Gotham (saison 2)

Par , le 23 août 2017

Alors que la quatrième saison de Gotham arrive prochainement sur les écrans étasuniens, il est plus que l’heure de discuter de la deuxième. Ses vingt-deux épisodes furent diffusés sur FOX entre septembre 2015 et mai 2016. Aucun spoiler.

Après les tumultes mafieux, James Gordon est rétrogradé au rang de modeste policier. Obligé de rendosser l’uniforme, il se contente de réguler la circulation tout en serrant les dents, dans l’espoir de retrouver un jour sa place. Pendant ce temps, la ville continue de sombrer dans ses pires travers surtout que les méchants prennent un ascendant considérable. Pour preuve, la saison offre deux chapitres distincts portant chacun un titre évocateur, à savoir rise of the villains et wrath of the villains. Si dans les faits elle se montre un peu mensongère par ses annonces de colère, elle ne lésine clairement pas sur l’irruption d’antagonistes. C’est bien simple, Gotham voit sa galerie de personnages exploser, ce qui pose par moments problème, car beaucoup manquent d’approfondissement et laissent un sentiment de frustration. Butch Gilzean, Harvey Bullock et Harvey Dent, présents depuis le départ, se réduisent à peau de chagrin. L’écriture se doit de recentrer son cadre un minimum au risque de finir par ressembler à un catalogue superficiel, à une sorte de compilation de références gratuites sur l’univers du Chevalier noir. Mais pour l’heure, la recette tient encore la route d’autant que ce microcosme en ébullition s’est forgé une véritable identité et ne semble plus se chercher. Les scénaristes n’hésitent pas à employer les éléments les plus connus, à remodeler la mythologie à leurs goûts et à jouer la carte des fausses pistes. Les surprises foisonnent, même chez le passionné de longue date. La série a trouvé son ton, ne se prend pas forcément au sérieux et s’amuse constamment du décalage entre son humour cocasse et l’aspect dramatique de ses récits. L’absurde n’est jamais loin et expose aux critiques acides, mais cette approche offre au contraire à l’ensemble ses lettres de fabrique, bien que le traitement soit parfois à la limite du grand-guignolesque. Gotham apprend d’ailleurs de ses erreurs et oublie son format schématique du monstre de la semaine pour mieux se consacrer à des arcs au long cours. Les histoires plus indépendantes s’intègrent au fil rouge et ne servent pas qu’à du banal remplissage. Le rythme s’intensifie, les situations ne s’enlisent pas et tout avance vite. Rien que pour ces raisons, la saison s’avère supérieure à la précédente en dépit d’incohérences de parcours, de facilités et de quelques illogismes. Difficile alors de ne pas avoir envie d’enchaîner ces épisodes tour à tour énergiques, drolatiques, intrigants et touchants.

La poisseuse et pourtant si fascinante Gotham poursuit son inexorable déliquescence. Toutes les strates du pouvoir sont gangrénées de l’intérieur et l’espoir s’amenuise chez les habitants. Est-ce réellement possible de sortir de ce cycle infernal ? Pas un jour ne se passe sans qu’une multitude de crimes crapuleux ne s’abattent sur des innocents. Le problème ne vient-il pas plutôt des fondations de cette ville, elle qui cannibalise les locaux ? Dans ces quartiers à l’esthétique sublimée à l’écran, tous semblent finir par s’avilir, brouillant les frontières entre le bien et le mal. Si même la droiture d’un intègre Jim Gordon s’ébranle, comment résister ? Le futur commissaire et ami de Batman souffre toujours d’une envergure assez limitée et peine à fédérer. Harvey Bullock, son fidèle acolyte à la verve inénarrable dispose de moins de temps d’antenne, mais séduit davantage. C’est aussi l’occasion d’introduire au G.C.P.D. Nathaniel Barnes (Michael Chiklis – The Shield) et une unité d’élite ne servant à rien. Jim bataille ferme dans ces épisodes inédits et lutte sur tous les fronts. Des dirigeants corrompus l’empêchent de mener son travail à bien, les moyens policiers sont presque inexistants, la psychopathie d’une instable Barbara Kean trouble sa relation naissante avec le Dr Leslie Thompkins et ses accointances avec le Pingouin l’amènent à des actions radicales. La saison le dépeint perdu, navigant à vue et subissant nombre contrecoups. Sa pugnacité frôlant l’obsession dangereuse alimente les intrigues, voire les catalyse. La paix ne faisant pas partie du vocabulaire de Gotham, très vite, les clans mafieux se réorganisent, mais se voient quelque peu malmener par l’arrivée d’un notable cossu, Theo Galavan, et de sa sœur Tabitha (Jessica Lucas – Life As We Know It) ayant une appétence pour le fouet. Face aux concitoyens, cet individu sorti de nulle part milite pour des causes justes. Mais en vérité, il fomente des plans diaboliques conjuguant des forcenés d’Arkham, une congrégation religieuse fanatique, une adolescente manipulable et manipulatrice, et un riche hériter aspirant au respect de grandes valeurs morales. La première moitié de la saison s’attarde donc sur cet homme perfide solidement campé par James Frain (The Tudors). Capable du pire, il réussit à se jouer de tous et se rapproche de Bruce Wayne. Bien que le jeune garçon n’ait pas encore embrassé son rôle de justicier masqué, il représente le liant de toutes les intrigues. C’est sa famille qui obnubile Galavan et c’est aussi elle qui est à l’origine d’Indian Hill, le complexe rayonnant dans une seconde période.

La vengeance motive Galavan et voir ses machinations s’imbriquer les unes dans les autres se révèle plutôt plaisant, à défaut de créer une vraie surprise. Le scénario se développe effectivement de manière assez prévisible bien que la folie meurtrière des sbires du fieffé ennemi amuse. Il s’entoure d’aliénés échappés d’Arkham, dont Barbara, l’intéressant Jerome Valeska (Cameron Monaghan – Shameless) et quelques-uns plus anecdotiques. Cette bande incontrôlable sème la terreur, assassine de sang-froid et bouleverse de fond en comble la police. La série étonne en écartant rapidement certaines figures, mais à la réflexion, elle évite ainsi d’abattre toutes ses cartes attendues sur la table. Le milieu du crime ne peut donc se reposer sur ses lauriers et le Pingouin, croyant enfin régner en maître absolu, se retrouve pieds et poings liés. Cet homme dérangé confirme tout au long de la saison sa place indispensable dans la production. Outre l’interprétation de haute volée de Robin Lord Taylor, il n’a de cesse que de provoquer répulsion, fascination, pitié et amusement. Sa fort curieuse amitié à sens unique avec Jim lui confère une touche parfois émouvante. Le récit veille à approfondir sa psyché et sort d’un chapeau magique un de ses proches, mais cette intrigue densifie surtout le personnage et permet de voir Melinda Clarke dans le rôle d’une épouse vénéneuse. Alors qu’il cherche à conserver son trône et plonge dans une sorte de paranoïa, Oswald Cobblepot est pris à son propre piège et rencontre le charismatique psychiatre Hugo Strange. Sans le vouloir, le Pingouin finit toujours par emprunter une voie similaire à celle de Jim. Ou inversement. Gotham plaît par sa tendance à diversifier ses alliances. Ennemis un jour, complices le lendemain. À Arkham, l’atmosphère s’annonce lugubre, étouffante, presque sale. Toutefois, ses sous-sols abritant le complexe d’Indian Hill sont immaculés, d’un blanc clinique. De chaque cellule s’échappent des hurlements terrorisés, de colère et de frustration. Le fantastique s’intègre adroitement à la production à travers la science. Et pour cause, le médecin aux lunettes rondes et à la voix doucereuse parfaitement incarné par B. D. Wong (Oz) s’adonne à des expérimentations, modifie le génome humain, torture psychologiquement ses patients prisonniers, joue avec la mort. Le psychiatre se révèle délicieux à observer en raison de son flegme et des mystères qui l’entourent. Que fait-il réellement ? Qui l’emploie ? Quel est son lien avec les Wayne ? Tant de questions auxquelles Bruce veut des réponses. Coûte que coûte. Il refuse d’attendre encore et encore.

Depuis qu’il sait que son manoir abrite une pièce secrète, l’héritier des Wayne compte bien y pénétrer. Or, il n’y arrive pas malgré toutes ses tentatives. L’irruption du perspicace Lucius Fox (Chris Chalk – The Newsroom) lui est d’un grand secours et apporte une nouvelle pierre à l’édifice de la légende en construction. L’écriture abuse d’ailleurs par moments avec ses dialogues sur le destin de Bruce manquant de subtilité. Quoi qu’il en soit, celui-ci peut se reposer sur son fidèle majordome, toujours autant savoureux, mais également sur Jim pour qui il entretient de forts sentiments, et sur Selina, en dépit de son ambivalence si caractéristique. Au cours de la saison, Bruce essaye de lever le voile sur l’assassin de ses parents et commence à réaliser que rien n’est aussi simple, qu’il va devoir tempérer ses ardeurs, car la vérité se cache derrière un nombre incommensurable de portes et de voies sans issue. L’intrigue se déplace justement pas à pas vers une organisation secrète tirant les ficelles en arrière-plan, prête à tout pour parvenir à ses fins, inconnues de l’audience. Si le garçon a grandi trop vite pour son âge, il laisse transparaître de temps à autre qu’il est encore jeune, immature et impatient. Il s’aperçoit souvent trop tard que ses actions entraînent des conséquences et des dommages collatéraux. Bruce chemine et se dirige peu à peu vers sa Batcave, tout comme les grands méchants vers leur diabolique avenir. Edward Nygma est sans conteste le plus intéressant des ennemis à venir. Il embrasse pleinement sa double personnalité, utilise son intelligence à son potentiel et distille ses énigmes avec facétie. Sa fantaisie symbolise le registre choyé par Gotham, avec toujours cet humour déjanté en toile de fond. Victor Fries et Mr. Freeze (Nathan Darrow – House of Cards) figurent également dans le rang des individus les plus remarquables, surtout que cet antagoniste très refroidissant dispose d’un passé plus humain, tragique et presque compréhensible. Bref, ces aventures inédites veillent continuellement à rappeler la mythologie de Batman avec une fidélité plus ou moins fluctuante, l’idée étant de tirer parti de cet héritage touffu et d’insuffler sa touche attitrée.

Pour conclure, en se montrant plus feuilletonnante, mieux construite et homogène, la deuxième saison de Gotham surpasse sensiblement la première. La fiction ne se sépare pas de plusieurs de ses écueils et souffre parfois d’une certaine approximation et de grossières facilités, mais cela ne l’empêche nullement de proposer un divertissement avançant à un rythme soutenu où les grands et fantasques vilains sont aussi travaillés que les héros. Son ambiance entremêlant un délicieux humour noir et une ironie grinçante à un soupçon de folie cocasse amuse et injecte à l’ensemble une identité assumée. La série à la forme étudiée ne se prend effectivement pas vraiment au sérieux, sans pour autant sombrer dans une exubérance excessive ou oublier d’apporter à ses intrigues une tessiture plus dramatique et profonde. Certes, l’équilibre de ces épisodes ne repose souvent que sur un fil et la production ne paraît toujours pas pouvoir le tenir sur le long terme, mais autant en profiter tant que cela fonctionne.

Anata no Tonari ni Dareka Iru | あなたの隣に誰かいる

Par , le 16 août 2017

Avec Anata no Tonari ni Dareka Iru, poursuivons les fictions japonaises scénarisées par Sakamoto Yûji (Saikô no Rikon). Pour le coup, il n’adapte aucun travail préexistant et propose sa propre histoire. Cette œuvre, dont le titre peut être approximativement traduit par il y a quelqu’un à côté de vous, fut diffusée sur Fuji TV pendant dix épisodes entre octobre et décembre 2003 ; le premier d’entre eux dure une dizaine de minutes additionnelles. Aucun spoiler.

Les Matsumoto déménagent dans un joli petit quartier résidentiel tout ce qu’il y a de plus banal. Alors que la routine commence à s’installer, de curieux évènements se produisent et induisent un sentiment progressif de malaise. Entre les voisins fort particuliers, une vieille femme s’érigeant en prophétesse pessimiste et l’irruption d’un homme dangereusement séduisant, rien n’est fait pour rasséréner cette petite famille bien sous tous rapports. Mais justement, ce masque affable ne dissimule-t-il pas de nombreux squelettes dans les placards ?

Assez rares sont les séries japonaises à aborder un registre à suspense et aux tonalités potentiellement surnaturelles. Et quand c’est le cas, elles n’ont pas pour cadre l’univers supposément doux et rassurant du cocon familial. Rien que par son ambiance, Anata no Tonari ni Dareka Iru sort du lot et vaut le détour. Elle ne ressemble pas à ce qui se fait d’ordinaire et si elle ne manque pas de défauts, elle parvient à garder la tête haute et à ne pas dévier de son chemin ambigu, pittoresque et presque inqualifiable. Ses premiers pas sont classiques avec l’arrivée des Matsumoto dans leur nouvelle maison, héritée du récemment décédé père du mari qu’il ne côtoyait plus vraiment depuis plusieurs années. Le domicile en lui-même n’est pas très accueillant et nécessite un bon coup de rafraîchissement, mais une fois l’opération effectuée, tout devrait bien se passer. Sauf que décidément, l’atmosphère n’est pas à la tranquillité. Les voisins à la coloration volontairement caricaturale dévisagent, s’invitent à n’importe quel moment de la journée, se montrent intrusifs et… bizarres. Quelque chose dans l’air ne paraît pas habituel aux yeux de la mère au foyer, Azusa. Elle ne réussit pas à mettre le doigt sur ce qui la travaille surtout que son époux lui répète que tout est normal, mais rien à faire, elle a un mauvais pressentiment. Est-ce qu’elle est saine d’esprit, d’ailleurs ? Peut-être qu’elle hallucine, non ? Or, le téléspectateur ressent aussi cet insidieux trouble progressant crescendo, amplifié par la musique avec ses bruitages dignes d’un film d’horreur, l’utilisation de filtres de couleurs et les effets brusques de caméra. Le montage et la structure narrative n’y vont justement pas avec le dos de la cuillère pour bien appuyer le côté énigmatique de cette production non dénuée d’un humour un peu excentrique, décalé. Les éléments insolites s’y multiplient et petit à petit, la paranoïa s’installe. La série en devient par moments presque surréaliste, comme si tout ce qui s’y déroulait sortait d’un conte fantastique, là où tous cachent de lourds secrets…

Parler d’Anata no Tonari ni Dareka Iru sans enlever tout ce qui fait sa surprise relève un peu de la gageure. C’est typiquement le genre de fiction méritant d’être lancée vierge de toute information. Mais puisque je suis ici, autant essayer d’aiguiser votre curiosité, tout en me montrant un minimum vague. De toute manière, une fois l’écran de fin arrivé, de nombreuses interrogations demeurent volontairement en suspens, laissées à la libre interprétation de l’audience. L’ensemble s’attelle à plusieurs registres, le familial en premier lieu, mais aussi le thriller, le surnaturel, le policier et même le sulfureux. La sexualité y occupe en effet une place assez prédominante, qu’elle concerne les hommes comme les femmes. Les personnages ont des envies, des fantasmes, mettent parfois tout en œuvre pour les combler et s’en mordent ensuite amèrement les doigts. En dehors du cadre plus global avec les Matsumoto, un fil rouge s’étend tout au long des épisodes et ne paraît pas vraiment connecté au reste. Il est effectivement question d’une vieille affaire criminelle datant d’il y a plus de trente ans, avec un duo d’enquêteurs atypiques incarnés par Satô Aiko (Itazura na Kiss) et feu Ikariya Chôsuke, chapeauté par un policier sous les traits de Kashiwabara Takashi (Hakusen Nagashi). Bien sûr, cette histoire ne sort pas de nulle part et finit par rejoindre l’intrigue principale, mais pendant longtemps, elle maximise cette impression d’un scénario partant un peu dans tous les sens. Car finalement, Anata no Tonari ni Dareka Iru ne divulgue pas d’emblée ses enjeux et se limite surtout à travailler son ambiance suspicieuse. Cette approche représente autant une de ses forces qu’une de ses faiblesses. En papillonnant de la sorte, elle plaît à ceux appréciant d’être baladés en n’y comprenant pas grand-chose, mais elle risque de perdre au passage plusieurs téléspectateurs qui souhaiteront plus de constance et de crédibilité. Son dernier tiers plonge en plein domaine ésotérique, avec en sus des développements improbables proches du ridicule comme le cheminement de Juri, la meilleure amie d’Azusa (Toda Naho – Lunch no Akko-chan). Mais si l’on accepte ce parti pris très clivant, ces écueils participent au charme incongru de cette série.

Azusa et Ôtarô sont mariés depuis six ans et ont une petite fille, Suzu (Yamada Natsumi), d’à-peu-près du même âge. Bien qu’ils ne forment pas un couple modèle et qu’ils traversent une période un peu plate, ils ont l’air de s’aimer. Pendant que la première s’occupe de la maisonnée, le second dirige son entreprise et cherche à recruter un nouvel employé. Natsukawa Yui (Kekkon Dekinai Otoko) et Yûsuke Santamaria (Binbô Danshi) campent avec solidité ces époux souriants de face et arborant un visage hypocrite de dos. Si le mari se révèle bien plus méprisable et pleutre, la femme n’est pas non plus dénuée de reproches. Entre adultère, mensonges et faiblesses, ils n’inspirent guère confiance, mais restent agréables à leurs manières. La malchance d’Ôtarô et les désirs inconscients d’Azusa les rendent surtout très humains, normaux. Le déménagement dans cette grande bâtisse n’est que le catalyseur de tout ce qui ne va pas avec eux. Et quand un autre voisin s’installe avec sa conjointe à côté, le vase déborde. Ce Sawamura Kazuma ressemble trait pour trait à quelqu’un qu’Azusa a fréquenté jadis. Sauf qu’il est censé gésir six pieds sous terre. Est-ce un sosie ? La similarité est tellement déconcertante… Dès sa rencontre, l’héroïne se remémore de vieux souvenirs enfouis, panique et retourne consulter un psychothérapeute qui connaît bien la famille, pour verbaliser ses peurs. Mais même là, elle tait ce qui la ronge. Seule Juri, sa fidèle confidente, est au courant de la situation, de ce passé cryptique occupant la majeure partie du scénario. Kitamura Kazuki (Neko Zamurai) apporte à cet homme tout ce qu’il faut pour le rendre ambivalent, magnétique et diaboliquement dangereux. Peu à peu, il s’installe dans la vie des Matsumoto et avec ses yeux bleus d’une froideur glaciale, il semble omnipotent et omniprésent. Son épouse interprétée par la sympathique Shiraishi Miho (Densha Otoko) finit par prendre du galon et se révéler d’une force de caractère insoupçonnable. Outre quelques figures récurrentes s’ajoute aussi à cette galerie l’envahissante belle-mère d’Azusa (Kaji Meiko), apparemment à la recherche d’une sorte de trésor et devant laquelle Ôtarô s’efface et accepte les remarques acerbes à l’encontre de sa femme. Décidément, personne ne joue franc jeu dans ce microcosme.

Pour conclure, avec son ambiance paranoïaque et parfois sensuelle, ce thriller inquiétant sur fond de duperies familiales ménage habilement le suspense et donne envie d’enchaîner les épisodes. Malgré toute sa bonne volonté et un potentiel évident, Anata no Tonari ni Dareka Iru s’étiole un peu en fin de parcours à force de trop vouloir en faire. Son mélange des genres avec les voisins proches de la parodie, les éléments fantastico-mystiques et les éventuelles fausses impressions d’une héroïne sur la brèche manque par moments de fluidité et de cohérence. La fin plonge d’ailleurs dans des développements improbables susceptibles de perdre une partie de l’audience. Il n’empêche que cette série ressemblant à un insolite puzzle aux divers mystères propose un divertissement original et souvent enthousiasmant pour qui a un faible pour ce style à mi-chemin entre le cocasse haletant et les bizarreries surréalistes.

Supernatural (saison 11)

Par , le 9 août 2017

Dites donc, cela fait un petit peu trop longtemps que nous n’avons pas discuté de Supernatural sur ces pages. Rattrapons cette erreur avec sa onzième saison, constituée de vingt-trois épisodes diffusés sur The CW entre octobre 2015 et mai 2016. Aucun spoiler.

Tristement, en soufflant sa dixième bougie, la série vivait aussi l’une de ses plus mauvaises périodes. Certes, la conclusion se montrait intrigante avec l’irruption d’un grand ennemi ténébreux, mais l’ensemble criait la paresse et l’ennui. Malgré mes doutes et une impression de finir par voir toujours un peu la même recette, j’ai lancé cette nouvelle salve d’aventures plutôt confiante, sûrement parce que je garde pour cet univers un incroyable attachement. Et une fois de plus, Supernatural prouve que ses réserves ne sont pas taries, que son âge presque canonique pour la télévision actuelle ne freine pas toutes ses ambitions, qu’elle peut à nouveau surprendre, divertir. Effectivement, la production réussit cette année à atténuer certains de ses défauts pourtant prépondérants et à rompre assez régulièrement une mécanique bien huilée, mais ronronnante. Ne le nions pas, cette saison souffre de longueurs, de tergiversations rébarbatives et perd de sa force en cours de route, sauf qu’elle laisse de bons souvenirs et la sensation que les frères Winchester ont encore des choses à vivre. Déjà, ils arrêtent de se cacher ce qui les ronge et communiquent enfin. La sérénité de leur relation apporte une certaine maturité et leur permet de cheminer, de ne pas retomber inlassablement dans leurs terribles travers. La série limite les non-dits, résout rapidement des problèmes qui jusque-là se seraient éternisés et, en dehors de quelques exceptions, utilise ses monstres de la semaine pour asseoir son intrigue générale. Sa narration gagne ainsi en force et en fluidité, ce qui atténue sensiblement le classicisme de ses récits. L’ambiance nostalgique et intimiste, à l’instar du très beau 4×04, Baby, à bord de l’Impala, ou du 11×16, Safe House, avec Bobby et Rufus, démontre une envie des scénaristes de rendre hommage à la fidélité des téléspectateurs et cela fait toujours drôlement plaisir. Car si l’on regarde Supernatural onze ans après son irruption à l’antenne, c’est justement parce que l’on affectionne son petit monde perpétuellement sur la brèche. D’ailleurs, un surpuissant antagoniste vient de surgir sur le devant de la scène.

En se débarrassant enfin de la marque de Caïn ayant failli annihiler son humanité, Dean a aussi libéré les Ténèbres, une entité enfermée par Dieu avant même la création de l’Univers. Les conséquences sont immédiates, avec une population humaine agissant tels des monstres sanguinaires au contact d’un mystérieux brouillard, mais également avec des démons craignant pour leur futur et des anges commençant à fomenter des plans d’anéantissement. L’inquiétude transpire à tous niveaux, surtout que les seuls individus ayant été capables d’emprisonner à l’époque cet ennemi ont disparu ou ne sont pas joignables. Dean est le premier à rencontrer ces Ténèbres qui, en dépit de leur nom, cachent seulement Amara, une femme semblant humaine, bienfaisante et calme. Qui est-elle ? Que veut-elle ? Quel lien entretient-elle avec l’aîné des Winchester ? L’intégralité de la saison s’attarde sur cette menace, sur cette guerre contre Amara, parce qu’il s’avère évident qu’elle doit être mise hors course. Incontrôlable, vindicative et impatiente, elle surprend par sa nature insaisissable et son caractère instable. Ses pouvoirs s’approchant du divin empêchent quiconque d’en venir à bout et conduisent les personnages à douter de l’issue. Et Dean ne peut contenir une attirance ambivalente… Supernatural joue beaucoup sur l’éventualité de décès immuables. Avec la disparition de Death, certaines choses ont bougé du côté des faucheurs et l’une d’entre eux, Billie (Lisa Berry), souhaite en finir une bonne fois pour toutes avec ces satanés frères Winchester. La durée de vie de la série brise toutefois une partie non négligeable de cette atmosphère létale. Amara (Emily Swallow) représente ainsi le fil rouge de ces épisodes inédits. Si au départ elle reste tapie dans l’ombre, son emprise grandit vite et induit un sentiment d’urgence absolue. N’est-ce pas l’occasion d’allier les forces de tous ? Après tout, les ennemis de nos ennemis ne sont-ils pas nos amis ?

Si l’arc sur les Ténèbres occupe la quasi-totalité de la saison, cela n’empêche nullement les récits indépendants d’exister, avec les luttes traditionnelles contre les créatures malfaisantes tout aussi habituelles. Vampires, fantômes, loups-garous, etc., bref, la routine suit son cours. Bien sûr, ils servent à délayer l’histoire, à jouer l’attente, mais pour cette fois, ces moments d’apparent banal remplissage sont mis en relief par Sam et Dean qui, de leur aveu, expliquent devoir se changer les esprits alors qu’ils stagnent dans la bataille contre Amara. Et de temps à autre, comme dans le sympathique 11×08 sur les amis imaginaires, Just my Imagination, une connexion insoupçonnée s’établit avec la mythologie en tant que telle. En vérité, les frères épluchent leurs livres, grimoires et autres manuscrits cachés sans jamais parvenir à trouver un maigre élément susceptible de leur délivrer un semblant de solution. En existe-t-il une ? Pour ne pas devenir fous et parce que des innocents se transforment en victimes, ils entrecoupent leurs recherches avec ces affaires. C’est parfois en plus l’occasion d’injecter un peu d’humour, un zeste horrifique décalé, de ramener à l’écran les rares figures récurrentes encore en vie, et d’amuser comme Supernatural sait si bien le faire. Le 11×07, Plush, avec un lapin tueur, le résume parfaitement et rappelle le ton des débuts de la production. La saison ne s’éparpille pas trop et fait monter correctement la pression en élargissant les enjeux. Amara n’est pas une banale ennemie. Non, elle possède des liens inimaginables avec un être tout aussi surprenant ; quelqu’un dont on entend parler depuis tellement longtemps et qui finit enfin par apparaître, même si l’on se doutait déjà de sa présence. Anges, démons, sorcières, tous œuvrent de concert, mais ils n’oublient jamais de suivre leur propre agenda si le cœur leur en dit.

Dean se sent coupable d’avoir libéré les Ténèbres et s’interroge sur sa place, sur sa légitimité. Sam, lui, refuse de plus en plus de continuer le cercle infernal dans lequel ils se trouvent. Au lieu de tuer et de réfléchir après, il choisit l’inverse, de retourner aux sources de leur travail : sauver tout le monde. Secourir son frère en risquant d’anéantir le reste de la planète n’est pas tolérable. Le plus jeune des deux mûrit et tempère de son mieux les ardeurs de martyr de son aîné. Les voir plus posés et soudés, moins dans le conflit, plaît. Crowley reprend aussi de ses couleurs en redevenant un vrai roi de l’Enfer. Cruel et perfide, il ne fait plus de cadeau à qui que ce soit, et encore moins à sa mère, la grandiloquente Rowena, qui vient d’essayer de l’assassiner de sang-froid. Cette dernière a toujours plus d’un tour dans son sac et finit presque par tirer son épingle du jeu, bien qu’elle continue simultanément d’agacer pour son maniérisme affecté. Castiel reste peut-être une fois de plus l’éternel perdant de la saison, mais la série joue la carte de l’autodérision en se moquant du statut de l’ange malmené et en délivrant un petit retournement de situation séduisant. C’est d’ailleurs l’occasion de revoir un visage très familier ayant à juste titre marqué son époque et le pauvre Sam. Les frontières entre les camps se floutent, avec de toute manière une galerie s’étant réduite au fil du temps, la faute à maints décès dans le passé. Cela sans occulter la morgue de Metatron, la quête d’artefacts touchés de la main de Dieu, une imagerie religieuse délicieusement raillée, un voyage dans la France du début des années 1940, la naissance d’un nouveau prophète, une chouette bande-son, des références à culture populaire à foison, etc.

En conclusion, après une mauvaise période, Supernatural propose avec sa onzième saison un léger rafraîchissement. Bien que celle-ci ne soit nullement dénuée de défauts et qu’elle finisse par s’étioler en bout de route, elle tient correctement la barre et réserve de jolis moments parfois teintés d’une nostalgie appréciable. Elle démarre ainsi tambour battant et installe d’emblée ses objectifs qu’elle ne néglige jamais. Malgré un parcours pourtant rudement compliqué, les Winchester n’ont encore jamais été confrontés à une menace d’une telle envergure et bataillent ferme pour ne pas perdre pied. Les Ténèbres sont là, charismatiques et bien décidées à déchaîner un souffle mortel sur l’intégralité de la planète, à fomenter l’Apocalypse. Au fond, rien ne change vraiment dans ces épisodes à la mécanique classique, si ce n’est que les protagonistes oublient enfin leur routine relationnelle alimentée par la rancœur et les tentatives de culpabilisation réciproque. Avec une dynamique maîtresse plus saine, une construction davantage feuilletonnante et des ingrédients ayant fait leurs preuves, le divertissement se révèle alors payant, à défaut d’estomaquer. Ce qui n’est déjà pas si mal, non ?

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