Beowulf: Return to the Shieldlands (série complète)

Par , le 21 septembre 2016

Les plus fidèles lecteurs de Luminophore savent que dès qu’une fiction se déroule il y a plusieurs centaines d’années, je n’y résiste pas. Alors quand en plus elle semble vouloir favoriser la fantasy, genre cher à mes yeux, je saute sur l’occasion. C’est ainsi que la série Beowulf: Return to the Shieldlands est arrivée sur mon écran. Comme son titre l’indique d’emblée, elle s’inspire du fameux poème Beowulf dont l’époque de conception demeure encore débattue. Cette œuvre majeure de la littérature anglo-saxonne continue visiblement d’attirer puisque les Brittaniques s’y sont attaqués en ce début d’année. Toutefois, les critiques élogieuses ne furent pas au rendez-vous et cette nouvelle production fut annulée au terme de sa première saison de douze épisodes, diffusés sur ITV entre janvier et mars 2016. Aucun spoiler.

Scandinavie, dans les environs du Vè siècle. Après deux décennies passées à arpenter les Shieldlands en tant que mercenaire, Beowulf revient à Herot. Alors qu’il espère y retrouver le thane Hrothgar qu’il affectionne tout particulièrement, il apprend que celui-ci vient de décéder, laissant le pouvoir à sa veuve, Rheda. Son retour ne plaît guère et ranime le feu de vieilles rancœurs, mais il décide de s’installer au sein de cette région en proie à moult dissensions et à l’apparition de plus en plus fréquente de créatures surnaturelles.

Malgré mon appétence pour les mythes nordiques et germaniques, je n’ai jamais pris le temps de lire Beowulf, probablement parce qu’il me semble assez peu facile d’accès. Je ne connais donc que les grosses lignes de cette histoire et serais bien incapable de préciser si cette adaptation se veut fidèle. De toute manière, ce témoignage littéraire garde encore son mystère et apporte par la même occasion un champ plus vaste de libertés. C’est un fait, les fictions médiévales n’attirent pas plus que de raison, ce qui explique notamment pourquoi elles s’avèrent aussi peu nombreuses. Ne le nions pas, le coût des décors et autres costumes doit également peser dans la balance. Il paraît assez indiscutable que l’arrivée de Beowulf: Return to the Shieldlands est au moins en partie liée au succès sans commune mesure de Game of Thrones. Les analogies entre elles ne manquent pas, outre leur époque et l’association avec une subtile dimension fantastique. Que la production britannique s’inspire fortement de sa consœur pourrait ne pas trop gêner si elle détenait une véritable identité. Or, ce n’est pas du tout le cas. Cette série ne fait qu’employer des poncifs et, en prime, ne parvient jamais à choisir le public qu’elle vise. Quel est-il, finalement ? Elle souhaite sûrement se situer à mi-chemin de la violence de Westeros sur HBO et des aventures légères d’une fiction familiale, mais la recette ne fonctionne guère. Non, tout y sonne bancal et peu homogène, comme si personne n’avait réussi à se mettre d’accord en amont. Pourtant, du point de la cinématographie, elle ne manque pas d’atouts puisque les paysages verdoyants et montagneux apportent une dimension sauvage du plus bel effet. Le reste, en revanche, ne marque pas ou laisse assez circonspect. Par exemple, l’utilisation d’un filtre bleu gris ne suffit pas à insuffler une vraie ambiance, les musiques assez fades de Rob Lane (Merlin) tendent à trop appuyer les émotions, les mouvements de caméra rendent les scènes d’action illisibles, et les costumes des personnages – ou plutôt les coiffures ridicules – amusent au lieu d’immerger convenablement l’audience dans ce monde désespéré. Mais tout de même, Beowulf: Return to the Shieldlands paraît veiller à travailler son esthétique et si elle s’y adonne très maladroitement, l’effort demeure louable. D’ailleurs, les incrustations numériques assez honorables n’ajoutent heureusement pas une note risible supplémentaire à l’ensemble déjà ponctué de flashbacks mal insérés. La série réussit à se saborder toute seule, car en plus de ses figurants inexistants évoluant dans des décors se contentant eux aussi du strict minimum, elle cumule les platitudes, voire une certaine caricature. Son absence de fin en bonne et due forme n’attriste pas surtout que ses ultimes instants ne créent pas une forte attente.

Quand son père est tué par un monstre, Beowulf est adopté par le thane de Herot, Hrothgar. Alors âgé d’une petite dizaine d’années, il se fait rapidement remarquer par son courage et ses talents à l’épée, ce qui lui vaut la jalousie du fils du souverain des lieux, Slean. La mère de ce dernier, Rheda, prend le parti de son enfant et finit par chasser l’orphelin. Bien qu’il n’ait passé qu’un temps très limité auprès de Hrothgar, Beowulf garde pour lui de profonds sentiments et le considère comme un père de substitution. Durant une longue période, il erre dans les Shieldlands et offre ses services au plus offrant. Suite à certaines circonstances, il décide de retourner vers ceux l’ayant banni, mais y apprend brutalement que Hrothgar vient de mourir. Beowulf souhaite uniquement voir le corps du défunt pour lui porter hommage et repartir, mais Rheda et Slean lui refusent ce droit. Afin d’asseoir son intrigue, la série emploie un artifice pour faire rester son protagoniste au centre du cadre, méthode qu’elle n’hésite pas à répéter à maintes reprises de manière tout aussi peu subtile. Disons que l’ensemble n’évite jamais les incohérences et autres facilités. En fait, la fiction se contente des récurrences scénaristiques habituelles des histoires du genre. Sur le papier, le héros se veut brave, vaillant, intelligent, juste et puissant ; comme par hasard, son passé difficile lui apporte un semblant d’épaisseur ; il adule une figure paternelle fantomatique étonnamment incarnée par William Hurt ; la jolie jeune femme aux talents de guérisseuse ne le laisse pas indifférent, mais comble de malchance, elle entretient une relation avec Slean, celui ayant bouleversé son existence vingt ans plus tôt. Les stéréotypes émaillent grandement le récit qui ne cherche guère à injecter un minimum d’originalité. Pire que tout, ce Beowulf est d’une incroyable fadeur et l’interprétation presque monolithique de Kieran Bew (Da Vinci’s Demons) n’arrange pas la situation. Bien sûr, il lui faut un acolyte, Breca (Gísli Örn Garðarsson), non dénué d’humour et aux motivations souvent cupides, bien qu’il ne réponde pour une fois pas au cahier des charges du grand ami fidèle depuis Mathusalem. Quoi qu’il en soit, Beowulf choisit de demeurer à Herot et y s’occupe dorénavant de la sécurité des environs, tout en frayant avec les autochtones à la caractérisation changeante. Slean (Ed Speleers, qui a bien changé depuis le médiocre film Eragon) a la chance d’éviter l’écueil de l’antagoniste primaire puisqu’il démontre plus de nuances qu’au premier abord, mais lui aussi s’empêtre dans des actions parfois peu crédibles. Dans tous les cas, avec ses fêlures et sa nature contrastée, il se montre beaucoup plus sympathique que cet insipide Beowulf. Les tentatives de blagues et les relents amoureux restent en arrière-plan ; heureusement parce qu’ils ne se fondent pas du tout dans le paysage. À l’instar de Game of Thrones, les luttes intestines cherchent vainement à pimenter le scénario tandis qu’une menace se tapit dans l’ombre, prête à anéantir l’humanité entière.

Avant de mourir, Hrothgar prend le soin de donner les pouvoirs à son épouse, Rheda. À elle de veiller maintenant sur Herot. Cette décision provoque une succession d’évènements devenant rapidement incontrôlables. Effectivement, pourquoi le défunt n’a-t-il pas jeté son dévolu sur son fils, Slean, plutôt que sur une femme ? En voilà une drôle d’idée. Pour l’heure, les reproches sont tus, mais une colère sous-jacente s’installe et va crescendo. Rheda, de son côté, commence à s’affirmer et rappelle que du temps de son mari, elle l’aidait déjà dans sa tâche. Son ambition ne s’arrête pas là puisqu’elle souhaite également occuper le poste de jarl, gouvernant ainsi tous les thanes des Shieldlands. Il s’agit d’un des principaux enjeux de la série. Les épisodes mettent en avant les complots ourdis dans la cour de Herot et les régions environnantes. C’est l’occasion d’y découvrir d’autres chefs de clan sauf que leur représentation s’avère aussi peu élaborée que le reste. Ils semblent administrer deux ou trois cabanes et vivre dans une vraie misère. Abrecan (Elliot Cowan – Da Vinci’s Demons), le frère de Rheda à la longue chevelure et dirigeant de Bregan, dispose de davantage d’exploitation, mais sa caractérisation se révèle totalement improbable et incohérente. Le spectateur comprend vite que son discours mielleux s’apparente à une façade prévisible, ce qui n’est dans les faits pas trop dérangeant. Transformer l’individu en mégalomaniaque, si. Son épouse, Saray (Sarah MacRae), apporte un léger vent de fraîcheur à l’aide de rebondissements inattendus et une certaine classe. À vrai dire, quelques femmes sont assez bien traitées dans Beowulf: Return to the Shieldlands. Elvina (Laura Donnelly – Outlander), la guérisseuse à la nature insoupçonnée, et la veuve de Hrothgar plaisent par leurs envies de libre arbitre. La nouvelle responsable de Herot ne manque pas de panache et gagne des points grâce à l’interprétation de Joanne Whalley (The Borgias). Les autres, dont l’horripilante pièce rapportée Kela (Holly Earl), doivent être oubliées. La production a d’ailleurs beaucoup trop de personnages secondaires inutiles, comme les húskarls, ces hommes à cape rouge faisant office de garde personnelle de Herot, ou l’entourage de la forgeronne. D’aucuns pourraient même préciser qu’en réalité, le récit s’embourbe dans une multitude d’idées disparates sans fil conducteur suffisamment fort. L’irruption en filigrane d’une dominante fantastique avec des monstres divers vivant apparemment depuis des millénaires ne change pas la donne. Pourtant, c’était l’occasion de créer une véritable dimension épique et intrigante. Sans surprise, l’empathie n’existe pas et le devenir de ces figures bien falotes n’importe que peu alors qu’elles évoluent dans un climat normalement favorable à une tension létale.

Pour résumer, Beowulf: Return to the Shieldlands passe probablement à côté de son sujet en oubliant de se montrer un tant soit peu enlevée, originale ou tout simplement divertissante. Si le visionnage reste tolérable à partir de l’instant où l’on apprécie les cadres médiévaux mâtinés de fantasy, il ne laisse guère une impression positive. La série a beau vouloir s’inspirer d’une illustre légende au potentiel évident, elle préfère se contenter de copier quelques éléments déjà vus dans des fictions apparentées avec cette succession d’archétypes et autres artifices dispensables. Pour sa défense, elle met de côté la surenchère tristement habituelle de violence et de sexe afin d’attirer davantage le grand public, sauf que ses maigres velléités d’humour et de légèreté s’avèrent aussi mortifères que la personnalité de son héros dépourvu d’un quelconque charisme. Au bout du compte, cette production se prend peut-être trop au sérieux et son manque de rythme, cela malgré maints évènements jetés à la sauvette, ne fait qu’accentuer le sentiment d’assister à un spectacle indigent. Qu’elle ait été annulée n’étonne finalement pas.

Saiyûki (2006) | 西遊記 (film)

Par , le 14 septembre 2016

Malgré le succès très relatif de l’adaptation japonaise de Saiyûki datant de 2006, un film portant le même nom a vu le jour le 14 juillet 2007. Ce long-métrage dure approximativement deux heures et contre toute attente, il ne s’inscrit pas après la fin de la série télévisée, car il s’insère sûrement à mi-parcours. Il peut aussi se regarder indépendamment du reste, mais comme d’habitude, ce serait se passer de plusieurs références. L’équipe créative est la même que pour les épisodes précédents et Sakamoto Yûji s’est donc encore une fois chargé du scénario. Aucun spoiler.

Toujours sur la route de Tenjiku, la prêtresse Sanzô Hôshi et ses trois compagnons yôkai rencontrent la princesse d’une région devenue désertique suite aux actes malveillants de créatures surnaturelles. Le quatuor n’a aucune envie de s’attarder dans les environs tant leur voyage s’annonce interminable, mais ils finissent par accepter d’aider cette jeune femme désespérée. Il semblerait toutefois qu’elle ait un peu arrangé la réalité et que les apparences soient plutôt trompeuses…

Compte tenu de la conclusion logique de la série télévisée, il s’avère presque normal que ce film ne propose pas une continuation en bonne et due forme. Il s’apparente plus à une aventure supplémentaire et n’apporte pas grand-chose de plus à ce que l’on connaît de l’univers. Seul le budget plus important change la donne, ce qui permet d’offrir de jolis plans, paysages et décors sortis tout droit de la culture chinoise. Le générique d’ouverture, avec ses dessins stylisés, se veut aussi assez agréable. En revanche, n’attendez surtout pas des effets spéciaux spectaculaires parce qu’ils sont dans la même veine que précédemment. De toute manière, cet aspect un peu kitsch participe probablement au charme ridicule de Saiyûki. À défaut de se révéler sensationnelle, la forme convainc donc un peu plus. Malheureusement, tout le reste ne ressemble qu’à une longue répétition de ce qui a déjà été illustré à maintes reprises, le rythme languissant en sus. Le manque flagrant d’originalité et de créativité nuit grandement à l’ensemble. Les amateurs de la série seront aux anges puisque tous les ingrédients reviennent de plus belle. Autrement dit, le trio de démons se plaint, cherche avidement à manger, fait preuve égoïsme et se dispute. Ils tombent subitement sur un temple en proie à un maléfice et Sanzô Hôshi choisit de s’en mêler malgré les cris de ses compères. La pétillante voleuse Rin Rin et l’immortel Rôshi surgissent de nulle part pour lancer quelques vannes ou moqueries, les rebondissements prévisibles se multiplient, le naïf Son Gokû dépasse sensiblement les bornes et se fâche avec tout le monde avant de remporter la partie. Les antagonistes sont abattus après une petite leçon de vie et tout est bien qui finit bien. Cette recette éprouvée avait sérieusement montré des signes d’usure et ce n’est pas en lui offrant un plus grand écran qu’elle gagne des points. L’humour redondant et les gags au goût discutable répondent aussi à l’appel. Bref, tout est déjà vu et moyennement enthousiasmant. L’occasion aurait été d’approfondir les personnages, de rompre la monotonie ou d’apprendre des erreurs initiales, mais non, c’était sûrement trop demander.

À l’instar de la série, ce film place les protagonistes face à un dilemme moral. Doivent-ils continuer leur chemin ou secourir toute une région plongée dans les ténèbres ? Depuis que deux frères démons arborant des cornes, Ginkaku (Kishitani Gorô) et Kinkaku (Kaga Takeshi – Fire Boys), sont arrivés, l’eau s’est évaporée et le royaume s’apparente désormais à un vaste désert. Pire, ces êtres malveillants ont jeté un sort aux souverains afin d’occuper leur trône et les ont transformés en deux tortues. La princesse Reimi tente tant bien que mal de combattre ces monstres, mais peine grandement à la tâche. Lorsqu’elle apprend que le supposé illustre quatuor se trouve dans les environs, elle demande leur soutien. Bien sûr, Sanzô Hôshi accepte sans hésiter une seule seconde en dépit des récriminations des autres. Comme d’habitude, les ennemis à abattre se révèlent hautement caricaturaux, mégalomaniaques et idiots. L’accent n’est de toute façon pas réellement mis sur eux, mais plutôt sur Reimi, bien plus troublée que ce qu’elle laisse paraître. Elle cache effectivement la totalité de la situation à ces nouveaux amis et les utilise pour une raison mystérieuse, bien qu’aisément devinable. La jeune femme a la chance d’être incarnée par Tabe Mikako (Deka Wanko) qui propose un portrait bien plus fin et attachant que les trublions de service, égaux à eux-mêmes. Son Gokû hurle et gesticule dans tous les sens tandis que Sagojô et Cho Hakkai officient en tant que faire-valoir. Le récit suit une trame linéaire, l’humour vole au ras des pâquerettes et les scènes d’action demeurent en arrière-plan, ce qui n’est peut-être pas un mal en raison de leur fadeur. L’autodérision dont fait preuve ce long-métrage lui permet toutefois de se montrer supportable comme le démontre l’irruption d’une copie carbone du quatuor, avec notamment la présence de Kusanagi Tsuyoshi, le confrère de Katori Shingo. Autrement, le charmant Tanihara Shôsuke (Tsugunai) doit se satisfaire de la place du général ne détenant aucun moment digne de ce nom.

Pour résumer, le film Saiyûki s’apparente à un bonus dispensable de la série initiale déjà peu recommandable en se déroulant à mi-chemin du voyage vers Tenjiku. Plutôt que de veiller à offrir davantage à son public, il se contente d’employer une histoire familiale sévèrement éculée où les redondances côtoient les inepties et la morale bon marché. Les héros presque fades se bornent ainsi à aider des humains en proie à des monstres idiots et stéréotypés. Ce serait mensonger d’écrire que l’ensemble s’avère mauvais, mais l’interprétation en roue libre de la majorité de la distribution, les stupidités permanentes et les gags peu enthousiasmants ne font qu’accentuer la lourdeur ambiante. Alors que les épisodes précédents ennuyaient trop souvent, cette aventure inédite souffre sans surprise de son aspect rallongé et ne divertit qu’à de rares occasions grâce à quelques absurdités bien senties. En bref, seuls les amateurs du concept de base y trouveront possiblement un certain intérêt tandis que les autres passeront sans regret leur tour.

Gooische Vrouwen | Jardins Secrets (saison 3)

Par , le 7 septembre 2016

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il aura presque fallu attendre huit ans pour que je lance la suite de la série néerlandaise Gooische Vrouwen, plus connue ici sous l’appellation Jardins Secrets. En fait, ce délai n’est pas totalement de ma faute, car TF1 a brutalement arrêté la diffusion courant 2008 et il est assez compliqué de récupérer cette production. D’ailleurs, si je ne m’abuse, les deux dernières saisons et le film ne sont trouvables qu’en version originale, non sous-titrée bien évidemment. Sauf miracle, j’imagine que c’est donc avec ce billet que nous refermerons ce chapitre. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et discutons tout de suite de la troisième saison constituée de neuf épisodes passés sur RTL4 entre septembre et novembre 2007 ; en France, HD1 s’en est occupé, ce qui explique pourquoi il existe un doublage. Aucun spoiler.

De l’eau ayant coulé sous les ponts, j’ai décidé de rafraîchir mes souvenirs en regardant de retour les deux premières années de cette fiction plagiant sans honte le concept de Desperate Housewives. J’en ai profité pour le faire dans de bonnes conditions puisque j’ai récupéré la version originale. Cela m’a permis de remarquer que l’adaptation francophone aseptise plusieurs dialogues, voire modifie les prénoms. Anton devient Antoine, Evert se transforme en Édouard ; Tippi Wan ne parle initialement qu’en anglais. Ce choix du groupe TF1 paraît plus que douteux. En revanche, je n’ai trouvé que le doublage pour cette troisième année ce qui, je suis sûre, a joué d’une certaine façon sur mon appréciation générale. Il n’empêche que ces épisodes inédits semblent inférieurs aux précédents déjà moyennement enthousiasmants. La série n’apprend absolument pas de ses erreurs et répète inlassablement la même formule. Pire, elle multiplie les incohérences et développements absurdes comme l’illustre à merveille la fameuse fille au pair thaïlandaise. Cette femme très ambiguë gagne en importance, conserve son agenda bien à elle et passe à la vitesse supérieure dans ses machinations. La voir assassiner de sang-froid le comptable dans la saison antérieure laissait plus que perplexe, mais là, en fin de parcours, elle se transforme en véritable psychopathe. En fait, Gooische Vrouwen a pour défaut notable de ne jamais prendre son temps, de lancer un tas d’idées et de ne rien approfondir. Les personnages donnent l’impression de tout oublier ou excuser en une semaine, ce qui devient désagréable. Résultat, rien n’est fait pour s’attacher à ces héros matérialistes à la caractérisation changeante et dont la vie défile plus rapidement qu’un boulet de canon. En tout cas, cette salve d’épisodes n’est pas avare en situations riches en sentimentalisme.

Précédemment, Cheryl venait d’accoucher d’un petit Remy alors que son mari, Martin, s’écrasait dans un poteau téléphonique avec sa maîtresse. Bien sûr, il s’en est sorti indemne, mais ce n’est pas le cas de son couple ayant volé en éclats. L’ambiance se veut d’autant plus moribonde qu’une épée de Damoclès pèse sur les épaules de la nouvelle maman. Effectivement, qui est réellement le père de son enfant ? Le chanteur de variétés ou Tom, l’ex d’Anouk ? Les Morero passent la saison à se mentir, ce qui use malgré de bons moments comme ceux dépeignant Martin en papa gâteau. Le constat n’est absolument pas plus positif en ce qui concerne la pragmatique Claire et ses histoires de dettes à éponger. Elle se laisse étouffer par l’ancien paraplégique tout en rêvant de s’affranchir un jour du cadeau empoisonné de son défunt mari. Anouk, elle, dit désirer se ranger, mais en est totalement incapable, ne s’occupe pas de sa fille et continue de batifoler à droite et à gauche. Encore une fois, seule Willemijn s’en sort un peu mieux. Déprimée depuis son divorce, elle ne parvient pas à retrouver son entrain et tente de combler son mal-être de diverses manières. À vrai dire, les héroïnes n’évoluent que partiellement et leur amitié ne transparaît pas toujours à l’écran. Il manque une véritable alchimie pour convaincre le téléspectateur qui assiste à ces mascarades improbables ne favorisant jamais la logique ou la subtilité. Le psychiatre possède un peu plus d’antenne et montre des failles psychologiques nécessitant clairement un soin. Pour autant, ses liens avec Tippi Wan demeurent de nouveau aussi mystérieux qu’auparavant, ce qui prouve une énième fois le peu de constance de cet ensemble. Pour l’anecdote, le 3×05 utilise plusieurs chansons de variétés bien de chez nous, car un nouveau voisin arrive dans le paysage, fait craquer toutes les femmes aux alentours avec son accent et son comportement de séducteur. Si la version doublée le transforme en Espagnol, il est incontestablement français à l’origine.

Finalement, la troisième saison de Gooische Vrouwen poursuit la route amorcée initialement, mais oublie d’injecter l’autodérision et l’humour des débuts. Au bout de plusieurs années de diffusion, le public s’avère en droit d’attendre un minimum de renouvellement et pas une succession d’idées disparates traitées avec superficialité et où la caricature prévaut. Malgré ces écueils et des protagonistes élitistes peu sympathiques, le visionnage reste tolérable en raison du rythme endiablé et du nombre réduit d’épisodes, sauf qu’il ne laisse pas une note impérissable. Même si un cliffhanger conclut ce chapitre, je dois admettre n’avoir absolument rien à faire que la suite ne dispose pas un jour de sous-titres ou d’un doublage, preuve de l’intérêt que cette production poussive a à mes yeux.

Page 1 sur 36312341020Dernière page »