1864 | 1864 – Amour et trahisons en temps de guerre (mini-série)

Par , le 30 novembre 2016

Afin de changer d’air, direction le Danemark avec 1864, une mini-série constituée de huit épisodes d’un peu moins d’une heure chacun diffusés sur DR1 en octobre et novembre 2014. Elle est passée en France sur Arte courant 2015 sous le titre 1864 – Amour et trahisons en temps de guerre. Aucun spoiler.

1851, la Première guerre de Schleswig vient enfin de se terminer et permet au victorieux père de Peter et de Laust Jensen de rentrer à la maison. Les années défilent, 1864 approche, la colère gronde et le pays s’apprête une fois de plus à s’embraser. Cette fois, les frères sont suffisamment âgés pour partir batailler contre la Prusse. Tous deux s’avèrent aussi insouciants que leurs compatriotes et comptent sur le soutien de leur tendre amie d’enfance, Inge. Malheureusement, la situation dégénère rapidement, le gouvernement laxiste et rêveur conduit toute une génération au massacre et chacun voit sa vie bouleversée à jamais.

Comme probablement une grande majorité d’entre vous, le parcours du Danemark m’est totalement inconnu. Je l’avoue sans honte, je ne savais même pas que cette nation avait autant souffert lors du XIXè siècle. C’est pourquoi je serais bien en peine de spécifier la fidélité historique. Il semblerait qu’en raison de maintes erreurs, la mini-série ait été conspuée par la critique et les téléspectateurs. Avec un œil novice en la matière, elles ne sautent pas au visage. À travers ce billet, je me contenterai de discuter des qualités propres de cette production à gros budget, sans évoquer en détail les éventuelles prises de liberté et tentatives de réécriture. Le but de 1864 ne paraît de toute manière pas de se focaliser sur l’aspect factuel, mais plutôt humain. Si le contexte n’est évidemment pas occulté puisqu’il occupe une place maîtresse au sein du récit, ses fondements ne sont qu’explorés assez superficiellement. La guerre des Duchés suit la première de Schleswig et tient encore pour cause la succession des duchés. Le Danemark souhaite conserver un ascendant direct sur deux d’entre eux malgré un traité signé en 1852. Il se retrouve alors confronté à la Confédération germanique, puis à l’Empire d’Autriche et au Royaume de Prusse. Bien que 1864 n’hésite jamais à illustrer les coulisses du pouvoir, elle ne rentre donc pas dans les détails et n’attendez pas d’y saisir toutes les circonstances de ce conflit aux complexes ramifications. D’une certaine manière, cette approche s’avère un peu frustrante pour qui apprécie toujours de se cultiver, mais cela évite aussi un académisme rigide qui aurait probablement desservi l’ensemble. La fiction s’apparente à un joli devoir de mémoire grâce à sa narration à plusieurs niveaux. Le récit se développe au rythme de la lecture du journal d’Inge par une adolescente, Claudia, au milieu des années 2010. Les moments à notre époque demeurent en retrait, mais permettent notamment de créer un pont émotionnel plus fort avec une jeune audience souvent peu passionnée par l’Histoire. Ils s’insèrent d’ailleurs convenablement au reste malgré un didactisme évident et de grossières ficelles scénaristiques en toute fin de parcours, la mini-série ne lésinant effectivement pas sur les facilités à l’intérêt discutable et quelques éléments surréalistes incongrus. L’arc autour du soldat Johan Larsen (Søren Malling – Forbrydelsen) a de quoi laisser perplexe parce que si le personnage gagne en sympathie, ses pouvoirs s’approchant du surnaturel n’ont rien à faire dans une production de cet acabit. À condition de ne pas être effrayé par un aspect légèrement métaphorique, des enjeux prenant le temps de s’installer et des vignettes du quotidien, 1864 n’a guère l’opportunité d’ennuyer son public se préparant au pire.

Claudia (Sarah-Sofie Boussnina – Bron/Broen) sèche la plupart du temps les cours et passe la majeure partie de ses journées à errer dans les rues en compagnie d’un ami drogué. Elle n’a pas un mauvais fond, elle souffre seulement d’un climat familial peu étayant. Depuis le décès de son frère aîné, militaire en Afghanistan, ses parents ressemblent à de vrais fantômes. Chez elle, l’ambiance se veut moribonde et personne ne lui accorde de l’importance. Il semble quasiment logique qu’elle parte à la dérive. Une conseillère de son lycée l’exhorte à s’occuper du baron Severin, un vieux monsieur vivant dans l’incurie la plus totale dans un ancien manoir. Grabataire, malvoyant et acariâtre, il ne tolère personne autour de lui. D’une façon certes un peu caricaturale, mais savamment croquée, les deux marginaux se rapprochent et finissent par se supporter, voire s’apprécier. Severin (Bent Mejding – Forbrydelsen) n’attend finalement que la mort et se consume dans les souvenirs de feu sa femme et de ses aïeuls, dont sa grand-mère, Inge. Il possède son journal intime et demande à Claudia de lui en faire la lecture. L’adolescente se prend rapidement au jeu et se laisse porter par les émotions que ce retour dans le temps induit, quitte à ce qu’il bouleverse son propre quotidien. Les moments contemporains ne manquent pas d’allure et de qualités grâce au caractère attachant des protagonistes et leur relation atypique, mais ce sont vraiment les séquences deux siècles auparavant qui fédèrent par leur humanité et férocité. La forme de 1864 participe d’ailleurs à l’ambiance pudique contrastant parfaitement avec la richesse sentimentale. Les nombreux figurants se fondent à merveille dans les décors naturels et la reconstitution d’ensemble. De même, la musique plutôt minimaliste de Marco Beltrami, principalement connu pour ses travaux au cinéma, sublime cette fresque poétique, violente et déchirante. Outre le soin accordé à la mise en scène à travers des passages tantôt intimistes tantôt meurtriers, la photographie se dote volontairement de teintes assez ternes, presque lugubres, prolongeant la mélancolie lancinante et l’impression que l’existence innocente des personnages se prépare à basculer dans l’horreur et les traumatismes. Car la candeur et la naïveté disparaissent rapidement au profit de la tristesse et des larmes, cette guerre se transformant en un véritable carnage.

Inséparables depuis l’enfance, Laust (Jakob Oftebro) et Peter (Jens Sætter-Lassen) mènent un quotidien assez paisible à la campagne rythmé par les bêtises dignes de leur âge, les péripéties avec la petite fille du coin et l’aide aux champs. Cette alchimie plaît évidemment à leurs parents aimants, dont leur père (Lars Mikkelsen – Sherlock) revenu du front avec une bien vilaine blessure à la jambe. Autant l’aîné s’avère assez fougueux et terre-à-terre, autant le cadet se montre plus sensible et cultivé. Les années passent, ils grandissent, vivent quelques adversités et se préparent à devenir adultes. Fiers de leur patrie, ils décident de s’engager immédiatement dans l’armée quand les besoins se font sentir. Leurs voisins et amis suivent le mouvement, tout le monde souhaitant se lancer dans l’aventure. Malgré leur tempérament distinct, les frères sont gouvernés par l’amour vraisemblablement platonique qu’ils portent à Inge et qui le leur rend bien. Le trio reste toujours soudé et partage tout. Le scénario joue la carte du mélodrame en instillant une préférence plus marquée pour un des jeunes hommes, des sentiments de jalousie et de trahison, des révélations impromptues et les poncifs habituels des récits de cette trempe. Cet aspect caricatural pourrait profondément gêner et irriter, mais le charme de la distribution d’ensemble atténue suffisamment ces éléments éculés, à condition d’accepter ce parti pris. Effectivement, Laust comme Peter s’avèrent hautement agréables et leur évolution tout aussi joliment illustrée. Leurs interprètes ne sont pas étrangers à ce résultat positif, qu’il s’agisse de leur version adulte comme enfantine ; d’ailleurs, la ressemblance entre les acteurs incarnant le même personnage se veut presque troublante. 1864 s’attarde donc sur ces frères prêts à tout l’un pour l’autre, quitte à se sacrifier. Seule une femme reste susceptible de temporairement les écarter, en l’occurrence Inge. Cette dernière officie comme narratrice grâce à son journal intime empreint d’une grande nostalgie d’une époque révolue. Les téléspectateurs comprennent rapidement que sa vie n’a pas progressé de la façon qu’elle souhaitait, la faute à des malentendus, des décisions peu heureuses, des mensonges éhontés et un conflit ouvert ravageant tout sur son passage. Cette héroïne n’a rien de désagréable, mais le jeu moyennement convaincant de Fanny Bornedal ne permet pas cette fois de totalement s’affranchir des clichés. La mini-série se nourrit d’un souffle sentimental à travers ses amours, sans pour autant phagocyter le récit. Elle préfère mélanger les genres et favoriser envers et contre tout la sobriété et l’humanité dans tous ses travers comme le prouve le personnage de Didrich revenant de la Première guerre de Schleswig psychologiquement brisé.

Les épisodes du début dépeignent un Danemark insouciant, presque fanfaron et galvanisé par les victoires encore récentes sur le front. La menace latente d’une lutte contre la Prusse ne fait pas réellement peur aux jeunes qui se perdent dans une vision romantique alimentée par des élites pédantes et vaniteuses. Ce conflit partage de funestes similarités avec la Première Guerre mondiale. L’espoir et l’orgueil laissent rapidement leur place à une génération sacrifiée pour des raisons totalement ridicules. 1864 propose une critique franche de ces batailles et n’hésite pas à représenter l’horreur et la barbarie de ces boucheries. Pour accentuer le poids de ce qu’elle illustre à l’écran, elle se munit d’une galerie de personnages attachants, non dépourvus de défauts et d’archétypes, mais émouvants par leur sensibilité propre. L’inexpérimenté Alfred (Jens Christian Buskov Lund), le déterminé lieutenant Dinesen (Johannes Lassen) ou bien le fruste attendrissant Erasmus (Esben Dalgaard Andersen) figurent au rang des membres de l’unité des frères réussissant immédiatement à toucher. Le camp adverse n’est pas non plus oublié avec ces Allemands condamnés eux aussi à répondre aux directives arbitraires de leurs supérieurs hiérarchiques. Le scénario dépeint la futilité et la monstruosité de la guerre, entraînant toujours des dommages collatéraux. La caméra montre la barbarie environnante sans demi-mesure ou surenchère, seulement à travers une terrible et désarmante simplicité. Les morts s’entassent, les cris déchirent les entrailles, le sang carmin coule à flots dans des paysages souvent enneigés, et ces jeunes hommes ressemblent à une vraie chair à canon remplaçable. Les scènes de bataille ne manquent pas et injectent une dimension authentique et infernale grâce à une réalisation de qualité et une bande-son immersive. Le spectaculaire compose ainsi 1864, mais la mini-série ne se borne pas à une succession de luttes directes. Elle joue aussi la carte plus fine de la psychologie, avec notamment Didrich (Pilou Asbæk – Borgen), le fils unique du noble du village de Peter et Laust. Méprisé par son père pour sa couardise, il est obsédé par Inge et prêt à tout pour obtenir ses faveurs. Le récit essaye de ne pas juger ses actes pourtant régulièrement condamnables et trouble les frontières, accusant plutôt la guerre et les traumatismes qu’elle provoque ainsi que les gouvernements déconnectés de tout.

Les épisodes disposent par conséquent de plusieurs points de vue. En sus de Claudia au XXIè siècle et de Laust et Peter sur le front, elle s’attarde au sein des arcanes du pouvoir. Ditlev Gothard Monrad (Nicolas Bro – Forbrydelsen) possède plusieurs casquettes et monte progressivement les échelons pour représenter l’instigateur de cette future débâcle. Homme d’Église, politicien averti, obnubilé par sa foi, romantique, passionné et à la limite du fanatisme, il n’a de cesse que de chercher le contentieux avec la Confédération germanique, persuadé du bienfait de sa démarche. Ses discours enfiévrés caractérisent cet individu conservant au long cours ses œillères, quitte à anéantir son propre peuple. L’incompétence des hautes instances et l’aveuglement des stratèges face à la réalité du terrain transpirent tout au long de cette mini-série se révoltant de ce gâchis humain. Il en devient difficile d’apprécier un minimum Monrad, car il préfère se perdre dans ses illusions plutôt que d’affronter ce qui se trame devant lui. Le détachement des adversaires, dont l’implacable Otto von Bismarck (Rainer Bock) et d’une ribambelle de généraux, fait tout autant froid dans le dos. Sur une note technique, dommage que les sous-titres n’apparaissent pas d’une manière différente selon l’origine des interlocuteurs puisque l’allemand et le danois partagent quelques sonorités. Dans tous les cas, comme toujours, ce sont ceux devant risquer leur vie qui en payent le prix fort et qui veillent à préserver au maximum les puissances encore en place. Pendant que les riches écoutent les contes de Hans Christian Andersen et vont au théâtre, la nation endure en silence et n’a pas le droit de se révolter. De toute manière, que peut-elle y faire ? L’écriture souffre sûrement d’un ton quelque peu manichéen en clivant de la sorte la population et aurait mérité davantage de finesse. La populaire actrice Johanne Luise Heiberg (Sidse Babett Knudsen – Borgen) symbolise à merveille ce qui ressemble presque à de l’opportunisme et à un détestable émoussement affectif. Elle pousse Monrad dans ses idées patriotiques et lorsque la roue tourne, elle change de fusil d’épaule et passe à autre chose comme si de rien n’était. Pourtant, les stigmates s’affichent telles des plaies béantes et n’empêchent pas de répéter les mêmes erreurs quelques décennies plus tard.

Au final, l’intimiste et sobre mini-série 1864 illustre à travers la lecture d’un journal l’humiliante débâcle du Danemark au cours de la deuxième moitié du XIXè siècle. Alors que le pays s’enflamme dans des rêves nationalistes de grandeur et de décadence, la réalité finit par le rattraper de façon dramatique. L’ambition démesurée de son gouvernement conduit sa jeunesse au désastre et la dépouille définitivement de l’insouciance supposée la caractériser. Plutôt que de favoriser l’approfondissement historique, sans pour autant se priver de dépeindre la vacuité de toute guerre et d’une réflexion politique, ces épisodes présentent surtout une peinture humaine et fédératrice. Avec le portrait sensible de deux frères et de leur entourage, elle s’offre une ambiance poétique et mélancolique troublante magnifiée par une superbe musique minimaliste et une scénographie parfois symbolique. En dépit d’éléments sensiblement mélodramatiques, de stéréotypes et de rebondissements prévisibles, cette production habitée propose une fresque vivante terrible et émotionnellement intense. La tendresse, l’amour, l’amitié et le courage tentent de surmonter les obstacles dans un univers rappelant inlassablement sa féroce cruauté. Ambitieuse avec ses différents niveaux de narration et son budget conséquent, elle ne manque clairement pas de défauts, mais se révèle malgré tout recommandée même si le voyage s’annonce éprouvant.
Bonus : la bande-annonce

Slow Dance | スローダンス

Par , le 23 novembre 2016

Si l’on tenait des statistiques, je suis prête à parier que la grande majorité des getsuku, ces séries japonaises passant sur Fuji TV dans l’illustre case du lundi à 21 heures, seraient des comédies romantiques. Sans aucune surprise, c’est le cas de Slow Dance. Cette création originale d’Etô Rin (Nodame Cantabile, Tôkyô Friends) se compose de onze épisodes de quarante-cinq minutes chacun qui furent diffusés sur la chaîne entre juillet et septembre 2005. Aucun spoiler.

Serizawa Riichi est un vingtenaire incapable de prendre des risques et de s’engager. Il a rangé au placard son rêve de devenir réalisateur et se contente d’une place de moniteur d’auto-école. Une de ses élèves, Makino Isaki, a la trentaine et espère développer sa carrière dans la vente. Malheureusement, elle cumule les désillusions à la fois professionnelles comme personnelles. Tous deux s’entendent comme chien et chat et se raillent constamment tant leur vision de la vie diffère. Ils passent pourtant leurs moments libres ensemble, avec plusieurs de leurs amis essayant eux aussi de se construire un présent, voire un futur satisfaisant.

Ce n’est pas un secret, les comédies romantiques ne m’attirent pas particulièrement. C’est d’ailleurs probablement en partie pour cette raison que celle-ci est restée longtemps traîner dans mes dossiers, surtout que j’avais en tête qu’elle était médiocre. Or, je suis immédiatement tombée sous son charme et si la conclusion traîne un peu en longueur et que quelques éléments l’empêchent de se révéler indispensable, elle dispose de solides atouts pour offrir un sympathique et chaleureux divertissement. Un des principaux problèmes de ce type de récit est justement de suivre à la lettre près une formule traditionnelle. Les héros se disputent, naissent des sentiments, des quiproquos s’emmêlent, l’un ou les deux commettent des erreurs, le timing n’est jamais bon et il faut attendre la toute fin pour les voir enfin ensemble. Slow Dance ne sort pas des sentiers battus et se contente du schéma classique, avec tous les rebondissements habituels, la caricature et les archétypes en moins, la simplicité et le réalisme en plus. Cela change beaucoup de choses, finalement. De toute manière, ce n’est pas tant l’épilogue qui importe, mais plutôt le cheminement des protagonistes. Le couple phare de la série constitue le terreau, le joyau de cette production commençant à prendre sérieusement de l’âge. D’ailleurs, elle ne donne pas du tout l’impression d’avoir plus de dix ans au compteur. Même les vêtements et coiffures restent assez modernes. Comme souvent, la réalisation en elle-même ne marque pas et se borne au minimum syndical. Le constat s’avère similaire en ce qui concerne la musique de S.D.Preppy : jolie, mais non mémorable. La chanson thématique, Tôkyô du fameux acteur/chanteur Fukuyama Masaharu, propose une belle ballade romantique et un peu sensuelle oubliant la mièvrerie. Elle représente ainsi à merveille les adorables Riichi et Isaki, ces deux électrons libres évoluant jusqu’alors avec des œillères.

Riichi tergiverse tout le temps. Isaki, elle, affiche une impulsivité patente. Malgré leur caractère diamétralement opposé, ils ont pour point commun de douter d’eux-mêmes et de ne pas savoir que faire de leur existence. Ils ne sont pas satisfaits de l’actuelle, mais il paraît difficile de la changer, cela pour diverses raisons. Quand le jeune homme tombe sur la trentenaire célibataire dans son café fétiche, il est persuadé de l’avoir déjà rencontrée. Ce n’est qu’après s’être ouvertement disputé avec elle au comptoir qu’il réalise qu’elle apprend à conduire dans son auto-école. Et encore mieux, dans le temps, elle travaillait comme professeure stagiaire dans son lycée ! Dans son souvenir, cette enseignante se voulait douce, bienveillante et donnait envie de se battre pour ses rêves. Cette version présente, énergique, opiniâtre, n’a vraiment plus rien à voir. Riichi mène ainsi une vie plate, sans saveurs. En dehors de son emploi ne le passionnant pas du tout, il fréquente ses deux sympathiques amis de fac de cinéma (Tanaka Kei et Nishino Akihiro), désirant que leur copain reprenne le chemin de la caméra, car il détenait un certain talent. Mais non, celui-ci croit qu’il s’agit là d’un caprice chimérique, d’une candeur détestable, et il décide d’être ce qu’il juge mature. Slow Dance, derrière son registre romantique, nourrit une jolie réflexion sur les objectifs aussi fantasmés qu’ils soient et de leur poursuite. Les propos n’ont une fois de plus rien de novateur, mais le traitement délicat et plutôt subtil fait facilement mouche, surtout si l’on a un faible pour ce type de thématiques. De même, le scénario veille à illustrer que la notion d’adulte est abstraite, qu’elle ne signifie rien du tout et que chacun fait ce qu’il souhaite, comme il l’entend, au rythme qui lui plaît, en trébuchant maintes fois s’il le faut.

L’audience le sait, Riichi et Isaki ont tout pour former un couple durable, mais ils doivent d’abord le découvrir, ce qui n’est pas forcément gagné. Avant de devenir amants, ils deviennent surtout amis. Chacun réalise que face à l’autre, il peut se montrer sans fard, confier ses démons. L’alchimie entre les deux comédiens conditionne beaucoup le succès de cette série. Effectivement, Tsumabuki Satoshi (Orange Days, Tenchijin) et Fukatsu Eri (Sora Kara Furu Ichioku no Hoshi, Saiyûki) s’avèrent aussi attachants ensemble que séparément. La trentenaire ne manque pas de panache avec sa franchise, sa vivacité et son sens de la répartie tandis que les doutes du second résonnent probablement tant ses interrogations sont fédératrices. Les deux acteurs se sont par la suite donné la réplique dans le magnifique film Akunin, mais fort heureusement, l’ambiance se veut ici bien moins morose ! Tous se retrouvent souvent dans un izakaya le soir, boivent de l’alcool et refont le monde. Slow Dance apporte beaucoup d’humour, de piment, de malice et de fraîcheur à ses situations, notamment grâce aux disputes amusantes du duo principal. Ils ne sont pas les seuls à participer au succès, car d’autres personnages tirent leur épingle du jeu. Le bras-droit d’Isaki, l’adorable Yashima (Koizumi Kôtarô – Namonaki Doku), se montre tout de suite éminemment sympathique avec son envie de bien faire, sa timidité et ses gaucheries. De même, Ichisaka Susumu, campé par un parfait Nukumizu Yôichi (Tonsure), éternel candidat au permis de conduire, prend les téléspectateurs à contrepied et démontre que le scénario essaye à sa manière de se détacher des clichés et stéréotypes éculés, bien qu’il n’y parvienne pas toujours. Les rivaux amoureux n’en sont pas vraiment et le rythme assez rapide empêche toute intrigue de s’enliser ou de provoquer une véritable lassitude. Malgré tout, la série perd légèrement de sa force avec son deuxième couple en progression et plusieurs autres écueils dispensables.

Dans cette danse, Riichi et Isaki ne sont pas seuls, mais peuvent compter sur le frère du premier et la collègue de la deuxième. Ces figures ne profitent néanmoins pas d’une exploration aussi fine et poussée. Eisuke, joué par un charmant Fujiki Naohito (Hotaru no Hikari), a sept ans de plus que son cadet et s’ennuie ferme à son travail dans la finance. Sa petite amie ne semble d’ailleurs être avec lui que pour sa confortable situation. Un jour, il plaque tout et ouvre un bar dans l’espoir de retrouver la flamme. Charmeur invétéré, il séduit aisément les femmes, ce qui agace prodigieusement Riichi. Et pour cause, le benjamin est jaloux, persuadé que son aîné lui a ravi le cœur de son ancien amour de jeunesse, la fade Ayumi (Kobayashi Mao – Tôkyô Friends) maintenant hôtesse de l’air. Ce personnage manque cruellement d’originalité et souffre de la comparaison avec la vive Isaki. Eisuke tente de demeurer en retrait de tout drame en devenir et garde une attitude détachée, sans signifier qu’il reste insensible. Avec sa carapace, il essaye de se protéger, mais oublie sûrement de profiter de la vie. Il se prend d’affection pour l’amie d’Isaki, Koike Mino (Hirosue Ryôko – Triangle), attendant le prince charmant depuis six ans. Avec son copain de l’époque, ils se sont promis de se marier à une date approchant dangereusement sauf que depuis, ils n’ont guère échangé quoi que ce soit. L’écriture a la louable idée d’évoquer en filigrane la condition de la femme, l’absence d’obligation de dépendre d’un homme et la possibilité de se forger une route propre. Il n’y a là rien de bien nouveau, mais pour une série japonaise, le moindre ingrédient du genre plaît. Il n’empêche que l’intégralité de cet arc, avec les débuts d’une relation entre Eisuke et Mino, ne tient pas suffisamment en haleine et ne peut compter sur une vraie osmose entre les acteurs pour outrepasser le classicisme ambiant. Heureusement, outre la simplicité des rebondissements et du quotidien retranscrit, l’amitié entre tous ces personnages, qu’elle soit féminine, masculine ou mixte, atténue quelques-unes de ces maladresses.

Au final, Slow Dance n’est clairement pas une romance indispensable méritant de tout interrompre pour la visionner. Mais mine de rien, avec son atmosphère non dénuée de malice et égayant le moral, elle réussit sans mal à divertir, à toucher, voire à fédérer. Derrière son adorable couple de héros complémentaires solidement interprété, cette série authentique se permet de dépeindre les difficultés de faire des choix, l’importance de poursuivre son idéal, de ne jamais oublier ses rêves et d’arrêter de penser qu’être adulte signifie se limiter à des actions hautement sérieuses. Garder ses envies d’enfant ne se résume pas à de la naïveté, bien au contraire. En bref, malgré un cahier des charges suivi scrupuleusement et quelques longueurs, le scénario offre de jolis moments naturels, hauts en couleur, drôles et mettant régulièrement des étoiles dans les yeux ainsi que des papillons dans le ventre. Les amateurs du genre devraient probablement au moins donner sa chance à cette production injustement méconnue.

Earthsea | Terremer : La Prophétie du sorcier (mini-série)

Par , le 16 novembre 2016

Entre la fin des années 1990 et le début du XXIè siècle, les productions de la société Hallmark Entertainment, depuis devenue Sonar Entertainment, passaient très régulièrement à la télévision française. C’est ainsi que j’en ai regardé un bon paquet ; plusieurs comme Merlin, Dinotopia et Cleopatra ont déjà eu leur quart d’heure de gloire ici. J’ai pour projet probablement un peu idiot de revisionner tout ça au fur et à mesure. Pour l’heure, place à Legend of Earthsea, plus tard raccourcie en Earthsea, et connue dans nos vertes contrées sous l’intitulé Terremer : La Propéthie du sorcier. Cette mini-série de deux épisodes de quatre-vingt-dix minutes chacun fut diffusée les 13 et 14 décembre 2004 sur Syfy. Elle adapte à sa manière les premiers romans A Wizard of Earthsea et The Tombs of Atuan du cycle de fantasy Earthsea (Terremer en version française) créé par Ursula K. Le Guin. Aucun spoiler.

Le jeune Ged vit dans un petit village avec son père travaillant comme forgeron. La logique voudrait qu’il embrasse cette profession et s’en satisfasse, mais ce n’est pas du tout le cas. En son for intérieur, il est convaincu d’être destiné à de grandes choses. Alors qu’il commence à découvrir de mystérieux pouvoirs magiques et être envahi par une même vision tournant en boucle, le roi Tygath cherche de son côté à conquérir Earthsea dans son intégralité. Pour cela, ce vil individu cupide tente de libérer les Innommables, des démons susceptibles de lui apporter le don d’immortalité. Le monde entier s’apprête à plonger dans le chaos le plus total, à moins que Ged ne soit le sorcier dont parle une certaine prophétie et réussisse à freiner les ambitions démesurées de ce souverain perfide. Pour l’heure, il doit dans tous les cas se lancer dans un long et fastidieux apprentissage…

Aussi curieux que cela puisse paraître pour quelqu’un se disant amateur de médiéval fantastique, j’accuse de grandes lacunes culturelles. J’admets donc ne jamais avoir testé les œuvres littéraires d’Ursula K. Le Guin, mais je compte bien y remédier un jour ou l’autre. Mes seules maigres connaissances se rapportent à l’adaptation cinématographique de 2006 du studio Ghibli, Gendo Senki (Les Contes de Terremer) qui, de surcroît, semble prendre d’importantes libertés avec le matériel d’origine. En l’occurrence, je ne peux préciser si cette mini-série se veut fidèle et je me contenterai d’évoquer ses qualités propres. Pour savoir ce qu’il en est de cette transposition, je crois que l’idéal est de se diriger vers l’auteure puisqu’elle en a discuté sur Internet à plusieurs reprises et, d’ailleurs, ses critiques ne s’avèrent pas du tout positives. Les producteurs n’ont apparemment pas souhaité se rapprocher d’elle et, outre un whitewashing patent, ont totalement occulté l’esprit de cet univers souvent vanté pour sa richesse. En tant que novice, le visionnage de cette fiction télévisée ne laisse pas du tout penser qu’elle abrite un tel potentiel, car elle se limite à un récit manichéen dénué de toute finesse ou originalité. La forme ne tranche pas avec le reste et tend plutôt à accentuer la médiocrité ambiante. Certes, les effets spéciaux affreusement visibles peuvent, à la rigueur, demeurer acceptables compte tenu de l’âge désormais avancé et du budget restreint. Ce qui n’est pas le cas de la musique convenue de Jeff Rona, de la réalisation basique ou encore du manque d’imagination concernant la mise en scène. Aucun effort ne transpire dans Earthsea et cette paresse esthétique se ressent davantage dans le fond se bornant à tous les poncifs du genre et à des répliques souvent navrantes.

Arrogant et sûr de lui, Ged a une haute estime de lui-même et prend de haut son père, modeste forgeron. Il n’a pas connu sa mère et vit sur une petite île reculée au milieu de nulle part. Il passe ses journées à s’amuser avec une amie et à se faire houspiller par son unique parent, car il ne montre aucune motivation pour quoi que ce soit. Depuis quelque temps, une vision fort étrange tourne en boucle dans sa tête où il aperçoit une jeune femme errant dans des couloirs. Il ne sait qu’en penser, mais cela le convainc une fois de plus de sa destinée qu’il juge incroyable. Contre toute attente, ses envies rejoignent la réalité et le voilà placé sous l’égide du sorcier Ogion, joué par Danny Glover. Sauf que Ged, encore une fois, ne réussit pas à se satisfaire de l’apprentissage de son nouveau mentor. Rien ne va jamais suffisamment vite pour lui. C’est pourquoi il se dirige vers une école spéciale, à Roke, susceptible d’accélérer le processus. La première partie d’Earthsea dépeint ainsi les débuts du protagoniste essayant de devenir un grand mage, mais se retrouvant à chaque fois entravé par ses défauts. Le héros (Shawn Ashmore – The Following) représente l’archétype le plus basique qui soit de ce genre de récit. Son parcours initiatique lui apporte une certaine maturité pourtant guère retranscrite à l’écran, son évolution et sa caractérisation se suffisant de vagues esquisses. Difficile alors de s’attacher à cet individu binaire détenant, comme par hasard, d’immenses capacités. Pour l’humaniser et injecter une impression d’humour, quelques faire-valoir lui sont associés tels que Vetch (Chris Gauthier – Eureka), son fidèle acolyte porté sur la nourriture, et le roublard Skiorch (Alessandro Juliani – Battlestar Galactica) devant se contenter de miettes scénaristiques. Au sein du premier épisode, Ged semble par conséquent étudier la sorcellerie, bien que cela ne soit pas visible, obtient aisément le soutien du directeur émérite de son établissement, méprise un camarade de classe forcément très caricatural, et libère par mégarde un gebbeth, une sorte d’ombre cherchant maintenant à le posséder pour régner sur Earthsea en toute impunité. Dans un second temps, le récit veille à dépeindre la fuite du héros toujours très falot, mais également les ambitions démesurées du roi Tygath.

Malgré la simplicité extrême de sa trame narrative et les rebondissements éculés, cette mini-série prévisible multiplie les personnages et points de vue. Elle aurait clairement gagné à s’étaler dans la durée ou à ne pas s’éparpiller de la sorte, car tout s’y déroule mécaniquement et précipitamment. Les relations entre les principales figures ne sont jamais creusées, évoluent pour plusieurs de façon totalement improbable, voire ridicule, et l’alchimie inexistante ne vient que favoriser l’absence d’impact émotionnel. Pendant que Ged s’affaire à devenir un mage, le souverain mégalomaniaque Tygath tente d’étendre sa toile. Il rêve de posséder l’immortalité et pour cela, il doit convaincre Thar (Isabella Rossellini – Alias), la grande prêtresse des tombeaux d’Atuan, de libérer les Innommables, mais naturellement, cette dernière refuse. Ces créatures démoniaques s’apparentent à une menace très abstraite et il paraît compliqué d’en prendre peur ou de saisir de quoi il en retourne précisément, comme s’il manquait des clés pour tout comprendre. Bref, Tygath choisi d’opter pour un moyen détourné, charge sa maîtresse Kossil (Jennifer Calvert), officiant aussi en tant que religieuse dans ce temple, d’empoisonner progressivement sa supérieure et de se faire élire à ce haut rang. Sauf que Thar nomine à la place la jeune et fidèle Tenar (Kristin Kreuk – Smallville). Avec cette deuxième partie, la caméra se lance dans une course contre la montre dépourvue de souffle épique, mais gonflée en caricature. Les méchants le sont totalement, à l’instar d’un ridicule Tygath (Sébastien Roché – The Originals), et les gentils bataillent un peu pour préserver la paix. Les émotions sont oubliées alors que dans les faits, de tragiques évènements ponctuent ce scénario désincarné. S’y entremêlent une prophétie, un dragon, une amulette scindée nécessitant d’être reformée, un parcours dans un labyrinthe, une lutte contre ses démons intérieurs, des jeux de dupe, des relents romantiques ineptes sortis de nulle part et quelques autres éléments incapables de surprendre ceux ayant déjà regardé ou lu des récits de cette trempe. Notons l’apparition furtive d’Amanda Tapping (Stargate SG-1) dont l’inutile rôle est de traiter Ged d’inconscient après qu’il ait stupidement commis une erreur dramatique.

Pour conclure, la mini-série Earthsea ressemble à un condensé indigent et poussif de tous les ingrédients les plus clichés possible pullulant dans les histoires de fantasy. Avec le chemin initiatique d’un jeune homme imbu de lui-même, impatient et condescendant, elle ne réussit jamais à proposer un divertissement digne de ce nom. Les personnages manquent de charisme et se perdent dans des dialogues maladroits tandis que les péripéties se succèdent allègrement et ne bénéficient d’aucun développement. Contre toute attente, les maigres tentatives de densifier l’univers restent à l’état embryonnaire et induisent presque une certaine confusion. Par son côté générique, son registre familial et son absence de coloration, cette insipide production formatée ne mérite pas un quelconque visionnage. Pire, elle ne donne pas du tout envie de lire le cycle littéraire alors que d’après les échos résonnant de-ci de-là depuis la fin des années 1960, il figure parmi les classiques du genre.

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