Olympus (série complète)

Par , le 28 juin 2017

Les années ont beau défiler, les mythologies n’ont toujours guère la cote à la télévision. Cela n’empêche nullement certaines fictions de tenter de les explorer, à l’instar d’Olympus. Cette série anglo-canadienne ne comporte qu’une petite saison de treize épisodes diffusés simultanément sur Super Channel et Syfy entre avril et juillet 2015. La chaîne étasunienne n’a jamais pris la peine d’officialiser l’annulation de cette production créée par Nick Willing (Tin Man, Alice), mais il paraît clair que depuis le temps, elle a rejoint le cimetière des disparues au combat. Aucun spoiler.

Athènes, 2015 av. J.-C. La cité et ses habitants traversent une période très compliquée entre pauvreté, guerres et luttes de pouvoir. Après avoir vécu une vingtaine d’années dans la forêt, un jeune homme choisit d’en sortir et de partir en quête d’une femme susceptible de lever le voile sur son existence. Il est loin de se douter de ce qu’il va découvrir et des conséquences en découlant. Cyclope, magie, prophéties, assassins et duperie ne sont que quelques-uns des ingrédients jalonnant son parcours parsemé d’embûches. Est-il le meneur tant attendu capable de défier et de renverser ces dieux tout puissants ?

C’est à croire que la grande majorité de séries s’attelant aux mythes gréco-romains a pour impératif d’être mauvaise, voire horrible. Parce que, oui, impossible de faire durer le suspense, Olympus s’apparente à un véritable carnage. Tout d’abord, elle ne ressemble esthétiquement à rien. Bien qu’elle date de 2015, elle semble avoir quinze ans de moins en raison d’effets spéciaux hideux lamentablement dissimulés derrière une luminosité digne d’une grotte. En clair, on n’y voit rien et le peu que l’on aperçoit n’inspire guère l’enthousiasme. Les créatures monstrueuses détiennent pour certaines un visuel assez intéressant, car tranchant avec les habitudes du genre, mais le traitement se veut tellement affreux qu’il devient compliqué de prendre quoi que ce soit au sérieux. L’absence de décors naturels au profit d’images de synthèse très artificielles prolonge ce sentiment d’infâme bouillie numérique, là où les personnages paraissent en plus seuls au monde puisque les figurants se résument à peau de chagrin. Certes, le budget limité ne joue pas en la faveur de la production, mais à ce stade, difficile de lui trouver de vraies excuses. La réalisation en tant que telle ne se montre pas mieux lotie, avec des mouvements de caméra hasardeux, des sortes de pauses temporelles et une mise en scène discutable. Pour la petite anecdote, Amanda Tapping (Stargate SG-1) s’est chargée de quelques épisodes. Histoire de se révéler encore plus ridicule, Olympus opte pour une approche à moitié violente et un style lorgnant vers 300 ou Spartacus, avec un résultat hautement navrant étant donné qu’elle ne va jamais jusqu’au bout de ses idées. À force de se donner de grands airs, elle se prend les pieds dans le tapis, autant sur la forme que sur son fond.

La série commence in media res avec son protagoniste enchaîné, prisonnier d’un cruel cyclope. Par chance, il réussit rapidement à se libérer et peut secourir par la même occasion l’oracle qu’il était venu chercher. Son nom doit être tu, au risque sinon de se statufier, et si les autres l’appellent dans un premier temps le mercenaire, il se transforme plus tard en Héros, au cas où le téléspectateur n’aurait pas compris qu’il camperait un rôle majeur. Bien sûr, la prophétesse est connue en tant qu’Oracle, son identité étant dévoilée dans l’ultime épisode. Tous deux s’entendent comme chien et chat, mais doivent plus ou moins collaborer pour déchiffrer le destin du jeune homme qu’ils savent hors du commun. Et pour cause, il est le fils d’Égée, le roi d’Athènes égoïste, irascible et incapable de gouverner correctement un peuple se languissant. Il possède également en lui une compétence énigmatique convoitée, celle de s’approcher de l’Olympe et d’acquérir des pouvoirs divins. Tout au long de sa courte durée de vie, Olympus joue la carte du mystère et du parcours initiatique. Elle divulgue les informations au compte-gouttes et transforme son histoire au gré du vent, selon les envies du moment. Bien qu’elle tire sa source de la mythologie grecque, avec notamment de nombreuses figures emblématiques telles que Dédale, Minos, Ariane et Médée, elle n’en profite jamais et propose une version inepte sortie de nulle part. En dépit de modifications improbables, les prises de liberté ne gênent pas plus que ça puisqu’elles sont noyées dans tout le reste, horrible et catastrophique. Outre les facilités scénaristiques, l’interprétation peu inspirée de la plupart de la distribution, les dialogues idiots et une autre pelletée de défauts, la production a surtout pour principale tare de cheminer de façon totalement ubuesque et incohérente.

Malgré tous les écueils la caractérisant, la première moitié d’Olympus demeure encore seulement très passable. Peut-être pour essayer de densifier ses personnages et leur apporter une dimension plus trouble, le récit décide en cours de route de métamorphoser Héros (Tom York) en individu détestable agissant cruellement. Et il n’est pas le seul, car quasiment tous ses congénères se révèlent peu sympathiques, voire méprisables. Le génie Dédale tente d’injecter quelques touches d’humour finissant par tomber à l’eau. Le fils d’Égée change d’avis et de sentiments comme de chemise, voue un amour éternel à une femme qu’il rabrouait trois secondes plus tôt, tue de sang-froid et se comporte de manière erratique. Au regard de son héritage, le mercenaire est sûrement une approximative mouture de Thésée, l’aspect légendaire en moins. Ce protagoniste ne dégage qu’une vague de désespérance. Oracle (Sonya Cassidy – The Paradise), elle, souffre d’une caractérisation binaire où elle se plaint constamment. Les autres ne servent pas à grand-chose et comblent le vide en oubliant le potentiel parfois latent. Les mensonges, complots, secrets familiaux et manipulations alimentent les couloirs du froid palais, avec un discours redondant sur l’amour. Les épisodes progressent et poussent le vice jusqu’à dégrader la qualité déjà anémique, avec des retournements de situation, un registre faussement noir et une complexification d’une intrigue imbécile en dehors d’exceptionnels éléments plus fins sur la foi. Quant à la conclusion qui n’en est donc pas une, elle symbolise à merveille tout ce qui cloche et risque de frustrer les rares amateurs.

Au final, la courte série Olympus essaye de proposer sa propre version de l’histoire d’un héros grec prêt à en découdre pour renverser les dieux omnipotents. Sauf qu’elle échoue sur tous les plans, si ce n’est celui de laisser l’audience consternée par tant de médiocrité et de débilité. En plus d’écorner la rétine avec sa surutilisation du fond vert, elle souffre d’une écriture à la truelle, de personnages sans relief changeant de tempérament douze fois en deux minutes, de rebondissements éventés et illogiques, de relations croquées sans subtilité, d’une absence totale d’un souffle épique ou émotionnel et de tant d’autres défauts prépondérants. En bref, cette production fumeuse se prenant très au sérieux est d’une rare indigence. À côté, Atlantis mérite maintes récompenses !

Tsumi to Batsu | 罪と罰

Par , le 21 juin 2017

Incroyable, mais vrai, je suis enfin arrivée au bout du stock de fictions japonaises sommeillant dans mes dossiers depuis parfois maintes années. Cela m’aura pris beaucoup de temps, mais maintenant, je peux repartir sur des bases un peu plus légères, à condition que je ne retombe pas dans mes travers. C’est d’ailleurs assez amusant de terminer avec Tsumi to Batsu, une production qui me faisait grandement envie depuis sa diffusion, mais que je n’ai donc regardée qu’il y a peu. Son titre, traduisible en crime et châtiment, ne laisse guère de doute sur la paternité de l’histoire puisqu’il s’agit d’une déclinaison d’un manga en dix tomes d’Ochiai Naoyuki adaptant et modernisant lui-même l’illustre roman de Fiodor Dostoïevski ; la bande dessinée est disponible en France chez Akata/Delcourt sous l’appellation Syndrome 1866. La série japonaise, elle, se constitue de six épisodes transmis sur WOWOW entre avril et juin 2012 ; à l’exception du dernier comportant vingt minutes additionnelles, les autres se contentent de cinquante. Aucun spoiler.

Est-ce réellement un crime que d’assassiner un individu entravant le bon fonctionnement de la société ? Le jeune étudiant sans le sou Tachi Miroku se pose nombre de questions existentialistes et commence à s’enfermer dans une spirale autodestructrice. Au lieu de se rendre en cours, il reste cloîtré dans sa chambre à réfléchir, écrire, tergiverser. Ses pensées souvent sordides l’incitent à passer à l’acte, mais il doute. Comment doit-il agir pour devenir le grand homme qu’il rêve de représenter ? Lors d’une de ses rares sorties, il entend les discussions de lycéennes exhortant l’une d’entre elles à se prostituer pour intégrer leur club fermé. N’est-ce pas là le signe qu’il attendait pour mener à bien ses fantasmes les plus profonds et se forger sa propre identité ? Ne risque-t-il pas plutôt de se condamner à jamais ?

Même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque, je n’ai jamais pris le temps de me lancer dans le classique russe qu’est Crime et Châtiment. J’avoue que son caractère très imposant, autant sur sa forme que sur son fond, m’effraye beaucoup. De même, je ne connais pas le manga l’adaptant. Je serai par conséquent bien en peine de comparer quoi que ce soit et ce billet se contente du matériel proposé par la série. Si je rattrape un jour ce trou culturel béant, j’en profiterai pour ajouter par ici un petit aparté. Le synopsis annonce d’emblée la couleur et les premiers instants de la fiction confirment la lourdeur étouffante de l’ambiance. Car avant toute chose, Tsumi to Batsu sort du lot par sa tonalité très noire, glaçante et férocement pessimiste. Rares sont les productions télévisées japonaises à se montrer aussi sinistres et oppressantes, à jouer l’ambivalence morale et à oser aller jusqu’au bout de leurs idées. Les scènes de violence, à la dimension parfois sexuelle, ne sont d’ailleurs pas édulcorées, s’affranchissent d’un voyeurisme redouté et appuient plutôt la teneur psychopathologique de l’intrigue. Sans surprise, les épisodes sont passés sur la chaîne du câble WOWOW, habituée aux thématiques plus âpres et travaillées. La réalisation essaye de participer à cet effort et se distingue du style fadement classique. Elle privilégie les couleurs froides et désaturées, une musique d’Endô Kôji (Neko Zamurai) tantôt minimaliste tantôt cérémoniale, un rythme lancinant et une narration antichronologique. Les évènements se succèdent dans un ordre assez aléatoire, avec plusieurs allers et retours dans le temps. Les indices distillés au compte-gouttes favorisent cette atmosphère inquiétante, létale, mais également une confusion qui, bien qu’un peu maladroite, symbolise les troubles du protagoniste. Le téléspectateur sait dès le départ que cette plongée dans la psyché torturée de ce vingtenaire désabusé se terminera tragiquement. Dommage que la seconde moitié très désorganisée perde de sa force et s’embarrasse de longueurs verbeuses légèrement rébarbatives parce que les propos généraux dégagent une fine intelligence.

Miroku a pour feu son père une grande estime et souhaite un jour lui ressembler et l’honorer. Tout du moins, c’est ce qu’il se répète. Il suit ses traces en écrivant des histoires, mais pour l’instant, la satisfaction ou le succès ne sont pas au rendez-vous. Il déménage à Tôkyô pour étudier dans une prestigieuse université, avec le soutien financier de sa sœur aînée, persuadée que son frère est promis à un brillant futur. Elle n’hésite donc pas à l’aider de son mieux, sans en devenir pour autant impérieuse, mais toujours bienveillante. Une fois à la capitale, la situation dérape, le monde lui paraissant à la dérive, envahi par des personnes nuisibles. Perdu dans ses pensées obsessionnelles, il ne sort alors guère plus de son minuscule studio, refuse presque toute communication avec sa famille, ne leur téléphone jamais et détourne la vérité pour éviter de révéler le pot aux roses. Pendant ces longues journées, il demeure tapi entre ces quatre murs, dans une obscurité tentaculaire, et nourrit ses propres tourments. Quelques années plus tôt, il fut récompensé par un prix littéraire grâce à un récit mettant en avant un criminel, mais à ses yeux, quelque chose manque pour le rendre convaincant. Puisqu’il n’a lui-même jamais tué, il estime ne pouvoir en parler avec authenticité et légitimité. Cette absence d’émotions devrait être comblée en s’y plongeant à corps perdu. Tandis qu’il se laisse envahir par ses envies de plus en plus pressantes, il remarque la lycéenne Baba Hikaru (Hashimoto Ai – Hard Nut!), une manipulatrice sans scrupules. Elle harcèle ses camarades pour son profit, les pousse à pratiquer l’enjo kôsai, une sorte de prostitution adolescente défrayant souvent la chronique au Japon, et œuvre de concert avec les yakuzas. Ce comportement dégoûte le mutique Miroku qui ne parvient plus à chasser cette pulsion meurtrière. Il doit assassiner cette fille cruelle dénuée de toute conscience. La société n’en sera ensuite que meilleure et lui se sentira mieux. Forcément, rien ne se passe comme prévu et il réalise trop tard les dommages de ses actes, sur sa propre vie comme sur celle d’autrui.

Comme son titre l’indique, Tsumi to Batsu aborde le crime. Découvrir si l’irascible Miroku va exécuter quelqu’un n’est en soi pas le fond du problème puisqu’il est manifeste qu’il le fera. La question est plutôt de savoir quelles en seront les conséquences, la série soignant son approche psychologique. Quand bien même le protagoniste se cherche des prétextes pour commettre cet homicide, s’arroger en justicier purificateur des maux rongeant le monde, sa fragilité mentale laisse dès le départ imaginer qu’il ne s’en sortira pas indemne. Dans son premier roman, il décrivait un assassin marmoréen, détaché, parfait, modèle qu’il aimerait atteindre. Il planifie ainsi le meurtre de la jeune fille méprisable et se retrouve confronté à un obstacle de taille, la présence du jouet de sa propre victime, la craintive Shimazu Risa (Ono Asuka). La personnalité de Miroku bénéficie d’un traitement ciselé, le scénario veillant à privilégier la carte de l’ambivalence et des contradictions. Envahi par une sourde colère catalysée par des secrets et des sacrifices familiaux, ne supportant plus cette dépendance financière et émotionnelle, il n’exprime jamais ses sentiments qu’il refoule au plus profond de lui-même, l’écriture s’apparentant à un exutoire. Il transfère sa haine de lui-même sur les autres et ne réalise pas que le problème vient finalement de lui, de tout ce qui le travaille depuis probablement maintes années. Ces mécanismes de défense et ces difficultés de communication le poussent vers des conduites discutables, voire condamnables. Kôra Kengo (Itsuka Kono Koi wo Omoidashite Kitto Naiteshimau) l’interprétant saisit parfaitement les paradoxes de ce garçon recroquevillé, mal à l’aise, souffrant d’un complexe d’infériorité et se permettant pourtant de juger tout le monde en aspirant quelque peu à une sensation de toute-puissance. Sudô Kai, l’ambigu personnage campé par Tanaka Tetsushi (Yamegoku), entretient ses troubles et ne souhaite en aucun cas que celui qu’il considère comme son poulain s’en sorte et se détache de lui. Au contraire, il le manipule à sa guise et le ramène encore et encore vers la noirceur et l’anarchie. Cette approche psychologique, voire psychanalytique, ne se limite nullement aux motivations de son protagoniste étant donné qu’elle illustre également son inéluctable déchéance, là où il se voit écrasé par le poids de ses péchés.

Rapidement, la série aborde sa deuxième phase, celle du châtiment. Une fois le pire perpétré, Miroku s’effondre. En dehors de la police et d’un procureur sagace au goût pour la philosophie (Ibu Masatô – Warui Yatsura), il se retrouve surtout rattrapé par ses remords qui ne font que s’amplifier et le tétaniser. Qu’a-t-il commis ? Pourquoi se sent-il aussi mal ? Sa conscience le ronge et il n’arrive pas à la pulvériser, car ses actes ne trouvent plus de véritable justification. La question pertinente à laquelle le scénario ne répond à juste titre pas, c’est de savoir si Miroku se juge coupable pour ses crimes ou parce qu’il n’est pas l’individu qu’il désirait être. Effectivement, voir ses faiblesses le hante et le blesse dans sa vanité, lui qui n’a rien de ce froid tueur détaché tant fantasmé. Une fois de plus, le personnage est confronté à ses contradictions, à un narcissisme nécessitant d’être éliminé s’il souhaite se reconstruire. Son nihilisme n’était au bout du compte qu’une façade, une carapace. Sa rencontre avec l’intègre Ameya Echika (Mizukawa Asami – Yume wo Kanaeru Zô), une jeune femme vulnérable, le dirige vers un temps d’acceptation, d’expiation. Les scènes n’en demeurent pas moins difficiles à observer en raison d’une charge émotionnelle à fleur de peau. La relation qu’entretiennent ces deux êtres à la sensibilité extrême prolonge cette dualité permanente, ces questionnements sur des sujets transpirant d’une humanité cherchant à prendre ses quartiers. Tsumi to Batsu profite de son histoire principale pour dresser un état des lieux assez éprouvant, la société japonaise engendrant ses défauts et transformant parfois ses habitants en monstres dépravés. La prostitution des adolescentes, le harcèlement tel que l’ijime, les accointances avec un milieu mafieux insidieux et diverses autres dérives sont dénoncés plutôt subtilement, l’écriture veillant toujours à laisser le téléspectateur se forger son opinion. L’amour, le sentiment d’interdépendance, le sens du sacrifice proche d’un martyr christique et la violence ne sont que quelques-unes des amorces de réflexion de cette peinture désabusée exagérant volontairement ses propos.

Pour résumer, avec cette plongée dans la tête d’un assassin désillusionné tiraillé par ses propres contradictions, Tsumi to Batsu s’apparente à un voyage d’une rare intensité où chaque étape est savamment menée. Alors qu’il se persuadait de sauver le monde d’une partie de ses tares, ce jeune homme égoïste étouffé par son orgueil se voit pris à son piège et dans l’obligation de se confronter à ses démons qu’il préférait jusque-là nier. Il n’est pas l’être différent, supérieur qu’il croyait représenter, seulement un énième individu semblable aux autres. Outre ses thématiques majeures de culpabilité, de repentir et ses questions assez existentialistes, cette série plutôt atypique pour le petit écran nippon s’arme d’une ambiance noire, funeste, bien que non dénuée d’une certaine lueur d’espoir en fin de parcours, comme si la rédemption était envisageable. Son ambition finit par la desservir vers sa conclusion du fait d’inégalités et de maladresses, mais pour sa richesse psychologique et son absence de complaisance, elle mérite un visionnage si l’on apprécie le genre.

New Worlds | Les Nouveaux mondes (mini-série)

Par , le 14 juin 2017

Alors que probablement personne n’attendait une suite, surtout au bout de six ans, la mini-série britannique The Devil’s Whore s’est vue octroyer de nouvelles aventures avec New Worlds, nommée en France Les Nouveaux mondes. Pour le coup, cette production inédite réalisée par une équipe plus ou moins similaire se constitue de quatre épisodes d’un peu moins d’une heure chacun qui furent diffusés sur Channel 4 en avril 2014. Aucun spoiler.

Angleterre, 1680. Vingt ans se sont écoulés depuis la restauration de la monarchie. Charles II siège dorénavant sur le trône et œuvre pour retrouver le pouvoir absolu, au détriment d’un Parlement de plus en plus affaibli. L’époque où Angelica Fanshawe luttait avec ses camarades est révolue, mais d’autres générations prennent la relève. Sa fille, Beth, un hors-la-loi et deux amis d’enfance évoluant dans la colonie américaine du Massachusetts décident de se battre corps et âme pour sauver le peuple de cette politique liberticide. Mais même les batailles les plus nobles imposent de cruels sacrifices.

Sans être dénuée de défauts, la fresque The Devil’s Whore possède de solides atouts, dont une scénographie tourmentée, des figures attachantes et une prestigieuse distribution. Plutôt que d’offrir une peinture historique précise, elle opte pour une approche plus intime, romantique et férocement tragique. Une suite ne paraissait à première vue pas nécessaire, mais après tout, pourquoi pas ? En réalité, New Worlds n’a pas grand-chose à voir avec celle lui ayant donné vie en dehors de similarités contextuelles et du personnage d’Angelica Fanshawe, références qui à l’arrivée se révèlent très mineures, voire handicapantes. L’ancienne héroïne ne dispose ici que d’un rôle tertiaire et ne ressemble en rien à la passionnée d’antan à la verve enlevée. Ce n’est pas tant qu’elle ait deux décennies de plus ou que son actrice (Eve Best – Nurse Jackie) ait changé qui posent problème, mais uniquement un souci de cohérence globale. Sans évoquer les éventuelles qualités propres de cette nouvelle mini-série, son héritage l’étouffe, car le téléspectateur en attend plus et ne peut que comparer avec ce qu’il a connu et qui l’a fait vibrer. Parce que là, difficile de retrouver un quelconque souffle dans cette histoire convenue ne s’embarrassant pas des clichés et de mélodrame. Le visuel s’est aussi éteint au passage puisque si la photographie demeure correcte, les plans naturels ne dégagent plus aucun lyrisme et la musique de Harry Escott, non désagréable mais très classique pour le genre, ne tient pas la barre face à celle envoûtante de Murray Gold. La recette ne fonctionne donc que cahin-caha, les épisodes se montrant plus convaincants vers la fin malgré un sens du rythme aléatoire et un sentiment de toujours tout esquisser. La série rend d’ailleurs très mal le temps qui s’écoule, des semaines ressemblant à des mois et des années à des jours. Ce n’est pas la peine d’y attendre une exploration pointue de cette période anglaise troublée d’autant que les néophytes en la matière tels que ma modeste personne risquent de s’y perdre parfois tant rien n’est explicité ou développé. Les protagonistes se contentent de grandes envolées idéalistes verbeuses déclamées dans un monde manichéen.

Beth Fanshawe (Freya Mavor – Skins) vit dans une belle cage dorée et ne se doute nullement de ce qui se trame dehors. Elle ne sait pas non plus que son père est le révolutionnaire Edward Sexby, décédé pour ses actions rebelles. Sa rencontre avec le révolté Abe (Jamie Dornan – The Fall) la bouleverse, comme ce fut le cas tantôt avec sa mère, Angelica. Le coup de foudre est total et réciproque, mais le jeune homme est dédié à sa cause, celle de soulager un peuple opprimé. La situation géopolitique ne fait que précipiter les envies de la jolie blonde aux yeux bleus. Le roi Charles II (Jeremy Northam – The Tudors) pourchasse ceux qu’il estime responsables de l’exécution de son père, Charles Ier, ne fait preuve d’aucune pitié et peut compter sur l’aide du machiavélique juge Jeffreys (Pip Carter) n’hésitant pas à torturer et tordre la vérité pour atteindre ses objectifs. Comme dans toute lutte de pouvoir, les complots sont légion, beaucoup ne jouent pas franc-jeu et plusieurs agissent sous couverture dans l’espoir de renverser ce monarque qu’ils ne reconnaissent pas pour mettre sur le trône, par exemple, le duc de Monmouth (Tom Payne – The Walking Dead). Les protestants combattent les catholiques, la religion ajoutant de l’huile sur le feu et cristallisant les rancœurs. New Worlds balaye d’un revers de main cette conjoncture complexe et n’a clairement ni la volonté ni la capacité de l’explorer convenablement avec ses quatre épisodes. The Devil’s Whore a confirmé que privilégier une tendance plus personnelle ne nuisait pas au divertissement sauf que là, outre toutes ces figures historiques traitées sans finesse, puisque les méchants le sont totalement, le message ne passe guère à travers deux fictionnels parcours romantiques. Beth et Abe s’aiment, mais ce vil univers les empêche de coexister. L’alchimie manque à ce couple plombé par une tonalité adolescente et sombrant dans tous les poncifs. La caractérisation plutôt binaire ne leur offre ainsi qu’une profondeur partielle. Le jeune homme se borne à exposer la situation et les rares actions qu’il paraît mener ne sont même pas illustrées devant la caméra. Les deux ne sont pas les seuls à truster l’antenne, car un autre duo s’agite en Amérique.

Son titre l’indique d’emblée, cette mini-série parle du Nouveau Monde, l’Amérique. L’Angleterre entreprend à l’époque une extension de son empire colonial. En dépit de l’océan les séparant qu’ils traversent en deux secondes, ces immigrés doivent normalement respecter les demandes de leur souverain. Les Amérindiens se sont voler leurs terres, massacrer. Bien que tombant comme un cheveu sur la soupe, la production en profite pour y appuyer son message égalitaire avec l’intrigue romanesque tournant autour d’un autochtone, Masca (Alex Meraz), rêvant de voir son peuple retrouver sa gloire d’antan. Outre-Atlantique, l’accent est surtout mis sur Ned (Joe Dempsie – Skins) et Hope (Alice Englert – Jonathan Strange & Mr Norrell), eux aussi voués à des malheurs résultant de la fureur d’individus cupides et ambitieux. À l’instar de Beth et Abe, ils alimentent la rébellion à leurs manières, dans l’espoir sûrement vain de renverser cette monarchie despotique. Si tous finissent par se rencontrer à un moment ou à un autre, les points de vue et les lieux se multiplient trop au sein des épisodes. Ce découpage rompt régulièrement le semblant d’homogénéité et empêche d’adhérer autant au récit d’ensemble qu’à ces personnages presque similaires à des coquilles vides. Les femmes sont d’ailleurs les moins bien traitées, Beth agissant la plupart du temps de façon improbable. Heureusement, l’interprétation d’une grande partie de la distribution demeure correcte et les amateurs de Game of Thrones y repéreront avec un certain amusement maints visages familiers. Jamais la fiction ne cherche à nuancer ses propos. Elle préfère répéter à l’infini son message de liberté et de démocratie, Cromwell et sa république méritant toutes les louanges pendant que les Stuart sont assimilés à des assoiffés de pouvoir. La mini-série aurait gagné à critiquer le système en place et non diaboliser ses principaux acteurs.

Pour conclure, à travers cette plongée dans les agitations anglaises du XVIIIè siècle, New Worlds échoue à la fois comme suite de l’exaltante The Devil’s Whore et comme production indépendante. Malgré sa volonté de dessiner les tourments d’une époque, elle privilégie un angle sociopolitique manichéen, simpliste et décidément falot. Mais surtout, jamais ses personnages aux ambitions pourtant fédératrices n’inspirent une vague de sympathie ou d’émotions. Ces épisodes ont beau traiter de thématiques importantes, ils s’embarrassent de romances insipides, mièvres et mal construites. Ajoutons à ces intrigues historiques touffues une tendance à la dispersion et le divertissement peine à la tâche, ce qui s’avère d’autant plus ennuyant quand on ne peut s’empêcher de comparer avec la dramaturgie narrée six ans plus tôt sur la chaîne. Finalement, si la seconde moitié relève le niveau, prime une fadeur patente.

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