréotypée. Les autres, en revanche, ne servent qu’à du décor et à ralentir une intrigue principale s’éternisant dans des longueurs et une volonté de tarabiscoter un récit qui n’en a pas besoin. Luke (Zachary Levi – Chuck) et Joanne Collins (Judi Shekoni) sillonnent les États-Unis dans le but d’assassiner le plus d’Evos possibles, car ils les jugent responsables du décès de leur enfant. Difficile d’adhérer à la souffrance de ce couple en perdition tant il manque de profondeur et de relief. Ne parlons surtout pas de Carlos Gutierrez (Ryan Guzman) revenant de la guerre. À l’instar de la série mère, celle-ci choisit de s’envoler en direction du Japon avec Katana Girl (Kiki Sukezane) et Ren (Tôru Uchikado), son fidèle acolyte tentant d’injecter un semblant d’humour. Ajoutons également Malina (Danika Yarosh) une jeune fille apparemment vouée à un destin incommensurable et patientant pour l’instant tout au nord de la Terre. Sans oublier, forcément, la grande méchante qu’est Erica Kravid (Rya Kihlstedt) que le script essaye en fin de parcours d’humaniser. Les stéréotypes pullulent et rien n’est jamais fait pour intégrer convenablement ces trop nombreuses figures à l’ensemble. Heroes Reborn capitalise peut-être trop sur un effet nostalgique et de toute manière, ce sont les anciens personnages qui, pour la plupart, éveillent un quelconque intérêt. Revoir Hiro fait par exemple plaisir, mais c’est surtout Noah qui mérite des louanges même si à lui tout seul, il ne peut sauver l’intégralité du récit. La famille détient de nouveau un rôle primordial et pousse plusieurs individus à des comportements parfois désespérés. Quoi qu’il en soit, les épisodes défilent, s’embourbent dans des longueurs et si l’ennui est enrayé par un certain sens du spectacle, la qualité générale ne répond que trop rarement à l’appel en raison de dialogues artificiels, de scènes trop explicitées et d’une avancée laborieuse.

En conclusion, Heroes Reborn passe tristement à côté de son potentiel et se noie dans une exécution approximative. Cette mini-série inégale remémore les heures difficiles de la production lui ayant donné naissance parce qu’elle non plus ne réussit pas à s’affranchir de plusieurs défauts handicapants. Plutôt que d’aller à l’essentiel, le récit tente de brouiller les pistes, traîne les pieds et laisse la curieuse impression d’un brouillard cachant la vacuité d’un scénario prévisible pétri de clichés. Encore une fois, les héros s’apprêtent à vivre une apocalypse plus ou moins orchestrée par un vil conglomérat et essayent tant bien que mal de se débattre, quitte à devoir perdre la vie pour sauver les leurs. Faute de se renouveler et de répéter à l’infini une formule ayant déjà montré ses lacunes, cette fiction au suspense un brin éventé patine rapidement et ne parvient pas à divertir de bout en bout. Avouons-le, si l’ensemble se visionne sans souffrir, cet échec n’est finalement pas très surprenant.

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