Into the Badlands (saison 1)

Par , le 21 février 2018

Quand j’étais plus jeune, je ne ratais jamais la moindre production mettant à l’honneur les arts martiaux. Tout m’accrochait, je ne faisais jamais la difficile et presque systématiquement, j’en ressortais ravie. Mon intérêt et mon enthousiasme pour ce genre n’ont pas vraiment faibli depuis cette date, mais, admettons qu’à la télévision et même au cinéma, nous n’avons pas grand-chose pour nous contenter. Into the Badlands ne pouvait que finir par arriver sur mon écran un jour ou l’autre. Cette série étasunienne a été créée par Alfred Gough et Miles Millar, connus pour leur travail sur Smallville, et se compose pour l’instant de deux saisons. La première nous concernant aujourd’hui possède six épisodes diffusés sur AMC entre novembre et décembre 2015. Aucun spoiler.

Le monde n’est plus que ruines depuis qu’une succession de terribles guerres l’ont ravagé voilà presque un demi-siècle. Plus personne ne sait vraiment ce qui s’est passé. Peu importe, sur les Badlands, la paix se maintient maintenant à peu près, grâce à la trêve initiée par sept hommes et femmes. Ces individus, ces barons, contrôlent chacun de leur côté une région propre détenant ses coutumes et un mode de fonctionnement unique. Tous ont toutefois pour point commun d’avoir banni les armes à feu et de les avoir remplacées par une faction de combattants surentraînés, les Clippers, chargés de les protéger et de faire régner l’ordre. Mais l’arrivée d’un jeune garçon, M.K., aux pouvoirs curieusement dangereux, risque bien de cristalliser les ambitions et la cupidité de ce microcosme proche de la rupture.

Comme je l’ai écrit plus haut, j’aime les arts martiaux. Je doute ainsi être la personne la plus objective pour discuter d’Into the Badlands qui, clairement, rempli une case laissée vacante en répondant aux attentes les plus folles – tout du moins, en ce qui concerne sa démarche. En effet, la série ne lésine jamais sur les scènes de combat et se permet de s’offrir un style assez particulier, de multiplier les codes inhérents aux fictions dystopiques et au kung-fu. Ces épisodes ressemblent à une sorte de mélange entre un western atypique, un monde post-apocalyptique et désabusé à la Mad Max, et des séquences virevoltantes issues du wu xia pian. D’ailleurs, ces dernières ne manquent pas d’allant, sont rondement chorégraphiées, lisibles à l’écran et spectaculaires. Les personnages bataillent de façon rapprochée, avec leurs poings et pieds, leur tête ou encore des sabres. Difficile de ne pas y voir des clins d’œil au cinéma chinois, surtout lors du pilote qui, avec ce minutieux sens du rythme ralentissant ou s’emballant, copie quasiment le solide film The Grandmaster. Outre un thème musical composé par Mike Shinoda, la photographie n’est pas non plus en reste grâce à une jolie lumière et un soin sur les paysages et décors. Les champs de coquelicot, la chaleur des couleurs et l’atmosphère générale apportent une plus-value considérable, une réelle identité à cette série au charme original. Les références à l’Asie sautent au visage, mais elles ne sont pas les seules, l’époque féodale, dont une servilité glaçante, et l’attrait pour les motos se taillant également la part du lion. Certes, le probable budget limité ne permet pas à l’ensemble de tirer pleinement profit de son potentiel, mais pour l’heure, le résultat reste très honorable, convaincant et souvent jouissif pour qui aime ce parti pris. Et finalement, heureusement que ces épisodes peuvent justement compter sur cet univers rétrofuturiste parce que l’écriture, elle, demeure bien plus prévisible.

Dans un futur ancestral, le monde a bien changé. La géopolitique actuelle a disparu depuis fort longtemps, laissant sa place à un système fermé, dangereux et où les droits des individus ne semblent plus qu’un souvenir révolu. Le placide Sunny travaille pour son baron, Quinn, et dispose du plus haut poste possible pour sa condition. D’aussi loin qu’il se rappelle, il a subi un entraînement précoce et dur pour le former aux arts martiaux, pour se dédier à son maître à qui il doit fidélité, loyauté et obéissance. Sunny est un Clipper, un de ces hommes de main veillant sur le dirigeant de leur territoire. Soumis à des règles de vie strictes, ils ne sont guère libres de leur destin et de toute manière, la question ne se pose pas, surtout dans un univers aussi hostile que les Badlands. L’existence de Sunny se poursuit assez tranquillement, lui qui partage ses journées entre la protection de Quinn et ses nuits avec une femme qu’il fréquente en secret, Veil (Madeleine Mantock). Le héros a la chance d’être interprété par un remarquable et charismatique Daniel Wu. Cerise sur le gâteau, pour une rare fois, un Asiatique détient le rôle principal d’une série. Laconique et insondable, Sunny dégage une classe folle avec son long manteau rouge, son sabre et ses talents de combattant. De façon assez grossière, le scénario distille quelques éléments amenant à penser qu’il n’est pas qu’un excellent Clipper. L’irruption du jeune et tempétueux M.K. ravive d’anciennes réminiscences, comme cette légende racontant qu’au-delà de ces régions se situent d’autres, plus pacifiques et égalitaires. Les épisodes s’intéressent ainsi à la rencontre de ces deux personnages et à cette tentative que de se détacher de fers décidément fort accrochés. Sans surprise, rien ne se passe comme prévu, avec des serpents logeant à chaque recoin. Cela ne fait effectivement nul doute, dans Into the Badlands, les luttes de pouvoir, les manigances et les secrets font la loi.

Au sein même de la baronnie phare, Ryder (Oliver Stark), le fils héritier se sent lésé et commet des erreurs les unes après les autres dans l’espoir de s’attirer la sympathie et l’attention d’un père exigeant et peu chaleureux. Quinn (Marton Csokas – Xena: Warrior Princess) dirige ses quartiers d’une main de fer et tente de cacher la nature de ses migraines de plus en plus rapprochées, de crainte de perdre son assise jadis acquise dans le sang. La vénéneuse Lydia (Orla Brady), son épouse, souffre de voir son enfant aussi méprisé par son mari, mais également de constater que sa place de conseillère et d’amante est progressivement remplacée par celle de la future seconde femme de Quinn, la jeune Jade (Sarah Bolger – The Tudors). L’ambiance n’est donc pas au beau fixe dans leur belle résidence dorée. Surtout qu’en dehors, malgré des années de paix, la terrible baronne surnommée la Veuve (Emily Beecham) paraît tout mettre en œuvre pour terrasser les autres et s’arroger tous les territoires. Elle pourchasse en plus M.K. (Aramis Knight), que Sunny a recueilli en dissimulant à Quinn les compétences hors normes du garçon. Suite à certaines circonstances, ce dernier entre dans une sorte de transe, dans une rage meurtrière impossible à canaliser. Qui est-il en vérité ? L’apprentie de la Veuve, Tilda (Ally Ioannides) s’attache à lui, elle qui porte aussi un lourd bagage sur ses épaules. Notamment en raison de sa courte durée, la saison ne répond pas à grand-chose et se contente de poser les bases de ce qui nous attend ou de survoler des thèmes comme la prostitution, la dictature, le féminisme, etc. Le scénario reste tristement traditionnel, avec les rancœurs, disputes et autres rebondissements habituels dans les récits de cette trempe, là où la violence ne disparaît jamais totalement. Progressivement, les pions sur l’échiquier s’installent, avec de nouveaux personnages surgissant, parfois interprétés par des visages connus dans le petit écran, et une distribution satisfaisante dans son ensemble.

Pour conclure, les six premiers épisodes d’Into the Badlands s’apparentent à un amuse-bouche. En effet, ils servent essentiellement à introduire le contexte et, en dépit d’un sens du spectacle décoiffant, ne réussissent pas à convaincre pleinement. La série ne cache pas son ambition avec un cocktail unique en son genre alliant les arts martiaux à une ambiance rétrofuturiste. Les séquences de combats tourbillonnants se révèlent enthousiasmantes par leur richesse et leur nombre. Sauf que la forme, aussi surprenante soit-elle, ne fait pas tout, car dans le fond, l’intrigue et les caractérisations des personnages s’avèrent beaucoup plus convenues, voire prévisibles. Pour l’heure, le scénario ne fait que reprendre les ingrédients d’une dystopie complotiste classique même s’il finit à la longue par élever le niveau et développer ses enjeux principaux. Il n’empêche que le divertissement répond encore à l’appel grâce à cette identité marquée, bien qu’évidemment pas au goût de tous. C’est plus la suite qui nous dira si oui ou non, la série mérite l’investissement.

Gisô no Fûfu | 偽装の夫婦

Par , le 31 janvier 2018

Parcourir les travaux de certains scénaristes japonais me permet aussi de barrer les séries que je repère au fil des saisons, ce qui n’est pas un mal vu tout ce que j’ai en prévision ! Avec Gisô no Fûfu parlant d’un couple camouflé, je fais donc d’une pierre deux coups. Cette fiction écrite par Yukawa Kazuhiko (Magerarenai Onna, GTO) et diffusée sur NTV entre octobre et décembre 2015 se compose de dix épisodes ; en dehors du premier s’approchant d’une heure, les autres durent cinquante minutes, soit un peu plus que d’habitude. Un spoiler, non gênant toutefois et même plutôt pertinent à connaître.

En apparence, Kamon Hiro est la femme japonaise idéale tant elle semble douce, affable et altruiste. Sauf qu’en vérité, elle cache son dédain et son aigreur derrière un sourire obséquieux. Elle déteste tout le monde, probablement à commencer par elle-même. Ce comportement, elle pense le devoir à un ex-petit ami l’ayant quittée il y a plus de deux décennies, quand ils étaient à l’université. Depuis, elle demeure célibataire, seule, et a déjà quarante-cinq ans. Le jour où celui-ci ressurgit dans sa vie et lui demande de se faire passer pour sa compagne, elle croit rêver !

Une fois de plus, Yukawa Kazuhiko ressort sa panoplie de personnages marginaux et répète tout au long des épisodes son message de tolérance et de l’importance d’oser s’affranchir du regard des autres, de s’accepter soi-même pour ce que l’on est et de choyer son estime de soi. Ce n’est bien sûr pas du tout une tare, tant s’en faut. Mais à la longue, cela ne fonctionne que moyennement, car il reprend les mêmes ingrédients et ne change pas grand-chose à sa formule. Pire, il se borne à des ressorts éculés et noie ici son discours anticonformiste dans de bons sentiments vite étouffants. L’écriture de Gisô no Fûfu s’avère effectivement très approximative et rend le visionnage parfois agaçant, surtout qu’en fin de parcours, la tonalité opère un grand écart et plonge l’histoire dans une succession de rebondissements préfabriqués, limite ridicules, incohérents et improbables. Les choix des protagonistes en deviennent discutables, voire incompréhensibles, et laissent sur une note très décevante malgré certaines qualités d’ensemble. Difficile de trop en dire sans dévoiler l’intrigue, mais dans l’idéal, la série aurait dû se terminer après son huitième épisode et aurait ainsi évité de tomber dans plusieurs des clichés redoutés d’emblée, lors de la révélation de ce que cache au monde entier l’ancien compagnon de l’héroïne. En fait, à travers les caractéristiques de ses principales figures la fiction se veut non conventionnelle et plaît initialement pour ça ; or, en plus de ne jamais aller jusqu’au bout des choses et de ne rien expliquer sans ambiguïté, elle se conclut de manière opposée et annihile tout le travail effectué en amont. La production joue malheureusement un peu trop sur tous les tableaux. Elle donne dans un premier temps l’impression de souhaiter se montrer légère et drolatique. La musique assez agréable de Hirai Mamiko participe d’ailleurs à cette ambiance cocasse et possède une jolie mélodie plus émotionnelle. Par moments, la série appuie facticement ses scènes plus éprouvantes, crée du drame là où il n’y en aurait pas besoin et multiplie l’enchaînement de situations absurdes. C’est à se demander si elle a vraiment été écrite par un unique individu et pas par plusieurs ayant ajouté de façon disparate toutes les idées possibles et inimaginables. Même la galerie de personnages ne réussit pas à gagner la sympathie du public, la faute à un traitement poussif et caricatural se supportant d’autant plus mal que le rythme demeure laborieux.

Kamon Hiro ne vit que pour ses livres. Vrai rat de bibliothèque, elle travaille justement dans une et passe le reste de son temps chez elle, entourée de romans. Elle ne se sépare jamais de son visage impassible avec ce fameux sourire figé et semble imperturbable. Pourtant, ses pensées, retranscrites à l’audience avec des sortes de panneaux rappelant ceux des films muets en noir et blanc, s’agitent, tourbillonnent et sont rarement positives. Hiro ne tolère pas les autres et croit se porter mieux seule puisque la présence de qui que ce soit l’agace. Sa posture immuable et dénuée de fantaisie, amplifiée par ses vêtements semblables à un uniforme, n’est qu’une façade. Elle ne se laisse pas approcher, alors encore moins par son supérieur (Tanaka Yôji) en pinçant visiblement pour elle. Amami Yûki (Top Caster) l’incarnant réussit à élever légèrement l’intérêt pour cette femme à la psychologie très clichée et ne provoquant que peu d’empathie. La bibliothécaire n’est pas arrivée là par hasard. Elle ne s’est pas réveillée un beau jour amère et misanthrope. Jadis, elle était joyeuse, optimiste et enjouée. Que s’est-il passé ? Elle, elle se l’explique par l’abandon de celui qu’elle jugeait comme son prince charmant, Himura Chôji, à l’époque où ils étudiaient ensemble. En vérité, elle s’est forgé une carapace depuis une enfance qu’elle assez mal vécue du fait d’un cadre de vie peut-être peu chaleureux. La série aurait pu questionner le poids des normes sociétales, du temps qui file et de l’orientation insidieuse vers une finalité non choisie consciemment. Mais non. Gisô no Fûfu parle beaucoup de la famille, avec notamment celle de Hiro. La tante aride (Kimura Midoriko) fumant cigarette sur cigarette, le cousin immature (Satô Jirô – JIN) se prenant pour un magicien et la cousine (Sakai Maki) étalant son opulence et traînant sa progéniture apathique n’aident probablement pas à se construire un environnement idéal. Les non-dits parasitent ce petit groupe ayant des difficultés à se l’avouer et passant son existence à se chamailler, bien que du côté de Chôji, les choses soient tout aussi compliquées et marquées par des abcès à percer. Le scénario ne rate donc pas l’occasion de jouer la corde dramatique avec des secrets, mystères, mensonges, quiproquos et maints rebondissements convenus. Outre la prévisibilité, l’un des principaux problèmes dans tout ça, c’est que Hiro n’est pas attachante et, malgré ce que semble vouloir prouver le récit avec toutes les interventions de cette femme dans la vie des autres, elle est profondément égoïste. Et elle n’est pas la seule.

Autant l’héroïne garde tout au fond d’elle et ressemble à une certaine hypocrite, autant le capricieux Chôji ne peut se taire et exprime tout haut ce qu’il pense, sans aucun filtre. Logorrhéique, euphorique et agité, ce sous-directeur d’une école maternelle papillonne telle une adolescente fleur bleue et ne comprend pas pourquoi Hiro se comporte de la sorte. En la recroisant par un concours de circonstances, il est étonné de la découvrir aussi austère. Cela ne l’empêche pas de lui demander une sacrée faveur. Depuis qu’il l’a quittée, il n’a fréquenté aucune femme et ne s’est pas marié. Et pour cause, sa relation avec elle lui a ouvert les yeux : il est homosexuel. Hiro tombe des nues en l’apprenant, naturellement, car elle ne s’en doutait pas. Il ne s’arrête pas là et lui explique que sa mère est mourante et qu’elle rêve de le voir la bague au doigt sauf que cela ne se peut, le mariage entre personnes du même sexe étant en sus interdit au Japon. Il ne le précise pas si ce n’est que cela saute au visage, il n’ose pas non plus lui avouer la vérité… Pour la contenter, serait-il possible que tous deux fassent semblant d’être un couple ? Une chose en amenant une autre, Hiro se retrouve pieds et poings liés et les revoilà ensemble, dans une dynamique fort particulière et finalement plutôt ambiguë. C’est qu’en fait, la quarantenaire aime encore son ex cher et tendre. Or lui, il vient de craquer pour le livreur du coin, le jeune Tejimaru Tamotsu (Kudô Asuka) un brin naïf sur les bords. Bref, Gisô no Fûfu capitalise grandement sur l’alchimie unissant ses deux interprètes principaux qui, heureusement, fonctionne correctement. Sawamura Ikki (Doctors) endossant le rôle du fantasque Chôji propose un portrait satisfaisant ne versant pas trop dans la caricature habituelle pour un homme gay. Ses préférences sexuelles ne sont dévoilées qu’au milieu du premier épisode et s’apparentent donc à du spoiler, mais honnêtement, elles donnent davantage envie de lancer la fiction, non ? Ce prétendu couple peine toutefois à fédérer, car si les acteurs sont bons et permettent de délivrer de belles scènes, dont la magnifique et fameuse déclaration, les protagonistes, eux, ne pensent qu’à eux et se comportent de façon peu réfléchie. Curieusement, la question de la sexualité est totalement éludée. Tout au long de la série, Hiro et Chôji se blessent l’un et l’autre, mais aussi ceux les entourant. La maman célibataire en situation de handicap (Uchida Yuki – Big Wing) représente notamment l’un de ces dommages collatéraux. La galerie de personnages est trop importante, de toute manière, avec des développements quasi inexistants et des individus se limitant à la place d’accessoires pour faire avancer les enjeux. L’exubérante mère de Chôji l’illustre trop bien, avec en sus un cabotinage permanent de sa comédienne, Fuji Sumiko.

Pour résumer, l’excessive Gisô no Fûfu ressemble à un certain méli-mélo télévisuel ne paraissant pas trop savoir sur quel pied danser en dehors d’un puzzle de clichés. Bien qu’elle s’annonce comme une comédie romantique légèrement atypique, elle finit par s’étioler compte tenu de son sentimentalisme appuyé et de son absence de réelle prise de risque. Elle a effectivement le mérite de vouloir discuter de l’homosexualité de manière assez frontale sauf qu’elle sombre en toute fin de parcours dans les travers qu’elle veille pourtant à critiquer. Mais même sans évoquer la conclusion laissant un arrière-goût désagréable en bouche, cette série bien trop caricaturale pour se montrer naturelle s’avère d’emblée parasitée par des incohérences, des longueurs, une grande prévisibilité et des facilités scénaristiques gênantes. La solidité de son duo d’acteurs, la sympathie de l’auteur pour les marginaux colorés et son message de tolérance et d’acceptation envers soi-même ne permettent tristement pas de recommander cette fiction se révélant, au contraire, paresseuse, convenue et décidément mal écrite.

The Originals (saison 4)

Par , le 24 janvier 2018

Maintenant que The Vampire Diaries a quitté l’antenne, il ne reste plus de cet univers que The Originals. Cependant, celle-ci devrait aussi s’en aller cette année. En attendant, place à sa quatrième saison, diffusée sur The CW entre mars et juin 2017. Contrairement aux précédentes, elle a sacrément été raccourcie puisqu’elle ne comporte que treize épisodes. Aucun spoiler.

Cinq ans se sont écoulés depuis que Marcel a vaincu les Mikaelson. En l’absence de cette famille toxique, La Nouvelle-Orléans retrouve sa prospérité. Sorcières, vampires et humains cohabitent désormais dans une certaine harmonie. Mais évidemment, cette tranquillité relative ne peut durer. Hayley, retranchée dans le bayou, tente tant bien que mal de sauver ses proches tandis que Klaus s’enfonce dans la dépression, emprisonné par celui qu’il a toujours considéré comme un fils. Rapidement, la tendance s’inverse et les Originels réapparaissent pour le pire comme pour le meilleur. Contre toute attente, la production change cette fois quelque peu de fusil d’épaule et a l’excellente idée de ne pas retomber dans ses travers narratifs. Effectivement, si la question des trahisons et des complots n’est bien sûr pas totalement écartée, l’intrigue générale décide plutôt de jouer la carte de la collectivité. Pour survivre et protéger une ville qui leur tient tous à cœur, les différentes factions y résidant n’ont guère d’autre choix que de se serrer les coudes. Les Mikaelson ne représentent pas forcément les pions à abattre, car une menace plus grande et insidieuse survient : le Néant. Cette entité mystérieuse possède de sérieux atouts, dont une force magique prodigieuse et une capacité à prendre le contrôle de la plupart des individus. Sacrifices d’enfant, rêves prophétiques, manipulations et réminiscences de douloureux évènements figurent au programme de ce qui s’annonce comme une lutte sans merci.

Avec seulement treize épisodes, The Originals ne s’embarrasse pas de rebondissements annexes et va directement à l’essentiel. En ça, le rythme conserve un bon tempo et l’histoire avance de manière homogène en dépit de quelques développements plus discutables. La fiction cherche à approfondir tous ses personnages et plus particulièrement une des dernières arrivées, Freya. Jusqu’à présent, cette sœur disparue se bornait à la place d’un artifice sorcier, fort pratique pour ramener les morts et aider sa fratrie in extremis. Pour le coup, ses capacités ne sont pas suffisantes face à ce Néant décidément coriace et vicieux, lui qui réussit à titiller les tourments et doutes des héros. Mais au-delà de ses liens familiaux, Freya se voit offrir une dimension plus humaine, plus détachée des Mikaelson, avec l’arrivée de Keelin (Christina Moses) qui éveille en elle des sentiments inédits. Si toute cette partie ne soulève pas les foules et s’avère quelque peu gratuite et préfabriquée, elle ne fait pas de mal et continue de symboliser l’ouverture d’esprit de The Originals. Il n’empêche que Freya manque de chaleur et ne parvient pas à s’installer au même niveau que ses frères et sœurs. À ce propos, ceux-ci semblent tous progressivement changer. L’époque où ils tuaient impunément, provoquant de terribles dommages collatéraux, est révolue. Quelques-unes de leurs victimes de naguère viennent se venger, mais elles sont plus là pour dépeindre l’évolution des Mikaelson. La quête de rédemption, d’un apaisement, les anime grâce à Hope, petite fille portant bien son prénom. L’épilogue s’armant d’une belle touche mélancolique aurait d’ailleurs pu être celui de la série. Espérons que la vraie fin saura se montrer aussi satisfaisante.

Grâce à ce bond temporel bienvenu, l’enfant de Klaus et de Hayley a grandi et se révèle capable de réfléchir. Éveillée, adorable et innocente, elle abrite en elle des pouvoirs insoupçonnés attirant le Néant. La saison s’attache certes à protéger La Nouvelle-Orléans des attaques pernicieuses de cet antagoniste tentaculaire, mais surtout Hope (Summer Fontana), réel joyau des Mikaelson. Ils sont prêts à déplacer des montagnes pour elle, quitte à se séparer de tout ce qui leur est cher, de tout ce qui compose leur existence depuis des millénaires. Voir ces protagonistes faire preuve d’un tel dévouement, d’un véritable sacrifice, illustre leurs progrès et le fait que The Originals travaille assez correctement son matériel. Cette saison met en effet à l’honneur cette envie de se transcender, d’aller de l’avant et de ne pas persévérer dans les attitudes néfastes d’autrefois. Les personnages ne perdent en rien de leur verve et la série n’oublie jamais de rappeler leur monstruosité, mais la roue tourne. Klaus se découvre une fibre paternelle et protectrice, Elijah souffre de constater que sa relation avec Hayley ne s’annonce pas si aisée, la louve-garou réalise l’étendue de son triste héritage parental, Kol erre comme une âme en peine après le décès de Davina, Rebekah s’interroge sur ses sentiments pour Marcel. Ce dernier reprend des couleurs en roi de La Nouvelle-Orléans et parce qu’il sait, contrairement à ses créateurs, faire table rase du passé et écraser ses ambitions intimes. Sa dynamique avec Vincent apporte aussi un peu d’humour et de sympathie, tout comme la présence de l’adorable Josh qui mériterait plus d’exploitation. Les épisodes se suivent, laissent une impression assez positive et profitent à la fois de l’ambiance de la ville, du tempérament volcanique des personnages et de leur bagage considérable.

Pour conclure, cette quatrième saison de The Originals bénéficie de son raccourcissement pour aller directement à l’essentiel, tout en n’oubliant évidemment jamais d’illuminer les tourments de ses héros contrastés. Plutôt bien amenée et construite, elle a en plus la qualité de ne plus limiter ces derniers à leurs affres millénaires, mais de délivrer une menace plus globale et inquiétante. Le sens de la famille n’a jamais été aussi fort et les Mikaelson acceptent petit à petit la possibilité de se dévouer corps et âme à autrui, de racheter leurs actes de jadis, quitte à perdre au passage leurs privilèges. Grâce à cette atmosphère létale et imprévisible ainsi qu’à l’attachement pour cet univers, le visionnage en devient satisfaisant. Souhaitons que la suite et fin poursuive cette lancée menant vers une rédemption où l’amertume côtoie la chaleur humaine.

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