Black Sails (saison 3)

Par , le 15 novembre 2017

Toutes les bonnes choses ont une fin et, comme la chaîne Starz l’a déjà prouvé, elle sait éviter les séries interminables finissant par s’attiédir. En suivant cette même politique, Black Sails s’est donc arrêtée cette année au terme de sa quatrième saison, mais heureusement, nous n’en sommes encore ici qu’à la troisième. Les dix épisodes la constituant ont été diffusés entre janvier et mars 2016 ; ils avoisinent généralement l’heure. Aucun spoiler.

Contre toute attente, les capitaines Flint, Vane et Rackham se sont alliés et partagé le fabuleux trésor de l’Urca de Lima. L’idée est de veiller sur leur pactole, et pour cela, il faut d’abord réparer le fort qui a été sacrément malmené par les précédentes dissensions ayant mené Eleanor Guthrie derrière les verrous. Pendant que certains s’activent sur l’île, d’autres naviguent et font régner la terreur, car la piraterie n’a pas dit son dernier mot et terrasse qui entrave son chemin. Déjà bien amorcée l’an passé, l’offensive anglaise prend ses aises au cours de ces aventures inédites. Sans surprise, les Britanniques comptent évidemment mater ces boucaniers leur donnant du fil à retordre d’autant que l’Espagne, humiliée par la perte de son or, est prête à tout pour récupérer ce qui lui appartient. Les enjeux de cette saison apparaissent ainsi rapidement et tournent tous autour de la protection de Nassau, de la vengeance contre cette satanée couronne outre-Atlantique et de cette tentative de se libérer des décisions souvent avilissantes de dirigeants intouchables dans leur tour d’ivoire, de foudroyer un esclavage physique ou idéologique. Les complots, rebondissements et autres retournements de situation continuent d’alimenter le quotidien de ces protagonistes perpétuellement sur la brèche. La menace s’avère insidieuse et plutôt fourbe, car il n’est nullement question de coups de canon et de massacres, mais de pardons, une approche que Flint connaît trop bien… L’antagoniste revêt le costume du nouveau gouverneur, Woode Rogers (Luke Roberts – Ransom), qui n’est pas né de la dernière pluie, comprend assez bien ce qui l’attend et ne ressemble en aucun cas à un individu naïf, cruel ou manichéen. Au contraire, ce personnage permet de troubler les frontières et de rendre la bataille plus fine et passionnante à suivre. Il sait en plus parfaitement s’entourer et profite de l’expérience d’une femme dont le funeste sort semblait pourtant acté. Le chasseur de pirates Benjamin Hornigold, l’irruption du redouté Barbe Noire, le retour au pays d’une pestiférée, les luttes intestines, la dépression d’un capitaine en roue libre ou encore l’arrivée sur le devant de la scène d’un village caché aux yeux de tous représentent plusieurs des moments de cette saison allant crescendo. Elle ne se départ heureusement pas de l’esthétique soignée caractérisant Black Sails depuis ses débuts. Quel plaisir de regarder ces paysages paradisiaques et d’assister à ces voyages maritimes où le soleil éclatant lègue parfois brutalement sa place à des tempêtes mortelles, véritables symboles du maelström dans lequel les héros sont plongés.

Le décès de son grand ami Thomas Hamilton avait déjà sérieusement ébranlé Flint et l’assassinat d’une rare brusquerie de Miranda Barlowe le fait presque perdre la raison. Malgré cette douleur indicible qu’il nie, il continue de mener le Walrus et son équipage. Force est de constater que ses décisions ne paraissent guère réfléchies, mais plutôt impulsives, voire suicidaires. John Silver, désormais devenu quartier-maître, essaye tant bien que mal de tempérer les démons de son capitaine qui, du fait de sa nature taiseuse et peu affable, ne se laisse pas approcher. La conjoncture n’est donc pas au beau fixe en dépit de nombreuses victoires contre les hauts fonctionnaires britanniques exécutés les uns après les autres, au fil des escales sur les différentes îles des Caraïbes. La saison poursuit avec succès et finesse l’exploration de la psyché de cet ancien aristocrate. Perdu et brisé, il n’écoute vraiment plus personne et mène son équipage à sa guise en manipulant et culpabilisant comme il en est coutumier. S’il a toujours agi de la sorte, il avait encore jusque-là quelques gardes de fou ; sauf que ceux-ci gisent maintenant six pieds sous terre. La première partie de ces épisodes montre ainsi un personnage incontrôlable entraînant dans sa chute ses hommes, bien que plusieurs d’entre eux comme le sympathique Billy Bones ne soient pas dupes et tentent de rééquilibrer la situation. Déjà amorcée précédemment, la dynamique unissant Silver à Flint prend littéralement son envol et promet de belles scènes sublimées par des dialogues intéressants. La défiance se transforme en respect et tutoie une amitié quelque peu dangereuse. Silver se rapproche pas à pas de la figure légendaire écrite par Robert Louis Stevenson, ne serait-ce que d’un point de vue physique avec sa jambe en moins qui le fait atrocement souffrir. Il est amusant de constater qu’il ne maîtrise finalement plus son destin, que ce sont ses comparses qui tirent profit de ce qu’il dégage et inspire à la foule. Plus posé et mature, bien moins opportuniste, il embrasse sa nature de pirate et commence à réaliser que la noirceur qui l’effraie tant chez Flint risque de le contaminer. La série travaille vraiment sa psychologie, les affres de ses principaux personnages, sans jamais en devenir verbeuse, pompeuse ou trop didactique. Au contraire, elle trouve toujours une juste mesure appréciable en alliant autant ses rebondissements rythmés, son souffle émotionnel et intimiste que ses ficelles géopolitiques.

Pendant que Flint, Silver, Billy et les autres naviguent, massacrent et s’écharpent, Vane et Rackham sécurisent au mieux Nassau. Max n’est pas non plus en reste et refuse tout au long de la saison de baisser les bras, de quitter son île et ce statut qu’elle vient enfin de réussir péniblement à atteindre. Elle dirige maintenant d’une main de maître ce petit monde et persévère, quitte à devoir se séparer de désirs plus personnels. L’écriture oublie heureusement l’espèce de mariage à trois entre Rackkam, Anne Bonny et l’ex-prostituée, probablement parce que leurs différentes relations se sont clarifiées, apaisées, mais garde son ton féministe bienvenu. Le premier rêve de laisser son nom à la postérité et plaît encore par son humour, sa désinvolture de façade et ses répliques élevées dotées d’une touche cocasse. Malin, il retombe souvent sur ses pieds et prend soin de ses proches qui se comptent sur les doigts d’une main. Son amitié avec Vane conduit à de jolis passages, tout comme son amour pour l’écorchée vive Anne bénéficiant de son côté d’un développement progressif. Black Sails ne choisit pas toujours la facilité et mélange régulièrement ses cartes en insérant de nouveaux personnages et en n’hésitant pas à en écarter définitivement certains emblématiques, parfois d’une manière très cruelle, mais efficace et d’une grande portée symbolique. Dommage toutefois que la série ne tire pas plus profit de l’arrivée du fameux Edward Teach, connu en tant que Barbe Noire. Il en impose et permet notamment à Vane d’affirmer ses valeurs, mais compte tenu de son aura et de l’interprétation de Ray Stevenson (Rome), il aurait pu être moins en retrait. Cela offre néanmoins l’occasion aux autres de tirer leur épingle du jeu. Les complots ne manquent pas, les alliances se défont et se refont et le scénario semble savoir où il se dirige, ce qui fait plaisir. En dehors de toutes ces figures, plusieurs plus mineures ne déméritent pas et construisent les fondations de cet univers en ébullition finissant logiquement par imploser puis littéralement exploser. Le récit s’arme d’une montée en puissance assez incroyable et s’octroie un ultime chapitre riche en action, en batailles maritimes comme terrestres.

En conclusion, la troisième saison de Black Sails poursuit le voyage initié par les précédentes en n’arrêtant jamais de se bonifier avec le temps, tout en entretenant sa superbe mise en scène et son absence de manichéisme. Plutôt ambitieuse et empreinte d’une certaine réflexion sur les libertés, sur les tourments individuels et plus généraux d’un microcosme en perte de vitesse, elle n’a de cesse que de conjuguer un sens de l’aventure exaltante à des séquences chargées en émotions diverses. Ses épisodes en deviennent alors nerveux, brutaux et d’une férocité par moments insoutenable, à la fois pour ses figures ferraillant ferme pour conserver les rênes de leur existence, mais aussi pour les téléspectateurs comprenant que les dés sont de toute manière pipés dès le départ. La rigueur apportée à ses personnages fait mouche et offre une galerie nuancée inspirant des sentiments contradictoires, mais d’une réelle authenticité. Avec l’irruption de l’offensive anglaise et d’un contexte historique soigné, les enjeux prennent un tournant plus politique et gagnent ainsi en superbe, en densité et en intérêt. Autrement dit, cette production trop méconnue tient haut la barre de bout en bout et continue de prouver qu’elle mérite plus que le détour. Diable, sa conclusion s’annonce déchirante et explosive !

Saikô no Rikon | 最高の離婚

Par , le 8 novembre 2017

Deux cents. Voilà la deux centième série hebdomadaire japonaise à apparaître sur Luminophore depuis 2007. Déjà ! Je me souviens encore comme si c’était hier de mes débuts dans ce nouvel univers. Ce n’est qu’après avoir terminé Saikô no Rikon, soit le meilleur divorce en français, que j’ai réalisé sa place particulière et je suis bien contente d’être tombée sur elle pour marquer cette occasion. Scénarisée par Sakamoto Yûji (Mother) que l’on ne présente plus, elle se compose de onze épisodes diffusés sur Fuji TV entre janvier et mars 2013 ; le premier et le dernier disposent d’une douzaine de minutes additionnelles. Le bonus datant de 2014 sera traité plus tard. Aucun spoiler.

Mitsuo et Yuka se sont mariés il y a presque deux ans, mais depuis, ils passent leurs journées à se disputer, souvent pour des broutilles. Sur un coup de tête, ils décident un soir d’imprimer les papiers de divorce et de les signer. Voilà, ils sont libres. Du moins, en apparence, car en vérité, ce n’est que le début d’un long parcours. Ils sont pour un temps obligés de cohabiter et de mentir à leur propre famille. Et quand s’y ajoute l’irruption d’une ancienne camarade de classe pour qui Mitsuo semble avoir un faible et de son époux, la situation devient encore plus explosive…

Grâce à Saikô no Rikon, Sakamoto Yûji montre une fois de plus son appétence pour les sujets un peu controversés allant à contre-courant d’une société toujours trop patriarcale et misogyne. En évoquant le meilleur divorce, le titre de sa fiction donne déjà le ton et laisse supposer qu’une séparation pourrait être préférable. L’idée n’est pas du tout d’affirmer que rompre son mariage est la solution, mais une parmi d’autres, le but étant de favoriser le bonheur des deux parties concernées. Tout au long de ces épisodes, le scénariste en profite pour y injecter un message dont il est coutumier, quelques petites réflexions susceptibles de faire progresser les mentalités nippones. Il matérialise par exemple d’emblée les différences de traitement entre les hommes et les femmes, les secondes passant trop régulièrement en arrière-plan et subissant une pression parfois insupportable. Il admet avec un léger cynisme que la roue commence heureusement à tourner puisqu’il n’y a pas si longtemps, un époux pouvait très bien demander le divorce parce que sa conjointe ne cuisinait pas assez bien à son goût ! Si l’objectif de la série est plutôt de dessiner la fin d’une relation et de plonger avec facétie dans les pensées de ses protagonistes, elle se ne limite donc pas uniquement à cette approche. Elle apporte un éclairage intéressant sur l’évolution socioculturelle du Japon, souvent de façon très subtile ou de manière plus frontale à travers le parallèle avec la grand-mère de Mitsuo (Yachigusa Kaoru – Byakuyakô) ayant divorcé avec fracas plusieurs décennies plus tôt. Ainsi, résumer Saikô no Rikon a une énième comédie romantique serait plus que réducteur d’autant qu’en plus de s’approprier les codes du genre et d’en jouer, elle s’arme d’une tonalité émotionnelle d’une grande finesse.

C’est en essayant de fuir la région de Tôhoku après le séisme meurtrier de mars 2011 que Mitsuo et Yuka se sont rencontrés. Ils se sont rassurés, rapprochés, puis mariés quasiment dans la foulée. Au premier regard, ils n’ont rien en commun. Il est aussi rigide et intrusif qu’elle est simple et désordonnée. Leurs différences les amusaient au départ, mais elles ont rapidement fini par les agacer, voire les exaspérer. Arrivés en 2013, ils en sont au stade où ils ne se supportent plus, la moindre action la plus triviale de l’un provoquant moult soupirs et énervements de la part de l’autre. C’est pourquoi ils décident un soir, suite à une nouvelle discorde au demeurant plutôt ridicule, de divorcer. Mais si le processus est très facile au Japon d’un point de vue administratif, il implique comme partout des conséquences plus larges. Quitter son conjoint signifie potentiellement devoir changer ses habitudes, se séparer de ses animaux, déménager, couper parfois les ponts avec certains amis et son ex-belle-famille, etc. Pour ne pas brusquer qui que ce soit et en attendant de trouver des solutions, Yuka et Mitsuo choisissent alors de ne rien révéler et de rester sous le même toit. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu, les deux continuant de se chamailler et rivalisant pour savoir qui s’en sortira le mieux – ou le montrera le mieux ! D’ailleurs, doivent-ils rebondir de suite ? Profiter de leur célibat retrouvé ? Se remettre déjà en couple ? Contre toute attente, ils réalisent après coup avoir peut-être commis des erreurs et que la personne ayant partagé leur existence n’est pas si irritante que ça… À l’opposé, les Uehara paraissent filer le grand amour, sauf que Ryô trompe Akari, une ancienne petite amie d’université de Mitsuo qu’il n’a jamais oubliée. Par hasard, ce dernier croise son chemin et imagine sa vie avec elle, elle qui, à ses yeux, est bien plus fréquentable que sa désorganisée d’ex-femme. Les quiproquos et tergiversations alimentent le quotidien de ce quatuor tour à tour agaçant, touchant, drôle, et finalement, continuellement authentique. Le tout est justement mis en valeur par l’excellente musique de Segawa Eishi habillant à bon escient la versatilité de ces scènes ; les violons picaresques et le piano spleenétique s’adaptent au reste et laissent parfois place au silence, parfait reflet de tout ce qui ne fonctionne plus. Quand rien ne va, à quoi bon batailler, autant se taire et partir, non ? Ou faut-il s’accrocher ?

Plutôt que d’illustrer la naissance et la construction de couples, Saikô no Rikon s’attaque à leur désagrégation. Et même dans ce registre, elle surprend assez puisqu’elle ne cherche nullement l’emphase spectaculaire en multipliant les bassesses et autres méchancetés baignant dans un humour noir corrosif et hargneux. Au contraire, elle opte pour un angle bien plus terre-à-terre, moins cynique, plus mélancolique, là où s’entremêlent douceur et amertume ; quelque peu à l’instar de ces relations reposant encore sur la nostalgie de ces si jolis moments, mais où le doute s’installe insidieusement, avant de finir par occuper un espace trop envahissant. Pour appuyer ses propos, elle s’arme d’une ambiance changeant habilement au gré des périodes. L’écriture alterne les passages drôles, quasiment burlesques, avec d’autres plus dramatiques et chargés en affects. La qualité de ses répliques souvent très vives et incisives, avec en sus de longs monologues menés d’une main de maître par des acteurs compétents, touche au but et impose un rythme soutenu parfois digne d’un match de ping-pong verbal. En faisant preuve d’une labilité émotionnelle symbolisant à merveille les incertitudes de ses héros perdus, la fiction n’hésite pas non plus à mélanger les genres et troubler les frontières. Car au final, les protagonistes ne savent pas réellement ce qu’ils désirent. Ils sont jeunes, ne se comprennent pas vraiment eux-mêmes, alors communiquer et construire une relation avec autrui s’avère encore plus complexe. La réalisation ne manque pas de sobriété en dehors de plans légèrement atypiques donnant l’impression d’observer en catimini ce qui se passe ou, à l’aide d’un objectif fisheye, de surplomber les évènements et de refléter le malaise des personnages sur l’instant. Les régulières séquences individuelles du quatuor, comme celles chez le dentiste pour Mitsuo, prolongent cette proximité avec l’audience. Saikô no Rikon propose donc une véritable plongée dans l’intime, dans la vulnérabilité, sans pour autant en devenir racoleuse, bien au contraire, mais pour mieux créer un pont émotionnel et fédérateur.

Hamasaki Mitsuo est un homme maniaque, limite psychorigide, logorrhéique, se mêlant de tout, rabat-joie et définitivement égocentrique. Son échelle des valeurs dysfonctionne étant donné qu’en cas de tremblement de terre, il se préoccupe surtout de l’état de son bonsaï et non pas de celui de sa femme, Yuka. Tiré à quatre épingles, il essaye d’entretenir sa santé sauf que celle-ci se dégrade progressivement. Tout au long de la série, il n’a de cesse que de se bloquer le dos et de subir maintes contrariétés du même ordre. Ne somatise-t-il pas un peu, d’ailleurs ? Eita (Soredemo, Ikite Yuku) incarne avec adresse cet individu probablement insupportable à côtoyer, mais délicieux à observer à l’écran, toujours grâce à ce ton cocasse et sardonique. Yuka, elle, n’a rien à voir. Affable, procrastinatrice, plutôt excentrique et joviale, elle fait preuve d’un naturel rafraîchissant. Toutefois, derrière ce masque badin se cachent une tendance à l’autodépréciation et un manque absolu de confiance en elle. Yuka doute beaucoup et s’est forgé une solide carapace pour mieux tromper les gens. Mais arrive un moment où celle-ci se fissure. Tout comme son comparse, Ono Machiko (Carnation) effectue ici un travail assez remarquable et l’alchimie des deux participe grandement au charme de cet ex-couple atypique n’en ratant pas une pour se lancer des piques. Tout aussi fantasques à leurs manières, les Uehara ont beau arborer une image paisible et de bonheur, ce n’est pas le cas. Akari (Maki Yôko – Shûkan Maki Yôko) exerce comme masseuse et tombe un jour par hasard sur Mitsuo qu’elle n’avait pas vu depuis des années. Réservée et taiseuse, elle affiche un visage assez impassible, ce qui ne signifie pas qu’elle ne souffre pas en silence. Son mari, Ryô (Ayano Gô – Kônodori), se montre de son côté très indolent et paraît ailleurs, indifférent. Il trompe sa femme avec plusieurs autres et ne s’en préoccupe pas. En dépit de ses actions condamnables, la série ne le dépeint jamais tel le cruel méchant. Une fois de plus, l’écriture joue la carte de la complexité, comme quoi rien n’est jamais blanc ou noir, que l’amour ne suffit pas toujours. Ce quatuor se rencontre souvent ensemble comme séparément et la fiction s’attaque à de multiples associations en mélangeant de bout en bout ses dynamiques. Les situations évoluent, les héros aussi, à l’image d’un savoureux et élégant générique de fin méritant le détour. Autour de ce petit monde gravitent des figures plus secondaires, bien que non dénuées d’intérêt ; c’est notamment l’occasion d’y retrouver Kubota Masataka (Keitai Sôsakan 7).

Pour résumer, malgré un genre paraissant légèrement sclérosé, Saiko no Rikôn se montre originale et intelligente en discutant du délitement d’une relation et non pas de ses débuts. La sincérité et la sensibilité de l’écriture talentueuse confèrent à cette histoire mettant en avant deux couples ne se comprenant plus une dimension universelle, à fleur de peau et très humaine. Car dans ces épisodes à l’ambiance sensiblement burlesque et riche en dérision, les personnages pétris de contradiction ne se limitent jamais à des portraits caricaturaux ou les rebondissements à des effets spectaculaires. Au contraire, tout n’y est que simplicité dans son plus bel apparat. Les amateurs de récits intimes non dépourvus d’une délectable touche piquante apprécieront ainsi l’immersion dans ce petit microcosme imparfait, tendre et cruel à la fois. Le soin apporté à la psychologie de ses protagonistes évolutifs tiraillés entre leurs qualités et défauts et les vivifiants dialogues savamment menés rendent le visionnage de cette zizanie tragicomique rafraîchissant, drôle, émouvant et définitivement indispensable.

Game of Thrones (saison 7)

Par , le 1 novembre 2017

Haut les cœurs ! Certes, les ultimes moments de Game of Thrones à l’écran n’ont pas encore de date de diffusion. Pire, quelques bruits de couloir évoquent même une sortie en 2019, mais pensez donc à ceux qui attendent la suite du cycle littéraire dont rappelons-le, les débuts remontent à 1996. Oui, oui. Et puis ronger un peu son frein permet de mettre en appétit, non ? Avant cela, la pénultième saison, la septième, se compose de sept épisodes passés sur HBO entre juillet et août 2017 ; en dehors du final durant quatre-vingts minutes, les autres tournent autour de l’heure. Aucun spoiler.

Ployer les genoux, voilà la ritournelle de ces nouvelles et courtes aventures spectaculaires. Daenerys est enfin arrivée à Westeros et s’installe dans la plutôt lugubre cité de Peyredragon accompagnée de ses trois dragons, de son immense armée et de ses fidèles conseillers. Son objectif est simple : terrasser Cersei et prendre place sur le Trône de fer qu’elle imagine lui être dû. Mais sa vile ennemie n’a pas dit son dernier mot et de Port-Réal, celle-ci essaye tant bien que mal de solidifier ses appuis malmenés après son terrible attentat sur le grand septuaire de Baelor. Ces deux femmes estiment être la reine légitime des Sept Couronnes et entendent s’arroger les pleins pouvoirs en renversant définitivement l’autre. La saison illustre ainsi cette lutte franche, chacune tentant de rallier des alliés à sa cause. Sauf que la plupart des maisons sont en triste état. Qu’il s’agisse des Tyrell, des Martell ou des Tarly, tous voient leur population se réduire à peau de chagrin. Au bout du compte, seuls les Targaryen, les Lannister et les Stark semblent capables de jouer un rôle majeur dans ce jeu dangereux arrivant en bout de course. La fin de la série se fait effectivement ressentir, ne serait-ce que parce que l’intrigue se resserre et que les points de vue se concentrent. Cela permet à la narration d’éviter l’éparpillement qui lui faisait auparavant défaut. De toute manière, l’hécatombe a été tellement importante ces dernières années que les personnages se sont considérablement amoindris et ceux qui restent finissent enfin par se rencontrer, provoquant des scènes plutôt jouissives. Ils se trouvent là où ils sont supposés être depuis un moment et s’apprêtent à appliquer tout ce qui a été initialement mis en œuvre. Avec une aussi courte saison, l’heure n’est pas à l’égarement et l’allure se modifie grandement. Jadis, Game of Thrones avançait tranquillement, installant ses pions un à un, avec minutie, rigueur et subtilité. Cette fois, la vitesse supérieure est enclenchée et les débuts sont un peu chaotiques, la faute à un traitement hasardeux du rythme. Les séquences liées à Castral Roc et à Hautjardin le reflètent assez bien, par exemple, avec un développement presque expédié. Mais peu à peu, la fiction retrouve un tempo convenable, bien que beaucoup plus soutenu que par le passé. L’appréciation impose toutefois de tolérer ce choix arbitraire vis-à-vis de la sphère spatiotemporelle puisque les protagonistes se déplacent à des cadences anarchiques et souvent supersoniques, cela au gré des envies narratives. Cette temporalité, probablement très complexe à retranscrire à l’écran, n’est en réalité pas vraiment dérangeante, tout comme le classicisme du récit. Les franches surprises ne sont en effet guère de la partie. La conclusion est lancée et, la série se devant de suivre à juste titre la route qu’elle a déjà longuement amorcée, elle ne paraît pas en mesure de provoquer un cataclysme imprévisible. Si cette absence de véritable suspense se fait par moments ressentir, elle n’est pas non plus franchement rédhibitoire tant les qualités d’ensemble la surpassent, dont cette grande force émotionnelle, ce sens du spectacle quasi ostentatoire et ce souffle épique. Avouons tout de même que les scénaristes savent exactement répondre aux expectatives de l’audience et en profitent. Peut-être trop diront certains.

Pendant que Daenerys et Cersei plongent dans leur guerre, quelques-uns ont conscience que la lutte doit se réaliser ailleurs. Comme l’indique à bon escient l’ancien lord Commandant de la Garde de nuit, tous ceux qui respirent encore doivent s’unir. Car l’armée des Marcheurs blancs n’attend pas et se prépare au nord du Mur, dirigée par le Roi de la nuit. Les Stark de retour à Winterfell connaissent trop bien l’urgence de la situation, mais de quelle manière rallier les humains alors que tous sont aveuglés dans des rancœurs qui ne sont parfois que le lourd héritage d’ancêtres disparus depuis fort longtemps ? Comme d’habitude, jalousie, cupidité, ambitions et manipulations constituent le quotidien de ces personnages détenant leur propre agenda. Jon Snow, l’un des rares individus loyal et fidèle, ne recule devant rien pour mener à son terme sa capitale mission. Maintenant qu’il a été nommé malgré lui roi du Nord, il dispose de moyens assez considérables bien qu’insuffisants, d’autant que l’hiver est là, avec toutes les restrictions pratiques et alimentaires que cela implique. La saison s’attarde régulièrement sur ce qui se déroule dans le fief des Stark et malheureusement, elle déçoit un peu par moments. Sansa ne démérite pourtant pas et continue d’illustrer son incroyable évolution, surtout quand des évènements de son passé lui ressurgissent en plein visage. Si l’arrivée de deux de ses proches crée un vrai enthousiasme, le résultat final ne se montre pas à la hauteur des espérances. La faute probablement à un cruel manque de finesse dans le développement concernant Petyr Baelish, figure devenue trop falote et à mille lieues du fieffé manipulateur aux obscurs desseins. Avec cette dispute fraternelle amenant à craindre le pire et commençant à presque irriter, le traitement patine, la résolution délivrant un léger arrière-goût de trop peu et prouvant en sus la volonté des scénaristes de valoriser Arya, protagoniste parfois complexe à cerner. Toujours chez les Stark, Bran a laissé sa place à la Corneille à trois yeux et le retrouver si indifférent brise le cœur. L’étendue de ses pouvoirs semble fonctionner au bon vouloir du récit, mais permet de confirmer la grande théorie entourant l’identité de Jon qui, en dehors d’un élément inattendu le légitimant, était un secret de polichinelle depuis la saison précédente. Dans tous les cas, en dépit de certaines maladresses, facilités et étrangetés d’écriture avec l’absence notable de Fantôme, voir ces enfants maintenant adultes s’en sortir assez bien compte tenu des circonstances induit un sentiment d’exaltation difficile à contenir. Surtout que côté spectacle, Game of Thrones ne trompe pas son public. Outre les paysages stupéfiants de beauté magnifiés par une photographie lumineuse, la musique de Ramin Djawadi sublime littéralement la scénographie et ces séquences héroïques en mettant plein la vue. Entre les dragons détruisant tout sur leur passage enflammé, l’expédition au-delà du Mur, des morts-vivants contrariant toutes les forces de la nature ou la chute d’une structure vouée à être immuable, les moments de bravoure et de terreur ne manquent pas. Mieux, la série injecte à plusieurs reprises des notes humoristiques bienvenues, principalement grâce à des personnages attachants comme Tormund, Davos Mervault, Bronn et même Sandor Clegane. Il faut dire que beaucoup de ces figures se révèlent plaisantes à suivre et leur nombre plus restreint permet de les rencontrer davantage, de craindre un peu plus pour leur survie.

Si l’épilogue transpire à travers tous les épisodes, avec une montée en puissance des enjeux et de cette bataille décisive pour l’humanité, les protagonistes en tant que tels ne sont heureusement pas oubliés, exceptés malheureusement des Varys, Euron Greyjoy et Littlefinger. Leurs doutes, tourments et rares joies sont dépeints à l’écran et font mouche grâce à ce sens de la dramaturgie. Bien que beaucoup d’entre eux soient pétris de défauts, que plusieurs aient commis des crimes, ils n’en demeurent pas moins humains et touchants dans leurs faiblesses. Il suffit parfois de peu, d’un seul regard, d’une banale réflexion pour élever le niveau et prouver le soin apporté à ces caractérisations ciselées. L’irruption du Limier et de Beric Dondarrion dans cette cabane isolée le reflète parfaitement. Theon reprend des couleurs après être retombé dans ses travers, Sam ose se rebeller et perdre sa passivité, Jorah Mormont regagne espoir et quelques autres ont leur moment de gloire ou, au contraire, de détresse. Même Cersei, finalement, ne se contente pas de la place d’antagoniste unilatérale. Elle a beau être bornée, son lourd passé, cette prophétie la rongeant et sa condition de femme ne sont pas étrangers à ce qu’elle est devenue. Sa relation avec Jaime n’est clairement pas en reste et d’ailleurs, elle favorise peut-être l’une des séquences les plus angoissantes de la saison. Tyrion, bien sûr, se retrouve devant le fait accompli de la traîtrise de sa famille. S’il est persuadé du bien-fondé de sa démarche, voir les siens se faire massacrer est autre chose. Les épisodes ne lésinent pas sur les scènes chargées en sentiments divers et capitalisent sur le talent indéniable de la grande majorité des acteurs. Mépris, colère, amitié et amour ne représentent que quelques-unes des facettes de cette série décidément colorée. En dépit de la dureté de ce qui arrive, la romance trouve sa place et se veut cette année douce et tendre. Missandei et Ver Gris le symbolisent le plus parfaitement, eux qui savent demeurer en retrait, mais pas en devenir pour autant transparents. Tous les regards sont en vérité surtout dirigés vers la rencontre de la glace et du feu qui se montre plutôt convaincante alors que les personnages en tant que tels ne sont pas les plus expressifs de la fiction, mais assez similaires dans leur quasi-mélancolie. Clairement, c’est toujours dans sa psychologie si travaillée que la production fascine autant qu’elle révulse.

Pour résumer, la septième saison de Game of Thrones lance les hostilités et immerge ses téléspectateurs dans le début de sa fin qui s’annonce dantesque. Au sein d’une histoire arrivant enfin là où elle est espérée depuis des années, les manquements liés à une écriture flottante et à une gestion du temps et de la distance ne sont que des éléments presque négligeables. Presque parce que le rythme peine dans un premier temps à trouver ses marques du fait d’un emballement hâtif, provoquant en prime au passage une certaine frustration. Même s’il finit par s’apaiser, reste le sentiment que davantage d’épisodes ou de scènes moins événementielles ne lui auraient pas fait perdre en dynamisme, mais aurait appuyé la teneur de ses propos. Admettons aussi que la série paraît parfois brosser dans le sens du poil les envies de son audience en lui offrant exactement ce qu’elle souhaite voir. Mais tout de même, en partie grâce au resserrement de la narration, à la clarification des enjeux et aux rencontres attendues de personnages majeurs, difficile de cacher sa jubilation devant cette fresque visuelle d’une grande férocité dramatique. À condition d’accepter ses faiblesses visiblement assumées par les scénaristes, le visionnage en devient alors éblouissant, émotionnellement intense, et définitivement tétanisant.

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