Tut | Toutânkhamon : Le Pharaon maudit (mini-série)

Par , le 24 août 2016

Qui dit production se déroulant dans l’Antiquité signifie que je vais m’y intéresser à un moment donné. Alors si en plus elle pose ses décors en Égypte, je ne cours pas, je vole. C’est donc sans aucune surprise que j’ai regardé la mini-série canadienne Tut, plus connue en France sous l’appellation Toutânkhamon : Le Pharaon mauditTut comme Tutankhamun en anglais. Constituée de trois épisodes d’une heure et demie chacun, elle fut diffusée sur Spike TV les 19, 20 et 21 juillet 2015. Aucun spoiler.

Thèbes, 1332 avant J.-C. Le pharaon Akhenaton se meurt, empoisonné par l’un de ses plus fidèles serviteurs. Avant de décéder, il s’accorde le temps d’assurer sa succession en plaçant sur le trône son fils, Toutânkhamon, alors seulement âgé de neuf ans. Tout en composant avec les complots et autres luttes de pouvoir nourrissant le palais dont il ne sort guère, le petit garçon doit ainsi apprendre à rapidement grandir afin de mener l’Égypte vers la gloire et la prospérité.

Sûrement échaudée par la médiocre Cleopatra et l’horrible The Cleopatras, je ne partais pas du tout en terrain conquis, m’attendant à soupirer devant un probable ramassis de bêtises et maintes prises de liberté. Rien que le postulat de base tendrait à me hérisser les poils. Entre l’écorchement du nom de naissance du protagoniste qui, rappelons-le, est Toutânkhaton, ou les erreurs concernant la capitale d’Akhenaton et son véritable héritier, les passionnés d’Histoire ont déjà des raisons de s’irriter. Par un miracle totalement invraisemblable, j’ai réussi dès le début à me détacher de mes connaissances, ce qui m’a permis de regarder Tut comme s’il s’agissait d’une banale fiction s’inspirant très vaguement de l’Égypte antique. Autrement, je pense que la télécommande aurait fini encastrée dans ma télévision. Après ce paragraphe, ce billet se bornera à discuter des qualités intrinsèques de la mini-série, en occultant totalement sa supposée véracité factuelle et ethnique. Bien sûr, que l’intrigue gagne en simplicité se comprend aisément surtout que l’arbre généalogique égyptien laisse souvent perplexe et que le temps imparti est restreint. Dans l’ensemble, les très grosses lignes du parcours du pharaon conservant encore beaucoup de ses mystères sont esquissées. Dommage toutefois que ces trois parties préfèrent favoriser un aspect mélodramatique au lieu d’évoquer les bouleversements internes de cette période fort troublée. Akhenaton, le surnommé hérétique, a beau laisser à son enfant un riche territoire, celui-ci souffre d’un grand morcellement qu’il a lui-même induit avec sa volonté de profonds changements. Tout ce pan pourtant prépondérant et susceptible de façonner le tempérament de Toutânkhamon se limite à quelques répliques lancées à la sauvette dans le premier épisode. Le retour du culte d’Amon et des fêtes traditionnelles, le déplacement de la capitale à Thèbes, tout est oublié. Malgré une ambition affichée d’emblée, le fond se veut presque superficiel, à l’instar de la sphère politique se contentant de jeux de dupe dérisoires ou du registre culturel ouvertement absent. Tut choie plutôt une approche émotionnelle à souhait, quitte à verser dans une emphase sentimentaliste. Forcément, la reconstitution de l’époque n’est pas non plus dépourvue de défauts et le budget peu extensible ne vient qu’accentuer les écueils. En sus du manque flagrant de figurants, les décors peinent à créer une vraie ambiance bien qu’ils se montrent, finalement, assez honorables compte tenu du contexte. La photographie reste également soignée. Par facilité, cette production préfère opter pour des séquences en intérieur ou en pleine nature, au milieu de nulle part. À condition de ne pas être trop impitoyable, les costumes et autres bijoux demeurent jolis à admirer. Si le résultat global n’irrite donc pas la cornée, la platitude de la mise en scène dessert cette mini-série ne détenant aucun souffle alors que, dans les faits, elle devrait provoquer un grand enthousiasme. Même la musique peu inspirée de Jeff Russo (Fargo) ne véhicule pas des sentiments suffisamment puissants pour émouvoir le public. Et les scènes de sexe racoleuses affreusement filmées ne changent clairement pas la donne ! Des batailles dignes de ce nom auraient pu, par contre, injecter un minimum de rythme à des épisodes falots.

Avant de mourir, le père de Toutânkhamon, Akhenaton, lui impose de se marier avec Ânkhésenamon, l’une de ses filles qu’il a eues avec Néfertiti. Le frère, accompagné de sa sœur, commence dès lors son règne sur la Haute et Basse-Égypte. Son jeune âge et sa faible condition l’empêchent de gouverner comme il se doit, mais il peut compter sur le soutien intéressé de plusieurs conseillers, dont l’illustre Aÿ et le général Horemheb. La première partie de Tut dépeint sommairement l’accession sur le trône de son héros et de comment il réussit à s’affranchir de ses deux mentors désirant préserver une grande assise sur leur protégé. La production évacue immédiatement l’enfance et l’adolescence du pharaon pour se focaliser sur le début de sa vie d’adulte. S’il n’a pas été épargné par des malheurs, Toutânkhamon s’avère au départ plutôt candide. Enfermé dans la prison dorée que représente son palais, il n’a aucune véritable idée de ce qui se trame dehors. Il passe ses journées à étudier, se divertir et apprendre à manier l’épée avec le fils de l’empoisonneur de son propre père, Ka (Peter Gadiot), qu’il a sauvé d’une mort certaine dix ans auparavant. Blessé dans son orgueil et voulant prendre son envol, le jeune homme décide de se rebeller et de recouvrer le pouvoir administratif et militaire. Ses proches le laissent croire qu’il dirige, mais n’écoutent jamais ses suggestions et requêtes. La situation géopolitique pose problème depuis une décennie et les relations diplomatiques avec les royaumes environnants en pâtissent. Pour l’heure, tous les regards sont tournés vers le Mitanni, territoire symbolisant ici curieusement l’ennemi le plus frontal, alors qu’en réalité, les menaces viennent de l’intérieur. Tut tente effectivement d’instaurer un climat paranoïaque et une tension létale, car la majorité arbore un masque et ourdit des complots dans l’ombre. À l’écran, Toutânkhamon est régulièrement représenté tel un individu affable, généreux, intelligent et n’aspirant qu’au bien-être des autres. Malheureusement pour lui, son entourage ne pense qu’à ses propres intérêts. L’interprétation du superbe Avan Jogia (Twisted) se révèle honorable et permet au pharaon de se montrer assez sympathique malgré un portrait bien trop idéalisé. En effet, le protagoniste a clairement tout pour plaire et, probablement pour offrir une tonalité moderne à l’ensemble, le script le dote d’une grande tolérance et d’un goût pour l’égalité. Les caractérisations souffrent d’une dimension manichéenne irritante même si de rares personnages réussissent à tirer leur épingle du jeu. L’idée de la série semble être d’illustrer les tristes tragédies du pauvre gentil Toutânkhamon et de quelle manière il est tombé dans l’oubli, se rappelant au monde sous des montagnes de richesse des millénaires après sa mort.

Le fil conducteur de Tut est symbolisé par la lutte contre le Mitanni, un royaume gouverné par des arrogants souhaitant envahir et piller l’Égypte. Le général Horemheb (Nonso Anozie – Dracula) les méprise ouvertement et désire guerroyer. Jusqu’alors, il était en mesure de s’y adonner, mais le réveil du pharaon lui lie désormais les mains. N’ayant aucune envie d’être commandé par un garçonnet, il décide de comploter, avec l’aide de la quasi-intégralité du palais. Tut se contente de répéter à l’infini les manipulations, manigances et traîtrises. Les enjeux répondent aux abonnés absents. En dehors du charmant fidèle soldat Lagus (Iddo Goldberg – Salem), Toutânkhamon est bien le seul à ne jamais dévier du droit chemin. Quoi qu’il en soit, Horemheb fomente dans son coin et compte sur le soutien du grandiloquent prêtre Amun (Alexander Siddig – Star Trek: Deep Space Nine) et d’Aÿ ne supportant plus de devoir se cantonner au costume de sous-fifre, lui qui rêve de s’approcher du divin et d’offrir à son fils adoptif un bel héritage. Ben Kingsley campant le haut fonctionnaire effectue un travail correct au vu du matériel lui étant proposé, car les dialogues presque indigents ne lui permettent pas de déplacer des montagnes. Ce trio symbolise l’antagoniste le plus coriace du pharaon, mais du fait d’un approfondissement mis au placard, la menace paraît bien risible. Les personnages se contentent de parader, tels de véritables clichés. Cela étant, ils ne sont pas les plus mal lotis puisque la représentation de la femme se révèle encore plus caricaturale, voire limite misogyne. Toutânkhamon est mariée à sa demi-sœur, Ânkhésenamon, envers qui il ressent un amour purement platonique. Pour assurer sa descendance, il doit toutefois produire un héritier, mais le couple peine à la tâche pour diverses raisons. La reine, en plus d’une interprétation en roue libre de Sibylla Deen (Tyrant), cumule les tares. Jalouse, cupide et vindicative, elle ne cesse d’agir selon son propre agenda. L’irruption de Suhad (Kylie Bunbury) au sang en partie mitanni provoque l’ire de l’épouse du souverain et la pousse dans ses retranchements. Entre crêpages de chignon, fausses couches, incendie et coups de couteau, les rebondissements ne manquent pas à l’appel. Malheureusement, ces drames préfabriqués faussent l’ensemble s’apparentant à une succession de moments disparates où s’agitent dans tous les sens des personnages souvent peu compréhensibles. De toute manière, le script ne cherche pas à densifier ses héros ou à développer ses histoires secondaires, voire le contexte général.

Pour conclure, à travers Tut, la courte existence du pharaon Toutânkhamon aurait pu être joliment retranscrite à l’écran en mêlant une tonalité factuelle à une plus intime et fédératrice. Or, cette mini-série délivre un récit prévisible et ouvertement mélodramatique en se limitant à des intrigues de palais éculées perpétrées par des individus insipides et unidimensionnels. Que ceux souhaitant en savoir plus sur l’Égypte antique ou sur ce protagoniste changent de route puisque, outre les maintes prises de liberté, la superficialité excessive y rayonne. Le visionnage laisse un sentiment de gâchis tant cette production disposait sur le papier d’un incroyable potentiel. À la rigueur, qu’elle ne veuille pas favoriser son registre historique ou le simplifie reste encore tolérable, mais il importe alors de soigner l’écriture afin de se montrer crédible et divertissant. Sauf que ce n’est pas le cas en raison d’un scénario poussif, d’une atmosphère inexistante, de répliques ineptes et d’un manque total de rythme ou de bouleversement émotionnel. Ce mélange de diverses idées lancées abstraitement se regarde sans trop de peine et ne s’avère pas aussi infâme que ça, mais donne surtout l’impression de passer totalement à côté de son sujet initial.

Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso | 霊能力者 小田霧響子の嘘

Par , le 17 août 2016

Au vu de sa distribution principale, je pense savoir pour quelle raison j’ai récupéré Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso il y a de ça plusieurs années. Cette série dont le titre original à rallonge signifie approximativement les mensonges de la médium Odagiri Kyôko se constitue de neuf épisodes de quarante-cinq minutes qui furent diffusés sur TV Asahi entre octobre et décembre 2010. Elle s’inspire du seinen manga en sept volumes de Kaitani Shinobu, artiste bien plus connu pour Liar Game également déjà adapté sur le petit écran. À noter que cette version papier n’est actuellement pas disponible en France. Aucun spoiler.

Odagiri Kyôko est la grande vedette d’une émission de télévision où elle utilise en direct ses dons de médium. Sauf qu’en réalité, elle ne possède aucune compétence extrasensorielle ! Elle aimerait arrêter de tromper ses nombreux fans, mais sa productrice la menace et la fait culpabiliser de diverses manières. Qui plus est, pour des raisons qui lui sont propres, elle a grandement besoin d’argent. Après sa rencontre avec l’inspecteur Taniguchi Ichirô, elle accepte de l’aider à résoudre plusieurs affaires très mystérieuses.

Le postulat de départ ne laisse guère de doute à ce sujet : il s’agit d’une énième histoire répétant une formule déjà sérieusement éprouvée. Au moins, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso ne déçoit pas à ce niveau puisqu’elle se contente de répondre consciencieusement au cahier des charges de ces séries préformatées pullulant au Japon. C’est d’ailleurs en grande partie pour cela qu’elle sommeillait dans mes dossiers depuis si longtemps. Je craignais également de ne pas adhérer à l’humour que je jugeais d’emblée peu inventif, voire idiot. Sans aucune surprise, cette fiction ne sort donc pas une seule seconde des sentiers battus. Cela ne signifie pas qu’elle s’avère mauvaise, mais ceux souhaitant un récit au long cours, une réflexion pertinente ou un semblant d’originalité l’oublieront. Le visionnage reste tolérable à condition d’espacer un minimum les épisodes tant ils reposent constamment sur un mode de fonctionnement analogue. Un ou plusieurs individus sont confrontés à un phénomène inquiétant et contactent Kyôko dans l’espoir qu’elle leur vienne en aide ; de son côté, elle cherche surtout à quitter son programme télévisé, sa productrice insiste et elle enquête à sa manière avec le soutien d’un partenaire aux motivations plutôt ambiguës. Afin de ne pas être remarquée tant elle est devenue populaire, l’héroïne n’arbore pas son costume de travail et se fait passer pour une assistante un brin maladroite. L’investigation avance de façon totalement ubuesque, les rebondissements prévisibles s’y multiplient, le coupable de l’acte délictueux en question est découvert et Kyôko profite de son émission pour l’acculer au pied du mur, dévoilant discrètement les mensonges et faux-semblants de cette personne, tout en veillant à ne pas l’humilier, car nous sommes ici dans un monde bienveillant. Effectivement, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso appuie le sentimentalisme à l’extrême. Personne n’est jamais foncièrement méchant et le registre léger empêche de prendre au sérieux ce qui se déroule. La dimension supposément surnaturelle reste en arrière-plan, au contraire de la policière et des valeurs vertueuses. En bref, outre une réalisation classique et une musique honorable de Yamashita Kôsuke (Hana Yori Dango), tous les éléments habituels de ce type de production répondent à l’appel. Heureusement, le duo principal apporte un tant soit peu de fraîcheur.

Bien qu’elle en donne l’impression, Odagiri Kyôko ne dispose d’aucune capacité extraordinaire. Son émission n’est qu’une vaste farce, ce qui commence à la fatiguer. Elle aimerait vraiment ne pas tromper son public de la sorte. Pétillante, dynamique, amusante et altruiste, cette héroïne doit beaucoup de son charme à son interprète, Ishihara Satomi (H2), qui se révèle magnifique une fois le costume de médium enfilé. Sa caractérisation manque cruellement d’épaisseur et de cohérence, mais elle inspire une certaine sympathie. Encore une fois, il est dommage que la série se borne à une succession de séquences très mièvres au lieu d’approfondir ses protagonistes. Kyôko a un frère, à l’hôpital depuis une longue période, mais plutôt que d’illustrer leur lien et de jouer la carte de l’empathie, elle tourne tout en dérision. Quoi qu’il en soit, la fausse voyante râle, traîne les pieds, essaye d’échapper à sa productrice insipide et fatigante (Ôshima Yûko – Watashi ga Renai Dekinai Riyû), et utilise ses capacités de déduction et d’observation pour déjouer les plans du coupable du jour. À elle de jongler entre toutes les personnalités dont elle se dote, mais aussi avec les supposés esprits la possédant. L’inspecteur Taniguchi Ichirô ayant découvert la supercherie décide de l’aider pour des raisons au départ brumeuses, mais qui finissent par être rapidement dévoilées. D’ailleurs, cette espèce de mystère, avec l’agent S (Miura Rieko), se montre surtout ridicule, bien que cela ne tranche pas avec le registre absurde de l’ensemble. En effet, toutes ces affaires favorisent les inepties en tous genres, le but étant sûrement de divertir l’audience. Ichirô a la chance d’être campé par Tanihara Shôsuke à qui ce genre de rôle va comme un gant, ce qu’il a prouvé par le passé dans Mop Girl partageant plusieurs similitudes avec celle-ci. Ce détective drôle et piquant forme avec Kyôko une paire assez sympathique, à défaut de s’avérer mémorable. La fiction doit son salut à cette alchimie modérée tant le reste demeure plutôt moribond et se limite à de la morale à deux francs six plus ou moins mise en valeur par un défilé de visages familiers : Sakai Wakana, Nukumizu Yôichi, Kikawada Masaya, Takezai Terunosuke, Jinbo Satoshi, Nagae Hidekazu, Kômoto Masahiro, Yuge Tomohisa, Tsukaji Muga…

Au final, Reinôryokusha Odagiri Kyôko no Uso vient alourdir les cartons déjà bien remplis de ces travaux nippons fades et convenus. Son héroïne trichant sur ses capacités de médium n’est qu’un prétexte pour alimenter des histoires familiales où les truismes, les leçons de vie et les bons sentiments prédominent. Les épisodes au récit indépendant se suivent et réitèrent à l’infini une recette schématique multipliant les poncifs du genre. Tout s’y révèle superficiel, caricatural et prévisible. Heureusement pour elle, la série ne se donne pas de grands airs et sait pertinemment dans quelle cour elle joue. C’est pourquoi elle n’hésite pas à s’amuser de ses cocasseries et de son comique de répétition, quitte à devenir gentiment idiote. La complicité et le charme de son duo phare atténuent par ailleurs quelques-uns de ces nombreux écueils plutôt handicapants, rendant ainsi le visionnage tolérable à dose homéopathique. À moins d’être un passionné d’Ishihara Satomi ou de Tanihara Shôsuke, cette production sans saveurs ne nécessite pas un quelconque investissement.

Tatau (mini-série)

Par , le 10 août 2016

Certains choisissent probablement les séries en fonction du synopsis, du genre ou de la distribution, ce qui s’avère somme toute logique. D’autres, malgré d’importants messages d’avertissement et un mauvais pressentiment, se croient malins et se persuadent qu’un cadre paradisiaque peut atténuer, voire occulter les éventuelles lacunes. C’est ainsi que la mini-série britannique Tatau est arrivée entre mes mains. Elle se constitue de huit épisodes de quarante-cinq minutes chacun qui furent diffusés sur BBC Three en avril et mai 2015. Aucun spoiler.

Kyle et son ami Budgie quittent Londres pour passer des vacances sur les îles Cook. Au programme : sable fin, eaux turquoise, alcool, drague et fêtes. Le but est de se changer les idées en excellente compagnie. À la suite d’une soirée arrosée, Kyle souffre d’une hallucination très vivide. Il pense voir une superbe femme dans une robe rouge, essaye de la rattraper pour faire connaissance et finit par l’apercevoir le lendemain, morte, au fin fond de l’océan. Après avoir mis la région sens dessus dessous avec ses messages de panique apparemment sans fondement, il décide de rentrer en Angleterre. Sauf que le jour de son départ, il découvre à l’aéroport cette mystérieuse beauté qui, surprise, arbore ce même vêtement. Kyle s’imagine alors qu’il n’a pas inventé quoi que ce soit. Non, il s’est projeté dans le futur ! C’est pourquoi il choisit de demeurer dans les environs et de tout tenter pour sauver sa dulcinée envers qui il a déjà de profonds sentiments. Or, tout le monde sait qu’il ne faut jamais s’approcher des filles locales, surtout quand les sournoiseries, la corruption et les secrets nourrissent les relations d’une des familles insulaires les plus puissantes.

Si à la lecture, le postulat de base vous paraît plus que brumeux et confus, c’est normal. Tout au long de sa courte durée de vie, Tatau tarabiscote à outrance son histoire et ressemble à un patchwork d’idées associées de manière totalement improbable. Même la conclusion ne permet pas de comprendre quels étaient les objectifs des scénaristes qui, finalement, semblent avoir navigué à vue. La première moitié reste encore assez correcte et amène à naïvement penser que la suite apportera un minimum d’explication ; sauf que la seconde entremêle une dimension mystique, la carte de l’exotisme, des moments surnaturels et une succession de rebondissements cousus de fil blanc. La lourdeur et la paresse de l’écriture ne viennent qu’accentuer l’ineptie générale. Rares sont les fictions à se montrer aussi illogiques. Elle se donne en plus beaucoup de mal en multipliant les symboles, métaphores, visions et autres écrans de fumée. Elle essaye d’injecter une tension sous-jacente avec le récit de ces deux copains peu près d’oublier cet épique périple en Océanie. Comme son titre l’indique, le tatouage polynésien doit normalement disposer d’un rôle assez majeur au sein de l’intrigue, mais il se résume en réalité à une sorte d’accessoire artificiel, quelque peu à l’instar des nombreux éléments de l’ensemble. Les épisodes ayant été tournés sur place, les décors naturels se veulent magnifiques et assez luxuriants bien qu’au bout du compte, la caméra aurait pu en tirer davantage profit. À croire d’ailleurs que tout le budget est parti dans ce voyage puisque le manque de figurants, la musique peu inspirée, les divers effets de style non concluants et la pauvreté de la mise en scène participent à l’impression d’assister à une production bâclée écrite par maintes personnes ne s’étant jamais concertées. Le pire, c’est qu’en dépit de cette histoire ne lésinant pas sur une constante surenchère de retournements de situation, le rythme ne gagne pas en intensité. Il devient alors impossible de s’immerger dans l’ambiance, de craindre pour l’avenir de ces individus ou de ressentir quoi que ce soit de probant.

Suite à une rupture sentimentale difficile et une perte douloureuse, Kyle Connor embarque son fidèle ami Budgie en direction des îles Cook. Avant de s’envoler, il s’offre un tatouage arborant un motif issu de sa propre imagination. Ce protagoniste espère oublier ses malheurs en Océanie. Tatau commence comme une série banale où deux vingtenaires font la tête dans un endroit paradisiaque. Le point de départ se révèle hautement caricatural et la caractérisation archétypale des personnages effraye d’emblée. S’il n’est déjà pas gâté par le script, l’interprète du héros, Joe Layton, ne dégage aucun charisme et reste monolithique durant tous les épisodes. Heureusement que son copain (Theo Barklem-Biggs – Silk) se montre plus attachant bien qu’il réponde à la clause stéréotypée du gentil gars un peu simplet, maladroit et rigolo. Avec son signe gravé sur le corps, ses curieuses questions et sa manie de se mêler de ce qui ne le regarde pas, Kyle attire rapidement l’animosité de plusieurs autochtones, dont Maui Vaipiti (Alex Tarrant), le fils d’une famille ayant fait fortune dans le commerce des perles. Comme par hasard, cet homme au sang chaud est le frère d’Aumea (Shushila Takao), la fameuse femme à la robe rouge. Bref, Kyle se prend pour un sauveur et se croit investi d’une mission quasi divine. En ingérant une boisson hallucinogène typique des îles, il voit un shaman vieillard tenant des propos sibyllins, apprend que son tatouage détient une signification étourdissante pour cette culture maorie aux fières valeurs et, encore mieux, semble posséder des capacités extrasensorielles. Coup du destin, Aumea doit se fiancer d’ici peu à un individu ambivalent, mais la pugnacité et les discours enamourés de l’Anglais la séduisent. Le compte à rebours se lance, car le falot Kyle sait qu’il ne reste que quelques jours pour protéger sa chère et tendre. Jamais le scénario ne laisse planer le doute sur la santé mentale du héros. S’entremêlent l’investigation sous couverture d’une policière, des gangs néo-zélandais menaçants, des pots de vin, un prêtre illuminé aux motivations farfelues, un accident de voiture entraînant un coma et l’irruption d’un presque fantôme, une barmaid n’ayant décidément pas chance, et Jango Fett Temuera Morrison (Star Wars) en patriarche bienveillant. Oui, tout ça en une aussi courte durée d’existence à l’antenne.

En définitive, sous couvert d’un thriller associant paysages polynésiens, mysticisme, rêves éveillés, messages cryptiques, cachotteries, regards ambigus, course contre la montre et relents d’espionnage, Tatau s’apparente à un mélange totalement abscons écrit à la truelle induisant une grande perplexité. Malgré son ambition affichée d’emblée, cette mini-série se révèle sans queue ni tête et oublie, entre autres choses, de se doter de protagonistes suffisamment forts et intéressants. Résultat, les épisodes se succèdent les uns à la suite des autres, ne tiennent compte d’aucune logique et finissent par ressembler à une vaste farce risible. Étonnamment, le visionnage demeure tolérable, car cette stupidité indigente amuse à sa manière tant l’on se demande jusqu’où elle peut bien aller. Au moins les derniers moments ne déçoivent pas à ce niveau puisqu’ils symbolisent à merveille ce gloubi-boulga dénué de personnalité ne reposant sur rien.

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