Heroes Reborn (mini-série)

Par , le 19 avril 2017

Tim Kring, le créateur de Heroes, semblait croire pouvoir revenir sur le devant de la scène et y demeurer. Cinq ans après l’annulation de cette médiocre production, quelqu’un a subitement décidé qu’elle se rappelle au bon souvenir des téléspectateurs se passant pourtant très bien d’elle. Heroes Reborn est ainsi arrivée à l’écran alors que personne ne l’attendait. Bien qu’elle fut initialement annoncée comme une mini-série de treize épisodes diffusés sur NBC entre septembre 2015 et janvier 2016, il paraît évident que le scénariste souhaitait qu’elle perdure. Sauf que la chaîne a retrouvé ses esprits et rétorqué que non, toute bonne chose avait clairement une fin. Est-ce que cet univers de science-fiction a donc totalement refermé ses portes ? Seul l’avenir nous le dira, car après tout, tout est envisageable en qui le concerne. Aucun spoiler.

Un an s’est écoulé depuis l’attaque terroriste d’Odessa, au Texas, ayant fait un grand nombre de victimes. Le gouvernement et l’opinion publique accusent ouvertement les individus possédant des capacités extraordinaires, les Évolués ou Evos, de ce massacre. C’est pourquoi ceux-ci sont obligés de se cacher, de fuir et de veiller à toujours dissimuler leurs pouvoirs surtout qu’un couple les assassine de sang-froid. Depuis l’attentat, Noah Bennet s’est rangé et suit une existence aussi paisible que possible, mais quand le passionné de conspiration Quentin Frady surgit de nulle part, la situation commence à se corser. Et si tout n’était que secrets et manipulations ? Que fabriquent la puissante société Renautas et Erica Kravid, sa dirigeante visiblement dénuée de conscience morale ?

Avant d’arriver à l’antenne, Heroes Reborn a pris le temps de lancer ses principaux enjeux à travers la sympathique courte web-série Dark Matters. Si elle ne se montre pas indispensable, elle apporte plusieurs éléments scénaristiques intéressants et permet d’ailleurs de découvrir les personnages de Quentin et Phoebe Frady. Ses qualités d’ensemble laissent en plus imaginer que malgré les remous passés, Tim Kring a peut-être enfin appris de ses erreurs et se révèle désormais capable de proposer une histoire rondement menée. Tuons le suspense immédiatement, car, non, ces épisodes inédits ne risquent pas de bouleverser l’ordre établi. Pourtant, le concept a de quoi piquer la curiosité sur le papier. Au lieu de repartir à zéro, le récit réutilise l’ossature déjà connue, effectue un bond salvateur dans le futur, multiplie les références et clins d’œil, et ramène plusieurs figures, dont certaines assez attachantes. La fameuse vidéo de ses prouesses surhumaines que Claire Benett a dévoilée à la planète entière a fait l’effet d’une bombe. Le monde a découvert ces Évolués et a commencé à les accepter jusqu’à ce jour fatidique de juin où, lors d’un sommet pour la paix, le supposé terroriste Mohinder Suresh provoqua l’explosion des lieux. Depuis lors, le climat se veut délétère pour ces individus différents. Certains se terrent, d’autres sont tués et plusieurs disparaissent mystérieusement. Quentin cherche justement sa sœur et réussit à faire sortir de sa routine Noah Bennet qu’il pense être de mèche avec ce qui se déroule. Or, ce n’est pas le cas. Ce duo non dénué de charme et de piquant se lance ainsi dans une course contre la montre, car il semblerait qu’une apocalypse s’annonce. En progressant sur ce chemin dangereux et sinueux, ils se préparent à lever le voile sur ce qui s’apparente à un grand tour de passe-passe plutôt correctement amené à l’écran à travers une structure narrative jouant sur la ligne temporelle. Les flashbacks et flashforwards s’entremêlent et suivent une certaine logique, sans perdre au passage l’audience, mais malgré cela, la prévisibilité, les archétypes, les rebondissements téléphonés, les intrigues inutiles et les individus falots nourrissent cette mini-série prenant rapidement l’eau. La mise en scène moyennement engageante, avec des incrustations numériques de piètre qualité, continue d’alimenter le cahier des doléances dont la conclusion en représente éventuellement le point d’orgue. Effectivement, si l’arc principal se termine, subsistent maintes questions susceptibles de frustrer à juste titre plusieurs téléspectateurs.

Heroes Reborn veille à proposer une nouvelle galerie de personnages et ne lésine pas sur les moyens. Dans l’Illinois, le lycéen Tommy (Robbie A. Kay – Once Upon a Time) apprend à employer ses capacités tout en s’amourachant de la jolie Emily (Gatlin Green). Depuis aussi loin qu’il se souvient, il déménage constamment avec sa mère célibataire parce que personne ne doit connaître son secret. Cette figure est l’une des rares à disposer le plus de matériel, ce qui lui permet un tant soit peu de se montrer un minimum agréable, à défaut de sortir d’une caractérisation bien stéréotypée. Les autres, en revanche, ne servent qu’à du décor et à ralentir une intrigue principale s’éternisant dans des longueurs et une volonté de tarabiscoter un récit qui n’en a pas besoin. Luke (Zachary Levi – Chuck) et Joanne Collins (Judi Shekoni) sillonnent les États-Unis dans le but d’assassiner le plus d’Evos possibles, car ils les jugent responsables du décès de leur enfant. Difficile d’adhérer à la souffrance de ce couple en perdition tant il manque de profondeur et de relief. Ne parlons surtout pas de Carlos Gutierrez (Ryan Guzman) revenant de la guerre. À l’instar de la série mère, celle-ci choisit de s’envoler en direction du Japon avec Katana Girl (Kiki Sukezane) et Ren (Tôru Uchikado), son fidèle acolyte tentant d’injecter un semblant d’humour. Ajoutons également Malina (Danika Yarosh) une jeune fille apparemment vouée à un destin incommensurable et patientant pour l’instant tout au nord de la Terre. Sans oublier, forcément, la grande méchante qu’est Erica Kravid (Rya Kihlstedt) que le script essaye en fin de parcours d’humaniser. Les stéréotypes pullulent et rien n’est jamais fait pour intégrer convenablement ces trop nombreuses figures à l’ensemble. Heroes Reborn capitalise peut-être trop sur un effet nostalgique et de toute manière, ce sont les anciens personnages qui, pour la plupart, éveillent un quelconque intérêt. Revoir Hiro fait par exemple plaisir, mais c’est surtout Noah qui mérite des louanges même si à lui tout seul, il ne peut sauver l’intégralité du récit. La famille détient de nouveau un rôle primordial et pousse plusieurs individus à des comportements parfois désespérés. Quoi qu’il en soit, les épisodes défilent, s’embourbent dans des longueurs et si l’ennui est enrayé par un certain sens du spectacle, la qualité générale ne répond que trop rarement à l’appel en raison de dialogues artificiels, de scènes trop explicitées et d’une avancée laborieuse.

En conclusion, Heroes Reborn passe tristement à côté de son potentiel et se noie dans une exécution approximative. Cette mini-série inégale remémore les heures difficiles de la production lui ayant donné naissance parce qu’elle non plus ne réussit pas à s’affranchir de plusieurs défauts handicapants. Plutôt que d’aller à l’essentiel, le récit tente de brouiller les pistes, traîne les pieds et laisse la curieuse impression d’un brouillard cachant la vacuité d’un scénario prévisible pétri de clichés. Encore une fois, les héros s’apprêtent à vivre une apocalypse plus ou moins orchestrée par un vil conglomérat et essayent tant bien que mal de se débattre, quitte à devoir perdre la vie pour sauver les leurs. Faute de se renouveler et de répéter à l’infini une formule ayant déjà montré ses lacunes, cette fiction au suspense un brin éventé patine rapidement et ne parvient pas à divertir de bout en bout. Avouons-le, si l’ensemble se visionne sans souffrir, cet échec n’est finalement pas très surprenant.

Le printemps 2017 des j-dramas

Par , le 12 avril 2017

Les jonquilles, le soleil et les températures très douces ne trompent pas : le printemps est parmi nous depuis plusieurs semaines. Et donc cela signifie que de nouvelles séries japonaises s’annoncent. Comme pour l’hiver dernier, j’ai décidé de ne proposer qu’un récapitulatif plus succinct que d’habitude. Les productions m’intéressant le plus – pour des raisons parfois hautement discutables – disposent d’une petite étoile (★) à la fin de leur description. Comme d’habitude, seuls les renzoku sont abordés, les tanpatsu étant volontairement mis de côté.

(Si l’affiche, le lien vers le site officiel ou la page Drama Wiki ne sont pas indiqués ici, c’est qu’ils ne sont pas encore disponibles ; je les ajouterai dès que possible. Il en va de même en ce qui concerne le synopsis de certaines séries.)

4-go Keibi

Chaîne : NHK
Début : 8 avril 2017
Site officielFiche Drama Wiki

Ils ne se ressemblent absolument pas, mais doivent collaborer pour assurer la protection de leurs clients aux profils très variés. Deux gardes du corps n’ayant à l’origine aucune appétence pour ce travail se retrouvent dans des situations parfois compliquées, alimentées par l’insouciance du jeune et la couardise du plus âgé. Des scénarios de cette trempe pullulent depuis la nuit des temps et habituellement, je les fuis comme la peste. Mais je suis convaincue que le duo que forment Kubota Masataka et Kitamura Kazuki, deux acteurs pour qui j’ai beaucoup de sympathie, peut faire des étincelles, à condition que l’écriture suive. La série promet sur le papier action et vitamines, avec une dose féminine grâce à Abe Junko et Kimura Tae. (★)

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Braquo (saison 4)

Par , le 5 avril 2017

Contre toute attente, la quatrième et dernière saison de la série française Braquo ne s’est pas trop fait prier comme les autres et est sortie assez rapidement après la fin de la troisième. Enfin, il aura tout de même fallu patienter plus de deux ans. Ses huit épisodes de cinquante-deux minutes chacun furent diffusés sur Canal+ en septembre et octobre 2016, avec un scénario toujours signé d’Abdel Raouf Dafri. Aucun spoiler.

Les aventures précédentes se terminaient sur le démantèlement d’un vaste trafic de drogues impliquant les Russes et les Turcs. Si le succès de la police s’avère incontestable, les conséquences directes s’annoncent compliquées pour Caplan et ses collègues. Effectivement, Morlighem ayant tué le fils unique de Baba Aroudj au cours d’une opération, ce patron de la pègre turque entend bien se venger tout en continuant ses activités souterraines. Pour cela, il s’associe à des gangsters marseillais tombant dans le piège de la caricature et des stéréotypes du genre. Leur dirigeant âgé (Michel Subor) ne tolère guère la frustration, règne tel un tyran et abat quiconque le gênant, même un éventuel bras-droit. Braquo montre une certaine ressource en changeant du cadre parisien, mais comme d’habitude, elle s’y adonne maladroitement et range toute finesse au placard. Ce manque de subtilité représente de toute manière l’un de ses principaux écueils, la surenchère de violence gratuite en étant un autre. Alors qu’il veille à mettre de l’ordre avec cette mafia se croyant tout permis et se jouant de la police, Caplan décide de régler une bonne fois pour toutes la situation de Vogel. Le psychopathe a auparavant enterré vivante Roxanne et espère faire souffrir au maximum celui qu’il déteste viscéralement. Le scénario a la bonne idée d’évacuer rapidement le personnage qui, aussi amusant qu’il soit, est devenu totalement incontrôlable et ridicule. L’atrocité de son sort prouve toutefois que les héros de cette série sont arrivés à un point de non-retour et que cette saison ne s’apprête pas à prendre des gants. Maintenant, tout peut survenir et Caplan ne sera jamais plus en mesure de faire machine arrière. Le pessimisme ambiant étouffe pour tant de lourdeur, de drames oppressants et de tendance autodestructrice. Cette âpreté n’est pas une tare, mais la fiction en abuse, ce qui empêche de pleinement adhérer à ces situations critiques, souvent fatalistes. L’ensemble a par ailleurs pour défaut de multiplier les intrigues secondaires inutiles et de ne jamais préciser clairement ses enjeux. La caméra part à Marseille, revient à Paris, plonge dans l’univers carcéral avec de dangereux caïds, emploie divers visages à l’intérêt discutable, car initialement peu explorés, s’attarde sur un ancien braquage, dépeint le travail sans relâche de l’IGPN, etc. Le téléspectateur, pendant ce temps, ne comprend pas exactement de quoi il en retourne en dehors de bains de sang.

À force de s’amuser avec le feu, Eddy finit par être rattrapé par ses vieux démons. Son passé ressurgit et c’est l’occasion de découvrir son frère benjamin, Nathan (Boris Terral). Le calme rassurant de ce nouveau personnage plaît et permet au protagoniste de Braquo de montrer une facette familiale inédite, d’expliquer certains de ses choix. Néanmoins, ces scènes issues de nulle part créent une cassure trop appuyée parmi les autres allant tambour battant. Le cadet des Caplan fait sûrement office d’une voie de rédemption, d’une lueur d’espoir, aussi faible qu’elle puisse être. Quelques figures paraissent susceptibles de s’en sortir sans trop se brûler les ailes tandis que d’autres sont condamnées depuis le début. La dynamique que Nathan développe avec Roxanne sonne malheureusement trop forcée et peu naturelle, tout comme plusieurs évènements en découlant. La policière n’aura de toute façon jamais bénéficié d’une mise en valeur suffisante. Morlighem n’est pas mieux loti, ne le nions pas. Il n’empêche que la saison en profite une fois de plus pour dépeindre les liens indéfectibles de ce trio sur la brèche. Plus soudés que jamais, fidèles, ils s’aiment d’un amour sincère, désintéressé et joliment retransmis à l’écran bien qu’étonnamment, individuellement, ils peinent à provoquer une véritable empathie. La conclusion cherche justement à illustrer cette relation presque fusionnelle, intense et à l’image de ce qu’ils ont vécu au fil de ces années sur le qui-vive. Le dénouement final se montre beaucoup trop facile et prévisible en dépit d’une scénographie plutôt soignée, avec une inspiration évidente de l’épilogue de Breaking Bad. Sans mériter d’être fustigé, il confirme que Braquo était arrivée en bout de course et que ses souffrances nécessitaient d’être abrégées. Comme d’habitude, les ennemis de Caplan ne sont pas uniquement extérieurs puisque cette fois, il doit rendre des comptes à des supérieurs hiérarchiques, dont un (Thierry René) décidé à user de tous les moyens à sa disposition pour faire tomber coûte que coûte ce policier incontrôlable à la conscience morale bien fluctuante. Les dangers n’ont donc jamais autant ponctué le quotidien de cette unité aux tendances suicidaires souvent haïe, méprisée, jalousée, crainte. La voir foncer tête baissée et refuser les compromis laisse perplexe surtout que les dialogues empesés appuient le manque de réalisme.

Pour résumer, l’ultime saison de Braquo continue sur la lancée des trois précédentes et pour l’occasion, plonge notamment dans le milieu de la mafia marseillaise. Bien qu’elle cherche à renouer avec l’esprit d’antan à travers cette descente aux enfers dépressive correctement interprétée, elle ne parvient une fois de plus pas à se départir des écueils handicapant la série depuis trop longtemps. À trop souhaiter se montrer sombre et létale, elle apparaît surtout clichée, glauque et, par moments même, grotesque. Le rythme enlevé permet toujours de ne pas trop ennuyer, mais en y réfléchissant, derrière ces nombreux rebondissements éclatants, grosses cylindrées, coups de feu et de sang, le scénario demeure inconsistant, superficiel, voire anémique. Dire que ces épisodes déçoivent serait mensonger parce qu’en réalité, ils suivent la logique amorcée auparavant, mais ils rappellent de plein fouet qu’à ses débuts, ce polar français s’avérait nettement plus profond, désabusé et intense. En se voulant spectaculaire, la production est devenue démesurée et a perdu en humanité. Dommage.

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